Lettre M

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M

Machines

Si le mon­de est mena­cé de mou­rir de sa machi­ne­rie, com­me le toxi­co­ma­ne de son poi­son favo­ri, c’est que l’homme moder­ne deman­de aux machi­nes, sans oser le dire ou peut-être se l’avouer à lui-même, non pas de l’aider à sur­mon­ter la vie, mais à l’esquiver, à la tour­ner, com­me on tour­ne un obs­ta­cle trop rude.”

Geor­ges Ber­na­nos, Le Che­min de la croix des âmes, 1948

Tags : Bernanos, Le chemin de la croix des âmes, machines, machinerie, homme moderne, surmonter la vie, esquiver, peur, vivre
Maintenir

Les dieux – enten­dez les pas­sions qui nous don­ne­ront la for­ce non rai­son­née de vivre – ne vien­dront que si nous les méri­tons. Dans l’état sinis­tre où nous som­mes, je ne peux que me deman­der – et ne vous deman­der, à vous, petit nom­bre – qu’une dis­po­si­tion à les accueillir. Ne pas suc­com­ber, ne pas rom­pre. Ne pas plier les genoux. Ne pas accep­ter la défai­te qui en nous s’installe. Récu­ser la lai­deur qui nous lèche, en vue de jouis­san­ces immon­des, de sa lan­gue tiè­de. Dire non pour sau­ver l’éclat de notre oui. Notre cou­ra­ge, pour l’heure, est seul en cet­te forêt. Que fai­re ? Défri­cher. Tra­cer un sen­tier et, là-bas, au loin, qui vers nous s’avancera ? Je ne le sais pas. Per­son­ne en tout cas si nous ne nous effor­çons pas d’ouvrir la voie. Quelqu’un peut-être, si nous avons bat­tu le sen­tier et si nous som­mes quel­ques-uns à tou­jours le gar­der ouvert, afin que les jun­gles tou­jours recom­men­cées ne l’engloutissent. Et si nous som­mes tou­jours obli­gés de tailler et d’élaguer, qu’importe !”

Jean Cau, La gran­de pros­ti­tuée, La Table ron­de, 1974

Tags : Jean Cau, grande prostituée, maintenir, chemin, volonté, dieux, défricher, ouvrir la voie, garder, sentier
Maison — voir aussi : Perte

Nul­le mai­son n’est bâtie, nul plan n’est tra­cé, où la per­te futu­re ne soit la pier­re de base, et ce n’est point dans nos œuvres que vit la part impé­ris­sa­ble de nous-mêmes.”

Ernst Jün­ger, Sur les falai­ses de mar­bre (Auf den Mar­mork­lip­pen), 1939

Tags : Jünger, Sur les falaises de marbre, Auf den Marmorklippen, maison, perte, pierre de base, œuvres, fin, chaos
Malchance

Il n’est pas élé­gant d’abuser de la mal­chan­ce : cer­tains indi­vi­dus, com­me cer­tains peu­ples, s’y com­plai­sent tant qu’ils désho­no­rent la tra­gé­die.”

Emil Cio­ran, Syl­lo­gis­mes de l’amertume, 1952

Tags : Cioran, syllogismes de l’amertume, malchance, individus, peuples, tragédie
Malouin

En 1665, un capi­tai­ne cor­sai­re fut char­gé par les arma­teurs malouins de pro­té­ger leurs navi­res des atta­ques bar­ba­res­ques. Ayant été cap­tu­ré, il se vit offrir par le dey d’Alger d’aller por­ter à Louis XIV des pro­po­si­tions de paix. La vie d’une cen­tai­ne d’esclaves fran­çais cau­tion­nait sa démar­che et l’obligation de reve­nir repren­dre ses chaî­nes en cas d’insuccès. Il alla à Ver­sailles. L’offre du dey ayant été reje­tée, il pas­sa par Saint-Malo, mit ses affai­res en ordre et fit ses adieux à sa famil­le. Puis il retour­na en Afri­que. Le dey le fit exé­cu­ter, atta­ché à la gueu­le d’un canon. Il s’appelait Pier­re Por­con de la Bar­di­nais. Son nom est oublié.”

Domi­ni­que Ven­ner, His­toi­re et tra­di­tion des Euro­péens, édi­tions du Rocher, 2002

Tags : Dominique Venner, Histoire et tradition des Européens, malouin, dey d’Alger, barbaresques, Pierre Porcon de la Bardinais, courage, honneur, sacrifice
Manants

Mais, hors de l’église, autour des bor­nes et des mar­ches, les serfs étaient cou­chés côté à côte, rang sur rang, dans la ter­re, tous pareils, tous entre eux, com­me des poi­gnées de ter­re pri­se aux labours. Là, tou­tes ces têtes dures et tou­tes ces pau­vres mains étaient tom­bées en pous­siè­re. Dix noms effa­cés par les pluies, et c’était tou­te la for­ce étein­te et renou­ve­lée de Sabo­las, depuis le temps où l’évêque Isarn chas­sa les Sar­ra­sins… Ces tré­pas­sés n’avaient en leur vie guè­re par­lé plus que les bœufs du sillon et les mou­tons du pâtis — et pour­tant ils lais­saient à leurs des­cen­dants main­tes leçons. Nul gri­moi­re ne conser­vait aux cof­fres de Mor­tut le sou­ve­nir de mil­le manants défunts. Qu’est-ce que l’on savait d’eux ? Rien que ces noms qu’ils avaient trans­mis avec la peur de l’enfer, et le res­pect du sei­gneur, et l’appel confus de l’humaine fati­gue vers l’avenir men­teur…”

Hen­ri Béraud, Le bois du tem­plier pen­du, 1926

Tags : Henri Béraud, Le bois du templier pendu, manants, têtes dures, serfs, héritage, mémoire, souvenir, lignée, racines, terre, poussière, ancêtres, Sabolas, Isarn, Mortut, paysannerie, paysans
Manuels scolaires

Selon Hugo Billard, auteur de manuels chez Belin, inter­ro­gé pour un arti­cle du Mon­de le 16 sep­tem­bre 2011, « les manuels dif­fu­sent les valeurs que les pro­gram­mes drai­nent : ils sont pro­ré­pu­bi­cains, pro-euro­péens, pour l’équilibre social et la diver­si­té cultu­rel­le ».

