Lettre P

P

Pan

Je demeure chré­tien, mais je ne suis pas fer­mé à l’héritage poly­théiste de l’Europe, […] le paga­nisme ne m’étant pas étran­ger, tout chré­tien que je me veux. J’ai aus­si pleu­ré sur la mort de Pan.”

Vla­di­mir Vol­koff, cité par Chris­to­pher Gérard in Quo­li­bets – Jour­nal de lec­ture, L’Age d’Homme, 2013

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Paradis

Nous vou­lons un para­dis dif­fi­cile, dres­sé, impla­cable. Un para­dis où l’on ne se repose jamais et qui ait dans l’embrasure des portes des anges avec des épées.”

José Anto­nio Pri­mo de Rive­ra, 1935, cité par Domin­go Gon­za­lez Her­nan­dez, in Pré­sence de José Anto­nio, Les Bou­quins de Syn­thèse natio­nale, 2013

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Parlementaire

Le gou­ver­ne­ment par­le­men­taire n’est pas tant le gou­ver­ne­ment de la tri­bune ; et même, il n’est pas tant le gou­ver­ne­ment des com­mis­sions ; il est le gou­ver­ne­ment des cou­loirs.”

Charles Péguy, extrait de Cahiers de la quin­zaine, 1900–1914

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Parole donnée

À ce pro­pos aus­si Andro­li­cas a lais­sé par écrit un mot que sou­lait dire Lysandre, par où il appert qu’il fai­sait bien peu de compte de se par­ju­rer ; car il disait « qu’il fal­lait trom­per les enfants avec des osse­lets, et les hommes avec les ser­ments », sui­vant en cela Poly­crate, le tyran de Samos, mais non pas avec rai­son ; car lui était capi­taine légi­time et l’autre violent usur­pa­teur de domi­na­tion tyran­nique ; et ce n’était point fait en vrai Laco­nien de se com­por­ter envers les dieux ni plus ni moins qu’envers les enne­mis, ou encore pire­ment et plus inju­rieu­se­ment ; car celui qui trompe son enne­mi, moyen­nant la foi qu’il lui jure, donne à connaître qu’il le craint, mais qu’il ne se sou­cie point des dieux.”

Plu­tarque, Vie de Lysandre, XIII, IVe siècle avant notre ère

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Partir

« Tu ne trou­ve­ras le répit que dans la marche for­cée et la recons­truc­tion d’un pro­jet. Oui, pars pour que les choses adviennent et changent. Pars pour connaître le bon­heur plein de se décou­vrir, chaque matin un être nou­veau. Et pars dès l’aube quand le monde est encore pur. »
Clau­dine Vin­ce­not, Confi­dences des deux rivages, édi­tions Anne Car­rière, 1999

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Partis

Les par­tis s’affaiblissent par la peur qu’ils ont des gens capables.”

Napo­léon Bona­parte, Viri­li­tés, maximes et pen­sées com­pi­lées par Jules Ber­taut, édi­tions San­sot et Cie, 1912

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Passé

Il serait vain de se détour­ner du pas­sé pour ne pen­ser qu’à l’avenir. C’est une illu­sion dan­ge­reuse de croire qu’il y ait même là une pos­si­bi­li­té. L’opposition entre l’avenir et le pas­sé est absurde. L’avenir ne nous apporte rien, ne nous donne rien ; c’est nous qui pour le construire devons tout lui don­ner, lui don­ner notre vie elle-même. Mais pour don­ner il faut pos­sé­der, et nous ne pos­sé­dons d’autre vie, d’autre sève, que les tré­sors héri­tés du pas­sé et digé­rés, assi­mi­lés, recréés par nous. De tous les besoins de l’âme humaine, il n’y en a pas de plus vital que le pas­sé.”

Simone Weil, L’Enracinement, 1943, Gal­li­mard 1949

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Passé

Le pas­sé, notre pas­sé, a peut-être bien des aspects sombres. Il a été le lieu de bien des crimes et bien des sot­tises. Mais il a, à tout le moins, un double mérite : d’une part, il a exis­té, alors que nul ne sait si le futur exis­te­ra ; d’autre part, ce qui est plus impor­tant : il nous a pro­duits, nous qui nous pla­çons à son égard en posi­tion de juges.”

Rémi Brague, Modé­ré­ment moderne, Flam­ma­rion, 2014

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Passé (culte du)

Le culte du pas­sé, c’est le mémo­rial de la famille, le bla­son de la chau­mière, la gloire du foyer. C’est la source vivi­fiante où le sen­ti­ment de l’honneur se raf­fer­mit, où le cœur se retrempe. C’est, aux jours de repos, la légende qui édi­fie, le conte qui recrée, la chan­son qui fait rire. C’est, aux jours d’anxiété, la poé­sie d’Ossian qui entend la parole des siens dans le souffle des vents et voit appa­raître leur blanche figure dans les lueurs du cré­pus­cule, dans les contours des nuages.”

Xavier Mar­mier, Prose et Vers, 1890

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Passer la ligne

La crainte humaine, en tous les temps, sous tous les cieux, en chaque cœur, n’est jamais qu’une seule et même crainte : la peur du néant, les épou­vantes de la mort. Nous l’entendons déjà de la bouche de Gil­ga­mesh ; nous l’entendons dans le psaume XC, et nous en sommes demeu­rés là jusqu’à l’heure actuelle. La vic­toire sur la crainte de la mort est donc en même temps, le triomphe sur toute autre ter­reur ; elles toutes n’ont de sens que par rap­port à cette ques­tion pre­mière. Aus­si le recours aux forêts est-il, avant tout, marche vers la mort. Elle mène tout près d’elle – et s’il le faut, à tra­vers elle. La forêt, asile de la vie, dévoile ses richesses sur­réelles quand l’homme a réus­si à pas­ser la ligne. Elle tient en elle tout le sur­croît du monde.”

