Lettre U

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U

Un

Les Hel­lè­nes par­lent mal quand ils disent : naî­tre et mou­rir. Car rien ne naît ni ne périt, mais des cho­ses déjà exis­tan­tes se com­bi­nent, puis se sépa­rent de nou­veau. Pour par­ler jus­te, il fau­drait donc appe­ler le com­men­ce­ment des cho­ses une com­po­si­tion et leur fin une décom­po­si­tion.”

Anaxa­go­re, Frag­ment I, 500–428 av. notre ère

Tags : Anaxagore, fragment, un, naître, mourir, se combiner, se séparer, commencement des choses, composition, fin, décomposition existence
Unicité

« Et le spec­tre de l’uniformité ne rôde pas seule­ment autour des bêtes et des plan­tes. Les hom­mes, leurs idées, leurs aspi­ra­tions, leurs dieux et leurs œuvres sont mena­cés par la civi­li­sa­tion du Même. Un Papou conver­ti au chris­tia­nis­me, c’est un dieu cou­tu­mier qui ne sera plus prié, c’est donc un pas de plus vers l’unicité. »

Syl­vain Tes­son, Petit trai­té sur l’immensité du mon­de, édi­tions des Equa­teurs, 2005

Tags : Sylvain Tesson, traité, immensité, monde, uniformité, même, unicité

 

Uniformisation

« A notre insu, len­te­ment, cou­ra­geu­se­ment, opi­niâ­tre­ment, on nous arra­chait au sin­gu­la­ris­me païen, pour nous pré­pa­rer aux fruc­tueux échan­ges uni­ver­sels, c’est-à-dire, pour pou­voir un jour, tous unis et confon­dus, nous ser­vir des mêmes barè­mes, des mêmes machi­nes et deve­nir de bons consom­ma­teurs incon­di­tion­nels, se conten­tant des mêmes HLM ! »

Hen­ri Vin­ce­not, La Bille­bau­de, édi­tions Denoël, 1978

Tags : Henri Vincenot, Billebaude, uniformisation, païen
Uniformité

C’est le matin que les pro­fes­seurs et les poli­ciers récla­ment, que les phi­lo­so­phes ont exal­té depuis deux siè­cles, le matin de l’uniformité, du réflexe condi­tion­né, du meilleur des mon­des, de l’ordre abso­lu, de la réa­li­té éga­li­tai­re, de la gri­saille, de la réac­tion uni­for­me à un sti­mu­lus uni­for­me, le matin où une clo­che qui tin­te­ra fera pren­dre aux mou­tons le che­min du pâtu­ra­ge. C’est aus­si le matin pour la venue duquel nous prions dans nos orga­ni­sa­tions indus­triel­les, dans nos fer­mes col­lec­ti­ves, dans nos conci­les ecclé­sias­ti­ques, dans nos sys­tè­mes de gou­ver­ne­ment, dans nos rap­ports entre Etats, dans nos nobles deman­des d’un gou­ver­ne­ment mon­dial. C’est le matin auquel nous aspi­rons lors­que nous for­mu­lons la priè­re d’être un jour tous les mêmes. C’est le matin contre la venue duquel, qu’ils le sachent ou non, les jeu­nes élè­vent leur pro­tes­ta­tion. Et c’est un matin, il faut l’espérer, qui ne vien­dra jamais.”

Robert Ardrey, La loi natu­rel­le, Sto­ck, 1971

Tags : Robert Ardrey, la loi naturelle, uniformité, grisaille, égalitarisme, semblable, meilleur des mondes
Union européenne (UE)

Qu’une enti­té poli­ti­que se for­me, puis s’agrandisse par des moyens entiè­re­ment paci­fi­ques, c’est dans l’histoire une nou­veau­té inouïe dont il faut se féli­ci­ter. Mais ne soyons pas naïfs et sachons per­ce­voir, der­riè­re l’« Hym­ne à la Joie », les froids cal­culs des déci­deurs : l’élargissement de la Com­mu­nau­té a quel­que cho­se d’une pré­da­tion. Les éco­no­mies avan­cées espè­rent exploi­ter des réser­ve de main-d’œuvre qua­li­fiée à bon mar­ché.”

Rémi Bra­gue, Modé­ré­ment moder­ne, Flam­ma­rion, 2014

Tags : Rémi Brague, Modérément moderne, Flammarion, Europe, Union européenne, UE, hymne à la joie, prédation, exploitation, ouvriers qualifiés, bon marché, marché, libéralisme
Utopie

Nous vivions dans l’insolence de notre for­ce et fré­quen­tions la table des puis­sants de ce mon­de. […] Il est des temps de déca­den­ce, où s’efface la for­me en laquel­le notre vie pro­fon­de doit s’accomplir. Arri­vés dans de tel­les épo­ques, nous vacillons et tré­bu­chons com­me des êtres à qui man­que l’équilibre. Nous tom­bons de la joie obs­cu­re à la dou­leur obs­cu­re, le sen­ti­ment d’un man­que infi­ni nous fait voir pleins d’attraits l’avenir et le pas­sé. Nous vivons ain­si dans des temps écou­lés ou dans des uto­pies loin­tai­nes, cepen­dant que l’instant s’enfuit. Sitôt que nous eûmes conscien­ce de ce man­que, nous fîmes effort pour y parer. Nous lan­guis­sions après la pré­sen­ce, après la réa­li­té, et nous serions pré­ci­pi­tés dans la gla­ce, le feu ou l’éther pour nous déro­ber à l’ennui. Com­me tou­jours, là où le dou­te s’accompagne de plé­ni­tu­de, nous fîmes confian­ce à la for­ce, et n’est-elle pas l’éternel balan­cier qui pous­se en avant les aiguilles, indif­fé­ren­te au jour et à la nuit ? Nous nous mîmes donc à rêver de for­ce et de puis­san­ce, et des for­mes qui, s’ordonnant intré­pi­de­ment, mar­chent l’une sur l’autre dans le com­bat de la vie, prê­tes au désas­tre com­me au triom­phe.”

Ernst Jün­ger, Sur les falai­ses de mar­bre (Auf den Mar­mork­lip­pen), 1939

Tags : Jünger, Sur les falaises de marbre, Auf den Marmorklippen, utopie, force, décadence, équilibre, conscience, glace, feu, éther, ennui, confiance, désastre, triomphe

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