[…] Une pesée glo­ba­le des exem­ples choi­sis par les manuels per­met de retrou­ver les grands mou­ve­ments de l’opinion domi­nan­te des pre­miè­res années du XXIe siè­cle. Les manuels ne sont plus l’instrument d’une idéo­lo­gie patrio­ti­que ou socia­li­san­te dont il fau­drait trans­met­tre les réflexes, mais le lieu d’expression des prio­ri­tés d’une épo­que qui vit sur les rui­nes des grands mes­sia­nis­mes sécu­liers du XXe siè­cle. Noir­cis­sant le pas­sé et res­tant dis­crets sur bien des vio­len­ces socia­les contem­po­rai­nes, les manuels res­tent « pro­gres­sis­tes », tout en étant mar­qués par une ten­dan­ce à l’éloge des cultu­res non-euro­péen­nes, à la cri­ti­que des idées « iden­ti­tai­res » et à un cer­tain fata­lis­me.”

Vin­cent Badré, L’Histoire fabri­quée ? Ce qu’on ne vous a pas dit à l’école…, édi­tions du Rocher, 2012.

Tags : Vincent Badré, l’histoire fabriquée, éditions du Rocher, manuels scolaires, propagande, âge du renoncement, Hugo Billard
Marcher

« Rien de bien ne se fait cou­ché ou assis ! Seul, l’homme debout fait du bon tra­vail, et c’est quand il mar­che qu’il pen­se droit ! Gar­de toi de ne rien fai­re le cul sur une chai­se ou sur un lit, sinon de man­ger, dor­mir ou repo­ser ! Si tu veux com­pren­dre, débat­tre sai­ne­ment, ima­gi­ner, orga­ni­ser ta pen­sée, conce­voir et déci­der : Mar­che ! Mar­che, tu ver­ras ! »

Hen­ri Vin­ce­not, Les étoi­les de Com­pos­tel­le, édi­tions Denoël 1982

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Marchés

La démo­cra­ti­sa­tion devrait aujourd’hui être syno­ny­me d’une ins­tau­ra­tion d’institutions au moyen des­quel­les les mar­chés pour­raient être à nou­veau l’objet d’un contrô­le par la socié­té […]. Avant que quoi que ce soit puis­se être sérieu­se­ment ins­crit à l’ordre du jour, il fau­drait au moins une mobi­li­sa­tion poli­ti­que de lon­gue halei­ne, et des per­tur­ba­tions dura­bles de l’ordre social actuel­le­ment en cours de for­ma­tion.”

Wolf­gang Stree­ck, Du temps ache­té. La cri­se sans ces­se ajour­née du capi­ta­lis­me démo­cra­ti­que (Gekauf­te Zeit), Gal­li­mard, 2014

Tags : Wolfgang Streeck, temps, temps acheté, capital, capitalisme, marchés, marché, démocratie, contrôle, société, mobilisation politique, mondialisation, ordre social, perturbations, révolution
Mariage

« Toi, mon petit gars, tu pen­ses que tu viens de ‘pren­dre fem­me’, com­me on dit. Non pas ! C’est elle qui t’a pris, et pour que tu fas­ses d’elle une mère. »

Hen­ri Vin­ce­not, L’œuvre de chair, édi­tions Denoël, 1984

Tags : Henri Vincenot, œuvre, chair, mariage, prendre femme, mère
Marteau

Pour­quoi si mous, si flé­chis­sants, si mol­lis­sants ? Pour­quoi y a-t-il tant de renie­ment, tant d’abnégation dans votre cœur ? Si peu de des­ti­née dans votre regard ? […] Ô mes frè­res, je pla­ce au-des­sus de vous cet­te table nou­vel­le : Deve­nez durs !”

Frie­dri­ch Nietz­sche, “Le mar­teau par­le”, in Ain­si par­lait Zara­thous­tra (Also spra­ch Zara­thus­tra. Ein Buch für Alle und Kei­nen), 1883–1885

Tags : Nietzsche, ainsi parlait Zarathoustra, marteau, destinée, abnégation, dureté, devenez durs
Martyrs

Peut-être faut-il le sang des mar­tyrs, com­me une dou­che de gla­ce et de feu, pour réveiller un peu­ple…”

Pier­re Vial, pré­fa­ce à Jean Mabi­re, Patri­ck Pear­se, une vie pour l’Irlande, édi­tions Ter­re et Peu­ple, 1998

Tags : Mabire, Vial, Pearse, IRA, Irlande, martyrs, sang, peuple
Masculinité — voir aussi : Verticalité

La ver­ti­ca­li­té est intrin­sè­que à la mas­cu­li­ni­té et à l’ancien ordre euro­péen. Elle se mani­fes­te par une ten­sion natu­rel­le vers le ris­que, la dif­fé­ren­ce, l’altitude en tout. Elle mépri­se la sécu­ri­té, la tran­quilli­té, l’indolence, l’hédonisme, qui sont pen­chants hori­zon­taux. Elle dis­tin­gue, élè­ve, attri­bue un rang. Elle hié­rar­chi­se les idées et les per­son­nes. L’ordre d’Homère est ver­ti­cal com­me l’est aus­si le lan­ga­ge, l’élégance, la gram­mai­re, les don­jons, ou la for­me que l’on don­ne aux authen­ti­ques créa­tions.”

