Lettre P

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P

Pan

Je demeu­re chré­tien, mais je ne suis pas fer­mé à l’héritage poly­théis­te de l’Europe, […] le paga­nis­me ne m’étant pas étran­ger, tout chré­tien que je me veux. J’ai aus­si pleu­ré sur la mort de Pan.”

Vla­di­mir Vol­koff, cité par Chris­to­pher Gérard in Quo­li­bets – Jour­nal de lec­tu­re, L’Age d’Homme, 2013

Tags : Christopher Gérard, quolibets, L’Age d’Homme, Volkoff, Pan, Grand Pan, chrétien, christianisme, polythéisme, héritage, Europe, héritage polythéiste de l’Europe
Paradis

Nous vou­lons un para­dis dif­fi­ci­le, dres­sé, impla­ca­ble. Un para­dis où l’on ne se repo­se jamais et qui ait dans l’embrasure des por­tes des anges avec des épées.”

José Anto­nio Pri­mo de Rive­ra, 1935, cité par Domin­go Gon­za­lez Her­nan­dez, in Pré­sen­ce de José Anto­nio, Les Bou­quins de Syn­thè­se natio­na­le, 2013

Tags : José Antonio, Domingo Gonzalez Hernandez, paradis, anges, épées, révolution spirituelle, phalange, Espagne
Parlementaire

Le gou­ver­ne­ment par­le­men­tai­re n’est pas tant le gou­ver­ne­ment de la tri­bu­ne ; et même, il n’est pas tant le gou­ver­ne­ment des com­mis­sions ; il est le gou­ver­ne­ment des cou­loirs.”

Char­les Péguy, extrait de Cahiers de la quin­zai­ne, 1900–1914

Tags : Péguy, parlementaire, parlementarisme, régime parlementaire, gouvernement, tribune, commissions, couloirs
Parole donnée

À ce pro­pos aus­si Andro­li­cas a lais­sé par écrit un mot que sou­lait dire Lysan­dre, par où il appert qu’il fai­sait bien peu de comp­te de se par­ju­rer ; car il disait « qu’il fal­lait trom­per les enfants avec des osse­lets, et les hom­mes avec les ser­ments », sui­vant en cela Poly­cra­te, le tyran de Samos, mais non pas avec rai­son ; car lui était capi­tai­ne légi­ti­me et l’autre vio­lent usur­pa­teur de domi­na­tion tyran­ni­que ; et ce n’était point fait en vrai Laco­nien de se com­por­ter envers les dieux ni plus ni moins qu’envers les enne­mis, ou enco­re pire­ment et plus inju­rieu­se­ment ; car celui qui trom­pe son enne­mi, moyen­nant la foi qu’il lui jure, don­ne à connaî­tre qu’il le craint, mais qu’il ne se sou­cie point des dieux.”

Plu­tar­que, Vie de Lysan­dre, XIII, IVe siè­cle avant notre ère

Tags : Plutarque, vie de Lysandre, parole donnée, Androlicas, Polycrate, tyran de Samos, serments, parjure, dieux
Partir

« Tu ne trou­ve­ras le répit que dans la mar­che for­cée et la recons­truc­tion d’un pro­jet. Oui, pars pour que les cho­ses advien­nent et chan­gent. Pars pour connaî­tre le bon­heur plein de se décou­vrir, cha­que matin un être nou­veau. Et pars dès l’aube quand le mon­de est enco­re pur. »
Clau­di­ne Vin­ce­not, Confi­den­ces des deux riva­ges, édi­tions Anne Car­riè­re, 1999

Tags : Henri Vincenot, Claudine Vincenot, confidences, partir
Partis

Les par­tis s’affaiblissent par la peur qu’ils ont des gens capa­bles.”

Napo­léon Bona­par­te, Viri­li­tés, maxi­mes et pen­sées com­pi­lées par Jules Ber­taut, édi­tions San­sot et Cie, 1912

Tags : Napoléon, virilités, partis, peur, gens capables, affaiblissement, peur
Passé

Il serait vain de se détour­ner du pas­sé pour ne pen­ser qu’à l’avenir. C’est une illu­sion dan­ge­reu­se de croi­re qu’il y ait même là une pos­si­bi­li­té. L’opposition entre l’avenir et le pas­sé est absur­de. L’avenir ne nous appor­te rien, ne nous don­ne rien ; c’est nous qui pour le construi­re devons tout lui don­ner, lui don­ner notre vie elle-même. Mais pour don­ner il faut pos­sé­der, et nous ne pos­sé­dons d’autre vie, d’autre sève, que les tré­sors héri­tés du pas­sé et digé­rés, assi­mi­lés, recréés par nous. De tous les besoins de l’âme humai­ne, il n’y en a pas de plus vital que le pas­sé.”

Simo­ne Weil, L’Enracinement, 1943, Gal­li­mard 1949

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Passé

Le pas­sé, notre pas­sé, a peut-être bien des aspects som­bres. Il a été le lieu de bien des cri­mes et bien des sot­ti­ses. Mais il a, à tout le moins, un dou­ble méri­te : d’une part, il a exis­té, alors que nul ne sait si le futur exis­te­ra ; d’autre part, ce qui est plus impor­tant : il nous a pro­duits, nous qui nous pla­çons à son égard en posi­tion de juges.”

Rémi Bra­gue, Modé­ré­ment moder­ne, Flam­ma­rion, 2014

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Passé (culte du)

Le culte du pas­sé, c’est le mémo­rial de la famil­le, le bla­son de la chau­miè­re, la gloi­re du foyer. C’est la sour­ce vivi­fian­te où le sen­ti­ment de l’honneur se raf­fer­mit, où le cœur se retrem­pe. C’est, aux jours de repos, la légen­de qui édi­fie, le conte qui recrée, la chan­son qui fait rire. C’est, aux jours d’anxiété, la poé­sie d’Ossian qui entend la paro­le des siens dans le souf­fle des vents et voit appa­raî­tre leur blan­che figu­re dans les lueurs du cré­pus­cu­le, dans les contours des nua­ges.”

