Entretien de Grégoire Gambier à Novopress : « Il y a urgence à décoloniser notre imaginaire »

Entretien de Grégoire Gambier à Novopress : « Il y a urgence à décoloniser notre imaginaire »

Entretien de Grégoire Gambier à Novopress : « Il y a urgence à décoloniser notre imaginaire »

Source : novopress.info — L’Institut Iliade organise le 25 avril prochain un colloque, « l’univers esthétique des Européens ». Novopress est aller interroger son porte-parole, Grégoire Gambier.

Rien ne nous oblige à accep­ter « la loi du pognon », et pire encore la « sou­mis­sion » à une culture étran­gère à nos valeurs.

NOVO­press : L’Institut ILIADE orga­nise son col­loque annuel le 25 avril pro­chain à la Mai­son de la Chi­mie, avec pour thème « l’univers esthé­tique des Euro­péens ». Pour­quoi un tel choix ?

Gré­goire Gam­bier : Parce que la réaf­fir­ma­tion de notre uni­vers esthé­tique, et donc éthique, nous appa­raît impé­rieuse. L’art euro­péen est fon­da­men­ta­le­ment un art de la repré­sen­ta­tion, celle de l’homme et du divin. Il est à la fois le ter­reau et le vec­teur d’une vue du monde où la beau­té et le sacré sont indis­so­ciables. Et où notam­ment la figure de la femme, de Diane chas­se­resse à la Vierge Marie, de la Dame de Bras­sem­pouy à la Vénus de Bot­ti­cel­li, occupe une place essen­tielle. Or cette spé­ci­fi­ci­té plu­ri­mil­lé­naire est aujourd’hui atta­quée, voire niée par deux formes de tota­li­ta­risme.

Celui de l’islam radi­ca­li­sé, bien sûr, dont la fureur ico­no­claste et for­te­ment miso­gyne appa­raît au grand jour par­tout où il peut se déployer sans limites : en Afgha­nis­tan hier, en Irak et en Syrie aujourd’hui – en Europe demain ? Mais aus­si le tota­li­ta­risme du mar­ché, la pré­ten­tion de « l’avoir » à sup­plan­ter « l’être », qui nous impose une forme de dic­ta­ture de la lai­deur, dont les pro­vo­ca­tions déri­soires de « l’art contem­po­rain » ne consti­tuent qu’un des aspects. Dans les médias comme dans nos villes, les zones com­mer­ciales et jusque dans nos champs et sur nos rivages avec la pro­li­fé­ra­tion des éoliennes, c’est bien notre uni­vers esthé­tique, men­tal, qui est agres­sé par le règne de la vul­ga­ri­té, de la consom­ma­tion et de l’utilitarisme « tech­ni­cien ». Or rien ne nous oblige à accep­ter « la loi du pognon », et pire encore la « sou­mis­sion » à une culture étran­gère à nos valeurs !

NOVO­press : Mais dès lors, que pro­po­sez-vous ?

Gré­goire Gam­bier : Com­men­cer par le com­men­ce­ment ! En retrou­vant dans les plis de notre plus longue mémoire, dans les sources pre­mières et tou­jours pérennes de notre iden­ti­té, de notre his­toire, les res­sources néces­saires au réveil de la conscience euro­péenne, aujourd’hui « en dor­mi­tion ». C’est tout l’objet de l’Institut Iliade, qui s’inscrit dans le sillage de Domi­nique Ven­ner afin d’œuvrer à la trans­mis­sion de l’héritage et des valeurs de la civi­li­sa­tion euro­péenne. Une trans­mis­sion qui passe par l’information et la com­mu­ni­ca­tion en direc­tion du plus grand nombre, mais aus­si par la for­ma­tion de nou­velles géné­ra­tions d‘acteurs du débat intel­lec­tuel, de mili­tants, d’animateurs capables de don­ner à l’action civique ou poli­tique la dimen­sion cultu­relle et méta­po­li­tique indis­pen­sable. À rebours du « droit » des indi­vi­dus à s’affranchir de toute réa­li­té civi­li­sa­tion­nelle et anthro­po­lo­gique, jusque dans les liens du mariage, et même du « droit des peuples à dis­po­ser d’eux-mêmes », nous enten­dons rap­pe­ler le devoir de chaque peuple et de cha­cun de ses membres à res­ter lui-même. Car nous sommes avant tout des héri­tiers, comp­tables du sacri­fice de nos aïeux, res­pon­sables des enfants à venir.

