Lettre M

M

Machines

Si le monde est mena­cé de mou­rir de sa machi­ne­rie, comme le toxi­co­mane de son poi­son favo­ri, c’est que l’homme moderne demande aux machines, sans oser le dire ou peut-être se l’avouer à lui-même, non pas de l’aider à sur­mon­ter la vie, mais à l’esquiver, à la tour­ner, comme on tourne un obs­tacle trop rude.”

Georges Ber­na­nos, Le Che­min de la croix des âmes, 1948

Tags : Bernanos, Le chemin de la croix des âmes, machines, machinerie, homme moderne, surmonter la vie, esquiver, peur, vivre
Maintenir

Les dieux – enten­dez les pas­sions qui nous don­ne­ront la force non rai­son­née de vivre – ne vien­dront que si nous les méri­tons. Dans l’état sinistre où nous sommes, je ne peux que me deman­der – et ne vous deman­der, à vous, petit nombre – qu’une dis­po­si­tion à les accueillir. Ne pas suc­com­ber, ne pas rompre. Ne pas plier les genoux. Ne pas accep­ter la défaite qui en nous s’installe. Récu­ser la lai­deur qui nous lèche, en vue de jouis­sances immondes, de sa langue tiède. Dire non pour sau­ver l’éclat de notre oui. Notre cou­rage, pour l’heure, est seul en cette forêt. Que faire ? Défri­cher. Tra­cer un sen­tier et, là-bas, au loin, qui vers nous s’avancera ? Je ne le sais pas. Per­sonne en tout cas si nous ne nous effor­çons pas d’ouvrir la voie. Quelqu’un peut-être, si nous avons bat­tu le sen­tier et si nous sommes quelques-uns à tou­jours le gar­der ouvert, afin que les jungles tou­jours recom­men­cées ne l’engloutissent. Et si nous sommes tou­jours obli­gés de tailler et d’élaguer, qu’importe !”

Jean Cau, La grande pros­ti­tuée, La Table ronde, 1974

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Maison — voir aussi : Perte

Nulle mai­son n’est bâtie, nul plan n’est tra­cé, où la perte future ne soit la pierre de base, et ce n’est point dans nos œuvres que vit la part impé­ris­sable de nous-mêmes.”

Ernst Jün­ger, Sur les falaises de marbre (Auf den Mar­mork­lip­pen), 1939

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Malchance

Il n’est pas élé­gant d’abuser de la mal­chance : cer­tains indi­vi­dus, comme cer­tains peuples, s’y com­plaisent tant qu’ils désho­norent la tra­gé­die.”

Emil Cio­ran, Syl­lo­gismes de l’amertume, 1952

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Malouin

En 1665, un capi­taine cor­saire fut char­gé par les arma­teurs malouins de pro­té­ger leurs navires des attaques bar­ba­resques. Ayant été cap­tu­ré, il se vit offrir par le dey d’Alger d’aller por­ter à Louis XIV des pro­po­si­tions de paix. La vie d’une cen­taine d’esclaves fran­çais cau­tion­nait sa démarche et l’obligation de reve­nir reprendre ses chaînes en cas d’insuccès. Il alla à Ver­sailles. L’offre du dey ayant été reje­tée, il pas­sa par Saint-Malo, mit ses affaires en ordre et fit ses adieux à sa famille. Puis il retour­na en Afrique. Le dey le fit exé­cu­ter, atta­ché à la gueule d’un canon. Il s’appelait Pierre Por­con de la Bar­di­nais. Son nom est oublié.”

Domi­nique Ven­ner, His­toire et tra­di­tion des Euro­péens, édi­tions du Rocher, 2002

Tags : Dominique Venner, Histoire et tradition des Européens, malouin, dey d’Alger, barbaresques, Pierre Porcon de la Bardinais, courage, honneur, sacrifice
Manants

Mais, hors de l’église, autour des bornes et des marches, les serfs étaient cou­chés côté à côte, rang sur rang, dans la terre, tous pareils, tous entre eux, comme des poi­gnées de terre prise aux labours. Là, toutes ces têtes dures et toutes ces pauvres mains étaient tom­bées en pous­sière. Dix noms effa­cés par les pluies, et c’était toute la force éteinte et renou­ve­lée de Sabo­las, depuis le temps où l’évêque Isarn chas­sa les Sar­ra­sins… Ces tré­pas­sés n’avaient en leur vie guère par­lé plus que les bœufs du sillon et les mou­tons du pâtis — et pour­tant ils lais­saient à leurs des­cen­dants maintes leçons. Nul gri­moire ne conser­vait aux coffres de Mor­tut le sou­ve­nir de mille manants défunts. Qu’est-ce que l’on savait d’eux ? Rien que ces noms qu’ils avaient trans­mis avec la peur de l’enfer, et le res­pect du sei­gneur, et l’appel confus de l’humaine fatigue vers l’avenir men­teur…”

