Lettre R

R

Racines

« Il est temps de nous remettre en marche, à la recherche de la vivace racine qui existe en cha­cun de nous. »

Clau­dine Vin­ce­not, Confi­dences des deux rivages, édi­tions Anne Car­rière, 1999

Tags : Henri Vincenot, Claudine Vincenot, confidences, racines, marche
Racines

Les arbres aux racines pro­fondes sont ceux qui montent haut.”

Fré­dé­ric Mis­tral, Les Iles d’or (Lis Isclo d’or), 1875

Tags : Frédéric Mistral, îles d’or, racines, arbres, hauteur
Racines

[…] La col­lec­ti­vi­té a ses racines dans le pas­sé. Elle consti­tue l’unique organe de conser­va­tion pour les tré­sors spi­ri­tuels amas­sés par les morts, l’unique organe de trans­mis­sion par l’intermédiaire duquel les morts puissent par­ler aux vivants. Et l’unique chose ter­restre qui ait un lien direct avec la des­ti­née éter­nelle de l’homme, c’est le rayon­ne­ment de ceux qui ont su prendre une conscience com­plète de cette des­ti­née, trans­mis de géné­ra­tion en géné­ra­tion.”

Simone Weil, L’Enracinement, 1943, éd. Gal­li­mard 1949

Tags : Simone Weil, enracinement, gallimard, passé, racines, collectivité, organe, conservation, trésors spirituels, morts, générations, transmission, vivants, destinée, éternité, homme, rayonnement, conscience, histoire, mémoire
Racines

Dès le début de son action, Pearse avait com­pris que les hommes qui veulent retrou­ver leurs racines doivent d’abord hono­rer ceux qui les ont pré­cé­dés sur cette voie magni­fique et ingrate du retour vers soi-même.”

Jean Mabire, Patrick Pearse, une vie pour l’Irlande, édi­tions Terre et Peuple, 1998

Tags : Mabire, Pearse, IRA, racines, honorer, Irlande
Racines

N’oublions pas que ce n’est pas le nombre et la lon­gueur de ses branches, mais la pro­fon­deur et la san­té des racines qui font la vigueur d’un arbre.”

Gus­tave Thi­bon, L’équilibre et l’harmonie, Fayard, 1976

Tags : Gustave Thibon, l’équilibre et l’harmonie, racines, branches, profondeur, santé, vigueur, arbre
Radicalité

La radi­ca­li­té […] implique de cher­cher tou­jours à com­prendre plus loin, en remon­tant à la racine (radix) – à la chose même (zur Sache selbst, disait Hei­deg­ger en se réfé­rant à Hus­serl) – e à en tirer les consé­quences. Etre radi­cal, ce n’est pas seule­ment refu­ser le com­pro­mis, c’est s’intéresser aux causes loin­taines plus qu’aux effets immé­diats, déduire d’une posi­tion quel­conque les conclu­sions logiques qui en dérivent (si l’on sou­tient telle posi­tion, alors on ne peut pas sou­te­nir telle autre, mais on doit en revanche admettre une troi­sième dans tel autre domaine), cher­cher à connaître la nature d’une thé­ma­tique en éta­blis­sant sa généa­lo­gie, c’est-à-dire en remon­tant à ses ori­gines. Don­ner aux choses une dimen­sion de pro­fon­deur qui est consti­tu­tive de la pen­sée. La recherche des prin­cipes pre­miers, la médi­ta­tion sur les choses ultimes font par­tie de la radi­ca­li­té. Ce qui exige d’être intel­lec­tuel­le­ment struc­tu­ré.”

Alain de Benoist, Mémoire vive, entre­tiens avec Fran­çois Bous­quet, édi­tions de Fal­lois, 2012

Tags : Alain de Benoist, Mémoire vive, François Bousquet, radicalité, extrémisme, Heidegger, Husserl, compromis, retour aux choses, généalogie, origines, pensée, principes premiers
Raison

Défendre la rai­son […] fait par­tie de l’essence même du chris­tia­nisme. Ches­ter­ton fait dire à son prêtre-détec­tive, le père Brown, quand un faux ecclé­sias­tique qu’il vient de démas­quer lui demande com­ment il a bien pu faire pour l’identifier : « Vous avez atta­qué la rai­son, c’est de la mau­vaise théo­lo­gie ». Juifs et chré­tiens sont en tant que tels des ratio­na­listes. A leurs yeux, « au com­men­ce­ment », au prin­cipe de toutes choses, il y avait et il y a encore le logos. Les pre­miers mots du qua­trième Evan­gile : « Au com­men­ce­ment était le Verbe » (logos) font écho aux pre­miers mots de la Genèse, qui ouvre toute la Bible. Dieu lui aus­si est ration­nel, et peut-être même ratio­na­liste.”

Rémi Brague, Modé­ré­ment moderne, Flam­ma­rion, 2014

Tags : Rémi Brague, Modérément moderne, Flammarion, raison, logos, rationaliste, dieu, bible, au commencement était le verbe, genèse, Chesterton, père Brown,
Raison — voir aussi : Eglise

Je sais bien que les gens accusent l’Eglise d’abaisser la rai­son, mais c’est tout le contraire. Seule sur terre, l’Eglise fait de la rai­son quelque chose de vrai­ment suprême. Seule sur terre, elle affirme que Dieu lui-même est lié par la rai­son.”