Ernst Jün­ger, Trai­té du rebelle ou le recours aux forêts (Der Wald­gang), 1951

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Patience

La ver­tu des peuples vain­cus, c’est la patience, et non la rési­gna­tion.”

Oswald Spen­gler, Pen­sées, in Ecrits his­to­riques et phi­lo­so­phiques, édi­tions Coper­nic, 1980

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Patrie

On a beau iro­ni­ser sur le concept de patrie et conce­voir l’humanité sur le mode anar­chique et abs­trait comme com­po­sée uni­que­ment d’individus iso­lés aspi­rant à une seule liber­té per­son­nelle, il n’empêche que la patrie est une réa­li­té sociale concrète, intro­dui­sant l’homogénéité et le sens de la col­la­bo­ra­tion entre les hommes. Elle est même une des sources essen­tielles du dyna­misme col­lec­tif, de la sta­bi­li­té et de la conti­nui­té d’une uni­té poli­tique dans le temps. Sans elle, il n’y a ni puis­sance ni gran­deur ni gloire, mais non plus de soli­da­ri­té entre ceux qui vivent sur un même ter­ri­toire.

[…] Dans la mesure où la patrie cesse d’être une réa­li­té vivante, la socié­té se délabre non pas comme le croient les uns au pro­fit de la liber­té de l’individu ni non plus comme le croient d’autres à celui de l’humanité ; une col­lec­ti­vi­té poli­tique qui n’est plus une patrie pour ses membres cesse d’être défen­due pour tom­ber plus ou moins rapi­de­ment sous la dépen­dance d’une autre uni­té poli­tique.

Là où il n’y a pas de patrie, les mer­ce­naires ou l’étranger deviennent les maîtres. Sans doute devons-nous notre patrie au hasard de la nais­sance, mais il s’agit d’un hasard qui nous délivre d’autres.”

Julien Freund, Qu’est-ce que la poli­tique ?, Seuil, 1967

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Patrie — voir aussi : Gueux

Les patries sont tou­jours défen­dues par les gueux, livrées par les riches.”

Charles Péguy, Notre Patrie, 1905

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Patrie

La forme fatale d’une socié­té, c’est d’être une patrie, plus ou moins large. Un civi­li­sé montre son amour de la civi­li­sa­tion en adhé­rant à tout le conte­nu de cette pro­po­si­tion, en adhé­rant à l’état de guerre per­ma­nent. Si l’on accepte l’idée de patrie, on accepte la guerre. Car point de patrie sans guerre et pas de guerre sans patrie. Qui aime la patrie aime la guerre.”

Pierre Drieu la Rochelle, La comé­die de Char­le­roi, 1934

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Patrie charnelle

A entendre les chants et à admi­rer les danses des Fla­mands comme des Bre­tons, je res­sen­tis le ter­rible manque de ce que l’écrivain Saint-Loup devait nom­mer « une patrie char­nelle ». Brus­que­ment, sur cette terre du Vexin, j’avais la cer­ti­tude que rien ne pou­vait s’entreprendre qui ne fut pla­cé sous le double signe d’une terre et d’un peuple. Pour moi, désor­mais, ce ne pou­vait être que la Nor­man­die et rien d’autre.”

Jean Mabire, La Varende entre nous, édi­tions Pré­sence de La Varende, 1999 (révé­la­tion lors du Sol­stice de Mar­que­mont le 19 juin 1948).

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Patriotisme

Il n’est qu’un bon pré­sage, c’est de com­battre pour sa patrie.”

Hec­tor, in Homère, Iliade, XII, 243, vers 800–725 avant notre ère

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Patriotisme

Dulce et deco­rum est pro patria mori.”

Horace, Odes III, 2, 23–22 avant notre ère [Trad. : Il est doux et beau de mou­rir pour la patrie]

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Patriotisme

L’Allemagne brû­lait sour­de­ment dans quelques cer­veaux har­dis. […] L’Allemagne était là où on lut­tait pour elle ; elle se mon­trait là où des enne­mis en armes vou­laient s’emparer de ses biens, elle brillait d’un éclat radieux là où ceux qui étaient péné­trés de son esprit ris­quaient pour elle le der­nier enjeu.”

Ernst von Salo­mon, Les Réprou­vés (Die Geäch­te­ten), 1931

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Pavillon

Cer­né de toutes parts sans issue pos­sible, le devoir est de se faire connaître, comme un navire de guerre his­sant le pavillon.”

Ernst Jün­ger, Jour­nal de guerre (Strah­lun­gen), 1949

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Pays

Le pays n’est pas un slo­gan : ce n’est qu’un petit mot modeste, mais c’est aus­si la poi­gnée de terre où leur âme s’enracine. L’État, la nation sont des concepts flous, mais ils savent ce que pays veut dire. Le pays, c’est un sen­ti­ment que la plante est capable d’éprouver.”