Hen­ri Béraud, Le bois du tem­plier pen­du, 1926

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Manuels scolaires

Selon Hugo Billard, auteur de manuels chez Belin, inter­ro­gé pour un article du Monde le 16 sep­tembre 2011, « les manuels dif­fusent les valeurs que les pro­grammes drainent : ils sont pro­ré­pu­bi­cains, pro-euro­péens, pour l’équilibre social et la diver­si­té cultu­relle ».

[…] Une pesée glo­bale des exemples choi­sis par les manuels per­met de retrou­ver les grands mou­ve­ments de l’opinion domi­nante des pre­mières années du XXIe siècle. Les manuels ne sont plus l’instrument d’une idéo­lo­gie patrio­tique ou socia­li­sante dont il fau­drait trans­mettre les réflexes, mais le lieu d’expression des prio­ri­tés d’une époque qui vit sur les ruines des grands mes­sia­nismes sécu­liers du XXe siècle. Noir­cis­sant le pas­sé et res­tant dis­crets sur bien des vio­lences sociales contem­po­raines, les manuels res­tent « pro­gres­sistes », tout en étant mar­qués par une ten­dance à l’éloge des cultures non-euro­péennes, à la cri­tique des idées « iden­ti­taires » et à un cer­tain fata­lisme.”

Vincent Badré, L’Histoire fabri­quée ? Ce qu’on ne vous a pas dit à l’école…, édi­tions du Rocher, 2012.

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Marcher

« Rien de bien ne se fait cou­ché ou assis ! Seul, l’homme debout fait du bon tra­vail, et c’est quand il marche qu’il pense droit ! Garde toi de ne rien faire le cul sur une chaise ou sur un lit, sinon de man­ger, dor­mir ou repo­ser ! Si tu veux com­prendre, débattre sai­ne­ment, ima­gi­ner, orga­ni­ser ta pen­sée, conce­voir et déci­der : Marche ! Marche, tu ver­ras ! »

Hen­ri Vin­ce­not, Les étoiles de Com­pos­telle, édi­tions Denoël 1982

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Marchés

La démo­cra­ti­sa­tion devrait aujourd’hui être syno­nyme d’une ins­tau­ra­tion d’institutions au moyen des­quelles les mar­chés pour­raient être à nou­veau l’objet d’un contrôle par la socié­té […]. Avant que quoi que ce soit puisse être sérieu­se­ment ins­crit à l’ordre du jour, il fau­drait au moins une mobi­li­sa­tion poli­tique de longue haleine, et des per­tur­ba­tions durables de l’ordre social actuel­le­ment en cours de for­ma­tion.”

Wolf­gang Streeck, Du temps ache­té. La crise sans cesse ajour­née du capi­ta­lisme démo­cra­tique (Gekaufte Zeit), Gal­li­mard, 2014

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Mariage

« Toi, mon petit gars, tu penses que tu viens de ‘prendre femme’, comme on dit. Non pas ! C’est elle qui t’a pris, et pour que tu fasses d’elle une mère. »

Hen­ri Vin­ce­not, L’œuvre de chair, édi­tions Denoël, 1984

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Marteau

Pour­quoi si mous, si flé­chis­sants, si mol­lis­sants ? Pour­quoi y a-t-il tant de renie­ment, tant d’abnégation dans votre cœur ? Si peu de des­ti­née dans votre regard ? […] Ô mes frères, je place au-des­sus de vous cette table nou­velle : Deve­nez durs !”