Gil­bert K. Ches­ter­ton, The Blue Cross, 1910

Tags : Chesterton, Father Brown, père Brown, the blue cross, Valentin Follows a Curious Trail, raison, Eglise, Dieu
Réalité — voire aussi : Origines

Nous vivons dans un déni du col­lec­tif et du sym­bo­lique qui confine à la néga­tion de la réa­li­té de la condi­tion humaine et des condi­tions de l’expérience humaine, la pesan­teur, la durée, l’origine, l’appartenance, cette réa­li­té jamais aus­si pré­sente sans doute qu’au moment où elle est refu­sée davan­tage. Nous, Euro­péens, qui avons refu­sé de men­tion­ner l’origine chré­tienne de l’Europe et pré­ten­dons inter­dire à l’Italie d’accrocher des cru­ci­fix dans ses écoles, fai­sons comme si l’argent fai­sait socié­té, comme si la bulle de l’assistance et de l’argent public pou­vait rem­pla­cer la fron­tière, oublier l’origine et se sub­sti­tuer à l’unité poli­tique. Et nous, Fran­çais, fai­sons comme si ce n’était pas les arrière-petits-enfants des esclaves de la traite, les des­cen­dants loin­tains des royaumes et des empires assu­jet­tis et rui­nés, qui nous demandent des comptes en rai­son des liens, des ori­gines et du sang ! Ils ont été ceux que nous serons, expul­sés de notre ori­gine, inter­dits de notre iden­ti­té, sus­pec­tés de résis­tance à notre dis­pa­ri­tion, rebelles à deve­nir colo­nie de nos colo­nies. L’étrange consen­te­ment de l’Europe à sa fin n’est pas étran­ger aux attaques dont elle fait l’objet : le par­tage des dépouilles attire les appé­tits…”

Her­vé Juvin, Le ren­ver­se­ment du monde – Poli­tique de la crise, Gal­li­mard, 2010

Tags : Hervé Juvin, le renversement du monde, politique de la crise, Gallimard, origines, réalité, Europe, France, immigration, identité, disparition, appartenance, condition humaine
Réapprendre

Réap­prendre aux hommes le goût et le res­pect des qua­li­tés d’homme, rame­ner la vie et les âmes vers le cours natu­rel des choses, voi­là les deux maximes qui devraient gui­der ceux qui pensent que l’homme peut encore mettre le mors au che­val embal­lé que nous appe­lons notre « civi­li­sa­tion ».”

Mau­rice Bar­dèche, Sparte et les Sudistes, Les Sept Cou­leurs, 1969

Tags : Bardèche, sparte et les sudistes, réapprendre, hommes, goût, respect, qualités, vie, âmes, cheval emballé, civilisation
Rebelle

Deux qua­li­tés sont indis­pen­sables au Rebelle. Il refuse de se lais­ser pres­crire sa loi par les pou­voirs, qu’ils usent de la pro­pa­gande ou de la vio­lence. Et il est déci­dé à se défendre.”

Ernst Jün­ger, Trai­té du rebelle ou le recours aux forêts (Der Wald­gang), 1951

Tags : Jünger, traité du rebelle, Rebelle, loi, pouvoirs, propagande, violence, combat, défense
Rebelle

Com­ment peut-on être rebelle aujourd’hui ?

Je me demande sur­tout com­ment on pour­rait ne pas l’être ! Exis­ter, c’est com­battre ce qui me nie. Etre rebelle, ce n’est pas col­lec­tion­ner des livres impies, rêver de com­plots fan­tas­ma­go­riques ou de maquis dans les Cévennes. C’est être à soi-même sa propre norme. S’en tenir à soi quoi qu’il en coûte. Veiller à ne jamais gué­rir de sa jeu­nesse. Pré­fé­rer se mettre tout le monde à dos que se mettre à plat ventre. Pra­ti­quer aus­si en cor­saire et sans ver­gogne le droit de prise. Piller dans l’époque tout ce que l’on peut conver­tir à sa norme, sans s’arrêter sur les appa­rences. Dans les revers, ne jamais se poser la ques­tion de l’inutilité d’un com­bat per­du.”

Domi­nique Ven­ner, Le cœur rebelle, édi­tions Les Belles Lettres, 1994, réédi­tion Pierre-Guillaume de Roux, 2014

Tags : Venner, cœur rebelle, rebelle, norme, jeunesse, corsaire, combat, Pierre-Guillaume de Roux
Réconciliation

Lorsqu’on recherche et qu’on découvre les véri­tables causes du com­bat, on honore l’héroïsme, on l’honore par­tout, et tout d’abord chez l’ennemi. C’est pour­quoi, après une guerre, la récon­ci­lia­tion devrait d’abord se faire entre adver­saires com­bat­tants. J’écris en tant que guer­rier, ce qui n’est peut-être pas d’actualité. Mais pour­quoi donc, nous, com­bat­tants, ne cher­che­rions-nous pas à nous ren­con­trer et à nous accor­der sur notre propre ter­rain, celui du cou­rage viril ? Nous ne ris­que­rons pas une décep­tion plus grande que celle qu’éprouvent chaque jour, dans leur propre domaine, les hommes d’Etat, les artistes, les savants et même les mys­tiques. N’avons-nous pas ser­ré la main qui venait de nous lan­cer une gre­nade, alors que ceux de l’arrière s’enfonçaient tou­jours plus pro­fon­dé­ment dans les brous­sailles de leur haine ? N’avons-nous pas plan­té des croix sur les tombes de nos enne­mis ?”

Ernst Jün­ger, La Guerre notre Mère (Der Kampf als inneres Erleb­nis), 1922

Tags : Jünger, la guerre notre mère, combat, combattants, héroïsme, courage viril, haine, réconciliation
Recours aux forêts

Le recours aux forêts demeure pos­sible, lors même que toutes les forêts ont dis­pa­ru, pour ceux-là qui cachent en eux des forêts.”

Ernst Jün­ger, Trai­té du rebelle ou le recours aux forêts (Der Wald­gang), 1951

Tags : Ernst Jünger, Le Traité du rebelle, recours aux forêts, force intérieure, spiritualité
Réel

Un cri­té­rium du réel, c’est que c’est dur et rugueux. On y trouve des joies, non de l’agrément. Ce qui est agréable est rêve­rie.”

