#ColloqueILIADE : L’héritage européen, le connaître le transmettre

#ColloqueILIADE : L’héritage européen, le connaître le transmettre

#ColloqueILIADE : L’héritage européen, le connaître le transmettre

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Intervention de Philippe Conrad, président de l’Institut ILIADE, lors du colloque « Européens, transmettre ou disparaître ».

Après avoir évo­qué l’an der­nier la ques­tion de la mena­ce que l’immigration de mas­se fait peser sur notre Euro­pe, nous abor­dons aujourd’hui un autre dan­ger, clai­re­ment per­çu par nom­bre de nos com­pa­trio­tes, celui d’un col­lap­sus, d’une rup­tu­re de la trans­mis­sion civi­li­sa­tion­nel­le enga­gés cer­tes depuis plu­sieurs décen­nies mais dont les consé­quen­ces mor­ti­fè­res appa­rais­sent aujourd’hui de plus en plus clai­re­ment. L’intitulé de notre col­lo­que, « Trans­met­tre ou dis­pa­raî­tre » rend par­fai­te­ment comp­te de l’urgence dans laquel­le nous som­mes d’éveiller les pri­ses de conscien­ce néces­sai­res et d’imaginer les para­des à une déri­ve por­teu­se de consé­quen­ces fata­les.

Il est aisé d’établir l’état des lieux. La socié­té mar­chan­de contem­po­rai­ne dont l’hégémonie s’est pro­gres­si­ve­ment impo­sée au cours des der­niè­res décen­nies a détruit de fait les valeurs tra­di­tion­nel­les garan­tes de la conti­nui­té de notre civi­li­sa­tion. L’Europe avait construit au fil des siè­cles un modè­le cultu­rel com­bi­nant ses héri­ta­ges anciens, son his­toi­re chré­tien­ne et les acquis de la révo­lu­tion des Lumiè­res et du pro­grès scien­ti­fi­que. Tout cela a été remis en cau­se à la faveur de l’effacement poli­ti­que qui a accom­pa­gné notre « som­bre XXème siè­cle », mar­qué par la « guer­re de tren­te ans » sui­ci­dai­re qui s’est dérou­lée de 1914 à 1945 et par l’américanisation de ses modes de vie qui s’est impo­sée à par­tir des années soixan­te du siè­cle der­nier. Accom­pa­gnant ce pro­ces­sus, le phé­no­mè­ne soixan­te-hui­tard – dont les nos­tal­gies révo­lu­tion­nai­res fri­saient le ridi­cu­le tant elles appa­rais­saient ana­chro­ni­ques — n’en a pas moins entraî­né, au nom d’un liber­ta­ris­me fré­né­ti­que résu­mé dans « l’interdiction d’interdire », la remi­se en cau­se de la plu­part des fon­da­men­taux de nos socié­tés avec, au final, le résul­tat cala­mi­teux que nous consta­tons aujourd’hui. Il a fal­lu, pour en arri­ver là, la « décons­truc­tion » qu’évoquera tout à l’heure Fran­çois Bous­quet, la remi­se en cau­se géné­ra­le des valeurs mora­les tra­di­tion­nel­les de res­pon­sa­bi­li­té, d’effort, de patrio­tis­me, d’héroïsme ou de dépas­se­ment de soi au ser­vi­ce d’un idéal en fonc­tion d’un sens don­né à la vie, au delà de l’individu nar­cis­si­que deve­nu la figu­re domi­nan­te d’aujourd’hui. On a consta­té éga­le­ment, à la faveur des illu­sions entre­te­nues par un éga­li­ta­ris­me syno­ny­me de nivel­le­ment par le bas, un inquié­tant recul des savoirs allant de pair avec l’abandon pro­gram­mé des « huma­ni­tés «  tra­di­tion­nel­les. Tout cela n’est que le résul­tat d’une démo­li­tion patiem­ment mise en œuvre depuis la désas­treu­se réfor­me du col­lè­ge uni­que, dont les consé­quen­ces pren­nent tou­te leur ampleur aujourd’hui, condam­nant les parents d’élèves à se tour­ner vers l’enseignement pri­vé et de met­tre pour beau­coup leurs espoirs dans celui dis­pen­sé par les éco­les hors contrat. Dans une socié­té de plus en plus déshu­ma­ni­sée par l’hégémonie de la tech­ni­que et le culte exclu­sif de l’argent et du pro­fit, nous consta­tons le triom­phe de l’immédiat, de l’instantané, du futi­le ou du déri­soi­re auquel se rat­ta­che com­pul­si­ve­ment l’homo fes­ti­vus du regret­té Phi­lip­pe Mur­ray. La pour­sui­te d’une tel­le évo­lu­tion ne peeut que s’avérer catas­tro­phi­que et aggra­ver enco­re les dif­fé­rents maux dont souf­fre aujourd’hui une Euro­pe tota­le­ment insé­rée dans un pro­ces­sus de mon­dia­li­sa­tion des­truc­teur des iden­ti­tés et syno­ny­me de dis­pa­ri­tion à moyen ter­me, dans un mon­de où les nou­veaux rap­ports de for­ce démo­gra­phi­ques et éco­no­mi­ques vont fata­le­ment remet­tre en cau­se l’ordre éta­bli à l’abri duquel la décom­po­si­tion que je viens d’évoquer a pu s’imposer au cours des der­niè­res décen­nies.

