#ColloqueILIADE 2018 : Le droit des Européens à la continuité historique

#ColloqueILIADE 2018 : Le droit des Européens à la continuité historique

#ColloqueILIADE 2018 : Le droit des Européens à la continuité historique

Intervention de Thibault Mercier, avocat, au colloque « Fiers d’être Européens » le 7 avril 2018.

L’identité des Européens menacée

La conti­nui­té his­to­rique d’un peuple implique l’existence d’un pas­sé. Pas­sé conju­gable au pré­sent per­met­tant ain­si sa trans­mis­sion aux géné­ra­tions futures. En Europe, une obli­ga­tion péni­tente de repen­tance, cou­plée à un ensei­gne­ment de l’Histoire sans chro­no­lo­gie et qui fait la part belle aux cultures et civi­li­sa­tions étran­gères, empêchent notre peuple de convo­quer son pas­sé col­lec­tif.

Sans pos­si­bi­li­té de trans­mettre ses tra­di­tions, l’identité des Euro­péens s’en trouve mena­cée. Mena­cée aus­si par une vision droit-de-l’hommiste des liber­tés, par l’Union Euro­péenne et sa poli­tique immi­gra­tion­niste. Mena­cée par des diri­geants poli­tiques qui ont oublié que la fonc­tion pre­mière d’un Etat était d’assurer la péren­ni­té des citoyens face aux périls exté­rieurs et aux guerres intes­tines. Mena­cée par des nations qui ont per­du toute idée de puis­sance pour adop­ter le modèle uni­forme de la socié­té de mar­ché. Mena­cée encore par une mon­dia­li­sa­tion qui fait de l’homme un simple agent éco­no­mique fon­gible, que l’on déplace au gré des besoins éco­no­miques. Mena­cée enfin par le mul­ti­cul­tu­ra­lisme qui ato­mise les indi­vi­dus, nie leur culture autoch­tone et les contraint à la concur­rence de tous contre tous.

Pour cette inter­ven­tion nous pro­po­sons donc dans un pre­mier temps une brève ana­lyse cri­tique des dérives actuelles du droit. Droit qui, nous le ver­rons, puise ses fon­de­ments dans une vision onto­lo­gique erro­née de l’homme.

Dans un deuxième temps nous ten­te­rons de des­si­ner les contours sociaux, his­to­riques, cultu­rels ou encore civi­li­sa­tion­nels de l’homme Euro­péen et de son peuple, pour ain­si nous per­mettre de pro­po­ser une vision juri­dique enra­ci­née, res­pec­tueuse de ces réa­li­tés.

Les dérives droits-de-l’hommistes, vers un droit universel et déraciné

Dès les pre­mières années de Facul­té de droit, les étu­diants se voient majo­ri­tai­re­ment ensei­gner la théo­rie sui­vante : le droit serait auto­nome, il exis­te­rait en lui-même et par lui-même et, pour évi­ter les abus du pou­voir en place, il devrait res­ter neutre de toute ingé­rence du poli­tique.

Le droit se fon­de­rait donc sur la simple volon­té rai­son­nable de l’individu et il s’agirait ain­si de le délier de toutes réa­li­tés poli­tiques, his­to­riques ou encore cultu­relles. Il serait donc appli­cable à toute situa­tion, en tout temps, en tout espace.

Quelle est donc cette théo­rie ? Il s’agit de celle des Droits de l’homme. Cette fic­tion juri­dique fût inven­tée à l’origine comme une arme défen­sive contre l’absolutisme de la monar­chie. Mais c’est sur­tout à par­tir de 1945 qu’elle se déve­lop­pa notam­ment contre le fan­tôme d’Hitler et les dic­ta­tures de tous bords.

Pui­sant ses fon­de­ments dans la Moder­ni­té et le ratio­na­lisme des Lumières, cette théo­rie sem­blait à l’origine s’élever uni­que­ment contre le des­po­tisme. Au final c’est contre toute forme de poli­tique qu’elle s’est déployée. Cou­plée à la théo­rie pure du droit de Kel­sen, elle a impo­sé une neu­tra­li­té axio­lo­gique au poli­tique, entraî­nant tout natu­rel­le­ment le déve­lop­pe­ment d’un rela­ti­visme des valeurs. Désar­mé poli­ti­que­ment, l’Etat est donc deve­nu une coquille vide, un simple ges­tion­naire qui admi­nistre des indi­vi­dus qui décident d’eux-mêmes de faire valoir leurs droits sub­jec­tifs que ce soit contre la col­lec­ti­vi­té ou encore les uns contre les autres.