Simone Weil, La Pesan­teur et la Grâce, 1942, éd. Plon 1947

Tags : Simone Weil, pesanteur, grâce, réel, dur, rugueux, joies, agrément, agréable, rêverie
Réflexion

« Un être qui cesse de réflé­chir est en dan­ger de perdre toutes ces facul­tés et ces qua­li­tés spé­ci­fi­que­ment humaines. »

Kon­rad Lorenz, Les huit péchés capi­taux de notre civi­li­sa­tion, 1974

Tags : Konrad Lorenz, Les huit péchés capitaux de notre civilisation, réflexion, être, réfléchir, facultés, qualités, danger, humain
Réformisme

« Le réfor­misme offi­ciel est deve­nu de façade, il est à pré­sent le bras armé, et pré­sen­table, du néo­li­bé­ra­lisme. »

Mar­cel Gau­chet, Que faire ? Dia­logue sur le com­mu­nisme, le capi­ta­lisme et l’avenir de la démo­cra­tie, avec Alain Badiou, Phi­lo­so­phie édi­tions, 2014

Tags : réformisme, badiou, gauchet, que faire, bras armé, néolibéralisme, capitalisme
Régime politique

« Des régimes appa­rem­ment bien assis peuvent subi­te­ment s’effondrer dans l’indifférence géné­rale, faute de défen­seurs, ou dans l’allégresse, en rai­son du grand nombre de mécon­tents. »

Domi­nique Ven­ner, Le cœur rebelle, Les Belles Lettres, 1994, réédi­tion Pierre-Guillaume de Roux, 2014

Tags : Venner, le cœur rebelle, pierre-guillaume de roux, belles lettres, régimes, régime politique, effondrement, allégresse, mécontents, défenseurs, histoire
Relativité

« Et d’après Pro­ta­go­ras aus­si, l’être humain est la mesure de toutes réa­li­tés, pour les étants mesure de leur exis­tence, pour les non-étants mesure de leur non-exis­tence ; il appelle « mesure » le cri­tère et « réa­li­tés » les choses, de sorte qu’il dit impli­ci­te­ment que l’être humain est le cri­tère de toutes choses, du fait qu’elles sont pour celles qui sont, du fait qu’elles ne sont pas pour celles qui ne sont pas ; et voi­là pour­quoi il pose seule­ment ce qui appa­raît à cha­cun, et de cette manière il intro­duit le rela­tif. »

Sex­tus Empi­ri­cus, Esquisses pyr­rho­niennes, I, 32, IIe siècle de notre ère

Tags : Sextus Empiricus, espquisses pyrrhoniennes, relativité, relatif, scepticisme, philosophie secptique, Protagoras, étant, non-étants, non-existence, être humain, critère de toutes choses
Relations humaines

« Aujourd’hui, quand on ren­contre quelqu’un, juste après la poi­gnée de main et un regard fur­tif, on note les noms de sites et de blogs. La séance devant les écrans a rem­pla­cé la conver­sa­tion. Après la ren­contre, on ne conser­ve­ra pas le sou­ve­nir des visages ou des timbres de voix mais on aura des cartes avec des numé­ros. La socié­té humaine a réus­si son rêve : se frot­ter les antennes à l’image des four­mis. Un jour, on se conten­te­ra de se reni­fler. »

Syl­vain Tes­son, Dans les forêts de Sibé­rie, édi­tions Gal­li­mard, 2011

Tags : Sylvain Tesson, forêts, Sibérie, relations humaines, conversation, modernité
Religion

« Les mêmes esprits qui s’étaient esti­més assez forts pour tran­cher les liens de l’antique reli­gion des ancêtres étaient à ce point asser­vis par le sor­ti­lège d’idoles bar­bares. L’image qu’ils offraient d’eux-mêmes dans leur aveu­gle­ment était plus répu­gnante que l’ivresse que l’on voit dans le plein jour. Alors qu’ils pen­saient prendre leur vol et s’en fai­saient gloire, ils se vau­traient dans la pous­sière. »

Ernst Jün­ger, Sur les falaises de marbre (Auf den Mar­mork­lip­pen), 1939

Tags : Jünger, Sur les falaises de marbre, Auf den Marmorklippen, religion, esprits, esprit fort, barbares, idoles, image, ivresse, gloire, poussière
Religion (de l’Humanité)

Qui était sor­ti vain­queur de cette fausse guerre [la guerre froide, NDLR] ? Les Etats-Unis, bien enten­du, et l’économie de mar­ché. Mais aus­si la reli­gion de l’Humanité, une, uni­forme et uni­ver­selle. Une reli­gion com­mune aux deux adver­saires de la veille. Et ce n’était pas leur seule affi­ni­té. Que vou­laient les com­mu­nistes d’autrefois ? Ils vou­laient la mise en com­mun des richesses de l’humanité et une ges­tion ration­nelle assu­rant à tous abon­dance et paix. Ils vou­laient aus­si la créa­tion d’un homme nou­veau, capable de dési­rer ces bien­faits, un homme ration­nel et uni­ver­sel, déli­vré de toutes ces entraves que sont des racines, une nature et une culture. Ils vou­laient enfin assou­vir leur haine des hommes concrets, por­teurs de dif­fé­rences, leur haine éga­le­ment de la vieille Europe, mul­tiple et tra­gique. Et l’Occident amé­ri­cain, que veut-il ? Eh bien, la même chose. La dif­fé­rence porte sur les méthodes. Récu­sant la pla­ni­fi­ca­tion par la contrainte, le sys­tème amé­ri­cain voit dans le mar­ché le fac­teur prin­ci­pal de la ratio­na­li­té et des chan­ge­ments. […]

Le com­mu­nisme de mar­ché, autre nom du mon­dia­lisme, ne par­tage pas seule­ment avec son ex-frère enne­mi sovié­tique la vision radieuse du but final. Pour chan­ger le monde, lui aus­si doit chan­ger l’homme, fabri­quer l’homo œco­no­mi­cus de l’avenir, le zom­bi, l’homme du nihi­lisme, vidé de son conte­nu, pos­sé­dé par l’esprit du mar­ché et de l’Humanité uni­ver­selle. Le zom­bi se mul­ti­plie sous nos yeux. Il est heu­reux “puisque l’esprit du mar­ché lui souffle que le bon­heur consiste à satis­faire tous ses dési­rs”. Et ses dési­rs étant ceux du mar­ché ne sont sus­ci­tés que pour être satis­faits.”

Domi­nique Ven­ner, His­toire et tra­di­tion des Euro­péens, édi­tions du Rocher, 2002

Tags : Dominique Venner, Histoire et tradition des Européens, religion, humanité, homme nouveau, homo oeconomicus, zombi, nihilisme, désirs, marché, marchandise, nature, culture
Rempart

L’épaisseur du rem­part compte moins que la volon­té de le prendre.”

Thu­cy­dide, His­toire de la guerre du Pélo­pon­nèse, 431–411 av. notre ère

Tags : Thucydide, guerre du Péloponnèse, rempart, épaisseur, volonté, défense
Résistance

Tant qu’on aura un fusil der­rière la porte, des bûches dans la che­mi­née et des enfants au ber­ceau, on sera maîtres chez nous !”