Xavier Mar­mier, Pro­se et Vers, 1890

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Passer la ligne

La crain­te humai­ne, en tous les temps, sous tous les cieux, en cha­que cœur, n’est jamais qu’une seule et même crain­te : la peur du néant, les épou­van­tes de la mort. Nous l’entendons déjà de la bou­che de Gil­ga­me­sh ; nous l’entendons dans le psau­me XC, et nous en som­mes demeu­rés là jusqu’à l’heure actuel­le. La vic­toi­re sur la crain­te de la mort est donc en même temps, le triom­phe sur tou­te autre ter­reur ; elles tou­tes n’ont de sens que par rap­port à cet­te ques­tion pre­miè­re. Aus­si le recours aux forêts est-il, avant tout, mar­che vers la mort. Elle mène tout près d’elle – et s’il le faut, à tra­vers elle. La forêt, asi­le de la vie, dévoi­le ses riches­ses sur­réel­les quand l’homme a réus­si à pas­ser la ligne. Elle tient en elle tout le sur­croît du mon­de.”

Ernst Jün­ger, Trai­té du rebel­le ou le recours aux forêts (Der Wald­gang), 1951

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Patience

La ver­tu des peu­ples vain­cus, c’est la patien­ce, et non la rési­gna­tion.”

Oswald Spen­gler, Pen­sées, in Ecrits his­to­ri­ques et phi­lo­so­phi­ques, édi­tions Coper­nic, 1980

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Patrie

On a beau iro­ni­ser sur le concept de patrie et conce­voir l’humanité sur le mode anar­chi­que et abs­trait com­me com­po­sée uni­que­ment d’individus iso­lés aspi­rant à une seule liber­té per­son­nel­le, il n’empêche que la patrie est une réa­li­té socia­le concrè­te, intro­dui­sant l’homogénéité et le sens de la col­la­bo­ra­tion entre les hom­mes. Elle est même une des sour­ces essen­tiel­les du dyna­mis­me col­lec­tif, de la sta­bi­li­té et de la conti­nui­té d’une uni­té poli­ti­que dans le temps. Sans elle, il n’y a ni puis­san­ce ni gran­deur ni gloi­re, mais non plus de soli­da­ri­té entre ceux qui vivent sur un même ter­ri­toi­re.

[…] Dans la mesu­re où la patrie ces­se d’être une réa­li­té vivan­te, la socié­té se déla­bre non pas com­me le croient les uns au pro­fit de la liber­té de l’individu ni non plus com­me le croient d’autres à celui de l’humanité ; une col­lec­ti­vi­té poli­ti­que qui n’est plus une patrie pour ses mem­bres ces­se d’être défen­due pour tom­ber plus ou moins rapi­de­ment sous la dépen­dan­ce d’une autre uni­té poli­ti­que.

Là où il n’y a pas de patrie, les mer­ce­nai­res ou l’étranger devien­nent les maî­tres. Sans dou­te devons-nous notre patrie au hasard de la nais­san­ce, mais il s’agit d’un hasard qui nous déli­vre d’autres.”

Julien Freund, Qu’est-ce que la poli­ti­que ?, Seuil, 1967

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Patrie — voir aussi : Gueux

Les patries sont tou­jours défen­dues par les gueux, livrées par les riches.”

Char­les Péguy, Notre Patrie, 1905

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Patrie

La for­me fata­le d’une socié­té, c’est d’être une patrie, plus ou moins lar­ge. Un civi­li­sé mon­tre son amour de la civi­li­sa­tion en adhé­rant à tout le conte­nu de cet­te pro­po­si­tion, en adhé­rant à l’état de guer­re per­ma­nent. Si l’on accep­te l’idée de patrie, on accep­te la guer­re. Car point de patrie sans guer­re et pas de guer­re sans patrie. Qui aime la patrie aime la guer­re.”

Pier­re Drieu la Rochel­le, La comé­die de Char­le­roi, 1934

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Patrie charnelle

A enten­dre les chants et à admi­rer les dan­ses des Fla­mands com­me des Bre­tons, je res­sen­tis le ter­ri­ble man­que de ce que l’écrivain Saint-Loup devait nom­mer « une patrie char­nel­le ». Brus­que­ment, sur cet­te ter­re du Vexin, j’avais la cer­ti­tu­de que rien ne pou­vait s’entreprendre qui ne fut pla­cé sous le dou­ble signe d’une ter­re et d’un peu­ple. Pour moi, désor­mais, ce ne pou­vait être que la Nor­man­die et rien d’autre.”

Jean Mabi­re, La Varen­de entre nous, édi­tions Pré­sen­ce de La Varen­de, 1999 (révé­la­tion lors du Sol­sti­ce de Mar­que­mont le 19 juin 1948).

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Patriotisme

Il n’est qu’un bon pré­sa­ge, c’est de com­bat­tre pour sa patrie.”

Hec­tor, in Homè­re, Ilia­de, XII, 243, vers 800–725 avant notre ère

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Patriotisme

Dul­ce et deco­rum est pro patria mori.”

Hora­ce, Odes III, 2, 23–22 avant notre ère [Trad. : Il est doux et beau de mou­rir pour la patrie]

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Patriotisme

L’Allemagne brû­lait sour­de­ment dans quel­ques cer­veaux har­dis. […] L’Allemagne était là où on lut­tait pour elle ; elle se mon­trait là où des enne­mis en armes vou­laient s’emparer de ses biens, elle brillait d’un éclat radieux là où ceux qui étaient péné­trés de son esprit ris­quaient pour elle le der­nier enjeu.”

Ernst von Salo­mon, Les Réprou­vés (Die Geäch­te­ten), 1931

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Pavillon

Cer­né de tou­tes parts sans issue pos­si­ble, le devoir est de se fai­re connaî­tre, com­me un navi­re de guer­re his­sant le pavillon.”

Ernst Jün­ger, Jour­nal de guer­re (Strah­lun­gen), 1949

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Pays

Le pays n’est pas un slo­gan : ce n’est qu’un petit mot modes­te, mais c’est aus­si la poi­gnée de ter­re où leur âme s’enracine. L’État, la nation sont des concepts flous, mais ils savent ce que pays veut dire. Le pays, c’est un sen­ti­ment que la plan­te est capa­ble d’éprouver.”