Ernst Jün­ger, Le Com­bat comme expé­rience inté­rieure (Der Kampf als inneres Erleb­nis), 1922

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Paysan

J’étais sur­tout irri­té par l’incompréhension (et le mépris) du pay­san chez Marx. Il a osé écrire que « la classe qui repré­sente la bar­ba­rie au sein de la civi­li­sa­tion » (la Lutte des classes en France). C’est une sot­tise, on ne peut dire autre­ment. Il igno­rait le monde des cam­pagnes, en vrai cita­din. Il ne pou­vait com­prendre, du coup, que ce sont les ver­tus pay­sannes – un capi­tal de téna­ci­té, de fru­ga­li­té, de patience, accu­mu­lé depuis vingt-cinq ou trente siècles – qui ont per­mis de construire la socié­té indus­trielle, qui l’ont mise en route. Elles s’y sont usées, d’ailleurs, et on voit assez comme elles manquent aujourd’hui : la vie urbaine les détruit.

Pour Marx, je pense, le pay­san c’est l’isolement au lieu de l’échange, la rési­gna­tion au lieu de la révolte. Mais cette rési­gna­tion aux maux éter­nels (on n’a pas encore sup­pri­mé la guerre – ni les trem­ble­ments de terre ou la séche­resse) s’accompagne d’une lutte de chaque jour. Et le pay­san n’est nul­le­ment un iso­lé dans la durée. C’est lui, le séden­taire, qui garde et trans­met la sagesse du pro­verbe. Il est la mémoire de l’humanité par les contes et par les cou­tumes.”

Georges Laf­fly, Mes livres poli­tiques, 1992

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Paysans

Il ne me tarde pas de retrou­ver la socié­té des pro­fes­seurs. Les pay­sans sont beau­coup plus agréables et même plus inté­res­sants.”

Mar­tin Hei­deg­ger, Cor­res­pon­dance avec Karl Jas­pers (1920–1963), Gal­li­mard, 1997

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Pédagogisme — voir aussi : Crise de la culture

Cette crise de la culture n’est pas le résul­tat d’un pro­blème de moyens, de finan­ce­ment ou de ges­tion ; c’est un bou­le­ver­se­ment inté­rieur. Il s’est pro­duit, dans nos socié­tés occi­den­tales, un phé­no­mène unique, une rup­ture inédite : une géné­ra­tion s’est refu­sé à trans­mettre à la sui­vante ce qu’elle avait à lui don­ner, l’ensemble du savoir, des repères, de l’expérience humaine immé­mo­riale qui consti­tuait son héri­tage. Il y a là une ligne de conduite déli­bé­rée, jusqu’à l’explicite : j’étais loin d’imaginer, en com­men­çant à ensei­gner, l’impératif essen­tiel qui allait struc­tu­rer ma for­ma­tion de jeune pro­fes­seur. « Vous n’avez rien à trans­mettre » : ces mots, pro­non­cés à plu­sieurs reprises par un ins­pec­teur géné­ral qui nous accueillait dans le métier le jour de notre pre­mière ren­trée, avaient quelque chose de si éton­nant qu’ils ont pro­fon­dé­ment mar­qué ma mémoire. « Vous n’avez rien à trans­mettre. » La culture est pro­pre­ment ce qui se trans­met. Ne plus faire subir à nos suc­ces­seurs ce far­deau péri­mé que le pas­sé jet­te­rait sur leur liber­té nou­velle, voi­là le pro­jet qui nous est pro­po­sé.

Désor­mais, il faut faire en sorte que chaque enfant puisse, pour créer un che­min per­son­nel, pro­duire son propre savoir. Écar­tés, le « cours magis­tral » et le « par cœur » ; refu­sée, l’idée qu’une concep­tion du monde pour­rait être trans­mise aux enfants par leurs parents. Nous avons per­du le sens de la culture. Elle est pour nous, au mieux, un luxe inutile ; au pire, un bagage encom­brant. Bien sûr, nous conti­nuons de visi­ter les musées, d’aller au ciné­ma, d’écouter de la musique ; et en ce sens, nous n’avons pas consciem­ment reje­té loin de nous la culture. Mais elle ne nous inté­resse plus que sous la forme d’une dis­trac­tion super­fi­cielle, d’un plai­sir intel­li­gent ou d’un agré­ment déco­ra­tif.”

Fran­çois-Xavier Bel­la­my, Les Déshé­ri­tés ou l’urgence de trans­mettre, Plon, 2014

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Peine de mort

Il semble qu’un style de vie fon­dée sur l’idée de risque (l’« aven­ture ») ou la notion de ser­vice est aujourd’hui sans écho […] La vraie rai­son de la dis­pa­ri­tion de la peine capi­tale est la géné­ra­li­sa­tion de l’idée selon laquelle l’homme n’est pas res­pon­sable de lui-même, jointe à l’idée que la jus­tice ins­ti­tuée n’a rien à voir avec la sym­bo­lique de la ven­geance. […] En l’état actuel des choses, une majo­ri­té de Fran­çais refu­se­rait de se battre pour défendre sa liber­té. Nous sommes, en d’autres termes, dans une socié­té qui pense que rien n’est pire que la mort, et notam­ment pas l’esclavage. L’inconvénient est que ce type de socié­té finit tou­jours par mou­rir. Après avoir été esclave.”

Alain de Benoist, Orien­ta­tions pour des années déci­sives, Le Laby­rinthe, 1982

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Pensée

Elle se forme et s’informe à par­tir de ren­contres, de lec­tures, de maîtres accep­tés e dépas­sés, de thé­ma­tiques explo­rées et reje­tées, comme de la dis­pu­ta­tio que ces diverses expé­riences engendrent. Dans la pai­deia clas­sique, tout « théo­ri­cien » est lui-même d’abord un héri­tier, étape indis­pen­sable à son éman­ci­pa­tion future.”