Domi­nique Ven­ner, Dic­tion­naire amou­reux de la chasse, Plon, 2006

Tags : peuple, armes, foyer, résistance, fusil, Dominique Venner, dictionnaire amoureux de la chasse
Résistance

Jamais peut-être dans l’Histoire on n’aura vu un peuple en démo­cra­tie four­nir autant de résis­tance que le nôtre aux prin­cipes de dis­so­lu­tion que ses ins­ti­tu­tions lui appor­taient.”

Jacques Bain­ville, His­toire de deux peuples conti­nuée jusqu’à Hit­ler, 1935.

Tags : Bainville, histoire, peuple, français, démocratie, résistance, principes de dissolution, institutions
Résistance silencieuse

Seule compte la résis­tance silen­cieuse d’un petit nombre, dont la pré­sence impas­sible de « convives de pierre » sert à créer de nou­veaux rap­ports, de nou­velles dis­tances, de nou­velles valeurs, et per­met de consti­tuer un pôle qui, s’il n’empêche certes pas ce monde d’égarés d’être ce qu’il est, trans­met­tra pour­tant à quelques-uns la sen­sa­tion de la véri­té, sen­sa­tion qui sera peut-être aus­si le début de quelque crise libé­ra­trice.”

Julius Evo­la, Révolte contre le monde moderne (Rivol­ta contro il mon­do moder­no), 1934

Tags : Evola, révolte contre le monde moderne, résistance silencieuse, convives de pierre, distances, valeurs, pôle, vérité, crise libératrice
Résister

Un homme doit gar­der la capa­ci­té de résis­ter, de s’opposer, de dire non. Ensuite, il n’a pas à s’excuser. Trop d’hommes agissent selon la direc­tion du vent. Leurs actes dis­joints, mor­ce­lés, n’ont plus aucun sens. […] L’injustice du monde doit beau­coup à l’incertitude de ces êtres flot­tants, qui agissent comme des bou­chons de liège au gré des cou­rants.”

Hélie Denoix de Saint Marc, Les sen­ti­nelles du soir, 1999

Tags : Hélie Denoix de Saint Marc, Les sentinelles du soir, résister, dire non, direction du vent, êtres flottants, incertitude, courants
Respect

Il est dans la nature de l’homme d’opprimer ceux qui cèdent et de res­pec­ter ceux qui résistent.”

Thu­cy­dide, His­toire de la guerre du Pélo­pon­nèse, 431–411 avant notre ère

Tags : Thucydide, guerre du Péloponnèse, respect, imposer le respect, nature de l’homme, oppression, résistance, résister
Respect

« La Femme, mate­lot, c’est le temple de l’humanité. C’est dans son ventre qu’un grain de ta semence, que tu ne ver­rais pas seule­ment à l’œil nu, même avec une lunette marine, se trans­forme en un être vivant, comme toi, qui sera un autre toi-même… Un temple comme ça, mate­lot, tu ne le pro­fanes pas !… Ou alors tu deviens moins qu’une bête. »

Hen­ri Vin­ce­not, L’œuvre de chair, édi­tions Denoël, 1984

Tags : Henri Vincenot, œuvre, chair, femme, maternité
Responsabilité

C’est la der­nière res­pon­sa­bi­li­té qui nous incombe : évi­ter que nos enfants aient un jour les dents gâtées par les rai­sins verts de l’oubli. Écrire et racon­ter, inlas­sa­ble­ment, non pour juger mais pour expli­quer. Ouvrir la porte à ceux qui cherchent une trace du pas­sé et qui refusent le silence, repi­quer chaque matin le riz de nos sou­ve­nirs.”

Hélie Denoix de Saint Marc, Les sen­ti­nelles du soir, 1999

Tags : Hélie Denoix de Saint Marc, Les sentinelles du soir, responsabilité, écrire, raconter, passé, oubli, silence
Responsabilité (de l’Etat français)

[C]’est l’État fran­çais qui, par sa poli­tique, ses lois, ses tri­bu­naux, a orga­ni­sé le « grand rem­pla­ce­ment » des popu­la­tions, nous impo­sant la pré­fé­rence immi­grée et isla­mique avec 8 mil­lions d’Arabo-musulmans (en atten­dant les autres) por­teurs d’une autre his­toire, d’une autre civi­li­sa­tion et d’un autre ave­nir (la cha­ria) […] L’État a tou­jours été l’acteur achar­né du déra­ci­ne­ment des Fran­çais et de leur trans­for­ma­tion en Hexa­go­naux inter­chan­geables. Il a tou­jours été l’acteur des rup­tures dans la tra­di­tion natio­nale. Voyez la fête du 14 juillet : elle célèbre une répu­gnante émeute et non un sou­ve­nir gran­diose d’unité. Voyez le ridi­cule emblème de la Répu­blique fran­çaise : une Marianne de plâtre coif­fée d’un bon­net révo­lu­tion­naire. Voyez les affreux logos qui ont été impo­sés pour rem­pla­cer les armoi­ries des régions tra­di­tion­nelles. Sou­ve­nez-vous qu’en 1962, l’État a uti­li­sé toute sa force contre les Fran­çais d’Algérie aban­don­nés à leur mal­heur.”

