#ColloqueILIADE : Après le dernier homme, l’Européen de demain !

#ColloqueILIADE : Après le dernier homme, l’Européen de demain !

#ColloqueILIADE : Après le dernier homme, l’Européen de demain !

Conclusions de Jean-Yves Le Gallou, co-fondateur de l’Institut ILIADE, lors du colloque « Européens : transmettre ou disparaître » le 18 mars 2017.

«  Mal­heur ! Les temps sont proches où l’homme ne met­tra plus d’étoile au monde. Mal­heur ! (…) Les temps sont proches où l’homme ne jet­te­ra plus par-des­sus les hommes la flèche de son désir, où les cordes de son arc ne sau­ront plus vibrer !
Je vous montre le der­nier homme.
Amour ? Créa­tion ? Désir ? Etoile ? Qu’est cela ? Ain­si demande le der­nier homme, et il cligne de l’œil.
La terre sera alors deve­nue plus petite, et sur elle sau­tille­ra le der­nier homme, qui rape­tisse tout. Sa race est indes­truc­tible comme celle du puce­ron ; le der­nier homme vit le plus longtemps.
Nous avons inven­té le bon­heur, — disent les der­niers hommes, et ils clignent de l’œil. (…)
Un peu de poi­son de-ci de-là, pour se pro­cu­rer des rêves agréables. Et beau­coup de poi­sons enfin, pour mou­rir agréablement. (…)
Qui vou­drait encore gou­ver­ner ? Qui vou­drait obéir encore ? Ce sont deux choses trop pénibles. Point de ber­ger et un seul trou­peau ! Cha­cun veut la même chose, tous sont égaux : qui a d’autres sen­ti­ments va de son plein gré dans la mai­son des fous.
»

Voi­là ce qu’a écrit Nietzsche dans le pro­logue d’Ain­si par­lait Zarathoustra.

Le dernier homme ? Un présentateur de télévision qui ricane entre deux shoots

Eh bien, nous y sommes ! Le temps du der­nier homme est arri­vé. C’est l’esprit qui nie tout. C’est la déri­sion qui se répand par­tout. C’est l’instant qui prime. Ce sont les para­dis arti­fi­ciels qu’on pro­meut. C’est la culture de mort qu’on met en avant. C’est la viri­li­té qu’on dénigre. C’est la fémi­ni­té qu’on dégrade. C’est la déam­bu­la­tion tou­ris­tique pri­vé de sens.

Qu’est-ce que le der­nier homme ? Un pré­sen­ta­teur de télé­vi­sion qui ricane entre deux shoots ! C’est le petit que pour­raient faire ensemble Yann Bar­thès et Cyril Hanouna.

Le der­nier homme pro­clame Je suis Char­lie. Et ouvre ses fron­tières. Le der­nier homme com­bat ses enne­mis en allu­mant des bou­gies. Le der­nier homme confie sa sécu­ri­té à des mer­ce­naires venus d’ailleurs. Le der­nier homme réchauffe ses enne­mis dans son sein.

Nous savons depuis Paul Valé­ry que les civi­li­sa­tions sont mor­telles. Et depuis Spen­gler nous nous inter­ro­geons sur le Déclin de l’Occident. Au XVIIIe siècle déjà le phi­lo­sophe ita­lien Giam­bat­tis­ta Vico s’interrogeait sur le cycle des civi­li­sa­tions. Pour lui, à l’âge des Dieux suc­cé­dait l’âge des héros, puis l’âge des hommes. Nous sommes peut-être à l’âge du der­nier homme, anti­chambre de la déca­dence. Mais ni la bar­ba­rie ni l’islamisation ne sont des fatalités.

Même si nous appré­cions l’intellectuel cou­ra­geux, nous ne pou­vons pas suivre le regard désa­bu­sé de Michel Onfray dans Déca­dence.

Ni fatalité, ni sens de l’histoire : des cycles s’achèvent

Dans la conscience euro­péenne, il n’y a ni fata­li­té ni sens de l’histoire. L’histoire euro­péenne n’est ni linéaire ni prédéterminée.

L’histoire, c’est aux Euro­péens qui viennent de lui don­ner un sens. Et de tra­cer leur deve­nir alors que des cycles s’achèvent.

Enfan­té à Ber­ke­ley et Wood­stock, pro­pul­sé en France par Mai 68, le cycle his­to­rique de décons­truc­tion de toutes les tra­di­tions s’épuise. La loi Tau­bi­ra sur le « mariage gay » aura été son chant du cygne. Des forces immenses se sont levées. C’est le réveil des per­ma­nences anthropologiques.

Le cycle de culpa­bi­li­sa­tion com­men­cé en 1945 a ter­mi­né son expan­sion ! Au départ, il a concer­né l’Allemagne et sa res­pon­sa­bi­li­té dans ce qui a été nom­mé la Shoah. Puis, curieu­se­ment, cette culpa­bi­li­té s’est éten­due à tous les pays d’Europe, appe­lés à par­ta­ger la culpa­bi­li­té alle­mande, à laquelle on a ajou­té, pour faire bonne mesure, les crimes de la colo­ni­sa­tion et de l’esclavage.

