Eloge des Grecs

Eloge des Grecs

Eloge des Grecs

Une recension du livre Eloge des Grecs, de Bernard Nuss, par l’écrivain Christopher Gérard.

Homines maxime homines ! Sur­hu­mains. Tels étaient les Grecs de jadis, aux dires du Romain Pline, que cite fort à pro­pos Ber­nard Nuss dans son sym­pa­thique Eloge des Grecs. Sym­pa­thique et sur­tout imper­ti­nent, au sens pré­cis du terme, tant les Grecs d’aujourd’hui se sont vus, il y a à peine deux ans, traî­ner dans la fange par tout ce que la presse mains­tream compte de mer­ce­naires, ceux-là mêmes qui, depuis, nous vendent le mal­heur des migrants et l’invasion du conti­nent. Alors, l’Europe (alle­mande) pou­vait bien exclure Athènes, mais elle devait, elle est encore som­mée d’inclure des mil­lions de misé­reux, afghans ou nigé­riens, pakis­ta­nais ou libyens pour expier je ne sais quel crime – celui d’exister, sans doute.

Reve­nons aux Hel­lènes d’autrefois, « super­fi­ciels par pro­fon­deur », comme disait Nietzsche, qui furent le zénith de notre monde, et que Flo­rence, Oxford et Ver­sailles ont ten­té d’égaler. Ancien diplo­mate, B. Nuss a vou­lu, par le biais d’un essai sur la Grèce éter­nelle, nous livrer quelques réflexions sou­vent toniques sur notre civi­li­sa­tion fati­guée, tarau­dée par le doute et la mau­vaise conscience.

Le propre des Grecs, le fon­de­ment de la vision hel­lé­nique du monde étant de refu­ser avec pas­sion toutes les tutelles, spi­ri­tuelles (le Livre unique et son infaillible cler­gé) ou poli­tiques (le monarque devant qui l’on se pros­terne – une abo­mi­na­tion abso­lue que les Grecs nom­maient pros­ky­né­sis), ils ont très tôt, dès Homère, dès les Phy­si­ciens d’Ionie, tenu à prendre leur des­tin en mains, en per­sonnes auto­nomes – qui forgent elles-mêmes leurs lois, et qui remettent en ques­tion toute opi­nion (la doxa, jamais confon­due avec la véri­té, l’alè­theia). La liber­té du citoyen, le savoir dés­in­té­res­sé, la luci­di­té qui libère des illu­sions, l’ironie dévas­ta­trice, la divine har­mo­nie : autant de conquêtes grecques. Et le théâtre ! Mal­heur aux civi­li­sa­tions sans théâtre, condam­nées à la barbarie !

Par­fois péremp­toire (mais pour la bonne cause), vif de ton et vigou­reux dans sa dénon­cia­tion de notre pré­sente déca­dence, le hoplite Nuss exalte nos Pères à nous. Idéa­li­sés, ces hommes plus qu’humains dont par­lait Pline ? Sans doute. Par exemple quand il passe un peu vite sur le pro­cès de Socrate. Injuste, Ber­nard Nuss ? Peut-être dans sa vision, tron­quée, d’Ulysse, et dans son juge­ment, dis­cu­table, sur l’Odys­sée – décrite comme infé­rieure à l’Iliade. Un peu rapide sur le poly­théisme et sur les mythes, qui entre­tiennent et sau­ve­gardent pour­tant ce cli­mat men­tal, cette alti­tude qui vac­cinent contre les miasmes du Dogme et du Péché.

Qu’importe, absol­vons-le au nom d’Apollon et de Dio­ny­sos. Lisons son bré­viaire hel­lé­nique : « La Grèce a tou­jours été un modèle incom­pa­rable et le contact des Grecs a ren­du intel­li­gents et moins vul­gaires de nom­breuses géné­ra­tions d’Européens. »

Chris­to­pher Gérard. Source : archaion.hautetfort.com

Ber­nard Nuss, Eloge des Grecs, Edi­tions Pierre-Guillaume de Roux, 20 tétradrachmes.