Selon la pen­sée clas­sique, seules les déci­sions ordon­nées à une fin res­pec­tueuse de l’ordre natu­rel de la Cité étaient recon­nues justes et légi­times. Doré­na­vant le droit ne se déduit plus que de l’homme, par l’exercice de sa Rai­son. Ces droits sub­jec­tifs existent donc indé­pen­dam­ment de toute réa­li­té objec­tive et per­mettent à l’individu de façon­ner la réa­li­té selon son désir. Les droits de l’homme tendent donc à s’imposer par­tout sans consi­dé­ra­tion des appar­te­nances, des tra­di­tions et des contextes. Seul le point de vue sub­jec­tif du MOI doit pré­va­loir, les notions de jus­tice et de bien com­mun s’effacent alors néces­sai­re­ment. En consé­quence, toute légi­time défense sociale, toute idée d’intérêt géné­ral ou de salut public se trouvent par avance délé­gi­ti­mées (Cf. Alain de Benoist, Au-delà des droits de l’homme).

On voit alors appa­raître une des causes du déli­te­ment du lien social en Europe occi­den­tale : l’avènement d’une géné­ra­tion com­po­sée d’individus qui consi­dèrent que leurs droits indi­vi­duels pré­valent sur l’intérêt géné­ral. L’idée d’une appar­te­nance com­mune ras­sem­blant les citoyens d’un même pays fait place à une jux­ta­po­si­tion d’individus ne se défi­nis­sant plus que par leur « droit à avoir des droits ».

Dans nos socié­tés modernes en effet, le droit est deve­nu un avan­tage délié de toute charge ou obli­ga­tion, un droit de créance sur la col­lec­ti­vi­té, un « droit à ».

Pre­nons par exemple le cas du droit d’asile. A l’origine il s’agissait d’un droit recon­nu à l’Etat et non à l’individu. Il était l’apanage d’une puis­sance sou­ve­raine qui déci­dait elle-même d’accueillir ou non les per­sonnes de son choix en fonc­tion de ses inté­rêts poli­tiques et diplo­ma­tiques. Par une révo­lu­tion coper­ni­cienne, ce pri­vi­lège éta­tique est désor­mais deve­nu un droit créance de l’individu allo­gène sur la col­lec­ti­vi­té, une obli­ga­tion juri­dique et morale pour chaque pays occi­den­tal d’accepter qua­si­ment sans condi­tions qui­conque s’installerait sur son ter­ri­toire et ain­si subir impuis­sant une immi­gra­tion de peu­ple­ment.

L’individu éman­ci­pé a donc des droits mais plus de devoirs. Sa liber­té devient indé­pen­dante de toute par­ti­ci­pa­tion aux affaires poli­tiques, c’est une liber­té de l’individu sépa­rée de la liber­té de la com­mu­nau­té poli­tique à laquelle il appar­tient. Désor­mais cha­cun cherche à maxi­mi­ser son inté­rêt per­son­nel, cha­cun peut faire plier la nation sous le poids de son désir égoïste. Nous en sommes arri­vés à une oppo­si­tion de prin­cipe entre l’individu et la col­lec­ti­vi­té.

