Dominique de Roux parmi nous

Dominique de Roux parmi nous

Dominique de Roux parmi nous

« Il n’a pas été remplacé et il nous manque beaucoup » disait le regretté Pol Vandromme en parlant de son ami Dominique de Roux (1935–1977), éditeur de deux revues mythiques Les Cahiers de l’Herne et Exil, fondateur des éditions Christian Bourgois et de la collection 10/18, écrivain aux fulgurances inouïes.

Dominique de Roux parmi nousUne sorte de bar­bare en fait, mais au ser­vice d’une cer­taine idée de la civi­li­sa­tion, notam­ment fran­çaise, qu’honorait un récent col­loque de la revue Elé­ments, où Domi­nique de Roux demeure très pré­sent depuis qua­rante ans, comme l’illustrent des articles par­fois anciens de Jean Par­vu­les­co, Michel Mar­min ou André Coy­né.

Celui qui pas­sa sa courte exis­tence à défendre Céline, Pound et Abel­lio, cet édi­teur aller­gique à « la volaille uni­ver­si­taire », ce héraut d’un gaul­lisme « ner­va­lien », cet écri­vain en guerre qui s’épuisa dans une quête hale­tante, se voit ici salué par quelques-uns de ses héri­tiers ou de ses débi­teurs.

Son fils, l’éditeur Pierre-Guillaume (qui main­tient aujourd’hui l’esprit de l’Herne, mais aus­si celui de la Table ronde, de l’Age d’Homme ou du Rocher) rap­pelle l’importance des Cahiers de l’Herne, créés avec trois francs six sous par ses parents pour redon­ner la parole aux Impar­don­nables, « ces écri­vains exi­geants, mal­com­modes, habi­tés par une manière de déplaire parce que pro­fon­dé­ment soli­taires ».

Son ami Gabriel Matz­neff dit la même chose que Pol Van­dromme : sa mort à 42 ans à peine fut pour lui une « muti­la­tion sans remède ». Sur­tout, il insiste sur le fait que, pour son ami Domi­nique, l’écriture était un acte de vie, tout le contraire d’un jeu ou d’une stra­té­gie mon­daine.

Fran­çois Bous­quet, l’ancien pilier de la rue Férou, librai­rie mythique où offi­cia un temps le jeune Oli­vier Fran­çois, direc­teur du pré­sent recueil, fait jus­te­ment le lien entre Domi­nique de Roux et un autre pro­dige des Lettres, Vla­di­mir Dimi­tri­je­vic, alias Dimi­tri. Dans son éloge pas­sion­né, il rap­pelle que c’est Domi­nique de Roux qui offrit le Péters­bourg de Bié­ly à Dimi­tri, per­met­tant ain­si la nais­sance des fameux Clas­siques slaves, et donc la mon­tée en puis­sance d’une mai­son long­temps non conforme.

Laurent Schang, un fidèle, qui saluait déjà de Roux il y a vingt ans dans une revue under­ground de Metz, évoque la géo­poé­tique de cet auteur qui vou­lut « retar­der la vieillesse du monde ». Et Phi­lippe Bar­the­let, auteur d’un joli Qui suis-je ? chez Par­dès, rap­pelle ce mot lourd de consé­quences de Jün­ger : « S’il y a de l’indestructible, alors toutes les des­truc­tions ima­gi­nables ne sont que des puri­fi­ca­tions ».

Chris­to­pher Gérard
Source : archaion.hautetfort.com

Oli­vier Fran­çois dir., Domi­nique de Roux par­mi nous, Edi­tions Pierre-Guillaume de Roux, 122 pages, 19,90 euros.