Ce que nous sommes. Aux Sources de l’identité européenne, par Christopher Gérard

Communiqué de presse du 7 mars 2018 : Ce que nous sommes. Aux sources de l’identité européennev

Ce que nous sommes. Aux Sources de l’identité européenne, par Christopher Gérard

Tonique, un vrai cordial !, le manifeste que publie l’Institut Iliade sous la houlette de l’historien Philippe Conrad, ancien directeur de séminaire au Collège interarmées de défense et patron de la défunte Nouvelle Revue d’Histoire. Son exaltation de la Chrétienté médiévale, un tantinet indulgente sur le mode de conversion de notre continent, touche d’autant plus que la France vient de perdre un officier qui incarna la figure du chevalier – je veux parler du lieutenant-colonel Beltrame. L’ombre du regretté Dominique Venner plane aussi, et nul ne s’en étonnera, sur tout le recueil, tant les douze auteurs communient dans cet esprit de rébellion aristocratique auquel s’identifia si bien l’auteur du Cœur rebelle.

L’objectif, atteint, était de syn­thé­ti­ser en une langue aus­si claire qu’accessible les fon­de­ments d’une manière d’être, celle des Bons Euro­péens : leur mémoire ances­trale, le regard qu’ils portent depuis les ori­gines sur le monde et, last but not least (car il ne s’agit nul­le­ment d’un chant funèbre, encore moins d’un exer­cice d’antiquaire), les com­bats à mener, aujourd’hui et demain, contre les uto­pies nive­leuses et les dis­cours dis­sol­vants, contre cette fatigue entre­te­nue par les forces du néant. De la pré­his­toire indo-euro­péenne à la musique contem­po­raine, des Kour­ganes à Arvo Pärt, de la Grèce d’Ulysse à la Rome d’Auguste (mais, curieu­se­ment, la Matière de Bre­tagne semble avoir été omise), les contri­bu­teurs mettent en évi­dence ce sens de l’excellence, ce goût de la mesure et ce refus de l’hubris, ce sou­ci de la com­mu­nau­té civique (la polis, encore un mot grec), cette pré­fé­rence pour les conti­nui­tés créa­trices (et non pour les rup­tures sté­ri­li­santes) qui carac­té­risent le Finis­tère de l’Asie – Euro­pa nos­tra.

Dans une lumi­neuse for­mule, le musi­co­logue Jean-Fran­çois Gau­tier évoque la véri­té, fon­de­ment de notre vision cos­mique : « non un conte­nu doc­tri­nal des­cen­du de cieux incon­nais­sables, mais l’expression d’une sub­ti­li­té d’observation dont le sage sait tirer les bonnes conclu­sions ». Plus loin, Lio­nel Ron­douin, ancien offi­cier et nor­ma­lien, défi­nit à la per­fec­tion le type gibe­lin par oppo­si­tion au guelfe, le tenant, sou­vent puri­tain, de dogmes uni­ver­sels (et du droit d’ingérence quand il s’agit de les impo­ser).

Les Douze (dont un Belge qui se pique d’hellénisme) tentent cha­cun d’illustrer la quin­tes­sence de la dis­si­dence anti­mo­derne. Lire et faire lire ce bré­viaire, s’en ins­pi­rer dans notre résis­tance quo­ti­dienne à l’ahurissement, l’utiliser comme source (pérenne) de puri­fi­ca­tion men­tale, voi­là quelques pistes offertes aux ama­zones et aux hoplites de notre bel aujourd’hui.

Chris­to­pher Gérard
Source : archaion.hautetfort.com

Phi­lippe Conrad dir., Ce que nous sommes. Aux Sources de l’identité euro­péenne, Edi­tions Pierre-Guillaume de Roux, 198 pages, 16 €.