Domi­ni­que Ven­ner, His­toi­re et tra­di­tion des Euro­péens, édi­tions du Rocher, 2002

Tags : Dominique Venner, Histoire et tradition des Européens, verticalité, vertical, masculinité, ordre européen, risque, altitude, attitude, Homère, hiérarchie, élégance, grammaire, créations
Masses

Libé­ra­lis­me, puis démo­cra­tie, puis socia­lis­me, puis radi­ca­lis­me, enfin com­mu­nis­me et bol­che­vis­me ne sont appa­rus dans l’histoire que com­me des degrés d’un même mal, des sta­des dont cha­cun pré­pa­re le sui­vant dans l’ensemble d’un pro­ces­sus de chu­te. Et le com­men­ce­ment de ce pro­ces­sus fut le moment où l’homme occi­den­tal bri­sa les liens avec la tra­di­tion, mécon­nut tout sym­bo­le supé­rieur d’autorité et de sou­ve­rai­ne­té, reven­di­qua pour lui-même en tant qu’individu une liber­té vai­ne et illu­soi­re, devint ato­me au lieu de res­ter par­tie conscien­te dans l’unité orga­ni­que et hié­rar­chi­que d’un tout. Et l’atome, à la fin, devait trou­ver contre lui la mas­se des autres ato­mes, des autres indi­vi­dus, et devait être impli­qué dans l’émergence du règne de la quan­ti­té, du pur nom­bre, des mas­ses maté­ria­lis­tes et n’ayant d’autre Dieu que l’économie sou­ve­rai­ne. Dans ce pro­ces­sus, on ne s’arrête pas à mi-che­min.”

Julius Evo­la, Orien­ta­tions (Orien­ta­men­ti), 1950

Tags : Evola, orientations, masses, chute, processus de chute, libéralisme, démocratie, socialisme, communisme, chute, individu, homme occidental, tradition, autorité, souveraineté, liberté, illusion, unité organique, atome, quantité, règne de la quantité, économie souveraine, hiérarchie
Masse (homme)

Par­tout l’homme mas­se a sur­gi, un type d’homme hâti­ve­ment bâti, mon­té sur quel­ques pau­vres abs­trac­tions et qui pour cela se retrou­ve iden­ti­que d’un bout à l’autre de l’Europe. C’est à lui qu’est dû le mor­ne aspect, l’étouffante mono­to­nie que prend la vie dans tout le conti­nent. Cet hom­me mas­se, c’est l’homme vidé au préa­la­ble de sa pro­pre his­toi­re, sans entrailles de pas­sé et qui par cela même, est doci­le à tou­tes les dis­ci­pli­nes dites « inter­na­tio­na­les ».”

José Orte­ga y Gas­set, La révol­te des mas­ses, 1937

Tags : Ortega y Gasset, masse, homo consumans, dernier homme, moderne, déraciné
Maturité

La matu­ri­té de l’homme : cela veut dire retrou­ver le sérieux que l’on avait au jeu, étant enfant.”

Frie­dri­ch Nietz­sche, Par-delà le bien et le mal (Jen­seits von Gut und Böse — Vor­spiel einer Phi­lo­so­phie der Zukunft), 1886

Tags : Nietzsche, par-delà le bien et le mal, maturité, homme, sérieux, jeu, enfant
Méditation

Le temps pas­sé à médi­ter a plus d’importance que le tra­vail accom­pli.”

Ernst Jün­ger, Soixan­te-dix s’efface II – 1971–1980, Gal­li­mard, 1981

Tags : Ernst Jünger, méditation, retrait, silence, recours aux forêts
Mémoire

Une tête sans mémoi­re est une pla­ce sans gar­ni­son.”

Napo­léon Bona­par­te, Viri­li­tés, maxi­mes et pen­sées com­pi­lées par Jules Ber­taut, édi­tions San­sot et Cie, 1912

Tags : Napoléon, virilités, mémoire, tête, place, garnison
Mémoire

Par­fois cer­tains de mes vieux amis me repro­chent de trop évo­quer le pas­sé. Si je par­le du pas­sé, ce n’est pas par nos­tal­gie ou pas­séis­me mais par res­pect pour le pré­sent et l’avenir. Car le pas­sé éclai­re le pré­sent qui tient en lui-même l’essentiel de l’avenir. Dans la sui­te des temps et la suc­ces­sion des hom­mes, il n’y a pas d’acte iso­lé, de des­tin iso­lé. Tout se tient. Il faut croi­re à la for­ce du pas­sé, au poids des morts, au sang et à la mémoi­re des hom­mes ; que serait un hom­me sans mémoi­re, il mar­che­rait dans la nuit ; que serait un peu­ple sans mémoi­re, il n’aurait pas d’avenir, et les hom­mes de l’avenir, ceux qui for­ge­ront l’avenir seront ceux qui auront la plus vas­te mémoi­re.”

Hélie Denoix de Saint Marc, allo­cu­tion lors de la remi­se de ses insi­gnes de Grand Offi­cier dans l’ordre de la Légion d’Honneur, Fort de Nogent, 29 mars 2003

Tags : Hélie Denoix de Saint Marc, allocution, fort de Nogent, Légion, d’Honneur, mémoire, amis, passé, nostalgie, passéisme, présent, avenir, temps, hommes, acte isolé, destin, force du passé, poids des morts, mort, sang, homme sans mémoire, peuple sans mémoire
Mémoire endormie

De grands efforts ont été faits pour bri­ser le fil du temps et sa cohé­ren­ce, pour inter­di­re aux euro­péens de retrou­ver dans leurs ancê­tres leur pro­pre ima­ge, pour leur déro­ber leur pas­sé et fai­re en sor­te qu’il leur devien­ne étran­ger. De tels efforts ont des pré­cé­dents. Du Haut Moyen Âge à la Renais­san­ce, de nom­breux siè­cles ont été sou­mis à une abla­tion de la mémoi­re et à une réécri­tu­re tota­le de l’histoire. En dépit des efforts déployés, cet­te entre­pri­se a fina­le­ment échoué. Cel­le, pure­ment néga­ti­ve, condui­te depuis la deuxiè­me par­tie du XXe siè­cle, dure­ra beau­coup moins. Venant d’horizons inat­ten­dus, les résis­tan­ces sont nom­breu­ses. Com­me dans le conte de la Bel­le au bois dor­mant, la mémoi­re endor­mie se réveille­ra. Elle se réveille­ra sous l’ardeur de l’amour que nous lui por­te­rons.”