Ernst Jün­ger, Le Com­bat com­me expé­rien­ce inté­rieu­re (Der Kampf als inne­res Erleb­nis), 1922

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Paysan

J’étais sur­tout irri­té par l’incompréhension (et le mépris) du pay­san chez Marx. Il a osé écri­re que « la clas­se qui repré­sen­te la bar­ba­rie au sein de la civi­li­sa­tion » (la Lut­te des clas­ses en Fran­ce). C’est une sot­ti­se, on ne peut dire autre­ment. Il igno­rait le mon­de des cam­pa­gnes, en vrai cita­din. Il ne pou­vait com­pren­dre, du coup, que ce sont les ver­tus pay­san­nes – un capi­tal de téna­ci­té, de fru­ga­li­té, de patien­ce, accu­mu­lé depuis vingt-cinq ou tren­te siè­cles – qui ont per­mis de construi­re la socié­té indus­triel­le, qui l’ont mise en rou­te. Elles s’y sont usées, d’ailleurs, et on voit assez com­me elles man­quent aujourd’hui : la vie urbai­ne les détruit.

Pour Marx, je pen­se, le pay­san c’est l’isolement au lieu de l’échange, la rési­gna­tion au lieu de la révol­te. Mais cet­te rési­gna­tion aux maux éter­nels (on n’a pas enco­re sup­pri­mé la guer­re – ni les trem­ble­ments de ter­re ou la séche­res­se) s’accompagne d’une lut­te de cha­que jour. Et le pay­san n’est nul­le­ment un iso­lé dans la durée. C’est lui, le séden­tai­re, qui gar­de et trans­met la sages­se du pro­ver­be. Il est la mémoi­re de l’humanité par les contes et par les cou­tu­mes.”

Geor­ges Laf­fly, Mes livres poli­ti­ques, 1992

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Paysans

Il ne me tar­de pas de retrou­ver la socié­té des pro­fes­seurs. Les pay­sans sont beau­coup plus agréa­bles et même plus inté­res­sants.”

Mar­tin Hei­deg­ger, Cor­res­pon­dan­ce avec Karl Jas­pers (1920–1963), Gal­li­mard, 1997

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Pédagogisme — voir aussi : Crise de la culture

Cet­te cri­se de la cultu­re n’est pas le résul­tat d’un pro­blè­me de moyens, de finan­ce­ment ou de ges­tion ; c’est un bou­le­ver­se­ment inté­rieur. Il s’est pro­duit, dans nos socié­tés occi­den­ta­les, un phé­no­mè­ne uni­que, une rup­tu­re inédi­te : une géné­ra­tion s’est refu­sé à trans­met­tre à la sui­van­te ce qu’elle avait à lui don­ner, l’ensemble du savoir, des repè­res, de l’expérience humai­ne immé­mo­ria­le qui consti­tuait son héri­ta­ge. Il y a là une ligne de condui­te déli­bé­rée, jusqu’à l’explicite : j’étais loin d’imaginer, en com­men­çant à ensei­gner, l’impératif essen­tiel qui allait struc­tu­rer ma for­ma­tion de jeu­ne pro­fes­seur. « Vous n’avez rien à trans­met­tre » : ces mots, pro­non­cés à plu­sieurs repri­ses par un ins­pec­teur géné­ral qui nous accueillait dans le métier le jour de notre pre­miè­re ren­trée, avaient quel­que cho­se de si éton­nant qu’ils ont pro­fon­dé­ment mar­qué ma mémoi­re. « Vous n’avez rien à trans­met­tre. » La cultu­re est pro­pre­ment ce qui se trans­met. Ne plus fai­re subir à nos suc­ces­seurs ce far­deau péri­mé que le pas­sé jet­te­rait sur leur liber­té nou­vel­le, voi­là le pro­jet qui nous est pro­po­sé.

Désor­mais, il faut fai­re en sor­te que cha­que enfant puis­se, pour créer un che­min per­son­nel, pro­dui­re son pro­pre savoir. Écar­tés, le « cours magis­tral » et le « par cœur » ; refu­sée, l’idée qu’une concep­tion du mon­de pour­rait être trans­mi­se aux enfants par leurs parents. Nous avons per­du le sens de la cultu­re. Elle est pour nous, au mieux, un luxe inuti­le ; au pire, un baga­ge encom­brant. Bien sûr, nous conti­nuons de visi­ter les musées, d’aller au ciné­ma, d’écouter de la musi­que ; et en ce sens, nous n’avons pas consciem­ment reje­té loin de nous la cultu­re. Mais elle ne nous inté­res­se plus que sous la for­me d’une dis­trac­tion super­fi­ciel­le, d’un plai­sir intel­li­gent ou d’un agré­ment déco­ra­tif.”

Fran­çois-Xavier Bel­la­my, Les Déshé­ri­tés ou l’urgence de trans­met­tre, Plon, 2014

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Peine de mort

Il sem­ble qu’un sty­le de vie fon­dée sur l’idée de ris­que (l’« aven­tu­re ») ou la notion de ser­vi­ce est aujourd’hui sans écho […] La vraie rai­son de la dis­pa­ri­tion de la pei­ne capi­ta­le est la géné­ra­li­sa­tion de l’idée selon laquel­le l’homme n’est pas res­pon­sa­ble de lui-même, join­te à l’idée que la jus­ti­ce ins­ti­tuée n’a rien à voir avec la sym­bo­li­que de la ven­gean­ce. […] En l’état actuel des cho­ses, une majo­ri­té de Fran­çais refu­se­rait de se bat­tre pour défen­dre sa liber­té. Nous som­mes, en d’autres ter­mes, dans une socié­té qui pen­se que rien n’est pire que la mort, et notam­ment pas l’esclavage. L’inconvénient est que ce type de socié­té finit tou­jours par mou­rir. Après avoir été escla­ve.”