Alain de Benoist, Mémoire vive, entre­tiens avec Fran­çois Bous­quet, édi­tions de Fal­lois, 2012

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Pensée calculante

L’humanité sur cette terre se trouve dans une situa­tion dan­ge­reuse. Pour­quoi ? Est-ce pour la seule rai­son qu’une troi­sième guerre mon­diale peut écla­ter brus­que­ment et qu’elle entraî­ne­rait la des­truc­tion com­plète de l’humanité et la ruine de la terre ? Non pas. Un dan­ger beau­coup plus grand menace les débuts de l’âge ato­mique – et pré­ci­sé­ment au cas où le risque d’une troi­sième guerre mon­diale pour­rait être écar­té […] (Ce dan­ger, c’est) qu’un jour, la pen­sée cal­cu­lante fût la seule à être admise et à s’exercer […] Alors la plus éton­nante et féconde vir­tuo­si­té du cal­cul qui invente et pla­ni­fie s’accompagnerait… d’indifférence envers la pen­sée médi­tante, c’est-à-dire d’une totale absence de pen­sée. Et alors ? Alors l’homme aurait nié et reje­té ce qu’il pos­sède de plus propre, à savoir qu’il est un être pen­sant.”

Mar­tin Hei­deg­ger, Séré­ni­té, in Ques­tions III, Gal­li­mard, 1966

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Penseurs néoplatoniciens

Le mes­sage de Jean Scot Eri­gène, et à tra­vers lui des pen­seurs néo­pla­to­ni­ciens, n’a jamais ces­sé de tra­vailler sou­ter­rai­ne­ment la conscience occi­den­tale, des flam­boie­ments de la mys­tique rhé­nane à la grande insur­rec­tion du roman­tisme alle­mand, en pas­sant par Jacob Boehme et William Blake. Plus près de nous, c’est sa redé­cou­verte par Yeats qui, de l’aveu même du poète, don­na à la Renais­sance irlan­daise son élan et sa pro­fon­deur.”

Michel Le Bris, “Jean Scot Eri­gène, dis­si­dent cel­tique en Europe”, in L’Irlande ou les musiques de l’âme, Artus, 1995

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Pères de famille

Les pères de famille, ces grands aven­tu­riers du monde moderne.”

Charles Péguy, Vic­tor-Marie comte Hugo, 1910

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Périls

Pour les États comme pour les par­ti­cu­liers, ce sont les plus grands périls qui pro­curent le plus de gloire.”

Thu­cy­dide, His­toire de la guerre du Pélo­pon­nèse, 431–411 avant notre ère

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Permanences

Le pas­sé agit en nous à notre insu. Sous les appa­rences mou­vantes, vivent les per­ma­nences. L’axe stable au centre de la roue tour­noyante du chan­ge­ment. Ce qui était ne sera jamais plus, certes. Les formes anciennes ne revien­dront pas, mais ce qui est de tou­jours resur­gi­ra.”

Domi­nique Ven­ner, His­toire et tra­di­tion des Euro­péens, édi­tions du Rocher, 2002

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Permanences secrètes

« Mon idée de la tra­di­tion est neuve. Elle défi­nit mon inter­pré­ta­tion de l’histoire et du des­tin des Euro­péen. Elle est éga­le­ment appli­cable aux autres peuples. Elle part du constat que l’histoire conven­tion­nelle de la civi­li­sa­tion euro­péenne est un leurre. Der­rière ce leurre se déroule une his­toire réelle faite de per­ma­nences secrètes. La tra­di­tion est l’expression de ces per­ma­nences. »

Domi­nique Ven­ner, Le Choc de l’Histoire, édi­tions Via Roma­na, 2011

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Perte — voir aussi : Maison

« Nulle mai­son n’est bâtie, nul plan n’est tra­cé, où la perte future ne soit la pierre de base, et ce n’est point dans nos œuvres que vit la part impé­ris­sable de nous-mêmes. »

Ernst Jün­ger, Sur les falaises de marbre (Auf den Mar­mork­lip­pen), 1939

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Petit feu

« … Le feu me tient com­pa­gnie. C’est un cher petit ami que je peux faire jaillir de mes doigts chaque jour, un petit dieu bien vivant qui réchauffe l’âme, les sau­cisses et les mains. J’aime lire de la poé­sie à mon petit feu. »

Syl­vain Tes­son, L’axe du loup, édi­tions Robert Laf­font, 2004

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Peuple

« Tout peuple incarne une idée par­ti­cu­lière qui est un tout indi­vi­sible et lui appar­tient, comme il est lui-même un tout indi­vi­sible qui s’appartient. Il est né avec cette idée. C’est avec cette idée qu’il est sor­ti du sein mater­nel de la race et de la terre pour se jeter dans son espace his­to­rique. »

Arthur Moel­ler van den Bruck, La révo­lu­tion des peuples jeunes, recueil de textes écrits entre 1916 et 1923, édi­tés en fran­çais par Par­dès, 1993

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Peuple — voir aussi : Tradition

« Chaque peuple porte une tra­di­tion, un royaume inté­rieur, un mur­mure des temps anciens et du futur. »

Domi­nique Ven­ner, His­toire et tra­di­tion des Euro­péens, édi­tions du Rocher, 2002

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Peuple — voir aussi : Politique