Domi­ni­que Ven­ner, His­toi­re et tra­di­tion des Euro­péens, édi­tions du Rocher, 2002

Tags : Dominique Venner, Histoire et tradition des Européens, mémoire, mémoire endormie, amour, renaissance, histoire, résistance
Mémoire identitaire

Face à tout ce qui mena­ce notre iden­ti­té et notre sur­vie en tant qu’Européens, contrai­re­ment à d’autres peu­ples, nous ne dis­po­sons pas du secours d’une reli­gion iden­ti­tai­re. A cela, nous ne pou­vons rien. En revan­che, nous pos­sé­dons une riche mémoi­re iden­ti­tai­re. Cela dépend de nous de la retrou­ver, de la culti­ver, d’en fai­re une méta­phy­si­que de la mémoi­re, qui nous struc­tu­re et répon­de au trou­ble de notre épo­que.”

Domi­ni­que Ven­ner, Le Choc de l’Histoire, Via Roma­na, 2011

Tags : Dominique Venner, Le Choc de l’Histoire, Via Romana, mémoire identitaire, mémoire, religion identitaire, religion, Européens, peuple, métaphysique de la mémoire, trouble de notre époque
Mensonge

Le temps de l’antiphrase, le mot pour un autre, l’euphémisme d’euphémisme et tout sim­ple­ment le men­son­ge, pré­si­dent à ce qui sur­vient, pour fai­re croi­re que cela ne sur­vient pas.”

Renaud Camus, Le Grand Rem­pla­ce­ment, David Rein­harc, 2011

Tags : Renaud Camus, grand remplacement, mensonge, antiphrase, euphémisme, vérité, survenir, immigration
Merveilleux

Qu’est-ce que l’avenir, qu’est-ce que la pas­sé, qu’est-ce que nous ? Quel flui­de magi­que nous envi­ron­ne et nous cache les cho­ses qu’il nous impor­te le plus de connaî­tre ? Nous nais­sons, nous vivons, nous mou­rons au milieu du mer­veilleux.”

Napo­léon Bona­par­te, Viri­li­tés, maxi­mes et pen­sées com­pi­lées par Jules Ber­taut, édi­tions San­sot et Cie, 1912

Tags : Napoléon, virilités, avenir, passé, présent, fluide magique, merveilleux, naître, vivre, mourir
Métal

Au milieu d’un mon­de à la déri­ve, nous som­mes seuls. Nous som­mes tra­gi­que­ment seuls. [Mais] nous som­mes joyeu­se­ment seuls. C’est jus­te­ment par­ce que nous refu­sons tou­tes les com­pro­mis­sions et tou­tes les manœu­vres que nous serons le plus pur métal de l’alliage de demain.”

Jean Mabi­re, La tor­che et le glai­ve, édi­tions Libres opi­nions, 1994

Tags : Mabire, torche, glaive, seuls, échiquier politique, parti, militant, frère, hommes, courage, compromissions
Métaphysique

L’essentiel doit être cher­ché là où l’interprétation scien­ti­fi­que ne trou­ve plus rien, elle qui stig­ma­ti­se com­me non-scien­ti­fi­que tout ce qui fran­chit ses bar­riè­res.”

Mar­tin Hei­deg­ger, Intro­duc­tion à la méta­phy­si­que (Einfüh­rung in die Meta­phy­sik), 1935, 1958 (trad.)

Tags : Heidegger, introduction à la métaphysique, métaphysique, essentiel, interprétation scientifique, sciences, barrières
Métissage

Loin des mélan­ges d’une « civi­li­sa­tion pla­né­tai­re » com­me vil­la­ge glo­bal, la pla­nè­te s’organise aujourd’hui en blocs eth­ni­ques iden­ti­tai­res, en com­pé­ti­tion. Le mélan­ge des cultu­res, l’abolition des iden­ti­tés n’est pas au pro­gram­me du XXIe siè­cle. L’Inde, la Chi­ne, le mon­de ara­bo-musul­man ou tur­co-musul­man, etc., affir­ment leurs iden­ti­tés, ne tolè­rent ni immi­gra­tion de colo­ni­sa­tion ni métis­sa­ge sur leur sol. Seules, les pseu­dos-éli­tes euro­péen­nes défen­dent le dog­me d’une « pla­nè­te métis­se ». C’est une chi­mè­re.”

Guillau­me Faye, Pour­quoi nous com­bat­tons – Mani­fes­te de la Résis­tan­ce euro­péen­ne, L’AEncre, 2001

Tags : Guillaume Faye, pourquoi nous combattons, manifeste de la résistance européenne, métissage, chimère, blocs ethniques identitaires, identités, peuples, mélange des cultures, planète métisse, civilisation planétaire, village global, Chine Inde, islam, immigration, colonisation, sol
Métro

Je ne fré­quen­te mes sem­bla­bles qu’avec par­ci­mo­nie […], consi­dé­rant l’amour de l’humanité com­me une illu­sion sen­ti­men­ta­le autant que poli­ti­que, et tenant de com­pren­dre com­ment l’humanité s’abolit dans l’illégitimité du nom­bre, par exem­ple dans la fou­le que je tra­ver­sais, ce jour-là, prin­ci­pa­le­ment com­po­sée de Noirs, de Magh­ré­bins, de Pakis­ta­nais, d’Asiatiques, de diver­ses sor­tes de métis, et de quel­ques Blancs, hom­mes et fem­mes, dont deux peti­tes les­bien­nes se tenant par la main avec défi, sui­vies d’un nain dan­di­nant son corps pitoya­ble entre de jeu­nes beau­tés tapa­geu­ses, et des enfants, des vieillards, laids, mal vêtus, l’ensemble se mou­vant dans une puan­teur consti­tuée de relents d’égouts, de vien­noi­se­ries, de par­fums et de pro­duits de chez Mc Donald’s, au sein d’un vacar­me dont on ne savait plus s’il annon­çait la fin du mon­de ou s’il la fai­sait dési­rer, sur ce quai de la sta­tion Châ­te­let-les-Hal­les, un same­di après-midi, dans ce qui fut le ven­tre de Paris, et qui est deve­nu cet­te gigan­tes­que gare sou­ter­rai­ne, au-des­sous des anciens cime­tiè­res des Inno­cents et de Saint-Eus­ta­che : des bas-fonds, où je ne des­cends jamais sans son­ger qu’à la fou­le se mêlent les spec­tres d’innombrables défunts, dont j’avais vu exhu­mer les os, qua­ran­te ans aupa­ra­vant, et me deman­dant au milieu des gron­de­ments, des rumeurs et des cris, si, plus enco­re que la lumiè­re, l’air libre n’est pas la pre­miè­re mani­fes­ta­tion de la véri­té.”