En pra­tique, que sont encore les droits de l’homme ? Les droits de l’homme c’est la France condam­née par la Cour euro­péenne du même nom pour l’expulsion hâtive d’un dji­ha­diste (CEDH, 1er février 2018, M.A. c. France). Les droits de l’homme c’est le regrou­pe­ment fami­lial impo­sé aux Euro­péens sous cou­vert de droit au res­pect de la vie pri­vée et fami­liale (Conseil d’Etat, Ass., 8 décembre 1978, Gis­ti — invi­té à cela par le droit inter­na­tio­nal et notam­ment l’article 8 de la Conven­tion euro­péenne de sau­ve­garde des droits de l’homme et des liber­tés fon­da­men­tales qui recon­naît éga­le­ment le droit pour cha­cun au res­pect de sa vie fami­liale) — oubliant hypo­cri­te­ment que cette vie fami­liale peut par­fai­te­ment s’exercer dans le pays d’origine. Les droits de l’homme c’est le déve­lop­pe­ment de la ges­ta­tion pour autrui (CEDH, 26 juin 2014, Men­nes­son c. France), soit la traite d’êtres humains. C’est aus­si le droit de choi­sir son sexe au détri­ment de toute réa­li­té bio­lo­gique (CEDH, 27 mars 1996, Good­win c. Royaume-Uni et CEDH, 10 mars 2018, Y.Y c. Tur­quie). Les droits de l’homme c’est l’idée qu’un clan­des­tin, qui séjourne illé­ga­le­ment sur un ter­ri­toire don­né, aurait un droit abso­lu à y res­ter au détri­ment de toute légis­la­tion natio­nale, qui, même votée démo­cra­ti­que­ment, est vu comme illé­gi­time. Les droits de l’homme c’est encore le droit, pour n’importe quel voyou impé­ni­tent, à une créance incon­di­tion­nelle vis-à-vis de la Socié­té, c’est-à-dire en pra­tique à l’encontre des hon­nêtes gens. C’est le droit pour l’étranger d’imposer ses mœurs et cou­tumes aux citoyens autoch­tones. Les droits de l’homme c’est la logique mer­can­tile qui prime sur les inté­rêts natio­naux. Les droits de l’homme c’est, enfin, la tyran­nie des mino­ri­tés.

En effet, dans une socié­té où les iden­ti­tés par­ti­cu­lières sont publi­que­ment glo­ri­fiées, où il est de bon teint d’afficher une repen­tance xéno­phile, nous assis­tons impuis­sants à un mou­ve­ment incon­trô­lé de reven­di­ca­tions d’individus ou d’associations défen­dant leurs inté­rêts caté­go­riels. SOS Racisme, la LICRA, les asso­cia­tions de défense des LGBTIQ (dont l’acronyme s’allonge un peu plus chaque année), sont autant d’organisations sti­pen­diées qui réclament répres­sions et per­sé­cu­tions contre toute per­sonne ne res­pec­tant pas leur doxa anti­dis­cri­mi­na­toire.

Au nom d’un mora­lisme indé­pen­dant de toute théo­lo­gie ou méta­phy­sique supé­rieure, l’Occident a sécu­la­ri­sé et judi­cia­ri­sé la dia­lec­tique du Bien et du Mal. Alors que la morale ne doit avoir de sanc­tion que dans la voix de la conscience, celle des droits de l’homme a per­ver­ti notre droit qui a désor­mais pris les signes d’une reli­gion d’Etat — une reli­gion qui a son dogme : l’antiracisme, ses lois répri­mant le blas­phème : les lois Gays­sot et Ple­ven, ses prêtres et inqui­si­teurs : les juges et, enfin, ses gre­nouilles de béni­tier : les asso­cia­tions anti­ra­cistes.

Selon le Pro­fes­seur Jean-Louis Harouel, cette reli­gion, obsé­dée par la non-dis­cri­mi­na­tion, se carac­té­rise par « une détes­ta­tion obses­sion­nelle des socié­tés occi­den­tales, de ce qui reste de leur ordre social, de ce qui demeure de culture et de savoir vivre dans leurs classes supé­rieures et moyennes ain­si que de bon sens dans leurs classes popu­laires, (…) de ce qui sub­siste encore dans ces pays d’attachement à leur his­toire, à leurs tra­di­tion, à leur pas­sé, à leur roman natio­nal (Jean-Louis Harouel, Les droits de l’homme contre le peuple).

Désor­mais les droits de l’homme et ses dérives mora­li­sa­trices, com­pas­sion­nelles et infan­ti­li­santes exposent chaque peuple euro­péen à voir des indi­vi­dus mettre à pro­fit ces droits pour tra­vailler à le détruire, pour faire pré­va­loir leur mode de vie et leurs valeurs, au détri­ment de ceux de la com­mu­nau­té his­to­rique.