Les peuples d’Europe de l’Est refusent aujourd’hui ce far­deau. Par­tout à l’Ouest des mou­ve­ments iden­ti­taires se réveillent et retrouvent la fier­té d’être euro­péen, la fier­té de notre his­toire, la fier­té de notre civilisation.

Le cycle de 1914 ana­ly­sé par Domi­nique Ven­ner dans son maître ouvrage, Le Siècle de 1914 arrive à son terme. A l’issue du désastre de la Pre­mière Guerre mon­diale plu­sieurs idéo­lo­gies ont pros­pé­ré : le fas­cisme et le nazisme, le com­mu­nisme sovié­tique et le mon­dia­lisme mar­chand amé­ri­cain. Fas­cisme et nazisme ont dis­pa­ru en 1945. Le com­mu­nisme sovié­tique s’est effon­dré sur lui-même en 1989. Le Mur de l’Ouest, selon le titre du livre d’Hervé Juvin, est en train de tom­ber. Les fron­tières font leur grand retour : entre les États au sud et à l’est de l’Europe ; entre les civi­li­sa­tions à l’intérieur des ter­ri­toires natio­naux. C’est aus­si le retour de la mul­ti­po­la­ri­té du monde.

Allons plus loin ! Un autre cycle touche à son terme : le cycle des Lumières. Il a pro­mu la laï­ci­sa­tion de l’universel. Mais c’est au retour des par­ti­cu­la­ri­tés et des com­mu­nau­ta­rismes que nous assis­tons. Qui ne voit en France que la sacro-sainte assi­mi­la­tion « répu­bli­caine » est un leurre ? Et qu’elle est balayée par la gram­maire des civilisations.

Sur les ruines du monde ancien un monde nou­veau adviendra.

C’est à la géné­ra­tion des Euro­péens qui vient de lui don­ner du sens. C’est à la géné­ra­tion des Euro­péens qui vient de construire son his­toire. Une jeu­nesse de la géné­ra­tion 2013 qui peut se recon­naître dans cette for­mule de Marion Maré­chal Le Pen : « Je ne serai pas de la géné­ra­tion qui s’excuse mais de celle qui reven­dique son héri­tage. »

A l’Institut ILIADE, nous nous ins­cri­vons dans le temps long. Bien au-delà de la pers­pec­tive immé­diate d’un grand soir élec­to­ral qu’il sur­vienne ou non. Nous vou­lons construire une géné­ra­tion de trans­met­teurs. Nous nous adres­sons aux géné­ra­tions qui montent pour qu’elles puisent dans les racines de notre civi­li­sa­tion l’inspiration de leur avenir.

Repre­nons le pro­logue d’Ainsi par­lait Zara­thous­tra : «  Amour, créa­tion, désir, étoile ? Qu’est cela ? » — Ain­si demande le der­nier homme et il cligne de l’œil. Nous, nous ne cli­gnons pas de l’œil. Nous aimons notre peuple, ses tra­di­tions, ses cou­tumes, son his­toire. Nous aimons la vie. La socié­té est désa­bu­sée, nous dit-on, mais nous assis­tons à un puis­sant réveil iden­ti­taire. Quand nous évo­quons le pas­sé ce n’est pas par nos­tal­gie. Ce n’est pas davan­tage parce que nous aspi­rons à un retour à un âge d’or uto­pique. C’est pour construire. C’est parce que le pas­sé peut ins­pi­rer l’avenir.

La redécouverte de notre mémoire identitaire

C’est parce que seule la redé­cou­verte de notre mémoire iden­ti­taire peut nous per­mettre de pour­suivre la grande aven­ture euro­péenne. Nous ne sommes pas tra­di­tion­na­listes mais tra­di­tio­nistes : la tra­di­tion n’est pas un modèle à repro­duire mais une source d’inspiration. La tra­di­tion, c’est notre étoile, l’étoile polaire, qui nous guide dans la nuit et qui nous rap­pelle que l’Europe est le conti­nent des Boréens.

Nous avons le goût de la lutte, nous savons que Pole­mos est le père de tous les êtres. Oui, la socié­té est tiède et le confort nous affai­blit mais beau­coup d’hommes et de femmes redé­couvrent la nature, l’effort, le com­bat. Qui ne voit le déve­lop­pe­ment des « sports extrêmes » : la course au large, le trail, les par­cours le long des crêtes, le wing­suit, c’est-à-dire le rêve d’Icare enfin réa­li­sé ? Qui ne voit le regain des ran­don­nées au long cours sur Les che­mins noirs de la France, les routes d’Europe ou les pèle­ri­nages de Chartes ou de Com­pos­telle ? Qui ne voit l’intérêt crois­sant des nôtres pour les sports de défense : tir ou boxe ? A l’instar de ce qui se pas­sa au XIX e siècle quand les socié­tés de gym­nas­tique furent un élé­ment cen­tral du réveil des peuples.