Frie­drich Nietzsche, “Le mar­teau parle”, in Ain­si par­lait Zara­thous­tra (Also sprach Zara­thus­tra. Ein Buch für Alle und Kei­nen), 1883–1885

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Martyrs

Peut-être faut-il le sang des mar­tyrs, comme une douche de glace et de feu, pour réveiller un peuple…”

Pierre Vial, pré­face à Jean Mabire, Patrick Pearse, une vie pour l’Irlande, édi­tions Terre et Peuple, 1998

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Masculinité — voir aussi : Verticalité

La ver­ti­ca­li­té est intrin­sèque à la mas­cu­li­ni­té et à l’ancien ordre euro­péen. Elle se mani­feste par une ten­sion natu­relle vers le risque, la dif­fé­rence, l’altitude en tout. Elle méprise la sécu­ri­té, la tran­quilli­té, l’indolence, l’hédonisme, qui sont pen­chants hori­zon­taux. Elle dis­tingue, élève, attri­bue un rang. Elle hié­rar­chise les idées et les per­sonnes. L’ordre d’Homère est ver­ti­cal comme l’est aus­si le lan­gage, l’élégance, la gram­maire, les don­jons, ou la forme que l’on donne aux authen­tiques créa­tions.”

Domi­nique Ven­ner, His­toire et tra­di­tion des Euro­péens, édi­tions du Rocher, 2002

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Masses

Libé­ra­lisme, puis démo­cra­tie, puis socia­lisme, puis radi­ca­lisme, enfin com­mu­nisme et bol­che­visme ne sont appa­rus dans l’histoire que comme des degrés d’un même mal, des stades dont cha­cun pré­pare le sui­vant dans l’ensemble d’un pro­ces­sus de chute. Et le com­men­ce­ment de ce pro­ces­sus fut le moment où l’homme occi­den­tal bri­sa les liens avec la tra­di­tion, mécon­nut tout sym­bole supé­rieur d’autorité et de sou­ve­rai­ne­té, reven­di­qua pour lui-même en tant qu’individu une liber­té vaine et illu­soire, devint atome au lieu de res­ter par­tie consciente dans l’unité orga­nique et hié­rar­chique d’un tout. Et l’atome, à la fin, devait trou­ver contre lui la masse des autres atomes, des autres indi­vi­dus, et devait être impli­qué dans l’émergence du règne de la quan­ti­té, du pur nombre, des masses maté­ria­listes et n’ayant d’autre Dieu que l’économie sou­ve­raine. Dans ce pro­ces­sus, on ne s’arrête pas à mi-che­min.”

Julius Evo­la, Orien­ta­tions (Orien­ta­men­ti), 1950

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Masse (homme)

Par­tout l’homme masse a sur­gi, un type d’homme hâti­ve­ment bâti, mon­té sur quelques pauvres abs­trac­tions et qui pour cela se retrouve iden­tique d’un bout à l’autre de l’Europe. C’est à lui qu’est dû le morne aspect, l’étouffante mono­to­nie que prend la vie dans tout le conti­nent. Cet homme masse, c’est l’homme vidé au préa­lable de sa propre his­toire, sans entrailles de pas­sé et qui par cela même, est docile à toutes les dis­ci­plines dites « inter­na­tio­nales ».”

José Orte­ga y Gas­set, La révolte des masses, 1937

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Maturité

La matu­ri­té de l’homme : cela veut dire retrou­ver le sérieux que l’on avait au jeu, étant enfant.”

Frie­drich Nietzsche, Par-delà le bien et le mal (Jen­seits von Gut und Böse — Vor­spiel einer Phi­lo­so­phie der Zukunft), 1886

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Méditation

Le temps pas­sé à médi­ter a plus d’importance que le tra­vail accom­pli.”

Ernst Jün­ger, Soixante-dix s’efface II – 1971–1980, Gal­li­mard, 1981

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Mémoire

Une tête sans mémoire est une place sans gar­ni­son.”

Napo­léon Bona­parte, Viri­li­tés, maximes et pen­sées com­pi­lées par Jules Ber­taut, édi­tions San­sot et Cie, 1912

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Mémoire

Par­fois cer­tains de mes vieux amis me reprochent de trop évo­quer le pas­sé. Si je parle du pas­sé, ce n’est pas par nos­tal­gie ou pas­séisme mais par res­pect pour le pré­sent et l’avenir. Car le pas­sé éclaire le pré­sent qui tient en lui-même l’essentiel de l’avenir. Dans la suite des temps et la suc­ces­sion des hommes, il n’y a pas d’acte iso­lé, de des­tin iso­lé. Tout se tient. Il faut croire à la force du pas­sé, au poids des morts, au sang et à la mémoire des hommes ; que serait un homme sans mémoire, il mar­che­rait dans la nuit ; que serait un peuple sans mémoire, il n’aurait pas d’avenir, et les hommes de l’avenir, ceux qui for­ge­ront l’avenir seront ceux qui auront la plus vaste mémoire.”