Il est urgent, face à cet­te situa­tion, de pren­dre la mesu­re de la mena­ce et de défi­nir les condi­tions et les moyens du sur­saut néces­sai­re. Cet­te réac­tion s’appuiera d’abord sur la recon­quê­te de notre mémoi­re com­mu­ne, sur la redé­cou­ver­te et la relec­tu­re de notre his­toi­re. Un enjeu essen­tiel au moment où cel­le-ci est mise en cau­se par un lob­by très actif réuni auprès de P. Bou­che­ron, le chou­chou des notre grand quo­ti­dien du soir, qui, s’appuyant sur de réseaux pro­fes­sion­nel et média­ti­que très bien orga­ni­sés, est à la manœu­vre pour remet­tre en cau­se la légi­ti­mi­té d’une his­toi­re de Fran­ce » assi­mi­lée à une addi­tion de mythes, à une construc­tion arti­fi­ciel­le et tar­di­ve, ima­gi­née pour don­ner une expres­sion à un sen­ti­ment natio­nal désor­mais dépas­sé. Je n’insisterai pas sur les sot­ti­ses et les men­son­ges par omis­sion qu’implique une tel­le vue des cho­ses mais il ne fait aucun dou­te que c’est cet­te vision, atta­chée à la « mul­ti­cul­tu­ra­li­té » pro­cla­mée de la Fran­ce et de l’Europe qui s’imposera demain, si nous n‘y pre­nons gar­de dans nos éta­blis­se­ments sco­lai­res après avoir colo­ni­sé nos uni­ver­si­tés. Le com­bat qui doit être livré sur ce ter­rain est bien enten­du d’une impor­tan­ce majeu­re et com­man­de lar­ge­ment tou­te autre ten­ta­ti­ve de réac­tion face aux entre­pri­ses cala­mi­teu­ses qui sont en cours. Avant de trans­met­tre aux géné­ra­tions qui vien­nent et qui sont à venir, condi­tion indis­pen­sa­ble à la renais­san­ce de l’Europe et de ses nations, il est indis­pen­sa­ble de redé­fi­nir clai­re­ment com­ment nous som­mes les héri­tiers de plu­sieurs mil­lé­nai­res d’une his­toi­re par­ti­cu­liè­re qui a per­mis à ce conti­nent de jouer le rôle majeur qui a été le sien.