Domi­nique Ven­ner, “Lettre sur l’identité à mes amis sou­ve­rai­nistes”, www.dominiquevenner.fr, 26 juin 2012

Tags : Dominique Venner, Lettre sur l’identité à mes amis souverainistes, responsabilité, Etat français
Résurrection

« Il est né d’un tout petit mar­ron plan­té en terre et puis, jour après jour, il a gran­di en haus­sant sa cime vers le ciel. Ce fut un tra­vail gigan­tesque quoique imper­cep­tible. Il a duré sans inter­rup­tion année après année jusqu’à ce qu’il soit deve­nu une véri­table cathé­drale de ver­dure. Et qu’a-t-il pris à la terre pour accom­plir ce pro­dige ? Très peu de choses ; on peut même dire presque rien : un peu de terre, un peu d’eau, quelques sels miné­raux et beau­coup de lumière. En échange que nous a-t-il don­né ? Tout ? Abso­lu­ment tout. Il n’a rien conser­vé pour lui-même. Il nous a tout res­ti­tué et même bien davan­tage, sous les formes les plus diverses. Avec sa fron­dai­son, il nous donne de l’ombre et de la fraî­cheur en été ; de son tronc on tire le bois dont nous habillons le bois dont nous habillons nos mai­sons ; avec ses feuilles, quand elles sont tom­bées à terre, il recrée de l’humus indis­pen­sable à sa crois­sance. Il n’a rien en lui qu’il ne nous donne et, fina­le­ment, quand il nous a tout don­né, il nous recueille encore entre ses planches où nous repo­se­rons tous en atten­dant la résur­rec­tion. »

Jacques Benoist-Méchin, A l’épreuve du temps, Per­rin, 2011

Tags : Jacques Benoist-Méchin, A l’épreuve du temps, Perrin, arbre, résurrection, planches, tronc, terre, cime, ciel, cathédrale de verdure, lumière, eau, frondaison, humus, feuilles
Retour

« Mais ici est mon ber­ceau ; ici est la sépul­ture de tous mes dis­pa­rus, sereins à l’ombre des croix celtes, de pierre mas­sive et lourde de signi­fi­ca­tion. C’est ici que je dois reve­nir tou­jours, fille pro­digue aux semelles légères. »

Clau­dine Vin­ce­not, Confi­dences des deux rivages, édi­tions Anne Car­rière, 1999

Tags : Henri Vincenot, Claudine Vincenot, confidences, retour, sources, berceau, sépulture, croix celtes
Retour

Parce qu’Homère est la source même de la tra­di­tion euro­péenne. Il répond au trouble immense dans lequel les Euro­péens ont été jetés. Le trouble est par­tout, dans la poli­tique, la reli­gion, la morale com­mune, l’éducation, le tra­vail, l’idée que les Euro­péens se font d’eux-mêmes. Rien ne tient debout, sinon une sorte de nihi­lisme gros­sier, l’appétit des jouis­seurs et des pré­da­teurs, gri­més de dis­cours mora­li­sa­teurs. Tout est faux et cor­rom­pu. Les reli­gions elles-mêmes offrent les dis­cours les plus contra­dic­toires et les plus démo­ra­li­sants. Com­ment s’y retrou­ver ? Pour échap­per au conflit des pen­sées et des actes, les Euro­péens n’ont pas d’autre choix que de faire retour à ce qui leur appar­tient en propre, à la source intacte, indis­cu­table, incor­rup­tible de leur civi­li­sa­tion. Pour reprendre le mot de la grande hel­lé­niste qu’était Jac­que­line de Romil­ly, il faut en reve­nir à l’essentiel, à Homère, au tout à fait pur. Si l’on cherche les caté­go­ries de l’action, de la connais­sance, de la beau­té, de l’excellence et de la sagesse tra­gique, tout est déjà pré­sent dans l’Iliade et l’Odys­sée, à condi­tion de libé­rer ces textes magni­fiques des biblio­thèques pous­sié­reuses où on les a fos­si­li­sés.”

Domi­nique Ven­ner, Le Choc de l’Histoire, édi­tions Via Roma­na, 2011

Tags : Venner, choc, histoire, trouble, Homère, tradition européenne, européens, religions, source, sagesse, de Romilly, Iliade, Odyssée, bibliothèques, poussière
Réveil

Il est inutile de se faire des illu­sions avec les chi­mères d’un quel­conque opti­misme : nous nous trou­vons aujourd’hui à la fin d’un cycle. Depuis des siècles déjà, tout d’abord de façon insen­sible, puis avec le mou­ve­ment d’une ava­lanche, de mul­tiples pro­ces­sus ont détruit, en Occi­dent, tout ordre nor­mal et légi­time des hommes, ont faus­sé les concep­tions les plus hautes de la vie, de l’action, de la connais­sance et du com­bat. Et le mou­ve­ment de cette chute, sa vitesse, son côté ver­ti­gi­neux, a été appe­lé « pro­grès ». Et des hymnes au « pro­grès » furent enton­nés, et l’on eut l’illusion que cette civi­li­sa­tion – civi­li­sa­tion de matière et de machine – était la civi­li­sa­tion par excel­lence, celle à laquelle toute l’histoire du monde était pré-ordon­née : jusqu’à ce que les consé­quences ultimes de tout ce pro­ces­sus fussent telles qu’elles pro­vo­quèrent, chez cer­tains, un réveil.”

Julius Evo­la, Orien­ta­tions (Orien­ta­men­ti), 1950

Tags : Evola, orientations, histoire, cycle, fin de cycle, progrès, Occident, optimisme, illusions, chimères, hommes, vie, action, connaissance, combat, hauteur, chute, civilisation, matière, machine, réveil
Rêve

Ceux qui rêvent de jour ont conscience de bien des choses qui échappent à ceux qui rêvent seule­ment de nuit.”

Edgar Allan Poe, “Eleo­no­ra”, in His­toires gro­tesques et sérieuses, 1841

Tags : Poe, Eléonore, Eleonora, Histoires grotesques et sérieuses, rêves, conscience, jour, nuit
Réveil

Concer­nant les Euro­péens, tout montre selon moi qu’ils seront contraints d’affronter à l’avenir des défis immenses et des catas­trophes redou­tables qui ne sont pas seule­ment celles de l’immigration. Dans ces épreuves, l’occasion leur sera don­née de renaître et de se retrou­ver eux-mêmes. Je crois aux qua­li­tés spé­ci­fiques des Euro­péens qui sont pro­vi­soi­re­ment en dor­mi­tion. Je crois à leur indi­vi­dua­li­té agis­sante, à leur inven­ti­vi­té et au réveil de leur éner­gie. Le réveil vien­dra. Quand ? Je l’ignore. Mais de ce réveil je ne doute pas.”

Domi­nique Ven­ner, Le Choc de l’Histoire, édi­tions Via Roma­na, 2011

Tags : Venner, choc, histoire, européens, défis, immigration, dormition, réveil, renaissance
Révolte

La volon­té ne suf­fit pas. La force de se révol­ter ne suf­fit pas. Il faut s’inventer des occa­sions de révolte.”