Alain de Benoist, Orien­ta­tions pour des années déci­si­ves, Le Laby­rin­the, 1982

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Pensée

Elle se for­me et s’informe à par­tir de ren­con­tres, de lec­tu­res, de maî­tres accep­tés e dépas­sés, de thé­ma­ti­ques explo­rées et reje­tées, com­me de la dis­pu­ta­tio que ces diver­ses expé­rien­ces engen­drent. Dans la pai­deia clas­si­que, tout « théo­ri­cien » est lui-même d’abord un héri­tier, éta­pe indis­pen­sa­ble à son éman­ci­pa­tion futu­re.”

Alain de Benoist, Mémoi­re vive, entre­tiens avec Fran­çois Bous­quet, édi­tions de Fal­lois, 2012

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Pensée calculante

L’humanité sur cet­te ter­re se trou­ve dans une situa­tion dan­ge­reu­se. Pour­quoi ? Est-ce pour la seule rai­son qu’une troi­siè­me guer­re mon­dia­le peut écla­ter brus­que­ment et qu’elle entraî­ne­rait la des­truc­tion com­plè­te de l’humanité et la rui­ne de la ter­re ? Non pas. Un dan­ger beau­coup plus grand mena­ce les débuts de l’âge ato­mi­que – et pré­ci­sé­ment au cas où le ris­que d’une troi­siè­me guer­re mon­dia­le pour­rait être écar­té […] (Ce dan­ger, c’est) qu’un jour, la pen­sée cal­cu­lan­te fût la seule à être admi­se et à s’exercer […] Alors la plus éton­nan­te et fécon­de vir­tuo­si­té du cal­cul qui inven­te et pla­ni­fie s’accompagnerait… d’indifférence envers la pen­sée médi­tan­te, c’est-à-dire d’une tota­le absen­ce de pen­sée. Et alors ? Alors l’homme aurait nié et reje­té ce qu’il pos­sè­de de plus pro­pre, à savoir qu’il est un être pen­sant.”

Mar­tin Hei­deg­ger, Séré­ni­té, in Ques­tions III, Gal­li­mard, 1966

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Penseurs néoplatoniciens

Le mes­sa­ge de Jean Scot Eri­gè­ne, et à tra­vers lui des pen­seurs néo­pla­to­ni­ciens, n’a jamais ces­sé de tra­vailler sou­ter­rai­ne­ment la conscien­ce occi­den­ta­le, des flam­boie­ments de la mys­ti­que rhé­na­ne à la gran­de insur­rec­tion du roman­tis­me alle­mand, en pas­sant par Jacob Boeh­me et William Bla­ke. Plus près de nous, c’est sa redé­cou­ver­te par Yeats qui, de l’aveu même du poè­te, don­na à la Renais­san­ce irlan­dai­se son élan et sa pro­fon­deur.”

Michel Le Bris, “Jean Scot Eri­gè­ne, dis­si­dent cel­ti­que en Euro­pe”, in L’Irlande ou les musi­ques de l’âme, Artus, 1995

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Pères de famille

Les pères de famil­le, ces grands aven­tu­riers du mon­de moder­ne.”

Char­les Péguy, Vic­tor-Marie com­te Hugo, 1910

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Périls

Pour les États com­me pour les par­ti­cu­liers, ce sont les plus grands périls qui pro­cu­rent le plus de gloi­re.”

Thu­cy­di­de, His­toi­re de la guer­re du Pélo­pon­nè­se, 431–411 avant notre ère

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Permanences

Le pas­sé agit en nous à notre insu. Sous les appa­ren­ces mou­van­tes, vivent les per­ma­nen­ces. L’axe sta­ble au cen­tre de la roue tour­noyan­te du chan­ge­ment. Ce qui était ne sera jamais plus, cer­tes. Les for­mes ancien­nes ne revien­dront pas, mais ce qui est de tou­jours resur­gi­ra.”

Domi­ni­que Ven­ner, His­toi­re et tra­di­tion des Euro­péens, édi­tions du Rocher, 2002

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Permanences secrètes

« Mon idée de la tra­di­tion est neu­ve. Elle défi­nit mon inter­pré­ta­tion de l’histoire et du des­tin des Euro­péen. Elle est éga­le­ment appli­ca­ble aux autres peu­ples. Elle part du constat que l’histoire conven­tion­nel­le de la civi­li­sa­tion euro­péen­ne est un leur­re. Der­riè­re ce leur­re se dérou­le une his­toi­re réel­le fai­te de per­ma­nen­ces secrè­tes. La tra­di­tion est l’expression de ces per­ma­nen­ces. »

Domi­ni­que Ven­ner, Le Choc de l’Histoire, édi­tions Via Roma­na, 2011

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Perte — voir aussi : Maison

« Nul­le mai­son n’est bâtie, nul plan n’est tra­cé, où la per­te futu­re ne soit la pier­re de base, et ce n’est point dans nos œuvres que vit la part impé­ris­sa­ble de nous-mêmes. »

Ernst Jün­ger, Sur les falai­ses de mar­bre (Auf den Mar­mork­lip­pen), 1939

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Petit feu

« … Le feu me tient com­pa­gnie. C’est un cher petit ami que je peux fai­re jaillir de mes doigts cha­que jour, un petit dieu bien vivant qui réchauf­fe l’âme, les sau­cis­ses et les mains. J’aime lire de la poé­sie à mon petit feu. »

Syl­vain Tes­son, L’axe du loup, édi­tions Robert Laf­font, 2004

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Peuple

« Tout peu­ple incar­ne une idée par­ti­cu­liè­re qui est un tout indi­vi­si­ble et lui appar­tient, com­me il est lui-même un tout indi­vi­si­ble qui s’appartient. Il est né avec cet­te idée. C’est avec cet­te idée qu’il est sor­ti du sein mater­nel de la race et de la ter­re pour se jeter dans son espa­ce his­to­ri­que. »

Arthur Moel­ler van den Bru­ck, La révo­lu­tion des peu­ples jeu­nes, recueil de tex­tes écrits entre 1916 et 1923, édi­tés en fran­çais par Par­dès, 1993

Tags : Moeller van den Bruck, La révolution des peuples jeunes, Pardès, révolution conservatrice, peuple, idée, race, terre, espace historique
Peuple — voir aussi : Tradition

« Cha­que peu­ple por­te une tra­di­tion, un royau­me inté­rieur, un mur­mu­re des temps anciens et du futur. »