Trans­met­tre cet­te mémoi­re mais aus­si tut ce qui fit, au quo­ti­dien, le pro­pre d’une civi­li­sa­tion spé­ci­fi­que impli­que le recours à un cer­tain nom­bre de moyens. Renouer le fil néces­sai­re avec ce que notre ami Chris­to­pher Gérard appel­le nos « sour­ces péren­nes » consti­tue une pre­miè­re éta­pe mais Jean-Fran­çois Gau­tier nous expli­que­ra pour sa part le rôle qui revient à la musi­que et à l’éducation musi­ca­le dans un mon­de satu­ré par les bruits divers qui nous enva­his­sent quo­ti­dien­ne­ment pour ahu­rir nos popu­la­tions. Lio­nel Ron­douin nous invi­te­ra à ima­gi­ner, à côté du « récit natio­nal » (et non du « roman natio­nal », une expres­sion qui a valeur d’arme du fait de sa conno­ta­tion déva­lo­ri­san­te dans la guer­re séman­ti­que en cours) un « récit euro­péen » en mesu­re de contri­buer à l’émergence et au ren­for­ce­ment d’une conscien­ce civi­li­sa­tion­nel­le plus néces­sai­re que jamais face aux défis et aux mena­ces de ce nou­veau siè­cle, venu clo­re le demi-mil­lé­nai­re de la domi­na­tion occi­den­ta­le sur le mon­de. Il faut éga­le­ment repren­dre jus­que dans ses fon­da­tions le chan­tier de l’école, ce qu’évoqueront plu­sieurs de nos inter­ve­nants et, en ce domai­ne, la sim­ple nos­tal­gie d’un bon vieux temps idéa­li­sé ne suf­fi­ra pas, il faut mobi­li­ser les ima­gi­na­tions et les com­pé­ten­ces pour inven­ter de nou­veaux modè­les, com­me sur­ent le fai­re les Jésui­tes au tour­nant de l’époque moder­ne. La famil­le, dans le contex­te chao­ti­que du moment, doit éga­le­ment retrou­ver un rôle de pre­mier plan, celui de parents sou­cieux de com­pen­ser les insuf­fi­san­ces actuel­les d’un sys­tè­me d’enseignement à bout de souf­fle, inca­pa­ble de sur­mon­ter l’échec glo­bal auquel ont conduit des décen­nies d’erreurs et de confu­sions. Il faut éga­le­ment miser sur les mou­ve­ments de jeu­nes­se ins­pi­rés du scou­tis­me en mesu­re de contri­buer à la trans­mis­sion des valeurs mora­le posi­ti­ves, de pré­pa­rer nos jeu­nes à la rude éco­le de la vie et de les pro­té­ger des ten­ta­tions délé­tè­res du cré­ti­nis­me ambiant. La mobi­li­sa­tion néces­sai­re pas­se aus­si par les sup­ports clas­si­ques de la trans­mis­sion que sont le livre, la revue ou le maga­zi­ne. Les suc­cès spec­ta­cu­lai­res de cer­tains auteurs lan­ceurs d’alerte nous mon­trent qu’il s’agit là d’un front tou­jours impor­tant quel­le que soit la pla­ce conqui­se aujourd’hui par les réseaux sociaux. Les radios pri­vées peu­vent être, bien sûr, des vec­teurs de résis­tan­ce, de Radio Cour­toi­sie au Méri­dien Zéro. Il en va de même des sites de réin­for­ma­tion com­me le Salon bei­ge ou Breiz Info aux­quels est venu s’ajouter TVLI­ber­tés dont l’existence est d’ores et déjà un atout majeur pour les mili­tants de la recon­quê­te .

Eclai­rer sur ces diver­ses actions, éta­blir entre elles les syner­gies néces­sai­re, éclai­rer les pis­tes des entre­pri­ses à venir, c’est l’objectif du col­lo­que qui nous réunit aujourd’hui. Sa réus­si­te se mesu­re­ra à la mobi­li­sa­tion qu’il sera en mesu­re de sus­ci­ter car la tâche est immen­se. Il s’agit d’abord d’éclairer nos conci­toyens pour favo­ri­ser la pri­se de conscien­ce indis­pen­sa­ble à tout effort de redres­se­ment Mais la luci­di­té ne suf­fi­ra pas, il y fau­dra aus­si une volon­té et une per­sé­vé­ran­ce sans faille. Car nous savons, selon une for­mu­le qui nous a tou­jours été chè­re, que « là où est une volon­té, il y a un che­min. »

Phi­lip­pe Conrad