« Un peuple étant un com­plexe de rap­ports, d’attitudes, il y a une autre menace qui pèse sur lui, autre que la des­truc­tion phy­sique, autre que la perte d’indépendance : c’est celle de la dis­so­lu­tion si les hommes ne se sentent plus membres d’un même corps, si le cli­mat de confiance qui unit ces citoyens dis­pa­raît, si les sym­boles qu’ils ont en com­mun n’ont plus le même sens pour les uns et pour les autres, en un mot si l’existence morale du peuple dis­pa­raît. Et cette perte de l’existence morale n’est pas due à des causes exté­rieures et sou­daines : elle est due à des phé­no­mènes inté­rieurs et dis­so­cia­teurs, qui sont des sous-pro­duits du pro­grès. »

Ber­trand de Jou­ve­nel, Du Prin­ci­pat, 1958

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Peuple qui se lève

« Je ne me suis jamais sou­mis.
Je me suis fait une âme plus grande
Que celle des maîtres de mon peuple.
Et je dis aux maîtres de mon peuple :
Pre­nez garde !
Pre­nez garde à ce qui vient :
Le peuple qui se lève… »

Patrick Pearse, Le Rebelle, 1916, cité par Jean Mabire, Patrick Pearse, une vie pour l’Irlande, édi­tions Terre et Peuple, 1998

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Peuples (et économie)

Le dépas­se­ment de notre sys­tème du monde est néces­saire et urgent. Ce dépas­se­ment appelle cer­tai­ne­ment celui de l’économie. Il appelle moins le retour du poli­tique […] qu’il n’appelle le retour de socié­tés humaines consti­tuées, conscientes d’elles-mêmes, en charge de leur his­toire et en quête de leur des­tin – des socié­tés auto­nomes. Que les peuples retrouvent les moyens de faire leur his­toire et de faire l’histoire, dans l’échange, dans la curio­si­té, dans la diver­si­té qui est l’expression de la condi­tion poli­tique, et la mon­dia­li­sa­tion et l’économie rede­vien­dront ce qu’elles ont été, de beaux outils à construire les châ­teaux de sable que la marée de l’histoire emporte comme elle veut et quand elle veut.”

Her­vé Juvin, Le ren­ver­se­ment du monde – Poli­tique de la crise, Gal­li­mard, 2010

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Peur

« La peur c’est quand l’âme ne fait plus confiance au corps. »

Syl­vain Tes­son, L’axe du loup, édi­tions Robert Laf­font, 2004

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Phalange achéenne

Dans un fameux pas­sage de l’Iliade le poète décrit la pha­lange achéenne : « La lance fait un rem­part à la lance, le bou­clier au bou­clier, cha­cun étayant l’autre ; l’écu s’appuie sur l’écu, le casque sur le casque, le guer­rier sur le guer­rier. » Ce n’est pas seule­ment la pré­fi­gu­ra­tion de l’ordre hopli­tique que l’on entre­voit ici, mais sur­tout l’expression de ce qu’est une com­mu­nau­té soli­daire où chaque membre peut se repo­ser sur les autres, où la déser­tion d’un seul anéan­ti­rait ins­tan­ta­né­ment le tout indis­so­ciable. Pas ques­tion de « contrat » ici, mais d’obligations mutuelles ins­crites dans le pacte fon­da­teur du clan, de la tri­bu, de la cité et de la pha­lange.”

Domi­nique Ven­ner, Un samou­raï d’Occident. Le Bré­viaire des insou­mis, édi­tions Pierre-Guillaume de Roux, 2013

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Philosopher

[…] Bien phi­lo­so­pher, c’est-à-dire, au fond, s’exercer à mou­rir aisé­ment.”

Socrate selon Pla­ton, Phé­don, 81a-82c, IVe siècle av. notre ère

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Philosophie

Pour les Anciens, on est phi­lo­sophe non pas en fonc­tion de l’originalité ou de l’abondance du dis­cours phi­lo­so­phique que l’on a inven­té ou déve­lop­pé, mais en fonc­tion de la manière dont on vit. Il s’agit, avant tout, de deve­nir meilleur. Et le dis­cours n’est phi­lo­so­phique que s’il se trans­forme en mode de vie.”

Pierre Hadot, Qu’est-ce que la phi­lo­so­phie antique ?, Gal­li­mard, 1995

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Place — voir aussi : Soleil

Nous vou­lons de la place au soleil – C’est nor­mal mon gar­çon ; alors fais du soleil au lieu de cher­cher à faire de la place.”

Jean Gio­no, Le bon­heur fou, 1967

Plaire ?

Cher­cher à plaire est la pente la plus glis­sante pour piquer droit vers le plus bas niveau.”

Hen­ry de Mon­ther­lant, Ser­vice inutile, 1935

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Poèmes homériques

Les poèmes homé­riques nous montrent les chefs achéens régnant cha­cun sur un petit royaume ; la Grèce de l’âge héroïque, divi­sée en autant de royaumes indé­pen­dants qu’il y a de can­tons, était déjà mor­ce­lée à l’extrême, comme le sera plus tard celle de l’époque clas­sique. […]

Cha­cun de ces rois est indé­pen­dant : Aga­mem­non n’est choi­si comme chef de guerre contre Troie que parce qu’il com­mande à la troupe la plus nom­breuse ; mais avant de prendre une déci­sion il consulte les autres chefs, ses pairs, réunis en conseil. […] Ces chefs sont essen­tiel­le­ment des guer­riers. La guerre est leur prin­ci­pale occu­pa­tion, la source prin­ci­pale de leur richesse. Ils ne rêvent que batailles et pillages, expé­di­tions sur terre ou sur mer. Entre voi­sins, les guerres sont inces­santes : la paix leur pèse, le repos les ennuie, l’aventure les attire ; et, lors même que, vain­cus par l’âge, ils chauffent leurs vieux membres à la flamme du foyer dans la haute salle de leur manoir, ils n’ont pas de plus grande joie que d’écouter après un fes­tin le récit des exploits de leur jeu­nesse. […]