Domi­ni­que Ven­ner, His­toi­re et tra­di­tion des Euro­péens, édi­tions du Rocher, 2002

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Peuple — voir aussi : Politique

« Un peu­ple étant un com­plexe de rap­ports, d’attitudes, il y a une autre mena­ce qui pèse sur lui, autre que la des­truc­tion phy­si­que, autre que la per­te d’indépendance : c’est cel­le de la dis­so­lu­tion si les hom­mes ne se sen­tent plus mem­bres d’un même corps, si le cli­mat de confian­ce qui unit ces citoyens dis­pa­raît, si les sym­bo­les qu’ils ont en com­mun n’ont plus le même sens pour les uns et pour les autres, en un mot si l’existence mora­le du peu­ple dis­pa­raît. Et cet­te per­te de l’existence mora­le n’est pas due à des cau­ses exté­rieu­res et sou­dai­nes : elle est due à des phé­no­mè­nes inté­rieurs et dis­so­cia­teurs, qui sont des sous-pro­duits du pro­grès. »

Ber­trand de Jou­ve­nel, Du Prin­ci­pat, 1958

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Peuple qui se lève

« Je ne me suis jamais sou­mis.
Je me suis fait une âme plus gran­de
Que cel­le des maî­tres de mon peu­ple.
Et je dis aux maî­tres de mon peu­ple :
Pre­nez gar­de !
Pre­nez gar­de à ce qui vient :
Le peu­ple qui se lève… »

Patri­ck Pear­se, Le Rebel­le, 1916, cité par Jean Mabi­re, Patri­ck Pear­se, une vie pour l’Irlande, édi­tions Ter­re et Peu­ple, 1998

Tags : Mabire, Pearse, IRA, poème, soumission, soulèvement, peuple, peuple qui se lève, Irlande, réveil
Peuples (et économie)

Le dépas­se­ment de notre sys­tè­me du mon­de est néces­sai­re et urgent. Ce dépas­se­ment appel­le cer­tai­ne­ment celui de l’économie. Il appel­le moins le retour du poli­ti­que […] qu’il n’appelle le retour de socié­tés humai­nes consti­tuées, conscien­tes d’elles-mêmes, en char­ge de leur his­toi­re et en quê­te de leur des­tin – des socié­tés auto­no­mes. Que les peu­ples retrou­vent les moyens de fai­re leur his­toi­re et de fai­re l’histoire, dans l’échange, dans la curio­si­té, dans la diver­si­té qui est l’expression de la condi­tion poli­ti­que, et la mon­dia­li­sa­tion et l’économie rede­vien­dront ce qu’elles ont été, de beaux outils à construi­re les châ­teaux de sable que la marée de l’histoire empor­te com­me elle veut et quand elle veut.”

Her­vé Juvin, Le ren­ver­se­ment du mon­de – Poli­ti­que de la cri­se, Gal­li­mard, 2010

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Peur

« La peur c’est quand l’âme ne fait plus confian­ce au corps. »

Syl­vain Tes­son, L’axe du loup, édi­tions Robert Laf­font, 2004

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Phalange achéenne

Dans un fameux pas­sa­ge de l’Iliade le poè­te décrit la pha­lan­ge achéen­ne : « La lan­ce fait un rem­part à la lan­ce, le bou­clier au bou­clier, cha­cun étayant l’autre ; l’écu s’appuie sur l’écu, le cas­que sur le cas­que, le guer­rier sur le guer­rier. » Ce n’est pas seule­ment la pré­fi­gu­ra­tion de l’ordre hopli­ti­que que l’on entre­voit ici, mais sur­tout l’expression de ce qu’est une com­mu­nau­té soli­dai­re où cha­que mem­bre peut se repo­ser sur les autres, où la déser­tion d’un seul anéan­ti­rait ins­tan­ta­né­ment le tout indis­so­cia­ble. Pas ques­tion de « contrat » ici, mais d’obligations mutuel­les ins­cri­tes dans le pac­te fon­da­teur du clan, de la tri­bu, de la cité et de la pha­lan­ge.”

Domi­ni­que Ven­ner, Un samou­raï d’Occident. Le Bré­viai­re des insou­mis, édi­tions Pier­re-Guillau­me de Roux, 2013

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Philosopher

[…] Bien phi­lo­so­pher, c’est-à-dire, au fond, s’exercer à mou­rir aisé­ment.”

Socra­te selon Pla­ton, Phé­don, 81a-82c, IVe siè­cle av. notre ère

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Philosophie

Pour les Anciens, on est phi­lo­so­phe non pas en fonc­tion de l’originalité ou de l’abondance du dis­cours phi­lo­so­phi­que que l’on a inven­té ou déve­lop­pé, mais en fonc­tion de la maniè­re dont on vit. Il s’agit, avant tout, de deve­nir meilleur. Et le dis­cours n’est phi­lo­so­phi­que que s’il se trans­for­me en mode de vie.”

Pier­re Hadot, Qu’est-ce que la phi­lo­so­phie anti­que ?, Gal­li­mard, 1995

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Place — voir aussi : Soleil

Nous vou­lons de la pla­ce au soleil – C’est nor­mal mon gar­çon ; alors fais du soleil au lieu de cher­cher à fai­re de la pla­ce.”

Jean Gio­no, Le bon­heur fou, 1967

Plaire ?

Cher­cher à plai­re est la pen­te la plus glis­san­te pour piquer droit vers le plus bas niveau.”