Un droit fondé sur une vision erronée de l’homme

Les décla­ra­tions des droits de l’homme de 1789 et 1948 ont don­né des droits à l’homme mais se sont trou­vées inca­pables de répondre avec pré­ci­sion à cette ques­tion fon­da­men­tale : « qu’est-ce que l’homme ? ».

Pour les phi­lo­sophes des Lumières, l’homme exis­te­rait préa­la­ble­ment et indé­pen­dam­ment de toute socié­té. Dès lors, il n’y aurait pas d’hommes par­ti­cu­liers mais seule­ment un Homme – uni­ver­sel — qui serait le même en tout point du globe. Pour éman­ci­per cet indi­vi­du, il s’agirait alors de bri­ser les liens orga­niques qui le rat­tachent à ses col­lec­ti­vi­tés réelles, comme sa famille à sa patrie. Ain­si, l’individu ne serait plus subor­don­né qu’à une col­lec­ti­vi­té abs­traite : l’humanité.

Mais à trop vou­loir pro­mou­voir cette huma­ni­té glo­bale et abs­traite, nous en sommes fina­le­ment arri­vés au déman­tè­le­ment des iden­ti­tés concrètes. La pro­mo­tion inces­sante d’un métis­sage glo­bal, qui consiste à recher­cher le plus grand déno­mi­na­teur com­mun, a eu l’effet per­vers d’appauvrir les dif­fé­rences et de rendre l’être humain inter­chan­geable dans une huma­ni­té uni­forme. « La folie du moment est d’arriver à l’unité des peuples et de ne faire qu’un seul homme de l’espèce entière » poin­tait jus­te­ment Cha­teau­briand dans ses Mémoires.

L’égalitarisme for­ce­né et le rela­ti­visme des Lumières ont eu pour consé­quences d’engendrer la créa­tion d’un homme pris comme une simple uni­té au sein d’une masse indif­fé­ren­ciée. Si tous les hommes se valent et s’ils sont fon­da­men­ta­le­ment les mêmes, il n’est donc plus pos­sible de recon­naître la per­son­na­li­té unique de cha­cun. Ils appa­raî­tront alors, non pas égaux mais sem­blables, non pas irrem­pla­çables, mais au contraire inter­chan­geables.

En effet, quel est donc l’homme issu de cette phi­lo­so­phie ? C’est un indi­vi­du fon­gible et abs­trait, pris en dehors de l’histoire, de son pas­sé et de sa patrie. C’est un atome asexué, un homme nou­veau dont les pseu­do-droits n’expriment plus que les dési­rs. C’est un homme vidé de sa sub­stance, sans cou­leur et sans race. Ce n’est plus un homme ni une per­sonne mais un simple matri­cule de la méga-machine pla­né­taire. Ce n’est plus qu’un agent qui pro­duit et consomme et dont la valeur est indexée sur son uti­li­té mar­chande.

L’homme est deve­nu un outil que l’on trim­bale d’un pays à un autre au gré du Mar­ché.

Comme l’a mon­tré Julius Evo­la (Julius Evo­la, Che­vau­cher le tigre), l’erreur et l’illusion du libé­ra­lisme et du mar­xisme consiste à pen­ser que la misère exis­ten­tielle de l’homme se réduit à souf­frir de la pau­vre­té maté­rielle. En consé­quence, seule comp­te­rait désor­mais l’élévation des condi­tions maté­rielles d’existence. C’est cette vision erro­née de l’homme qui jus­ti­fie aujourd’hui le droit à la libre cir­cu­la­tion des per­sonnes et fonde la logique immi­gra­tion­niste contem­po­raine.

L’homme européen et son peuple

Joseph de Maistre décla­rait (Joseph de Maistre, Consi­dé­ra­tion sur la France) n’avoir jamais ren­con­tré l’homme de sa vie, mais qu’il avait vu, en revanche, des Fran­çais, des Ita­liens, des Russes ou encore des Per­sans. En effet, l’homme « en soi » n’existe pas. Nous savons depuis Aris­tote qu’il est un ani­mal poli­tique, un être his­to­ri­que­ment engen­dré et qui devient humain par son inser­tion dans une culture. Il n’existe donc que des hommes concrets, fils de leurs pères, d’une terre, d’une époque, d’une his­toire et d’une civi­li­sa­tion.