Le pou­voir de ces rois, tel qu’il nous est pré­sen­té dans l’Iliade et dans l’Odyssée, est de carac­tère féo­dal. Plus qu’il ne gou­verne un can­ton, cha­cun d’eux com­mande à un groupe de guer­riers qui le recon­naissent comme leur chef. Autant que ses sol­dats, ses com­pa­gnons d’armes sont ses amis, en même temps que ses ser­vi­teurs, et, en expé­di­tion loin­taine comme au pays, ils sont convo­qués en assem­blée lorsque se pré­sente une affaire grave. Bien que la royau­té soit héré­di­taire, chaque chef doit méri­ter son rang par sa pru­dence au conseil et son cou­rage au com­bat. A la guerre, qui est encore conçue comme une série d’engagements indi­vi­duels, il paye de sa per­sonne, et, de retour chez lui, en son manoir ou dans son domaine, il ne croit pas déchoir en pre­nant part à l’apprêt d’un fes­tin ou aux tra­vaux des champs.”

Robert Fla­ce­lière, Intro­duc­tion aux poèmes homé­riques, 1955

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Poèmes

« Si les dieux ont infli­gé la mort à tant d’hommes, c’est pour don­ner des chants aux gens de l’avenir », L’Iliade (VIII, 579–580). « Don­ner des chants », autre­ment dit des poèmes, cela signi­fie trans­cen­der le mal­heur en œuvre d’art et en beau­té. Le mal­heur est ain­si ren­ver­sé en son contraire.”

Domi­nique Ven­ner, Un samou­raï d’Occident. Le Bré­viaire des insou­mis, édi­tions Pierre-Guillaume de Roux, 2013

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Poésie

La véra­ci­té de la doc­trine importe peu : c’est de poé­sie que nous avons soif, et non de véri­té.”

Gabriel Matz­neff, Le Défi, La Table Ronde, 1965

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Poète — voir aussi : Grande époque

On recon­naît les grandes époques à ceci, que la puis­sance de l’esprit y est visible et son action tou­jours pré­sente. Il en était ain­si de ce pays ; dans le dérou­le­ment des sai­sons, dans le ser­vice des dieux et dans la vie humaine, aucune fête n’était conce­vable sans poé­sie. Mais le poète avait sur­tout durant les fêtes des morts, après la consé­cra­tion du cadavre, la fonc­tion de juge des morts. C’est à lui qu’il appar­te­nait de jeter sur l’existence du dis­pa­ru le regard des dieux et de la célé­brer dans le poème comme le plon­geur dégage la perle hors du coquillage. Dès les ori­gines il exis­tait deux degrés dans l’honneur funèbre, dont le plus usi­té était l’élé­geion. L’élé­géion était comme l’offrande qu’il conve­nait d’apporter à une vie hon­nê­te­ment pas­sée dans l’amertume et la joie mêlées, telle qu’elle nous est échue à nous autres hommes.”

Ernst Jün­ger, Sur les falaises de marbre (Auf den Mar­mork­lip­pen), 1939

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Point de vue historique

Puisque nous ne pou­vons pas trom­per toute la race humaine en per­ma­nence, il est très impor­tant de cou­per chaque géné­ra­tion des autres ; en effet, quand l’érudition éta­blit un com­merce libre entre les âges, on risque tou­jours que les erreurs carac­té­ris­tiques d’une époque soient cor­ri­gées par les véri­tés carac­té­ris­tiques d’une autre. Mais grâce à notre Père et au Point de Vue His­to­rique, les grands éru­dits d’aujourd’hui sont aus­si peu nour­ris par le pas­sé que le plus igno­rant des méca­ni­ciens qui s’imagine que « l’histoire, c’est de la blague ».”

C.S. Lewis, Tac­tique du diable (Screw­tape Let­ters), n°27, 1941

L’allusion de la fin de cita­tion ren­voie à une décla­ra­tion de l’industriel amé­ri­cain Hen­ry Ford : « His­to­ry is more or less bunk. It’s tra­di­tion. We don’t want tra­di­tion. We want to live in present, and the only his­to­ry that is worth a thinker’s damn is the theo­ry thant we make today » (entre­tien avec Charles N. Whee­ler, Chi­ca­go Tri­bune, 25 mai 1916).

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Politique

Elle est l’activité sociale qui se pro­pose d’assurer par la force, géné­ra­le­ment fon­dée sur le droit, la sécu­ri­té exté­rieure et la concorde inté­rieure d’une uni­té poli­tique par­ti­cu­lière en garan­tis­sant l’ordre au milieu de luttes qui naissent de la diver­si­té et de la diver­gence des opi­nions et des inté­rêts. […] La guerre est tou­jours latente, non pas parce qu’elle serait une fin en elle-même ou le but de la poli­tique, mais le recours ultime dans une situa­tion sans issue. […] Il ne sau­rait y avoir de poli­tique sans un enne­mi réel ou vir­tuel.”