Richard Millet, Argu­ments d’un déses­poir contem­po­rain, Her­mann édi­teurs, 2011

Tags : Richard Millet, arguments d’un désespoir contemporain, métro, Paris, Châtelet, les Halles, foule, puanteur, humanité, Noirs, Maghrébins, Pakistanais, lesbiennes, nain, Mc Donald’s, venre de Paris, cimetières, gare, vacarme, rumeurs, cris, lumière, air libre, vérité
« Meurs et deviens »

Ne le dites à per­son­ne, aux sages seule­ment,
Puis­que la fou­le raille aus­si­tôt !
La vie qui cher­che la mort dans les flam­mes,
Est cel­le seule que j’entends célé­brer.
Dans la fraî­cheur des nuits d’amour
Où tu reçus la vie, où tu don­nas la vie,
Un sen­ti­ment étran­ge t’envahit
Tan­dis que luit dans le silen­ce une chan­del­le.
Alors l’obscurité ne te tient plus
Pri­son­nier de ton ombre,
Et une ardeur te por­te
A dési­rer la créa­tion suprê­me.
Nul­le dis­tan­ce n’entrave ton élan,
Des ailes te por­tent, un char­me t’est jeté,
Et enfin, assoif­fé de lumiè­re,
Tu péris, paillon, dans les flam­mes !
Et tant que tu n’auras pas cela,
Ce : meurs et deviens !
Tu ne seras qu’un tris­te voya­geur
Sur cet­te ter­re obs­cu­re.”

Johann Wolf­gang von Goe­the, Nos­tal­gie bien­heu­reu­se (Seli­ge Sehn­sucht), in West-öst­li­cher Divan, 1819

Tags : Goethe, nostalgie bienheureuse, meurs et deviens, vie, mort, flammes, feu, amour, chandelle, obscurité, ombre, ardeur, création, élan, lumière, papillon, triste voyageur, terre obscure
Militant révolutionnaire

Le mili­tant révo­lu­tion­nai­re est aujourd’hui celui qui choi­sit l’organisation, la dis­ci­pli­ne, la léga­li­té, le tra­vail.”

Jean Mabi­re, La tor­che et le glai­ve, édi­tions Libres opi­nions, 1994

Tags : Mabire, torche, glaive, militant révolutionnaire, organisation, discipline, légalité, travail
Militantisme — voir aussi : Engagement

Le mili­tan­tis­me est une éco­le, et l’une des meilleu­res qui puis­sent être. C’est une éco­le de dis­ci­pli­ne et de tenue, d’exaltation et d’enthousiasme, une éco­le de don de soi. C’est aus­si un creu­set d’amitié com­me il y en a peu : avoir mili­té ensem­ble crée des liens qui per­du­rent dans le temps et, par­fois, triom­phent de tout. […] Cela dit, c’est aus­si une éco­le dont il faut savoir sor­tir […]. Le mili­tan­tis­me a aus­si ses limi­tes. Il a ses aspects néga­tifs. Le mili­tant n’est pas seule­ment quelqu’un qui se don­ne à fond, ce qui est une bon­ne cho­se. C’est aus­si un par­ti­san dans le mau­vais sens du ter­me. Il répè­te un caté­chis­me, il se réfè­re à un « nous » col­lec­tif qui le dis­pen­se de tou­te pen­sée per­son­nel­le. Le « bon mili­tant » est un true beli­vier, qui pré­fè­re les répon­ses aux ques­tions par­ce qu’il a besoin de cer­ti­tu­des.”

Alain de Benoist, Mémoi­re vive, entre­tiens avec Fran­çois Bous­quet, édi­tions de Fal­lois, 2012

Tags : Alain de Benoist, mémoire vive, François Bousquet, militantisme, école, discipline, tenue, exaltation, enthousiasme, true belivier, certitudes, partisan
Minorité

Le mys­tè­re de l’Histoire est un mys­tè­re aris­to­cra­ti­que. Il s’accomplit par la mino­ri­té. Cel­le-ci por­te l’esprit de l’universel, lequel est un esprit aris­to­cra­ti­que. L’esprit de la majo­ri­té, celui de la démo­cra­tie est pro­vin­cial et par­ti­cu­la­ris­te. Dans l’Histoire, ce sont les mino­ri­tés et l’aristocratie qui diri­gent. Se rebel­ler contre leur direc­tion, c’est por­ter attein­te aux mys­tè­res de l’Histoire. Vous ne réus­si­rez pas à détrui­re la dis­sem­blan­ce onto­lo­gi­que des âmes, à effa­cer la dif­fé­ren­ce entre les intel­li­gents et les sots, les doués et les inca­pa­bles, les nobles et les vils, les beaux et les infor­mes, ceux qui ont la grâ­ce et ceux qui ne la por­tent pas.”

Nico­las Ber­diaev, De l’inégalité, L’Age d’Homme, 2008

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Modèle

Quand des hom­mes com­bat­tent sur un plan supé­rieur, spi­ri­tuel, ils intè­grent la mort dans leur stra­té­gie. Ils acquiè­rent quel­que cho­se d’invulnérable ; la pen­sée que l’adversaire veut leur des­truc­tion phy­si­que n’est, par consé­quent, plus effrayan­te pour eux. […] Il y a des moments dans l’histoire où des hom­mes sai­sis­sent la mort com­me un bâton de com­man­de­ment. Dans le pro­cès des Tem­pliers, par exem­ple, où le Grand Maî­tre de l’Ordre mon­tre sou­dai­ne­ment le vrai rap­port entre lui et les juges — ain­si un navi­re lais­se tom­ber son camou­fla­ge et s’offre, avec ses pavillons et ses canons, au regard stu­pé­fait. Le soir même, il fut brû­lé vif, mais on pos­ta des gar­des, dès cet­te nuit, à l’endroit du bûcher pour empê­cher le peu­ple d’y venir cher­cher des reli­ques. La pous­siè­re elle-même fait peur aux tyrans ; elle aus­si doit dis­pa­raî­tre.”