A la notion abs­traite d’homme nous oppo­sons celle de per­sonne : dif­fé­ren­ciée par ses qua­li­tés, ses attaches anthro­po­lo­giques et cultu­relles, qui le dis­tinguent de tout autre et le rendent fon­da­men­ta­le­ment inégal et unique. Ses déter­mi­nismes ne viennent pas l’asservir mais lui offrent au contraire le béné­fice de nom­breuses soli­da­ri­tés natu­relles et gra­tuites et lui l’arment face aux tota­li­ta­rismes éta­tique et éco­no­mique.

De cette concep­tion de la per­sonne découle logi­que­ment la notion de peuple. En effet qu’est-ce qu’un peuple ?

Le peuple n’est pas le laôs que l’on per­çoit chez les mar­xistes et les libé­raux, c’est-à-dire la « popu­la­tion pré­sente », assise sur le droit du sol, cette masse déra­ci­née d’individus de toutes pro­ve­nances et qui ras­semble des gens pris au hasard, en les liants par un simple contrat. Cette vision contrac­tuelle du peuple et de la natio­na­li­té est ban­cale : « Ce n’est pas notre volon­té qui nous a faits Fran­çais (…). On ne choi­sit pas plus sa patrie – la terre de ses pères – que l’on ne choi­sit son père et sa mère. » écri­vait Maur­ras (Charles Maur­ras, Mes idées poli­tiques).

Non ! le peuple, c’est au contraire l’eth­nos, une com­mu­nau­té fon­dée sur l’héritage, la culture et la mémoire. Un groupe d’individu ne devient un peuple que s’il par­tage les mêmes ori­gines, s’il habite un lieu et ordonne un espace, s’il se donne des direc­tions ain­si qu’une fron­tière entre l’intérieur et l’extérieur. C’est donc une concep­tion eth­no­cul­tu­relle du peuple que nous oppo­sons à une concep­tion contrac­tuelle. Selon les propres mots de Domi­nique Ven­ner, « l’Europe n’est pas née des trai­tés de la fin du XXe siècle. Elle est issue de peuples frères qui, entre la Bal­tique et l’Egée, sur quelques mil­liers d’années, don­nèrent nais­sance à une com­mu­nau­té de culture sans égal (Domi­nique Ven­ner, His­toire et tra­di­tion des Euro­péens). »

Refonder le droit sur les réalités anthropo-culturelles européennes

Et c’est sur ces réa­li­tés anthro­po­lo­giques et cultu­relles et sur ces concep­tions de l’homme et du peuple, que nos liber­tés publiques doivent s’appuyer. Il est néces­saire de sor­tir de la logique uni­ver­sa­liste des droits de l’homme pour reve­nir à la notion clas­sique de liber­tés publiques. Notion qui était d’ailleurs ini­tia­le­ment ensei­gnée dans les Facul­tés de droit.

C’est en effet à l’intérieur d’un cadre don­né et d’un sys­tème juri­dique déter­mi­né : la Cité, que peuvent s’exercer nos liber­tés poli­tiques. A la dif­fé­rence des ins­ti­tu­tions et des cours de jus­tice inter­na­tio­nales, illé­gi­times et anti­dé­mo­cra­tiques, seule cette Cité, peut per­mettre l’effectivité et la sanc­tion de nos liber­tés. Face à l’idéalisme des droits de l’homme, c’est pré­ci­sé­ment cette effec­ti­vi­té du droit et sa dimen­sion démo­cra­tique que pri­vi­lé­gie la notion de “liber­té publique”.

Ces liber­tés publiques sont par ailleurs res­pec­tueuses de l’histoire et de la pra­tique locale. Elles naissent et se déve­loppent de façon cou­tu­mière. Toute liber­té publique n’est point conce­vable en tout lieu, mais cha­cune prend sa source dans la terre, l’espace et le temps.