Jean-René Hugue­nin, Jour­nal, 1964

Tags : Huguenin, journal, révolte, volonté, se révolter, inventer, occasions de révolte
Révolution

La révo­lu­tion est l’œuvre d’une mino­ri­té réso­lue, inac­ces­sible au décou­ra­ge­ment, d’une mino­ri­té dont la masse ne com­prend pas les pre­miers mou­ve­ments parce que, vic­time d’une période de déca­dence, elle a per­du cette chose pré­cieuse qu’est la lumière inté­rieure.”

José Anto­nio Pri­mo de Rive­ra, “Autour de la Révo­lu­tion”, Haz, 12 octobre 1935

Tags : José Antonio, Primo de Rivera, révolution, minorité résolue, découragement, masse, mouvement, décadence, lumière intérieure
Révolution

La révo­lu­tion n’est pas un dîner de gala.”

Mao Zedong, Le Petit Livre rouge, 1966

Tags : Mao, petit livre rouge, révolution, dîner de gala, acte de violence, violence
Révolution copernicienne

C’est bien la vie affec­tive, celle de tous les jours, qui nous incite à prendre acte d’un point de satu­ra­tion auquel est arri­vé la socié­té moderne […] Une nou­velle révo­lu­tion coper­ni­cienne est en cours […] voyant reve­nir un rap­port plus res­pec­tueux à la « terre-mère ». Nous sommes ici au cœur bat­tant de l’écosophie.”

Michel Maf­fe­so­li, L’Ordre des choses – Pen­ser la post­mo­der­ni­té, CNRS Edi­tions, 2014

Tags : Michel Maffesoli, L’Ordre des choses – Penser la postmodernité, CNRS, révolution copernicienne, vie affective, saturation, écologie, terre-mère, écosophie
Révolution (nécessaire)

Tout cela avait per­du sa valeur, tout cela appar­te­nait au temps des vic­toires, lorsque les dra­peaux pen­daient à toutes les fenêtres. Main­te­nant il n’y avait plus de vic­toires, main­te­nant les dra­peaux avaient per­du leur radieuse signi­fi­ca­tion, main­te­nant, à cette heure trouble où tout s’écroulait, la voie à laquelle j’avais été des­ti­né était deve­nue impra­ti­cable, main­te­nant je me trou­vais, sans pou­voir m’en sai­sir, en face de choses nou­velles, en face de choses qui accou­raient de toutes parts, de choses sans forme, où ne vibrait aucun appel clair, aucune cer­ti­tude qui péné­trait irré­sis­ti­ble­ment le cer­veau, sauf une pour­tant, celle que ce monde où j’étais enra­ci­né, que je n’avais eu ni à accep­ter ni à adop­ter, et dont j’étais une par­celle, allait s’effondrer défi­ni­ti­ve­ment, irré­vo­ca­ble­ment, et qu’il ne res­sus­ci­te­rait pas, qu’il ne renaî­trait jamais. […]

La désa­gré­ga­tion de l’ancien ordre jointe au déchaî­ne­ment des convoi­tises et des dési­rs les plus pro­fonds, les plus secrets, et au relâ­che­ment de tous les liens, fai­sait que tous s’éloignaient les uns des autres et il ne sem­blait plus néces­saire à per­sonne de dis­si­mu­ler le véri­table fond de son être. […] Et tous avaient rai­son, cette dam­née rai­son était de leur côté, et ils usaient de rai­son­ne­ments sages et mesu­rés pour étran­gler toute pro­tes­ta­tion, tout brû­lant enthou­siasme. […]

Plus de choses s’étaient anéan­ties pour nous que les seules valeurs que nous avions tenues dans la main. Pour nous s’était aus­si bri­sée la gangue qui nous rete­nait pri­son­niers. La chaîne s’était rom­pue, nous étions libres. Notre sang, sou­dain en effer­ves­cence, nous jetait dans l’ivresse et l’aventure, nous jetait à tra­vers l’espace et le péril, mais il pous­sait aus­si l’un vers l’autre ceux qui s’étaient recon­nus parents jusqu’au plus pro­fond de leurs fibres. Nous étions une ligue de guer­riers, impré­gnés de toute la pas­sion du monde, farouches dans le désir, joyeux dans nos haines comme dans nos amours. […] Si jamais du nou­veau vient au monde, c’est bien du chaos qu’il sur­git, à ces moments où la misère rend la vie plus pro­fonde, où, dans une atmo­sphère sur­chauf­fée, se consume ce qui ne peut pas sub­sis­ter et se puri­fie ce qui doit vaincre. Dans cette masse en ébul­li­tion, en fer­men­ta­tion, nous pou­vions jeter nos dési­rs et nous pou­vions voir s’élever la vapeur de nos espoirs.”

Ernst von Salo­mon, Les Réprou­vés (Die Geäch­te­ten), 1931

Tags : Ernst von Salomon, réprouvés, révolution, valeur, victoires, espoirs, sang, péril, fibres, enthousiasme, parents, monde nouveau
Révolution invisible

Et puis une révo­lu­tion est effec­ti­ve­ment sur­ve­nue. Pas du tout celle qu’on atten­dait et même à l’opposé de celle qu’on atten­dait. On croyait pou­voir la faire. Elle nous a pris par sur­prise. Nous ne l’avons même pas vue se pro­duire car il s’est agi d’une révo­lu­tion silen­cieuse, d’une révo­lu­tion invi­sible, d’une révo­lu­tion sans nom ni visage, sans acteur mani­feste pour la por­ter du type de ceux qu’on avait cru pou­voir iden­ti­fier dans le pas­sé. Mais une révo­lu­tion quand même puisqu’elle nous a fait chan­ger de monde sur tous les plans. Cette révo­lu­tion qui se déclare dans la seconde moi­tié des années 1970, consé­cu­ti­ve­ment au choc pétro­lier de la fin 1973 qui aura joué comme son déclen­cheur, cette révo­lu­tion qui se répand par des vagues désor­mais bien iden­ti­fiées avec la mon­dia­li­sa­tion libé­rale est tout à la fois une révo­lu­tion indus­trielle, une révo­lu­tion tech­no­lo­gique, une révo­lu­tion cultu­relle, une révo­lu­tion sociale. Nous en par­lons tous les jours. Finan­cia­ri­sa­tion du capi­ta­lisme, entrée dans l’ère numé­rique, indi­vi­dua­li­sa­tion des socié­tés, post­mo­der­nisme cultu­rel. Ces ingré­dients nous sont fami­liers. Mais c’est une révo­lu­tion de l’échappée de l’histoire à notre prise, une révo­lu­tion de l’échappée du cours de l’histoire à la maî­trise réflé­chie des acteurs.