Hélie Denoix de Saint Marc, allo­cu­tion lors de la remise de ses insignes de Grand Offi­cier dans l’ordre de la Légion d’Honneur, Fort de Nogent, 29 mars 2003

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Mémoire endormie

De grands efforts ont été faits pour bri­ser le fil du temps et sa cohé­rence, pour inter­dire aux euro­péens de retrou­ver dans leurs ancêtres leur propre image, pour leur déro­ber leur pas­sé et faire en sorte qu’il leur devienne étran­ger. De tels efforts ont des pré­cé­dents. Du Haut Moyen Âge à la Renais­sance, de nom­breux siècles ont été sou­mis à une abla­tion de la mémoire et à une réécri­ture totale de l’histoire. En dépit des efforts déployés, cette entre­prise a fina­le­ment échoué. Celle, pure­ment néga­tive, conduite depuis la deuxième par­tie du XXe siècle, dure­ra beau­coup moins. Venant d’horizons inat­ten­dus, les résis­tances sont nom­breuses. Comme dans le conte de la Belle au bois dor­mant, la mémoire endor­mie se réveille­ra. Elle se réveille­ra sous l’ardeur de l’amour que nous lui por­te­rons.”

Domi­nique Ven­ner, His­toire et tra­di­tion des Euro­péens, édi­tions du Rocher, 2002

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Mémoire identitaire

Face à tout ce qui menace notre iden­ti­té et notre sur­vie en tant qu’Européens, contrai­re­ment à d’autres peuples, nous ne dis­po­sons pas du secours d’une reli­gion iden­ti­taire. A cela, nous ne pou­vons rien. En revanche, nous pos­sé­dons une riche mémoire iden­ti­taire. Cela dépend de nous de la retrou­ver, de la culti­ver, d’en faire une méta­phy­sique de la mémoire, qui nous struc­ture et réponde au trouble de notre époque.”

Domi­nique Ven­ner, Le Choc de l’Histoire, Via Roma­na, 2011

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Mensonge

Le temps de l’antiphrase, le mot pour un autre, l’euphémisme d’euphémisme et tout sim­ple­ment le men­songe, pré­sident à ce qui sur­vient, pour faire croire que cela ne sur­vient pas.”

Renaud Camus, Le Grand Rem­pla­ce­ment, David Rein­harc, 2011

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Merveilleux

Qu’est-ce que l’avenir, qu’est-ce que la pas­sé, qu’est-ce que nous ? Quel fluide magique nous envi­ronne et nous cache les choses qu’il nous importe le plus de connaître ? Nous nais­sons, nous vivons, nous mou­rons au milieu du mer­veilleux.”

Napo­léon Bona­parte, Viri­li­tés, maximes et pen­sées com­pi­lées par Jules Ber­taut, édi­tions San­sot et Cie, 1912

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Métal

Au milieu d’un monde à la dérive, nous sommes seuls. Nous sommes tra­gi­que­ment seuls. [Mais] nous sommes joyeu­se­ment seuls. C’est jus­te­ment parce que nous refu­sons toutes les com­pro­mis­sions et toutes les manœuvres que nous serons le plus pur métal de l’alliage de demain.”

Jean Mabire, La torche et le glaive, édi­tions Libres opi­nions, 1994

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Métaphysique

L’essentiel doit être cher­ché là où l’interprétation scien­ti­fique ne trouve plus rien, elle qui stig­ma­tise comme non-scien­ti­fique tout ce qui fran­chit ses bar­rières.”

Mar­tin Hei­deg­ger, Intro­duc­tion à la méta­phy­sique (Einfüh­rung in die Meta­phy­sik), 1935, 1958 (trad.)

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Métissage

Loin des mélanges d’une « civi­li­sa­tion pla­né­taire » comme vil­lage glo­bal, la pla­nète s’organise aujourd’hui en blocs eth­niques iden­ti­taires, en com­pé­ti­tion. Le mélange des cultures, l’abolition des iden­ti­tés n’est pas au pro­gramme du XXIe siècle. L’Inde, la Chine, le monde ara­bo-musul­man ou tur­co-musul­man, etc., affirment leurs iden­ti­tés, ne tolèrent ni immi­gra­tion de colo­ni­sa­tion ni métis­sage sur leur sol. Seules, les pseu­dos-élites euro­péennes défendent le dogme d’une « pla­nète métisse ». C’est une chi­mère.”