Hen­ry de Mon­ther­lant, Ser­vi­ce inuti­le, 1935

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Poèmes homériques

Les poè­mes homé­ri­ques nous mon­trent les chefs achéens régnant cha­cun sur un petit royau­me ; la Grè­ce de l’âge héroï­que, divi­sée en autant de royau­mes indé­pen­dants qu’il y a de can­tons, était déjà mor­ce­lée à l’extrême, com­me le sera plus tard cel­le de l’époque clas­si­que. […]

Cha­cun de ces rois est indé­pen­dant : Aga­mem­non n’est choi­si com­me chef de guer­re contre Troie que par­ce qu’il com­man­de à la trou­pe la plus nom­breu­se ; mais avant de pren­dre une déci­sion il consul­te les autres chefs, ses pairs, réunis en conseil. […] Ces chefs sont essen­tiel­le­ment des guer­riers. La guer­re est leur prin­ci­pa­le occu­pa­tion, la sour­ce prin­ci­pa­le de leur riches­se. Ils ne rêvent que batailles et pilla­ges, expé­di­tions sur ter­re ou sur mer. Entre voi­sins, les guer­res sont inces­san­tes : la paix leur pèse, le repos les ennuie, l’aventure les atti­re ; et, lors même que, vain­cus par l’âge, ils chauf­fent leurs vieux mem­bres à la flam­me du foyer dans la hau­te sal­le de leur manoir, ils n’ont pas de plus gran­de joie que d’écouter après un fes­tin le récit des exploits de leur jeu­nes­se. […]

Le pou­voir de ces rois, tel qu’il nous est pré­sen­té dans l’Iliade et dans l’Odyssée, est de carac­tè­re féo­dal. Plus qu’il ne gou­ver­ne un can­ton, cha­cun d’eux com­man­de à un grou­pe de guer­riers qui le recon­nais­sent com­me leur chef. Autant que ses sol­dats, ses com­pa­gnons d’armes sont ses amis, en même temps que ses ser­vi­teurs, et, en expé­di­tion loin­tai­ne com­me au pays, ils sont convo­qués en assem­blée lors­que se pré­sen­te une affai­re gra­ve. Bien que la royau­té soit héré­di­tai­re, cha­que chef doit méri­ter son rang par sa pru­den­ce au conseil et son cou­ra­ge au com­bat. A la guer­re, qui est enco­re conçue com­me une série d’engagements indi­vi­duels, il paye de sa per­son­ne, et, de retour chez lui, en son manoir ou dans son domai­ne, il ne croit pas déchoir en pre­nant part à l’apprêt d’un fes­tin ou aux tra­vaux des champs.”

Robert Fla­ce­liè­re, Intro­duc­tion aux poè­mes homé­ri­ques, 1955

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Poèmes

« Si les dieux ont infli­gé la mort à tant d’hommes, c’est pour don­ner des chants aux gens de l’avenir », L’Iliade (VIII, 579–580). « Don­ner des chants », autre­ment dit des poè­mes, cela signi­fie trans­cen­der le mal­heur en œuvre d’art et en beau­té. Le mal­heur est ain­si ren­ver­sé en son contrai­re.”

Domi­ni­que Ven­ner, Un samou­raï d’Occident. Le Bré­viai­re des insou­mis, édi­tions Pier­re-Guillau­me de Roux, 2013

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Poésie

La véra­ci­té de la doc­tri­ne impor­te peu : c’est de poé­sie que nous avons soif, et non de véri­té.”

Gabriel Matz­neff, Le Défi, La Table Ron­de, 1965

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Poète — voir aussi : Grande époque

On recon­naît les gran­des épo­ques à ceci, que la puis­san­ce de l’esprit y est visi­ble et son action tou­jours pré­sen­te. Il en était ain­si de ce pays ; dans le dérou­le­ment des sai­sons, dans le ser­vi­ce des dieux et dans la vie humai­ne, aucu­ne fête n’était conce­va­ble sans poé­sie. Mais le poè­te avait sur­tout durant les fêtes des morts, après la consé­cra­tion du cada­vre, la fonc­tion de juge des morts. C’est à lui qu’il appar­te­nait de jeter sur l’existence du dis­pa­ru le regard des dieux et de la célé­brer dans le poè­me com­me le plon­geur déga­ge la per­le hors du coquilla­ge. Dès les ori­gi­nes il exis­tait deux degrés dans l’honneur funè­bre, dont le plus usi­té était l’élé­geion. L’élé­géion était com­me l’offrande qu’il conve­nait d’apporter à une vie hon­nê­te­ment pas­sée dans l’amertume et la joie mêlées, tel­le qu’elle nous est échue à nous autres hom­mes.”

Ernst Jün­ger, Sur les falai­ses de mar­bre (Auf den Mar­mork­lip­pen), 1939

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Point de vue historique

Puis­que nous ne pou­vons pas trom­per tou­te la race humai­ne en per­ma­nen­ce, il est très impor­tant de cou­per cha­que géné­ra­tion des autres ; en effet, quand l’érudition éta­blit un com­mer­ce libre entre les âges, on ris­que tou­jours que les erreurs carac­té­ris­ti­ques d’une épo­que soient cor­ri­gées par les véri­tés carac­té­ris­ti­ques d’une autre. Mais grâ­ce à notre Père et au Point de Vue His­to­ri­que, les grands éru­dits d’aujourd’hui sont aus­si peu nour­ris par le pas­sé que le plus igno­rant des méca­ni­ciens qui s’imagine que « l’histoire, c’est de la bla­gue ».”

C.S. Lewis, Tac­ti­que du dia­ble (Screw­ta­pe Let­ters), n°27, 1941

L’allusion de la fin de cita­tion ren­voie à une décla­ra­tion de l’industriel amé­ri­cain Hen­ry Ford : « His­to­ry is more or less bunk. It’s tra­di­tion. We don’t want tra­di­tion. We want to live in pre­sent, and the only his­to­ry that is wor­th a thinker’s damn is the theo­ry thant we make today » (entre­tien avec Char­les N. Whee­ler, Chi­ca­go Tri­bu­ne, 25 mai 1916).

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Politique

Elle est l’activité socia­le qui se pro­po­se d’assurer par la for­ce, géné­ra­le­ment fon­dée sur le droit, la sécu­ri­té exté­rieu­re et la concor­de inté­rieu­re d’une uni­té poli­ti­que par­ti­cu­liè­re en garan­tis­sant l’ordre au milieu de lut­tes qui nais­sent de la diver­si­té et de la diver­gen­ce des opi­nions et des inté­rêts. […] La guer­re est tou­jours laten­te, non pas par­ce qu’elle serait une fin en elle-même ou le but de la poli­ti­que, mais le recours ulti­me dans une situa­tion sans issue. […] Il ne sau­rait y avoir de poli­ti­que sans un enne­mi réel ou vir­tuel.”