Ernst Jün­ger, Pre­mier jour­nal pari­sien, Le Livre de poche, 1998

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Modernité

Le mon­de moder­ne est plein d’anciennes ver­tus chré­tien­nes deve­nues fol­les.”

Gil­bert Kei­th Ches­ter­ton, Ortho­doxie, 1908

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Monarchie

Le fait que la Monar­chie n’apparaisse pas « actuel­le » prou­ve non pas un pro­grès, mais une régres­sion : cela signi­fie qu’une cer­tai­ne par­tie de l’humanité est tom­bée tel­le­ment bas qu’elle n’est plus à la hau­teur d’une tel­le ins­ti­tu­tion.”

Julius Evo­la, cité dans Tota­li­té, n°26, 1986

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Monde

Il est plus de mer­veilles en ce mon­de que n’en peu­vent conte­nir tous nos rêves.”

William Sha­kes­pea­re, Ham­let (The Tra­gi­cal His­to­ry of Ham­let, Prin­ce of Den­mark), 1601

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Monde

Le mon­de est à ceux qui se don­nent la pei­ne de le chan­ger.”

Michel de Saint-Pier­re, Les nou­veaux aris­to­cra­tes, 1961

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Monde contemporain

Nous som­mes entrés dans un mon­de où tout ce qui était soli­de et dura­ble est deve­nu tran­si­toi­re et insi­gni­fiant. Un mon­de de flux et de reflux, rele­vant d’une sor­te de logi­que « mari­ti­me » et liqui­de. Les types humains qui pré­do­mi­nent sont ceux du nar­cis­si­que imma­tu­re, de l’arriviste for­ce­né, de l’imposteur satis­fait. Mélan­ge d’intolérance sec­tai­re et d’hédonisme de bas niveau sur fond d’idées faus­ses et d’hygiénisme puri­tain. La constan­te pro­gres­sion de l’inculture me déso­le éga­le­ment. L’inculture n’est cer­tes pas nou­vel­le. Sans dou­te était-elle-même plus répan­due dans le pas­sé qu’elle ne l’est aujourd’hui, mais au moins ce n’étaient pas les incul­tes qui don­naient le ton.”

Alain de Benoist, Mémoi­re vive, entre­tiens avec Fran­çois Bous­quet, édi­tions de Fal­lois, 2012

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Mondes

Quand nous oppo­sons au mon­de moder­ne le mon­de anti­que, ou tra­di­tion­nel, cet­te oppo­si­tion est en même temps idéa­le. Le carac­tè­re de tem­po­ra­li­té et d’« his­to­ri­ci­té » ne cor­res­pond en effet, essen­tiel­le­ment, qu’à un seul de ces deux ter­mes, tan­dis que l’autre, celui qui se rap­por­te à l’ensemble des civi­li­sa­tions de type tra­di­tion­nel, se carac­té­ri­se par la sen­sa­tion de ce qui est au-delà du temps, c’est-à-dire par un contact avec la réa­li­té méta­phy­si­que qui confè­re à l’expérience du temps une for­me très dif­fé­ren­te, « mytho­lo­gi­que », fai­te de ryth­me et d’espace, plus que de temps chro­no­lo­gi­que. A titre de rési­dus dégé­né­res­cents, des tra­ces de cet­te for­me qua­li­ta­ti­ve­ment diver­se de l’expérience du temps sub­sis­tent enco­re chez cer­tai­nes popu­la­tions dites « pri­mi­ti­ves ». Avoir per­du ce contact, s’être dis­sous dans le mira­ge d’un pur et sim­ple flux, d’une pure et sim­ple « fui­te en avant », d’une ten­dan­ce qui repous­se tou­jours plus loin son but, d’un pro­ces­sus qui ne peut et ne veut plus s’apaiser en aucu­ne pos­ses­sion, et qui se consu­me en tout et pour tout, en ter­mes d’« his­toi­re » et de « deve­nir » — c’est là une des carac­té­ris­ti­ques fon­da­men­ta­les du mon­de moder­ne, la limi­te qui sépa­re deux épo­ques, et donc, non seule­ment, du point de vue his­to­ri­que, mais aus­si, et sur­tout, en un sens idéal, mor­pho­lo­gi­que et méta­phy­si­que.”

Julius Evo­la, Révol­te contre le mon­de moder­ne (Rivol­ta contro il mon­do moder­no), 1934

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Montagne

Un mon­de abso­lu­ment hos­ti­le, qui n’est pas fait pour l’homme, et qui l’attire pour­tant com­me un des der­niers défis de notre pla­nè­te trop civi­li­sée ! Et cer­tes, il faut être très civi­li­sé pour appré­cier cet­te aber­ra­tion, le choix volon­tai­re de se pri­ver du confort de la vie moder­ne. Il faut être reve­nu de beau­coup de cho­ses, avoir épui­sé beau­coup de plai­sirs, pour goû­ter les déli­ces de la fati­gue, du froid, de la peur, de la souf­fran­ce… Mais c’est à ce prix seule­ment que l’homme à l’âme ter­ne, ras­sa­sié de bien-être et de sécu­ri­té peut se sen­tir à nou­veau exis­ter.”