Guillaume Faye, Pour­quoi nous com­bat­tons – Mani­feste de la Résis­tance euro­péenne, L’AEncre, 2001

Tags : Guillaume Faye, pourquoi nous combattons, manifeste de la résistance européenne, métissage, chimère, blocs ethniques identitaires, identités, peuples, mélange des cultures, planète métisse, civilisation planétaire, village global, Chine Inde, islam, immigration, colonisation, sol
Métro

Je ne fré­quente mes sem­blables qu’avec par­ci­mo­nie […], consi­dé­rant l’amour de l’humanité comme une illu­sion sen­ti­men­tale autant que poli­tique, et tenant de com­prendre com­ment l’humanité s’abolit dans l’illégitimité du nombre, par exemple dans la foule que je tra­ver­sais, ce jour-là, prin­ci­pa­le­ment com­po­sée de Noirs, de Magh­ré­bins, de Pakis­ta­nais, d’Asiatiques, de diverses sortes de métis, et de quelques Blancs, hommes et femmes, dont deux petites les­biennes se tenant par la main avec défi, sui­vies d’un nain dan­di­nant son corps pitoyable entre de jeunes beau­tés tapa­geuses, et des enfants, des vieillards, laids, mal vêtus, l’ensemble se mou­vant dans une puan­teur consti­tuée de relents d’égouts, de vien­noi­se­ries, de par­fums et de pro­duits de chez Mc Donald’s, au sein d’un vacarme dont on ne savait plus s’il annon­çait la fin du monde ou s’il la fai­sait dési­rer, sur ce quai de la sta­tion Châ­te­let-les-Halles, un same­di après-midi, dans ce qui fut le ventre de Paris, et qui est deve­nu cette gigan­tesque gare sou­ter­raine, au-des­sous des anciens cime­tières des Inno­cents et de Saint-Eus­tache : des bas-fonds, où je ne des­cends jamais sans son­ger qu’à la foule se mêlent les spectres d’innombrables défunts, dont j’avais vu exhu­mer les os, qua­rante ans aupa­ra­vant, et me deman­dant au milieu des gron­de­ments, des rumeurs et des cris, si, plus encore que la lumière, l’air libre n’est pas la pre­mière mani­fes­ta­tion de la véri­té.”

Richard Millet, Argu­ments d’un déses­poir contem­po­rain, Her­mann édi­teurs, 2011

Tags : Richard Millet, arguments d’un désespoir contemporain, métro, Paris, Châtelet, les Halles, foule, puanteur, humanité, Noirs, Maghrébins, Pakistanais, lesbiennes, nain, Mc Donald’s, venre de Paris, cimetières, gare, vacarme, rumeurs, cris, lumière, air libre, vérité
« Meurs et deviens »

Ne le dites à per­sonne, aux sages seule­ment,
Puisque la foule raille aus­si­tôt !
La vie qui cherche la mort dans les flammes,
Est celle seule que j’entends célé­brer.
Dans la fraî­cheur des nuits d’amour
Où tu reçus la vie, où tu don­nas la vie,
Un sen­ti­ment étrange t’envahit
Tan­dis que luit dans le silence une chan­delle.
Alors l’obscurité ne te tient plus
Pri­son­nier de ton ombre,
Et une ardeur te porte
A dési­rer la créa­tion suprême.
Nulle dis­tance n’entrave ton élan,
Des ailes te portent, un charme t’est jeté,
Et enfin, assoif­fé de lumière,
Tu péris, paillon, dans les flammes !
Et tant que tu n’auras pas cela,
Ce : meurs et deviens !
Tu ne seras qu’un triste voya­geur
Sur cette terre obs­cure.”

Johann Wolf­gang von Goethe, Nos­tal­gie bien­heu­reuse (Selige Sehn­sucht), in West-öst­li­cher Divan, 1819

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Militant révolutionnaire

Le mili­tant révo­lu­tion­naire est aujourd’hui celui qui choi­sit l’organisation, la dis­ci­pline, la léga­li­té, le tra­vail.”

Jean Mabire, La torche et le glaive, édi­tions Libres opi­nions, 1994

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Militantisme — voir aussi : Engagement

Le mili­tan­tisme est une école, et l’une des meilleures qui puissent être. C’est une école de dis­ci­pline et de tenue, d’exaltation et d’enthousiasme, une école de don de soi. C’est aus­si un creu­set d’amitié comme il y en a peu : avoir mili­té ensemble crée des liens qui per­durent dans le temps et, par­fois, triomphent de tout. […] Cela dit, c’est aus­si une école dont il faut savoir sor­tir […]. Le mili­tan­tisme a aus­si ses limites. Il a ses aspects néga­tifs. Le mili­tant n’est pas seule­ment quelqu’un qui se donne à fond, ce qui est une bonne chose. C’est aus­si un par­ti­san dans le mau­vais sens du terme. Il répète un caté­chisme, il se réfère à un « nous » col­lec­tif qui le dis­pense de toute pen­sée per­son­nelle. Le « bon mili­tant » est un true beli­vier, qui pré­fère les réponses aux ques­tions parce qu’il a besoin de cer­ti­tudes.”