A l’heure d’une mon­dia­li­sa­tion uni­for­mi­sa­trice, com­ment faire res­sor­tir cet esprit de Cité ?

A l’international, c’est en défen­dant un monde mul­ti­po­laire. Carl Schmitt (Carl Schmitt, Le Nomos de la terre) a bien mon­tré que chaque grande puis­sance régio­nale doit pou­voir mettre en œuvre son pro­jet poli­tique. Ces grandes puis­sances sont celles qui dis­posent d’un vaste espace géo­gra­phi­que­ment et his­to­ri­que­ment déter­mi­né ain­si que d’une popu­la­tion homo­gène et por­teuse d’une civi­li­sa­tion. Ces grands espaces reposent sur le prin­cipe d’inviolabilité des fron­tières. Il sup­pose en consé­quence le prin­cipe de non-inter­ven­tion, à l’opposé du droit d’ingérence moderne, dont les Etats-Unis usent et abusent.

Au niveau euro­péen, c’est en repre­nant conscience de nous-mêmes que nous pour­rons pro­té­ger notre civi­li­sa­tion. Juri­di­que­ment, il est fon­da­men­tal de reve­nir à la dis­tinc­tion légi­time entre citoyen et étran­ger – cette dis­cri­mi­na­tion fon­da­trice de tout ordre poli­tique, néces­sai­re­ment par­ti­cu­lier. En Occi­dent, le com­bat contre les dis­cri­mi­na­tions ne connaît plus de limites et inter­dit désor­mais toute dif­fé­ren­cia­tion légi­time. Une consé­quence par­mi tant d’autres est qu’il est désor­mais impos­sible pour les nations euro­péennes de se défi­nir et de se pré­ser­ver face à la menace que repré­sente l’idéologie mul­ti­cul­tu­ra­liste.

Il est donc pri­mor­dial de repen­ser la notion de dis­cri­mi­na­tion. En effet, qu’est-ce que dis­cri­mi­ner ? Selon l’Académie fran­çaise, c’est l’« action de dis­tin­guer une per­sonne, une caté­go­rie de per­sonnes ou un groupe humain en vue d’un trai­te­ment dif­fé­rent d’après des cri­tères variables ». A la base de toute pen­sée et de toute action, il y a une dis­cri­mi­na­tion. Dis­cri­mi­ner c’est tra­cer des fron­tières et défi­nir des limites. Dis­cri­mi­ner c’est pré­fé­rer, caté­go­ri­ser et même faire des amal­games. Sans dis­tinc­tion il ne peut exis­ter d’altérité et donc d’identité.

D’ailleurs au nom de quel grand prin­cipe un Etat devrait-il garan­tir sur son ter­ri­toire les mêmes droits (notam­ment les mêmes droits-créances) à ses citoyens et aux étran­gers ? Don­ner des droits, sans cri­tères de lien com­mun, de volon­té de vivre ensemble ou de coti­sa­tion aux sys­tèmes sociaux, c’est faire sau­ter toute idée de Nation, c’est faire-fi de toute idée de devoirs. Refu­ser cette dis­cri­mi­na­tion à un Etat c’est lui inter­dire de défendre ses citoyens, voire lui impo­ser de finan­cer des inté­rêts contraires.

On voit donc appa­raître en fili­granes la néces­si­té de mettre en place une pré­fé­rence natio­nale, ou, à une époque où la natio­na­li­té se résume à une carte d’identité et à un droit de créance sur l’Etat : une pré­fé­rence de civi­li­sa­tion. Cette der­nière ne serait pas fon­dée sur l’appartenance for­melle et juri­dique à un Etat-Nation, mais à une com­mu­nau­té eth­no-cultu­relle.

Sortir du juridisme

Pour que les Euro­péens puissent retrou­ver le droit à la conti­nui­té his­to­rique, il convien­dra para­doxa­le­ment de sor­tir de la logique juri­dique. Comme l’écrivait le doyen Car­bon­nier (Jean Car­bon­nier, Droit et pas­sion du droit sous la Ve Répu­blique), le droit ne doit pas être seul à régler la vie de la socié­té et à impo­ser aux hommes une cer­taine uni­té de conduite. Il existe des règles imma­té­rielles et intan­gibles qui échappent au droit ain­si qu’au bon vou­loir du juge et du légis­la­teur.