Anne-Lau­re Blo­ch, L’Euphorie des Cimes, Edi­tions Trans­bo­réa­les, 2011

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Morale

Tout natu­ra­lis­me dans la mora­le, c’est-à-dire tou­te sai­ne mora­le, est domi­née par l’instinct de vie, — un com­man­de­ment de la vie quel­con­que est rem­pli par un canon déter­mi­né d’ « ordres » et de « défen­ses », une entra­ve ou une ini­mi­tié quel­con­que, sur le domai­ne vital, est ain­si mise de côté. La mora­le anti­na­tu­rel­le, c’est-à-dire tou­te mora­le qui jusqu’à pré­sent a été ensei­gnée, véné­rée et prê­chée, se diri­ge, au contrai­re, pré­ci­sé­ment contre les ins­tincts vitaux –, elle est une condam­na­tion, tan­tôt secrè­te, tan­tôt bruyan­te et effron­tée, de ces ins­tincts. […]Tou­te fau­te, d’une façon ou d’une autre, est la consé­quen­ce d’une dégé­né­res­cen­ce de l’instinct, d’une désa­gré­ga­tion de la volon­té : par là on défi­nit pres­que ce qui est mau­vais. Tout ce qui est bon sort de l’instinct – et c’est, par consé­quent, léger, néces­sai­re, libre.”

Frie­dri­ch Nietz­sche, Cré­pus­cu­le des ido­les (Göt­zen-Däm­me­rung oder wie man mit dem Ham­mer phi­lo­so­phiert), 1888

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Morale tragique

J’ai pro­po­sé, dans d’autres livres, une mora­le tra­gi­que. Une mora­le des som­mes d’om des­cen­dent, vers le champ des hom­mes, les maî­tres et les héros. Si j’ai for­ti­fié mes lec­teurs, je n’ai pas per­du mon temps. Si je leur ai arra­ché les écailles des yeux, nous serons alors au moins quel­ques-uns à nous regar­der sans obs­cé­ni­té, dans la fou­le, et quel­le que soit notre race – cel­le des héros admi­ra­bles qui vont, ou cel­le de ceux qui, plus infir­mes, les sui­vent, ou enco­re cel­le de ceux qui regar­dent pas­ser la colon­ne avec, dans les yeux, l’admiration qui révè­re – oui, quel­le que soit notre race, nous sau­rons qu’elle est bon­ne. J’ai célé­bré le che­va­lier de Dürer qui va, accom­pa­gné de la Mort et guet­té par le Dia­ble. Der­riè­re lui, je vois des sou­dards qui le sui­vent et aux­quels il race la rou­te, dans la som­bre forêt. Sur son pas­sa­ge, les pay­sans saluent et se tai­sent. Che­va­lier et sou­dards vont vers un loin­tain où il y a la guer­re. Ils ne deman­dent rien. Ils vont mou­rir pour toi, pay­san, pour ta forêt, tes cochons noirs, tes trois pou­les éti­ques, ta masu­re de chau­me et tes enfants qui reni­flent. Regar­de-les pas­ser. Si tu les salues et si tu ne vas pas, cou­rant par tra­ver­ses et rac­cour­cis, pré­ve­nir l’ennemi qui les attend, u es digne d’eux. Cet­te digni­té, c’est tout ce qu’on te deman­de.”

Jean Cau, Pour­quoi la Fran­ce, La Table Ron­de, 1975.

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Mots — voir aussi : Langage

Un matin, tan­dis que du haut de la ter­ras­se, je par­cou­rais des yeux la Mari­na, ses eaux m’apparurent plus pro­fon­des et plus lumi­neu­ses, com­me si pour la pre­miè­re fois, j’eusse posé sur elles un regard non trou­blé. J’eus en cet ins­tant même le sen­ti­ment pres­que dou­lou­reux du mot se sépa­rant des cho­ses, com­me se bri­se la cor­de trop ten­due d’un arc. J’avais sur­pris un lam­beau du voi­le d’Isis de ce mon­de, et le lan­ga­ge à par­tir de cet ins­tant me fut un impar­fait ser­vi­teur.”

Ernst Jün­ger, Sur les falai­ses de mar­bre (Auf den Mar­mork­lip­pen), 1939

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Mourir

Moi, je meurs. Mon esprit cou­le par vingt bles­su­res.
J’ai fait mon temps. Buvez, ô loups mon sang ver­meil.
Jeu­ne, bra­ve, riant, libre et sans flé­tris­su­res,
Je vais m’asseoir par­mi les dieux, dans le soleil !”

Char­les-Marie Lecon­te de Lis­le, “Le cœur du Hial­mar”, in Poè­mes bar­ba­res, 1862

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Mourir

Mou­rir en com­bat­tant, c’est la mort détrui­sant la mort. Mou­rir en trem­blant, c’est payer ser­vi­le­ment à la mort le tri­but de sa vie.”

William Sha­kes­pea­re, Richard II, 1595

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Mourir

Exis­ter, c’est se vouer et se dévouer. Mais mou­rir, c’est par­fois une autre façon d’exister. […] La mort n’est pas seule­ment le dra­me que l’on dit, sinon pour ceux qui pleu­rent sin­cè­re­ment le dis­pa­ru. Elle met fin aux mala­dies cruel­les et inter­rompt le déla­bre­ment de la vieilles­se, don­nant leur pla­ce aux nou­vel­les géné­ra­tions. La mort peut se révé­ler aus­si une libé­ra­tion à l’égard d’un sort deve­nu insup­por­ta­ble ou désho­no­rant. Sous sa for­me illus­trée par les Samou­raï et les « vieux Romains », elle peut consti­tuer la plus for­te des pro­tes­ta­tions contre une indi­gni­té autant qu’une pro­vo­ca­tion à l’espérance.”

Domi­ni­que Ven­ner, Edi­to­rial de La Nou­vel­le Revue d’Histoire (NRH), jan­vier-février 2013

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Mort — voire aussi : Vie

A quoi sert de vivre, si on ne se sert pas de sa vie pour la cho­quer contre la mort, com­me un bri­quet ? Guer­re – ou révo­lu­tion, c’est-à-dire guer­re enco­re – il n’y a pas à sor­tir de là. Si la mort n’est pas au cœur de la vie com­me un dur noyau – la vie, quel fruit mou et bien­tôt blet ?”

Pier­re Drieu la Rochel­le, La comé­die de Char­le­roi, 1934

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Moutons

Les mou­tons vont à l’abattoir. Ils ne disent rien, et ils n’espèrent rien. Mais du moins ils ne votent pas pour le bou­cher qui les tue­ra et le bour­geois qui les man­ge­ra. Plus bête que les bêtes, plus mou­ton­nier que les mou­tons, l’électeur nom­me son bou­cher et choi­sit son bour­geois. Il a fait des Révo­lu­tions pour conqué­rir ce droit.”