Lorsque l’islamologue René Mar­chand affirme que « les grandes civi­li­sa­tions ne sont pas des régions sur une pla­nète, mais des pla­nètes dif­fé­rentes », nous enten­dons que ne sommes pas de nulle part : nous sommes ici chez nous. Encore faut-il l’affirmer, serei­ne­ment mais fer­me­ment, en démon­trant toute la richesse et la sin­gu­la­ri­té de notre culture, la légi­ti­mi­té de notre ins­crip­tion dans l’histoire, sur un ter­ri­toire déter­mi­né. C’est cette cer­ti­tude qu’il convient de for­ger, cette légi­ti­mi­té qu’il faut rendre incon­tes­table. Il n’y aura pas de réponse au défi du « grand rem­pla­ce­ment » sans un « grand res­sour­ce­ment » préa­lable, un refus du « grand effa­ce­ment » de notre mémoire et de notre iden­ti­té. C’est ce à quoi nous tra­vaillons. C’est ce qu’illustrera notam­ment notre col­loque, car il y a urgence à déco­lo­ni­ser en pre­mier lieu notre ima­gi­naire, à pro­mou­voir une vue du monde en rup­ture avec le moment mor­ti­fère que nous connais­sons aujourd’hui.

NOVO­press : Pou­vez-vous nous en dire un peu plus sur le conte­nu du col­loque du 25 avril ?

Gré­goire Gam­bier : Orga­ni­sé comme l’année der­nière dans la pres­ti­gieuse enceinte de la Mai­son de la Chi­mie, à Paris, il pro­po­se­ra une approche « poly­pho­nique » de l’univers esthé­tique des Euro­péens. Poly­pho­nique quant à sa pré­sen­ta­tion, avec des inter­ven­tions de fond mais éga­le­ment des évo­ca­tions plus oni­riques et ima­gées de quelques hauts-lieux « où souffle l’esprit euro­péen », comme autant d’invitations au voyage, ain­si qu’une déco­ra­tion ori­gi­nale de la salle et, bien sûr, des stands variés. Seront notam­ment pro­po­sés à la vente, uni­que­ment à l’occasion de ce col­loque, un reti­rage excep­tion­nel du pre­mier numé­ro de La Nou­velle Revue d’Histoire consa­cré à « 40 siècles d’identité fran­çaise », ain­si que l’affiche offi­cielle et celles réa­li­sées par des artistes à qui nous avons don­né « carte blanche » pour illus­trer leur vision de la civi­li­sa­tion euro­péenne. La plu­part d’entre eux seront d’ailleurs pré­sents afin d’échanger avec les par­ti­ci­pants et dédi­ca­cer leurs œuvres.

Cette mani­fes­ta­tion se veut éga­le­ment poly­pho­nique sur le fond, puisque seront évo­qués tout à la fois l’art figu­ra­tif et la musique, la poé­sie, les textes reli­gieux, le rap­port à la nature ou au sacré… Sans pré­tendre faire le tour du sujet, il s’agira d’en abor­der quelques points saillants, mais tou­jours opé­ra­tifs pour aujourd’hui. Ain­si, lorsqu’Alain de Benoist trai­te­ra de l’art euro­péen comme d’un « art de la repré­sen­ta­tion », il s’agira de sou­li­gner notre alté­ri­té par rap­port à des cultures et des reli­gions qui refusent le prin­cipe même de la repré­sen­ta­tion de l’homme et du sacré. La pré­sence de Slo­bo­dan Des­pot et de Chris­to­pher Gérard, les évo­ca­tions de la forêt de Bro­cé­liande par Marie Mon­voi­sin, du châ­teau de la Wart­bourg par Phi­lip Stein, ou encore de la tour de Belém, à Lis­bonne, par Duarte Bran­quin­ho, attes­te­ront de la réa­li­té de l’Europe comme com­mu­nau­té de des­tin – une réa­li­té char­nelle qui ne sau­rait être sacri­fiée au pré­texte d’une dénon­cia­tion par ailleurs néces­saire de la « construc­tion euro­péenne ».
Quant à Javier Por­te­la, il appel­le­ra à une « dis­si­dence par la beau­té » qui passe éga­le­ment par le sens retrou­vé de la fête, dans notre capa­ci­té à « réen­chan­ter le monde » jusque dans les actes les plus quo­ti­diens. Comme le sou­ligne Adria­no Scian­ca, qui évo­que­ra pour sa part le Mont Pala­tin : « Dans un monde à la lai­deur inouïe, celui qui sait don­ner des expé­riences de beau­té est révo­lu­tion­naire ! » Soyons donc révo­lu­tion­naires !

Pro­pos recueillis par Yves Lejeune

Voir aussi

Radio Courtoisie : Libre Journal des idées politiques du 17 avril 2015 : “Plongée au cœur des réseaux de pouvoir ; De la défense culturelle à la défense physique” (extrait)