Julien Freund, L’Essence du poli­tique, Sirey, 1965

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Politique

Qu’est-ce que cela signi­fie, poli­tique ? Gou­ver­ner les hommes ? J’écris que là n’est pas la ques­tion et qu’il s’agit de don­ner des rai­sons de vivre et de mou­rir. Des oublis de soi. Et ces rai­sons de vivre sont, depuis tou­jours, exac­te­ment les mêmes que les rai­sons de mou­rir.”

Jean Cau, Les écu­ries de l’Occident, La Table Ronde, 1973

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Politiquement correct

Il est assez sin­gu­lier de consta­ter que les neuf dixièmes de ce qui a été pen­sé natu­rel­le­ment et sur­tout cultu­rel­le­ment pen­dant vingt ou trente siècles (mais vingt siècles sépa­ré­ment, pas tous ensemble…) serait aujourd’hui consi­dé­ré, et l’est effec­ti­ve­ment comme inad­mis­sible, révol­tant ou, pour employer un terme dont les auto­ri­sés de parole font grand usage, cri­mi­nel.”

Renaud Camus, Le Grand Rem­pla­ce­ment, David Rein­harc, 2011

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Poneys sauvages

Nous allons vers un monde où il y aura de moins en moins de poneys sau­vages…”

Michel Déon, Les Poneys sau­vages, Gal­li­mard, 1970

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Postérité

Les gens qui ne regardent jamais en arrière vers leurs ancêtres ne regar­de­ront jamais en avant vers leur pos­té­ri­té.”

Edmund Burke, Réflexions sur la Révo­lu­tion de France (Reflec­tions on the Revo­lu­tion in France), 1790

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Postmodernité

La France a inven­té la moder­ni­té à par­tir du XVIIe siècle, avec le car­té­sia­nisme et la phi­lo­so­phie des Lumières. Sans doute est-ce pour cela qu’elle éprouve une énorme dif­fi­cul­té à abor­der le chan­ge­ment de para­digme en jeu aujourd’hui. Nous ne vou­lons pas voir que les valeurs modernes — rai­son, pro­grès, tra­vail — ne consti­tuent plus une matrice féconde. Alors, on parle de « moder­ni­té seconde », de « moder­ni­té tar­dive », de « moder­ni­té avan­cée ». Pre­nez la crise : selon moi, elle est bien plus qu’une crise finan­cière. Elle est crise au sens éty­mo­lo­gique de « crible ». Nous sommes en train de vivre le pas­sage au tamis des valeurs de la moder­ni­té.

[…] Notre pays a peur de la post­mo­der­ni­té. Il vit un pro­ces­sus de rétrac­tion. Nous sommes retour­nés aux grandes valeurs du XIXe siècle : l’Etat pro­vi­dence, le fonc­tion­na­riat, la crainte de devoir se débrouiller avec la vie.”

Michel Maf­fe­so­li, in L’Express, 15 août 2012

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Pouvoir — voir aussi : Instinct

Nous aus­si nous sen­tîmes alors la puis­sance de l’instinct pas­ser en nous comme un éclair. […] Nous ne savions pas encore de quel immense pou­voir l’homme est dépo­si­taire.”

Ernst Jün­ger, Sur les falaises de marbre (Auf den Mar­mork­lip­pen), 1939

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Précautions

Le tour­ment des pré­cau­tions l’emporte sur les dan­gers à évi­ter ; il vaut mieux s’abandonner à la des­ti­née.”

Napo­léon Bona­parte, Viri­li­tés, maximes et pen­sées com­pi­lées par Jules Ber­taut, édi­tions San­sot et Cie, 1912

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Présence

Il est cer­tain qu’aujourd’hui encore, et pré­ci­sé­ment en Ita­lie, les rites par les­quels une com­mu­nau­té guer­rière déclare « pré­sents » les cama­rades morts au champ d’honneur, ont retrou­vé une force sin­gu­lière. Qui part de l’idée que tout ce qu’un pro­ces­sus d’involution a, de nos jours, doté d’un carac­tère allé­go­rique et au maxi­mum éthique, avait à l’origine une valeur de réa­li­té (et tout rite était action et non simple céré­mo­nie) doit pen­ser que les rites guer­riers actuels peuvent être matière à médi­ta­tion et à rap­pro­cher du mys­tère conte­nu dans l’enseignement dont nous avons par­lé : l’idée de héros qui ne sont pas vrai­ment morts, comme celle de vain­queurs qui, à l’image du César romain, res­tent « vain­queurs per­pé­tuels » au centre d’une lignée.”

Julius Evo­la, Méta­phy­sique de la guerre, in Dio­ra­ma Filo­so­fi­co, 1935

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Présent

« Notre expé­rience du temps et de notre exis­tence dans le temps est cen­trée sur le pré­sent. En quoi est-ce nou­veau ? Que le pré­sent soit le centre et les deux autres dimen­sions, pas­sé et ave­nir, la péri­phé­rie, c’est une image qui n’est pas d’aujourd’hui. Lorsqu’il veut oppo­ser le « main­te­nant » à ces deux autres dimen­sions, Aris­tote les appelle « le temps qui entoure » (per­ix). Par ailleurs, que le pré­sent soit le temps de l’action, le seul dont nous dis­po­sions, c’est aus­si une consta­ta­tion qui remonte à l’Antiquité. Un célèbre frag­ment d’Aristippe de Cyrène le rap­pe­lait déjà : « Seul le pré­sent est à nous, et non pas ce qui nous devance, ni non plus ce qui est atten­du : l’un a dis­pa­ru, et de l’autre, il est incer­tain s’il sera ». Des stoï­ciens comme Sénèque et Marc Aurèle nous ont lais­sé des obser­va­tions ana­logues. Cepen­dant, il s’agissait pour les Anciens de muse­ler l’intérêt exces­sif pour le pas­sé et l’avenir, objets de nos­tal­gie ou d’anticipation, pour rame­ner à l’exigence d’agir. Notre pro­blème à nous est au contraire un dés­in­té­rêt pour le pas­sé comme pour l’avenir. »