Julien Freund, L’Essence du poli­ti­que, Sirey, 1965

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Politique

Qu’est-ce que cela signi­fie, poli­ti­que ? Gou­ver­ner les hom­mes ? J’écris que là n’est pas la ques­tion et qu’il s’agit de don­ner des rai­sons de vivre et de mou­rir. Des oublis de soi. Et ces rai­sons de vivre sont, depuis tou­jours, exac­te­ment les mêmes que les rai­sons de mou­rir.”

Jean Cau, Les écu­ries de l’Occident, La Table Ron­de, 1973

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Politiquement correct

Il est assez sin­gu­lier de consta­ter que les neuf dixiè­mes de ce qui a été pen­sé natu­rel­le­ment et sur­tout cultu­rel­le­ment pen­dant vingt ou tren­te siè­cles (mais vingt siè­cles sépa­ré­ment, pas tous ensem­ble…) serait aujourd’hui consi­dé­ré, et l’est effec­ti­ve­ment com­me inad­mis­si­ble, révol­tant ou, pour employer un ter­me dont les auto­ri­sés de paro­le font grand usa­ge, cri­mi­nel.”

Renaud Camus, Le Grand Rem­pla­ce­ment, David Rein­harc, 2011

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Poneys sauvages

Nous allons vers un mon­de où il y aura de moins en moins de poneys sau­va­ges…”

Michel Déon, Les Poneys sau­va­ges, Gal­li­mard, 1970

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Postérité

Les gens qui ne regar­dent jamais en arriè­re vers leurs ancê­tres ne regar­de­ront jamais en avant vers leur pos­té­ri­té.”

Edmund Bur­ke, Réflexions sur la Révo­lu­tion de Fran­ce (Reflec­tions on the Revo­lu­tion in Fran­ce), 1790

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Postmodernité

La Fran­ce a inven­té la moder­ni­té à par­tir du XVIIe siè­cle, avec le car­té­sia­nis­me et la phi­lo­so­phie des Lumiè­res. Sans dou­te est-ce pour cela qu’elle éprou­ve une énor­me dif­fi­cul­té à abor­der le chan­ge­ment de para­dig­me en jeu aujourd’hui. Nous ne vou­lons pas voir que les valeurs moder­nes — rai­son, pro­grès, tra­vail — ne consti­tuent plus une matri­ce fécon­de. Alors, on par­le de « moder­ni­té secon­de », de « moder­ni­té tar­di­ve », de « moder­ni­té avan­cée ». Pre­nez la cri­se : selon moi, elle est bien plus qu’une cri­se finan­ciè­re. Elle est cri­se au sens éty­mo­lo­gi­que de « cri­ble ». Nous som­mes en train de vivre le pas­sa­ge au tamis des valeurs de la moder­ni­té.

[…] Notre pays a peur de la post­mo­der­ni­té. Il vit un pro­ces­sus de rétrac­tion. Nous som­mes retour­nés aux gran­des valeurs du XIXe siè­cle : l’Etat pro­vi­den­ce, le fonc­tion­na­riat, la crain­te de devoir se débrouiller avec la vie.”

Michel Maf­fe­so­li, in L’Express, 15 août 2012

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Pouvoir — voir aussi : Instinct

Nous aus­si nous sen­tî­mes alors la puis­san­ce de l’instinct pas­ser en nous com­me un éclair. […] Nous ne savions pas enco­re de quel immen­se pou­voir l’homme est dépo­si­tai­re.”

Ernst Jün­ger, Sur les falai­ses de mar­bre (Auf den Mar­mork­lip­pen), 1939

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Précautions

Le tour­ment des pré­cau­tions l’emporte sur les dan­gers à évi­ter ; il vaut mieux s’abandonner à la des­ti­née.”

Napo­léon Bona­par­te, Viri­li­tés, maxi­mes et pen­sées com­pi­lées par Jules Ber­taut, édi­tions San­sot et Cie, 1912

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Présence

Il est cer­tain qu’aujourd’hui enco­re, et pré­ci­sé­ment en Ita­lie, les rites par les­quels une com­mu­nau­té guer­riè­re décla­re « pré­sents » les cama­ra­des morts au champ d’honneur, ont retrou­vé une for­ce sin­gu­liè­re. Qui part de l’idée que tout ce qu’un pro­ces­sus d’involution a, de nos jours, doté d’un carac­tè­re allé­go­ri­que et au maxi­mum éthi­que, avait à l’origine une valeur de réa­li­té (et tout rite était action et non sim­ple céré­mo­nie) doit pen­ser que les rites guer­riers actuels peu­vent être matiè­re à médi­ta­tion et à rap­pro­cher du mys­tè­re conte­nu dans l’enseignement dont nous avons par­lé : l’idée de héros qui ne sont pas vrai­ment morts, com­me cel­le de vain­queurs qui, à l’image du César romain, res­tent « vain­queurs per­pé­tuels » au cen­tre d’une lignée.”

Julius Evo­la, Méta­phy­si­que de la guer­re, in Dio­ra­ma Filo­so­fi­co, 1935

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Présent

« Notre expé­rien­ce du temps et de notre exis­ten­ce dans le temps est cen­trée sur le pré­sent. En quoi est-ce nou­veau ? Que le pré­sent soit le cen­tre et les deux autres dimen­sions, pas­sé et ave­nir, la péri­phé­rie, c’est une ima­ge qui n’est pas d’aujourd’hui. Lorsqu’il veut oppo­ser le « main­te­nant » à ces deux autres dimen­sions, Aris­to­te les appel­le « le temps qui entou­re » (per­ix). Par ailleurs, que le pré­sent soit le temps de l’action, le seul dont nous dis­po­sions, c’est aus­si une consta­ta­tion qui remon­te à l’Antiquité. Un célè­bre frag­ment d’Aristippe de Cyrè­ne le rap­pe­lait déjà : « Seul le pré­sent est à nous, et non pas ce qui nous devan­ce, ni non plus ce qui est atten­du : l’un a dis­pa­ru, et de l’autre, il est incer­tain s’il sera ». Des stoï­ciens com­me Sénè­que et Marc Aurè­le nous ont lais­sé des obser­va­tions ana­lo­gues. Cepen­dant, il s’agissait pour les Anciens de muse­ler l’intérêt exces­sif pour le pas­sé et l’avenir, objets de nos­tal­gie ou d’anticipation, pour rame­ner à l’exigence d’agir. Notre pro­blè­me à nous est au contrai­re un dés­in­té­rêt pour le pas­sé com­me pour l’avenir. »