Octa­ve Mir­beau, La grè­ve des élec­teurs, Le Figa­ro, 1888

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Mort

Je n’aime pas qu’on affec­te de mépri­ser la mort, la gran­de loi est de savoir souf­frir ce qui est inévi­ta­ble.”

Napo­léon Bona­par­te, Viri­li­tés, maxi­mes et pen­sées com­pi­lées par Jules Ber­taut, édi­tions San­sot et Cie, 1912

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Mort

La mort. Tou­jours sur­gi­ront un petit nom­bre d’êtres qui sont trop nobles pour la vie. Ils cher­chent la blan­cheur, la soli­tu­de. La nobles­se d’êtres qui se lavent des souillu­res dans un bain de lumiè­re appa­raît sou­vent avec beau­té sur le mas­que mor­tuai­re.

Ce que j’aime dans l’homme, c’est son essen­ce au-delà de la mort, c’est sa com­mu­nau­té avec elle. L’amour ter­res­tre n’est qu’un pâle reflet.”

Ernst Jün­ger, Jour­nal de guer­re (Strah­lun­gen), 1949

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Mort volontaire

Seule la mort subie n’a pas de sens. Vou­lue, elle a le sens qu’on lui don­ne, même quand elle est sans uti­li­té pra­ti­que.”

Domi­ni­que Ven­ner, Un samou­raï d’Occident. Le Bré­viai­re des insou­mis, édi­tions Pier­re-Guillau­me de Roux, 2013

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Moutons

« Cre­ver dans la soli­tu­de, même misé­ra­ble, m’a tou­jours paru être pré­fé­ra­ble à sur­vi­vre même confor­ta­ble­ment, au milieu du trou­peau. »

Hen­ri Vin­ce­not, La Bille­bau­de, édi­tions Denoël, 1978

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Moutons

« Oui, bien sûr, mais c’est la solu­tion de faci­li­té de lais­ser diva­guer tout le mon­de dans le même sens en igno­rant le mou­ve­ment, et de res­ter bien au chaud sous l’édredon du consen­sus… ou, pis enco­re, d’emboîter le pas à tout ce qui se dit. »

Clau­di­ne Vin­ce­not, Confi­den­ces des deux riva­ges, édi­tions Anne Car­riè­re, 1999

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Multitudes

Ceux que je hais, c’est d’abord ceux qui ne sont point. Race de chiens qui se croient libres, par­ce que libres de chan­ger d’avis, de renier (et com­ment sau­raient-ils qu’ils renient puisqu’ils sont juges d’eux-mêmes ?). Par­ce que libres de tri­cher et de par­ju­rer et d’abjurer, et que je fais chan­ger d’avis, s’ils ont faim, rien qu’en leur mon­trant leur auge.

[…] Mais tous ceux-là je les dirai de la racaille, qui vivent des ges­tes d’autrui et, com­me le camé­léon, s’en colo­rent, et aiment d’où vien­nent les pré­sents, et goû­tent les accla­ma­tions et se jugent dans le miroir des mul­ti­tu­des : car on ne les trou­ve point, ils ne sont point, com­me une cita­del­le, fer­més sur leurs tré­sors et, de géné­ra­tion en géné­ra­tion ils ne délè­guent pas leur mot de pas­se, mais lais­sent croî­tre leurs enfants sans les pétrir. Et ils pous­sent, com­me des cham­pi­gnons, sur le mon­de.”

Antoi­ne de Saint-Exu­pé­ry, Cita­del­le, 1948

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Musique

Com­bien peu de cho­se il faut pour le bon­heur ! Le son d’une cor­ne­mu­se. Sans musi­que la vie serait une erreur. L’Allemand se figu­re Dieu lui-même en train de chan­ter des chants.”

Frie­dri­ch Nietz­sche, Cré­pus­cu­le des ido­les (Göt­zen-Däm­me­rung oder wie man mit dem Ham­mer phi­lo­so­phiert), 1888

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Myrmidons

En par­cou­rant le camp, Achil­le fait armer ses guer­riers myr­mi­dons. On croi­rait voir des loups car­nas­siers, le cœur plein d’une indi­ci­ble ardeur, qui vont dans la mon­ta­gne atta­quer le grand cerf ramé, puis le dévo­rent – de tous, le sang rou­git alors les bajoues ; en ban­de, ils vont laper l’eau noi­re d’une sour­ce avec leurs lan­gues min­ces, tout en cra­chant le sang de la bête égor­gée, car, si leur cœur res­te intré­pi­de en leur poi­tri­ne, leur ven­tre est oppres­sé : ain­si, les conduc­teurs et les chefs des Myr­mi­dons accou­rent tous auprès du vaillant écuyer d’Achille aux pieds rapi­des. Au milieu d’eux se tient l’Eacide fou­gueux ; il sti­mu­le les chars et les hom­mes en armes.”

Homè­re, Ilia­de, Chant XVI, Pré­pa­ra­tifs des Myr­mi­dons, vers 800–725 av. notre ère

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Mystère

Il y a plus de cho­ses dans le ciel et sur la ter­re, Hora­tio, que n’en ima­gi­ne ta phi­lo­so­phie.”

Sha­kes­pea­re, Ham­let (The Tra­gi­cal His­to­ry of Ham­let, Prin­ce of Den­mark), 1598–1601

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Mystique

Tout par­ti vit de sa mys­ti­que et meurt de sa poli­ti­que.”

Char­les Péguy, Notre jeu­nes­se, 1910

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Mythe

Plus un mythe plon­ge­ra ses raci­nes dans un pas­sé loin­tain et qua­si sans mémoi­re et plus la sève inon­de­ra son tronc ; et plus vas­tes et plus hau­tes seront les fron­dai­sons !”

Jean Cau, La Gran­de Pros­ti­tuée, La Table Ron­de, 1974

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Mythe

Il faut juger les mythes com­me des moyens d’agir sur le pré­sent.”

Geor­ges Sorel, Réflexions sur la vio­len­ce, 1908

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