Appréhender l’Histoire

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Philippe Conrad, Le poids des armes. Guerres et conflits de 1900 à 1945 (PUF, Major, 2004)

Une syn­thè­se des connais­san­ces les plus essen­tiel­les pour ana­ly­ser, au-delà de la seule his­toi­re miliai­re, les conflits qui ont ryth­mé le dérou­le­ment de l’un des siè­cles les plus bel­li­gè­nes de l’Histoire. « L’art mili­tai­re » com­me esquis­se d’une his­toi­re tota­le. Ce der­nier objec­tif étant éga­le­ment illus­tré par l’ouvrage le plus récent de l’auteur, direc­teur de La Nou­vel­le revue d’histoire : 1914, La guer­re n’aura pas lieu (Genè­se édi­tion, 2014).

Georges Duby, Le chevalier, la femme et le prêtre (1981, Fayard/Pluriel, 2012). Acheter en ligne

A tra­vers l’histoire de l’institution du maria­ge, la résur­gen­ce de la tri­fonc­tion­na­li­té indo-euro­péen­ne com­me modè­le de l’Occident médié­val.

Georges Duby, Le dimanche de Bouvines (1973, Gallimard, Folio, 1985). Acheter en ligne

« Une bataille. Un évé­ne­ment. Ponc­tuel. Reten­tis­sant. » Par l’un des plus émi­nents médié­vis­tes fran­çais, la réha­bi­li­ta­tion de l’histoire des batailles par l’analyse conjoin­te du contex­te social, cultu­rel et idéo­lo­gi­que.

Mircea Eliade, Le mythe de l’éternel retour (1949, Gallimard, Folio, 1989). Acheter en ligne

Un essai qui se veut intro­duc­tion à « une phi­lo­so­phie de l’Histoire », mar­quée par la révol­te des socié­tés tra­di­tion­nel­les contre le temps his­to­ri­que et leur nos­tal­gie d’un retour pério­di­que au temps mythi­que des ori­gi­nes.

Jean-François Gautier, Le sens de l’Histoire (Ellipses, 2013). Acheter en ligne

Une « his­toi­re du mes­sia­nis­me en poli­ti­que » qui ana­ly­se l’opposition onto­lo­gi­que entre l’antiquité gré­co-lati­ne et l’antiquité sémi­ti­que (judéo-hel­lé­nis­me et chris­tia­nis­me). Un choc ini­tial et des­truc­teur qu’il s’agit de dépas­ser, l’auteur pré­co­ni­sant une troi­siè­me voie qui noue­rait ver­be et action, beau­té et digni­té, pré­sent et futur. Un essai magis­tral.

Sylvain Gouguenheim, Aristote au Mont Saint-Michel (Seuil, 2008)

L’hellénisation de l’Europe chré­tien­ne com­me fruit de la volon­té des Euro­péens eux-mêmes. Le tableau d’une Euro­pe qui a d’ailleurs tou­jours main­te­nu ses contacts avec le mon­de grec. Loin de la fable qui vou­drait attri­buer aux musul­mans la redé­cou­ver­te du savoir grec par les hom­mes du Moyen Age. « Si le ter­me de “raci­nes” a un sens pour les civi­li­sa­tions, les raci­nes du mon­de euro­péen sont donc grec­ques, cel­les du mon­de isla­mi­que ne le sont pas ». Une étu­de impla­ca­ble, et cou­ra­geu­se.

Hérodote, L’Enquête (édition d’Andrée Barguet, Folio, Livres I à IV, 1985, Livres V à IX, 1990). Acheter en ligne

L’Antiquité qui revit sous la plu­me du père de l’ethnographie, de la géo­gra­phie, du repor­ta­ge et du roman. Mais aus­si et sur­tout, pour nous com­me pour les Anciens, le père de l’Histoire.

Jacques Heers, L’Histoire assassinée. Les pièges de la mémoire (Editions de Paris, 2006)

Un inven­tai­re des mani­pu­la­tions de l’Histoire, par le grand médié­vis­te Jac­ques Heers. Une vigou­reu­se dénon­cia­tion de l’étroite sur­veillan­ce exer­cée par l’Etat sur la démar­che his­to­ri­que, mais aus­si de « la tra­hi­son des clercs » : « L’Histoire s’est dévoyée. Elle se dit “scien­ce humai­ne” mais n’étudie sou­vent que des caté­go­ries, des clas­ses et ordres, des condi­tions socia­les où l’individu paraît effa­cé, inexis­tant, sou­mis à la géo­gra­phie, à l’évolution des tech­ni­ques, à l’économie ou même au “sens de l’Histoire”. Elle édic­te des règles qui ne souf­frent ni excep­tions ni contra­dic­tions ».

Abel Miroglio, La psychologie des peuples (1958, PUF, Que Sais-Je ?, 1970)

Dans la lignée d’Hérodote et de Stra­bon : « Cha­que pays, cha­que région, cha­que vil­le, cha­que vil­la­ge a son carac­tè­re pro­pre qui n’apparaît pas seule­ment dans la for­me des toits ou la dis­po­si­tion des rues » (Geor­ges Cha­bot, in L’information géo­gra­phi­que, 1959). Une ode à l’altérité des cultu­res et à l’identité des peu­ples.