Rémi Brague, Modé­ré­ment moderne, Flam­ma­rion, 2014

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Présent

« Le bon­heur c’est d’être pré­sent à ce que l’on fait. »

Alexandre Pous­sin et Syl­vain Tes­son, La marche dans le ciel, édi­tions Robert Laf­font, 1998

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Présentisme

« L’Être n’est plus consi­dé­ré comme quelque chose de bon, mais tout au plus comme un fait neutre, voire, dans cer­tains cas extrêmes, comme mau­vais. Le nihi­lisme en tire les consé­quences et vise à la des­truc­tion de ce qu’il consi­dère comme indigne d’être.

Mais il épargne le pré­sent, tout sim­ple­ment parce que celui-ci abrite le sujet de la des­truc­tion. Il cherche à détruire tout, sauf le pré­sent. C’est-à-dire ce qui reste une fois qu’on a fait abs­trac­tion du pré­sent, à savoir le pas­sé et l’avenir. La logique du nihi­lisme est donc celle de ce que l’on pour­rait appe­ler un « pré­sen­tisme » abso­lu. Il vise à la des­truc­tion du pas­sé et de l’avenir. »

Rémi Brague, Modé­ré­ment moderne, Flam­ma­rion, 2014

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Présocratiques

« Les véri­tables phi­lo­sophes grecs sont les Pré­so­cra­tiques. »

Frie­drich Nietzsche, La Volon­té de puis­sance (Der Wille zur Macht. Ver­such einer Umwer­tung aller Werte), 1901

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Prévoir

Une telle dou­leur, si j’ai pu la pré­voir, je sau­rai la subir.”

Vir­gile, Enéide, IV, 419–420, entre 29 et 19 av. notre ère (“Hunc ego si potui tan­tum spe­rare dolo­rem, / et per­ferre, soror, pote­ro”)

Principes

Aux Euro­péens, le poète fon­da­teur [Homère] rap­pelle qu’ils ne sont pas nés d’hier. Il leur lègue le socle de leur iden­ti­té, la pre­mière expres­sion par­faite d’un patri­moine éthique et esthé­tique qu’il tenait lui-même en héri­tage et qu’il a subli­mé de façon que l’on dirait divine. Les prin­cipes qu’il a fait vivre par ses per­son­nages n’ont pas ces­sé de renaître jusqu’à nous, mon­trant que le fil secret de notre tra­di­tion ne pou­vait être rom­pu. Ain­si l’avenir prend-il racine dans la mémoire du pas­sé.”

Domi­nique Ven­ner, Un samou­raï d’Occident. Le Bré­viaire des insou­mis, édi­tions Pierre-Guillaume de Roux, 2013

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Prix

Tout ce qui a un prix n’a que peu de prix.”

Nietzsche cité par Robert Dun, in Le Grand sui­cide, Edi­tions du Crève-Tabous, 1984

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Prolétariat

La guerre que le pro­lé­ta­riat doit conduire contre ses maîtres est propre à déve­lop­per en lui des sen­ti­ments de sublime qui font aujourd’hui com­plè­te­ment défaut à la bour­geoi­sie.”

Georges Sorel, Les illu­sions du pro­grès, 1908

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Prochain

Par­mi les êtres humains, on ne recon­naît plei­ne­ment l’existence que de ceux qu’on aime.”

Simone Weil, La Pesan­teur et la Grâce, 1942, éd. Plon 1947

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Progrès

Le pro­grès est l’injustice que chaque géné­ra­tion com­met à l’égard de celle qui l’a pré­cé­dée.”

Emil Cio­ran, De l’inconvénient d’être né, 1973

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Progrès

On a pas hési­té à don­ner à l’homme « bon » une valeur supé­rieure dans le sens du pro­grès, de l’utilité, de la pros­pé­ri­té de l’homme. Et si le contraire était vrai ? Et s’il y avait chez le “bon” aus­si un symp­tôme de régres­sion qui per­met­trait au pré­sent de vivre en quelque sorte aux dépens de l’avenir ?”

Frie­drich Nietzsche, La Généa­lo­gie de la morale (Zur Genea­lo­gie der Moral. Eine Streit­schrift), 1887

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Protection

L’obligation des sujets envers le sou­ve­rain s’entend aus­si long­temps, et pas plus, que dure la puis­sance grâce à laquelle il a la capa­ci­té de les pro­té­ger. En effet, le droit que, par nature, les humains ont de se pro­té­ger eux-mêmes, quand per­sonne d’autre ne peut le faire, ne peut être aban­don­né par aucune conven­tion.”

Tho­mas Hobbes, Lévia­than, 1651

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Promesse

Tiens vis-à-vis des autres ce que tu t’es pro­mis à toi seul. Là est ton contrat.”

René Char, Feuillets d’Hypnos, 1946

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Puissance

C’est à ça qu’on mesure la puis­sance : savoir jusqu’à quel point on est capable de vivre dans un monde où il n’y a plus ni sens, ni véri­té, ni but, ni loi, ni jus­tice, ni cau­sa­li­té – et vou­loir encore ce monde.”

Julius Evo­la, Teo­ria dell’Individuo asso­lu­to, 1927

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