Au rebours de ce qu’était la marche anté­rieure de nos socié­tés qui parais­sait nous pro­mettre les ins­tru­ments d’une his­toire davan­tage vou­lue en conscience et maî­tri­sée, cette révo­lu­tion nous a jetés dans une his­toire subie à laquelle nous contri­buons mal­gré nous, nous ne pou­vons pas ne pas y contri­buer, mais dont le cours nous échappe et dont il est vain d’espérer détec­ter la direc­tion. Aus­si bien d’ailleurs que de lui assi­gner un quel­conque abou­tis­se­ment. Nous avons beau savoir que nous fai­sons cette his­toire, l’expérience que nous en avons au quo­ti­dien ne nous laisse plus espé­rer que nous pour­rions savoir ce que nous en fai­sons. Elle est un pro­duit de notre action qui se sous­trait à notre réflexion. En pro­fon­deur, elle cesse d’être même d’être vécue comme une His­toire en mesure de relier un pas­sé intel­li­gible avec un ave­nir plau­sible. Il ne reste plus qu’un chaos d’interactions obs­cures, sans pas­sé auquel les relier ni futur iden­ti­fiable qui pour­rait en sur­gir. C’est de cet effa­ce­ment, remar­quons-le au pas­sage, que naît le règne du pré­sent. S’il n’y a plus ni pas­sé auquel réfé­rer les actions au pré­sent ou futur iden­ti­fiable à par­tir de ces actions au pré­sent, il ne reste effec­ti­ve­ment que le pré­sent. C’est cela le noyau du pré­sen­tisme contem­po­rain. L’idée d’Histoire comme réfé­rent col­lec­tif par rap­port auquel se situer s’est éva­nouie. Et je crois qu’il ne faut pas aller cher­cher ailleurs le secret du brouillage des iden­ti­tés poli­tiques.”

Mar­cel Gau­chet, Qui sont les acteurs de l’histoire ?, confé­rence au 17e Ren­dez-vous de l’Histoire, Blois, 10 octobre 2014

Tags : Marcel Gauchet, révolution invisible, histoire, présent, présentisme, postmodernisme, mondialisation, identités, rendez-vous de l’histoire, Blois
Révolutionnaire

Le révo­lu­tion­naire est un homme per­du d’avance. Il n’a pas d’intérêts par­ti­cu­liers, d’affaires pri­vées, de sen­ti­ments, d’attaches per­son­nelles, il n’a même pas de nom. Tout en lui est absor­bé par un seul inté­rêt à l’exclusion de tout autre, par une seule pen­sée, par une seule pas­sion – la révo­lu­tion.”

Ser­gueï Net­chaïev, Caté­chisme révo­lu­tion­naire, 1868

Rides

Les rides d’une nation sont aus­si visibles que celles d’un indi­vi­du.”

Emil Cio­ran, La ten­ta­tion d’exister, 1956

Tags : Cioran, la tentation d’exister, rides, nation, individu, décadence
Rire

Quelques géné­ra­tions encore, et le rire, réser­vé aux ini­tiés, sera aus­si impra­ti­cable que l’extase.”

Emil Cio­ran, Syl­lo­gismes de l’amertume, 1952

Tags : Cioran, syllogismes de l’amertume, rire, initiés, extase, totalitarisme, progrès
Risque

Il n’y a de pen­sée comme d’amour que lorsqu’il y a risque.”

Michel Maf­fe­so­li, in L’Express, 15 août 2012

Tags : Michel Maffesoli, L’Express, pensée, risque, amour
Risque

Impose ta chance, serre ton bon­heur et va vers ton risque. A te regar­der, ils s’habitueront.”

René Char, Les Mati­naux, 1950

Tags : René Char, Matinaux, risque, chance, bonheur, imposer, regarder, s’habituer
Rite

Parce que « le divin demande à être incar­né » (Wal­ter F. Otto), il est dans l’essence du mythe de requé­rir le culte, comme il est dans l’essence du culte d’appeler le mythe. Tous deux tra­duisent la mani­fes­ta­tion du sacré et la pré­sence du divin. Tous deux répondent à cette pré­sence, l’un par la parole, l’autre par le geste, éclai­rant du même coup la façon dont la théo­rie et la pra­tique sont liées. Si le mythe est un dire, le rite est un faire qui pro­longe ce dire. « Le mythe, écrit Van der Leeuw, est une célé­bra­tion en parole, le rite est une décla­ra­tion en acte ». Pas­cal david ajoute que « le culte n’est autre chose que l’attitude de l’homme dans laquelle le mythe prend corps ». Le culte, en effet, n’est pas une simple évo­ca­tion de l’événement mythique, mais le dévoi­le­ment répé­té, tou­jours plus assu­ré, de cet évé­ne­ment même. « L’unité du mythe et du culte, pré­cise Wal­ter F. Otto, consiste en ce que dans les deux cas, la proxi­mi­té du divin se mani­feste dans une Figure. Dans le culte comme geste, dans le mythe comme parole de véri­té. La plus pro­fonde dif­fé­rence entre les deux est que dans le culte l’homme s’élève jusqu’au divin et agit pour ain­si dire en com­mu­nau­té avec lui, tan­dis que dans le mythe, c’est le divin qui s’abaisse jusqu’à lui en s’incarnant dans une figure humaine ou appa­ren­tée à l’homme.”