Selon la triade homé­rique, telle que défi­nie par Domi­nique Ven­ner, nous avons la nature comme socle, la beau­té comme hori­zon, l’excellence comme but.

Pour­tant nous sommes lucides. Et nous savons qu’il peut adve­nir que les Euro­péens deviennent mino­ri­taires sur leur continent.

Mais même dans cette hypo­thèse ter­ri­fiante, la grande aven­ture euro­péenne pour­ra se pour­suivre tant que du sang euro­péen cou­le­ra dans nos veines et que l’esprit de la civi­li­sa­tion euro­péenne irri­gue­ra notre intel­li­gence et notre cœur.

Le temps du der­nier homme pas­se­ra. Le temps de l’homme euro­péen reviendra.

Jean-Yves Le Gallou

Le dernier homme : extrait du prologue de Zarathoustra

Quand Zara­thous­tra eut dit ces mots, il consi­dé­ra de nou­veau le peuple et se tut, puis il dit à son cœur : Les voi­là qui se mettent à rire ; ils ne me com­prennent point, je ne suis pas la bouche qu’il faut à ces oreilles. Faut-il d’abord leur bri­ser les oreilles, afin qu’ils apprennent à entendre avec les yeux ? Faut-il faire du tapage comme les cym­bales et les pré­di­ca­teurs de carême ? Ou n’ont-ils foi que dans les bègues ?

Ils ont quelque chose dont ils sont fiers. Com­ment nomment-ils donc ce dont ils sont fiers ? Ils le nomment civi­li­sa­tion, c’est ce qui les dis­tingue des che­vriers. C’est pour­quoi ils n’aiment pas, quand on parle d’eux, entendre le mot de “mépris”. Je par­le­rai donc à leur fier­té. Je vais donc leur par­ler de ce qu’il y a de plus mépri­sable : je veux dire le der­nier homme.

Et ain­si Zara­thous­tra se mit à par­ler au peuple : Il est temps que l’homme se fixe à lui-même son but. Il est temps que l’homme plante le germe de sa plus haute espé­rance. Main­te­nant son sol est encore assez riche. Mais ce sol un jour sera pauvre et sté­rile et aucun grand arbre ne pour­ra plus y croître. Mal­heur ! Les temps sont proches où l’homme ne jet­te­ra plus par-des­sus les hommes la flèche de son désir, où les cordes de son arc ne sau­ront plus vibrer ! Je vous le dis : il faut por­ter encore en soi un chaos pour pou­voir mettre au monde une étoile dan­sante. Je vous le dis : vous por­tez en vous un chaos. Mal­heur ! Les temps sont proches où l’homme ne met­tra plus d’étoile au monde. Mal­heur ! Les temps sont proches du plus mépri­sable des hommes, qui ne sait plus se mépri­ser lui-même. Voi­ci ! Je vous montre le der­nier homme.

Amour ? Créa­tion ? Désir ? Etoile ? Qu’est cela ? Ain­si demande le der­nier homme, et il cligne de l’œil.

La terre sera alors deve­nue plus petite, et sur elle sau­tille­ra le der­nier homme, qui rape­tisse tout. Sa race est indes­truc­tible comme celle du puce­ron ; le der­nier homme vit le plus longtemps.

Nous avons inven­té le bon­heur, — disent les der­niers hommes, et ils clignent de l’œil.

Ils ont aban­don­né les contrées où il était dur de vivre : car on a besoin de cha­leur. On aime encore son voi­sin et l’on se frotte à lui : car on a besoin de chaleur.

Tom­ber malade et être méfiant passe chez eux pour un péché : on s’avance pru­dem­ment. Bien fou qui tré­buche encore sur les pierres et sur les hommes !

Un peu de poi­son de-ci de-là, pour se pro­cu­rer des rêves agréables. Et beau­coup de poi­sons enfin, pour mou­rir agréablement.

On tra­vaille encore, car le tra­vail est une dis­trac­tion. Mais l’on veille à ce que la dis­trac­tion ne débi­lite point. On ne devient plus ni pauvre ni riche : ce sont deux choses trop pénibles. Qui vou­drait encore gou­ver­ner ? Qui vou­drait obéir encore ? Ce sont deux choses trop pénibles. Point de ber­ger et un seul trou­peau ! Cha­cun veut la même chose, tous sont égaux : qui a d’autres sen­ti­ments va de son plein gré dans la mai­son des fous.

Autre­fois tout le monde était fou, — disent ceux qui sont les plus fins, et ils clignent de l’œil. On est pru­dent et l’on sait tout ce qui est arri­vé c’est ain­si que l’on peut railler sans fin. On se dis­pute encore, mais on se récon­ci­lie bien­tôt — car on ne veut pas se gâter l’estomac. On a son petit plai­sir pour le jour et son petit plai­sir pour la nuit : mais on res­pecte la santé.

Nous avons inven­té le bon­heur, — disent les der­niers hommes, et ils clignent de l’œil.