Michel Pastoureau, Une histoire symbolique du Moyen Age occidental (2004, Points Seuil, 2014). Acheter en ligne

L’histoire des ani­maux et des végé­taux, des cou­leurs et des ima­ges, des signes et des son­ges, com­me com­po­san­te essen­tiel­le de l’histoire socia­le, éco­no­mi­que ou poli­ti­que. Une syn­thè­se magis­tra­le, par l’auteur qui s’est fait connaî­tre par ses étu­des sur la sym­bo­li­que des cou­leurs, notam­ment Bleu : His­toi­re d’une cou­leur (2000, Points Seuil, 2014) et Les cou­leurs de nos sou­ve­nirs (Seuil, Prix Médi­cis 2010).

Michel Pastoureau, L’ours. Histoire d’un roi déchu (Seuil, 2007). Acheter en ligne

L’ours en pelu­che com­me der­nier écho d’une rela­tion pas­sion­nel­le venue du fond des âges : quand le roi des ani­maux n’était pas le lion bibli­que, mais le maî­tre des caver­nes. « Admi­ré, véné­ré, pen­sé com­me un parent ou un ancê­tre de l’homme ».

Alexandre Soljenitsyne, Deux siècles ensemble, tome 2 (Fayard, 2003). Acheter en ligne

Les Juifs, la Rus­sie et le mou­ve­ment bol­che­vi­que. Une œuvre jus­ti­fiée par le grand his­to­rien bri­tan­ni­que Robert Ser­vi­ce. « Indis­pen­sa­ble pour com­pren­dre de l’intérieur la révo­lu­tion bol­che­vi­que et ses pro­lon­ge­ments » (Domi­ni­que Ven­ner).

Oswald Spengler, Le Déclin de l’Occident (1918–1922, Tomes I & II, Gallimard, 1948). Acheter en ligne

« Un thè­me phi­lo­so­phi­que qui, si on l’entend dans sa gra­vi­té, impli­que en soi tous les grands pro­blè­mes de l’être ». Une œuvre tra­gi­que, par­fois contes­ta­ble, mais tou­jours sti­mu­lan­te.

Thucydide, Histoire de la guerre du Péloponnèse (Robert Laffont, Bouquins, 2007). Acheter en ligne

L’œuvre du pre­mier his­to­rien moder­ne. Le sens du détail et de la mise en pers­pec­ti­ve, le refus de tout mani­chéis­me. A lire dans l’édition tra­dui­te et pré­sen­tée par Jac­que­li­ne de Romil­ly, et pré­cé­dée de La cam­pa­gne avec Thu­cy­di­de, d’Albert Thi­bau­det, qui suf­fit à démon­trer l’éternelle actua­li­té de cet­te œuvre fon­da­tri­ce.

Arnold Toynbee, L’Histoire (1934–1961, Grande bibliothèque Payot, 1996). Acheter en ligne

L’ouvrage monu­men­tal de l’autre grand his­to­rien « mor­pho­lo­gis­te », avec Spen­gler, com­pa­rant le deve­nir des civi­li­sa­tions dans la lon­gue durée. Une ten­ta­ti­ve de décloi­son­ne­ment des savoirs. Une appro­che per­ti­nen­te.

Dominique Venner, Le choc de l’histoire. Religion, mémoire, identité (Via Romana, 2011). Acheter en ligne

Contre la ten­ta­tion du fata­lis­me et du défai­tis­me, les condi­tions du néces­sai­re réveil des Fran­çais et des Euro­péens. Ou com­ment com­pren­dre l’histoire — y com­pris cel­le qui se fait sous nos yeux — pour mieux conju­rer le déclin et condui­re sa pro­pre vie. Un essai toni­que et nova­teur.

Philippe de Villiers, Le roman de Saint-Louis (Albin Michel, 2013). Acheter en ligne

Un por­trait du Roi Très Chré­tien qui est aus­si un cri d’amour pour l’histoire de Fran­ce et de la chré­tien­té occi­den­ta­le. Une pas­sion pour la qua­li­té des êtres qui font cet­te his­toi­re, et que l’on retrou­ve dans Le roman de Char­ret­te (2012) et Le roman de Jean­ne d’Arc (2014).

Eric Zemmour, Mélancolie française (Le Livre de Poche, 2010). Acheter en ligne

Une appro­che en effet par trop mélan­co­li­que, et par­fois dis­cu­ta­ble, mais qui pro­po­se d’aborder l’histoire de Fran­ce tout à la fois com­me un roman et com­me une exi­gen­ce. « Si vous n’êtes romain, soyez digne de l’être » : le vers de Cor­neille aura por­té, pour Zem­mour, l’ambition fran­çai­se pen­dant quin­ze siè­cles. « Sauf qu’aujourd’hui la méca­ni­que impé­ria­le est cas­sée. Com­me si nous vivions déjà à l’heure de la chu­te de l’empire, sub­mer­gés par de nou­veaux “bar­ba­res”…  »

Cré­dit pho­to : DR