Alain de Benoist, L’empire inté­rieur, Fata Mor­ga­na, 1995

Tags : Alain de Benoist, l’empire intérieur, fata morgana, rite, culte, mythe, homme, divin, dieux, dieu, Figure, manifestation du sacré, présence du divin, dévoilement, unité, communauté, vérité
Roi

Puis, les Cava­liers de la Mai­son du Roi défi­lèrent autour du tom­beau mon­tés sur des che­vaux blancs, chan­tant en chœur un chant sur Théo­den fils de Then­gel, com­po­sé par son ménes­trel Gléo­wine, qui n’en fit plus d’autre par la suite. Les accents lents des Cava­liers, émurent même les cœurs de ceux qui ne connais­saient pas la langue de ce peuple, mais les paroles du chant firent naître une lueur dans les yeux de ceux de la Marche qui enten­daient de nou­veau le ton­nerre des sabots du Nord et la voix d’Eorl domi­nant le bruit de la bataille dans le Champ de Célé­brant, et l’histoire des rois se pour­sui­vit, le cor de Helm reten­tis­sait dans les mon­tagnes, jusqu’à ce que l’Obscurité tom­bât et que le Roi Théo­den se levât pour tra­ver­ser à che­val l’Ombre jusqu’au feu et mou­rir en splen­deur, tan­dis que le Soleil, reve­nant contre tout espoir, res­plen­dis­sait au matin sur le Min­dol-aluin.

Hors du doute, hors des ténèbres, vers le lever du jour
il che­vau­cha, chan­tant dans le Soleil et l’épée hors du four­reau.
Il rani­ma l’espoir, et dans l’espoir il finit,
au-des­sus de la mort, au-des­sus de la peur, au-des­sus du des­tin éle­vé,
hors de la ruine, hors de la vie, vers une durable gloire.”

J.R.R. Tol­kien, Le Sei­gneur des Anneaux (The Lord of the Rings), 1954–1955

Tags : Tolkien, le seigneur des anneaux, espoir, cavaliers, maison du roi, Théoden, Gléowine, Eorl, cor de Helm, Mindol-aluin, Soleil, chant, Champ de Célébrant, obscurité, feu, matin, hors des ténèbres, épée, mort, peur, destin, ruine, gloire
Roi-prêtre

Le 21 jan­vier, avec le meurtre du Roi-prêtre, s’achève ce qu’on a appe­lé signi­fi­ca­ti­ve­ment la pas­sion de Louis XVI. Certes, c’est un répu­gnant scan­dale d’avoir pré­sen­té, comme un grand moment de notre his­toire, l’assassinat public d’un homme faible et bon. Cet écha­faud ne marque pas un som­met, il s’en faut. Il reste au moins que, par ses atten­dus et ses consé­quences, le juge­ment du roi est à la char­nière de notre his­toire contem­po­raine. Il sym­bo­lise la désa­cra­li­sa­tion de cette his­toire et la dés­in­car­na­tion du Dieu Chré­tien. Dieu, jusqu’ici, se mêlait à l’histoire par les Rois. Mais on tue son repré­sen­tant his­to­rique, il n’y a plus de roi. Il n’y a donc plus qu’une appa­rence de Dieu relé­gué dans le ciel des prin­cipes.”

Albert Camus, L’Homme révol­té, 1951

Tags : Camus, l’homme révolté, Roi-prêtre, Louis XVI, assassinat, histoire, révolutionnaires, Dieu chrétien, jugement du roi, principes, révolution française
Rude école

Savoir com­man­der et aus­si savoir obéir fiè­re­ment : être pos­té à sa place, dans son rang, mais aus­si à tout moment, de conduire ; pré­fé­rer le dan­ger aux aises ; ne pas peser sur une balance d’épicier ce qui est per­mis et ce qui est défen­du ; être l’ennemi de ce qui est mes­quin, rusé, para­si­taire, plus que de ce qui est mal… Qu’apprend-on à la dure école ? À com­man­der et à obéir.”

Fré­dé­ric Nietzsche, Frag­ments post­humes, 1888–1889

Tags : Nietzsche, dure école, commander, obéir, conduire, danger,
Rue

Toutes les fois que l’on est mieux chez soi que dans la rue, on doit être bat­tu par ceux qui sont mieux dans la rue que chez eux. C’est le prin­cipe des révo­lu­tions, et même des conquêtes.”

Antoine de Riva­rol, Jour­nal poli­tique natio­nal, 1789

Tags : Rivarol, mémoires, rue, principe des révolutions, conquêtes
Russie

Par­mi d’autres, l’histoire de la Rus­sie d’après 1917, conti­nuée jusqu’en 1991, montre avec une force par­ti­cu­lière que les défaites sont rare­ment irré­mé­diables et que les vic­toires sont tou­jours momen­ta­nées. Sur un plan supé­rieur, spi­ri­tuel et non poli­tique, les défaites sont en par­tie effa­cées lorsque les vain­cus se sont mon­trés héroïques. Il se trou­ve­ra un enfant pour recueillir la leçon morale des sui­ci­dés de Numance, s’émerveiller au sou­ve­nir de Julien, de William Wal­lace, des Chouans et des Ven­déens, des fidèles Confé­dé­rés, des gardes blancs de Deni­kine, Kolt­chak et Wran­gel, des réprou­vés du Bal­ti­kum, et en faire autant de modèles pour se déter­mi­ner et se conduire fer­me­ment. Vic­toire, défaite, tout est balayé par le temps. Ce qui sub­siste, comme dans Plu­tarque, ce sont les leçons de main­tien don­nées à la pos­té­ri­té par cer­tains hommes face à l’adversité.

L’interprétation des défaites est dépen­dante de la culture et des « repré­sen­ta­tions ». L’esprit tra­gique, pré­sent dans toute la lit­té­ra­ture épique euro­péenne depuis Homère, exa­mine les échecs en pro­por­tion de leur héroïsme, au point de voir en eux un pré­texte à l’éternisation des héros.

Cette idée rap­pelle que la vision que l’on se fait du pas­sé déter­mine l’avenir. Il n’y a pas de futur pour qui ne sait d’où il vient, pour qui n’a pas la mémoire de ce qui l’a fait ce qu’il est.”

Domi­nique Ven­ner, His­toire et tra­di­tion des Euro­péens, édi­tions du Rocher, 2002

Tags : Dominique Venner, Histoire et tradition des Européens, Baltikum, corps francs, Denikine, Koltchak, Wrangel, Russie, William Wallace, gardes blancs, chouans, vendéens, confédérés, défaites, héros, héroïsme, avenir, Homère

A

B

C

D

E

F

G

H

I

J

K

L

M

N

O

P

Q

R

S

T

U

V

W

X

Y

Z