Rémi Bra­gue, Modé­ré­ment moder­ne, Flam­ma­rion, 2014

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Présent

« Le bon­heur c’est d’être pré­sent à ce que l’on fait. »

Alexan­dre Pous­sin et Syl­vain Tes­son, La mar­che dans le ciel, édi­tions Robert Laf­font, 1998

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Présentisme

« L’Être n’est plus consi­dé­ré com­me quel­que cho­se de bon, mais tout au plus com­me un fait neu­tre, voi­re, dans cer­tains cas extrê­mes, com­me mau­vais. Le nihi­lis­me en tire les consé­quen­ces et vise à la des­truc­tion de ce qu’il consi­dè­re com­me indi­gne d’être.

Mais il épar­gne le pré­sent, tout sim­ple­ment par­ce que celui-ci abri­te le sujet de la des­truc­tion. Il cher­che à détrui­re tout, sauf le pré­sent. C’est-à-dire ce qui res­te une fois qu’on a fait abs­trac­tion du pré­sent, à savoir le pas­sé et l’avenir. La logi­que du nihi­lis­me est donc cel­le de ce que l’on pour­rait appe­ler un « pré­sen­tis­me » abso­lu. Il vise à la des­truc­tion du pas­sé et de l’avenir. »

Rémi Bra­gue, Modé­ré­ment moder­ne, Flam­ma­rion, 2014

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Présocratiques

« Les véri­ta­bles phi­lo­so­phes grecs sont les Pré­so­cra­ti­ques. »

Frie­dri­ch Nietz­sche, La Volon­té de puis­san­ce (Der Wille zur Macht. Ver­su­ch einer Umwer­tung aller Wer­te), 1901

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Prévoir

Une tel­le dou­leur, si j’ai pu la pré­voir, je sau­rai la subir.”

Vir­gi­le, Enéi­de, IV, 419–420, entre 29 et 19 av. notre ère (“Hunc ego si potui tan­tum spe­ra­re dolo­rem, / et per­fer­re, soror, pote­ro”)

Principes

Aux Euro­péens, le poè­te fon­da­teur [Homè­re] rap­pel­le qu’ils ne sont pas nés d’hier. Il leur lègue le socle de leur iden­ti­té, la pre­miè­re expres­sion par­fai­te d’un patri­moi­ne éthi­que et esthé­ti­que qu’il tenait lui-même en héri­ta­ge et qu’il a subli­mé de façon que l’on dirait divi­ne. Les prin­ci­pes qu’il a fait vivre par ses per­son­na­ges n’ont pas ces­sé de renaî­tre jusqu’à nous, mon­trant que le fil secret de notre tra­di­tion ne pou­vait être rom­pu. Ain­si l’avenir prend-il raci­ne dans la mémoi­re du pas­sé.”

Domi­ni­que Ven­ner, Un samou­raï d’Occident. Le Bré­viai­re des insou­mis, édi­tions Pier­re-Guillau­me de Roux, 2013

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Prix

Tout ce qui a un prix n’a que peu de prix.”

Nietz­sche cité par Robert Dun, in Le Grand sui­ci­de, Edi­tions du Crè­ve-Tabous, 1984

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Prolétariat

La guer­re que le pro­lé­ta­riat doit condui­re contre ses maî­tres est pro­pre à déve­lop­per en lui des sen­ti­ments de subli­me qui font aujourd’hui com­plè­te­ment défaut à la bour­geoi­sie.”

Geor­ges Sorel, Les illu­sions du pro­grès, 1908

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Prochain

Par­mi les êtres humains, on ne recon­naît plei­ne­ment l’existence que de ceux qu’on aime.”

Simo­ne Weil, La Pesan­teur et la Grâ­ce, 1942, éd. Plon 1947

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Progrès

Le pro­grès est l’injustice que cha­que géné­ra­tion com­met à l’égard de cel­le qui l’a pré­cé­dée.”

Emil Cio­ran, De l’inconvénient d’être né, 1973

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Progrès

On a pas hési­té à don­ner à l’homme « bon » une valeur supé­rieu­re dans le sens du pro­grès, de l’utilité, de la pros­pé­ri­té de l’homme. Et si le contrai­re était vrai ? Et s’il y avait chez le “bon” aus­si un symp­tô­me de régres­sion qui per­met­trait au pré­sent de vivre en quel­que sor­te aux dépens de l’avenir ?”

Frie­dri­ch Nietz­sche, La Généa­lo­gie de la mora­le (Zur Genea­lo­gie der Moral. Eine Streit­schrift), 1887

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Protection

L’obligation des sujets envers le sou­ve­rain s’entend aus­si long­temps, et pas plus, que dure la puis­san­ce grâ­ce à laquel­le il a la capa­ci­té de les pro­té­ger. En effet, le droit que, par natu­re, les humains ont de se pro­té­ger eux-mêmes, quand per­son­ne d’autre ne peut le fai­re, ne peut être aban­don­né par aucu­ne conven­tion.”

Tho­mas Hob­bes, Lévia­than, 1651

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Promesse

Tiens vis-à-vis des autres ce que tu t’es pro­mis à toi seul. Là est ton contrat.”

René Char, Feuillets d’Hypnos, 1946

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Puissance

C’est à ça qu’on mesu­re la puis­san­ce : savoir jusqu’à quel point on est capa­ble de vivre dans un mon­de où il n’y a plus ni sens, ni véri­té, ni but, ni loi, ni jus­ti­ce, ni cau­sa­li­té – et vou­loir enco­re ce mon­de.”

Julius Evo­la, Teo­ria dell’Individuo asso­lu­to, 1927

Tags : Evola, puissance, vivre dans le monde, vouloir ce monde, sens, vérité, but, loi, justice, causalité

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