Le mul­ti­cul­tu­ra­lisme et l’individualisme semblent nous empê­cher de déve­lop­per ces outils antiques de régu­la­tion. Pour­tant, ancrée au fond de l’âme euro­péenne, il existe encore une éthique de la force et de la volon­té, de la pudeur et de la digni­té. Il n’appartient qu’à nous de la convo­quer.

Nul besoin de contrat quand l’honneur et le res­pect de la parole don­née vous enjoignent à rem­plir vos enga­ge­ments. Nul besoin de la froide règle du droit qui impose une soli­da­ri­té for­cée quand des liens orga­niques et cultu­rels vous invitent au don et à la cha­ri­té du cœur. Nul besoin de lois anti­ra­cistes quand le sens de la digni­té vous inter­dit d’exiger un droit à être pro­té­gé d’un quel­conque pro­pos « hai­neux ». Jamais un homme digne ne pour­rait deman­der, sans s’étouffer de honte, d’être léga­le­ment pro­té­gé du rire des autres, de leurs pro­pos déso­bli­geants ou de leur « pho­bie » sup­po­sée.

Cette culture de la vic­ti­mi­sa­tion est tota­le­ment étran­gère à la pudeur hel­lé­no-chré­tienne. Au XVIIe siècle notam­ment, on consi­dé­rait stoï­que­ment que l’étalage de cha­grin était une fai­blesse ou une dis­grâce. Un hon­nête homme tenait la maî­trise de ses sen­ti­ments pour une élé­gance.

A l’opposé des valeurs contem­po­raines com­pas­sion­nelles et paci­fistes, c’est au contraire une cer­taine fer­me­té et le goût de l’orgueil et de l’honneur, qui sont autant de valeurs dites archaïques, qui pour­raient pré­va­loir dans la crise migra­toire. Dans une socié­té culpa­bi­li­sée par la péni­tence et où règne l’égalitarisme, il est néces­saire de reve­nir aux idées de force et d’autorité. C’est en étant ferme que l’on pour­ra être juste. L’Europe ne pour­ra accueillir plus de migrants qu’au prix de sa propre dis­pa­ri­tion.

Le devoir des Européens à la continuité historique

En conclu­sion, rap­pe­lons qu’un droit ne peut aller sans devoir ni res­pon­sa­bi­li­té. La liber­té est indis­so­ciable d’une par­ti­ci­pa­tion active à la vie publique. Nous l’avons mon­tré, un droit n’est pas qu’un pou­voir. Nous ne pou­vons récla­mer à un droit à notre conti­nui­té his­to­rique sans éga­le­ment prendre conscience qu’il est de notre devoir d’assurer cette trans­mis­sion.

C’est une lutte poli­tique noble pour la pré­ser­va­tion de l’identité euro­péenne mais éga­le­ment de l’identité des autres peuples. Eux aus­si sont mena­cés par l’idéologie dis­sol­vante du mon­dia­lisme. Au sein de ces peuples habitent et vivent des per­sonnes qui parlent cha­cune une langue, par­tagent un mode de vie spé­ci­fique et une culture qui leur est propre et qui doivent être pro­té­gés notam­ment de par la diver­si­té qu’ils apportent au monde. C’est une éco­lo­gie des civi­li­sa­tions qu’il s’agit de déve­lop­per.

Orwell nous a appris que contrô­ler le pas­sé per­met­tait de contrô­ler l’avenir. A nous de nous réap­pro­prier notre pas­sé et d’utiliser cette éner­gie du sou­ve­nir pour vivre en Euro­péen et trans­mettre notre héri­tage mil­lé­naire.

L’Histoire n’est pas écrite d’avance, il n’y a pas de sens de l’Histoire : l’épopée de Jeanne d’Arc, la Recon­quis­ta ou l’effondrement du com­mu­nisme sont autant d’exemples nous inter­di­sant tout défai­tisme. Là où il y a une volon­té il y a un che­min, il n’appartient qu’à nous de retrou­ver la fier­té et le droit d’être euro­péens.

Thi­bault Mer­cier