Alain de Benoist, Mémoire vive, entre­tiens avec Fran­çois Bous­quet, édi­tions de Fal­lois, 2012

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Minorité

Le mys­tère de l’Histoire est un mys­tère aris­to­cra­tique. Il s’accomplit par la mino­ri­té. Celle-ci porte l’esprit de l’universel, lequel est un esprit aris­to­cra­tique. L’esprit de la majo­ri­té, celui de la démo­cra­tie est pro­vin­cial et par­ti­cu­la­riste. Dans l’Histoire, ce sont les mino­ri­tés et l’aristocratie qui dirigent. Se rebel­ler contre leur direc­tion, c’est por­ter atteinte aux mys­tères de l’Histoire. Vous ne réus­si­rez pas à détruire la dis­sem­blance onto­lo­gique des âmes, à effa­cer la dif­fé­rence entre les intel­li­gents et les sots, les doués et les inca­pables, les nobles et les vils, les beaux et les informes, ceux qui ont la grâce et ceux qui ne la portent pas.”

Nico­las Ber­diaev, De l’inégalité, L’Age d’Homme, 2008

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Modèle

Quand des hommes com­battent sur un plan supé­rieur, spi­ri­tuel, ils intègrent la mort dans leur stra­té­gie. Ils acquièrent quelque chose d’invulnérable ; la pen­sée que l’adversaire veut leur des­truc­tion phy­sique n’est, par consé­quent, plus effrayante pour eux. […] Il y a des moments dans l’histoire où des hommes sai­sissent la mort comme un bâton de com­man­de­ment. Dans le pro­cès des Tem­pliers, par exemple, où le Grand Maître de l’Ordre montre sou­dai­ne­ment le vrai rap­port entre lui et les juges — ain­si un navire laisse tom­ber son camou­flage et s’offre, avec ses pavillons et ses canons, au regard stu­pé­fait. Le soir même, il fut brû­lé vif, mais on pos­ta des gardes, dès cette nuit, à l’endroit du bûcher pour empê­cher le peuple d’y venir cher­cher des reliques. La pous­sière elle-même fait peur aux tyrans ; elle aus­si doit dis­pa­raître.”

Ernst Jün­ger, Pre­mier jour­nal pari­sien, Le Livre de poche, 1998

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Modernité

Le monde moderne est plein d’anciennes ver­tus chré­tiennes deve­nues folles.”

Gil­bert Keith Ches­ter­ton, Ortho­doxie, 1908

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Monarchie

Le fait que la Monar­chie n’apparaisse pas « actuelle » prouve non pas un pro­grès, mais une régres­sion : cela signi­fie qu’une cer­taine par­tie de l’humanité est tom­bée tel­le­ment bas qu’elle n’est plus à la hau­teur d’une telle ins­ti­tu­tion.”

Julius Evo­la, cité dans Tota­li­té, n°26, 1986

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Monde

Il est plus de mer­veilles en ce monde que n’en peuvent conte­nir tous nos rêves.”

William Sha­kes­peare, Ham­let (The Tra­gi­cal His­to­ry of Ham­let, Prince of Den­mark), 1601

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Monde

Le monde est à ceux qui se donnent la peine de le chan­ger.”

Michel de Saint-Pierre, Les nou­veaux aris­to­crates, 1961

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Monde contemporain

Nous sommes entrés dans un monde où tout ce qui était solide et durable est deve­nu tran­si­toire et insi­gni­fiant. Un monde de flux et de reflux, rele­vant d’une sorte de logique « mari­time » et liquide. Les types humains qui pré­do­minent sont ceux du nar­cis­sique imma­ture, de l’arriviste for­ce­né, de l’imposteur satis­fait. Mélange d’intolérance sec­taire et d’hédonisme de bas niveau sur fond d’idées fausses et d’hygiénisme puri­tain. La constante pro­gres­sion de l’inculture me désole éga­le­ment. L’inculture n’est certes pas nou­velle. Sans doute était-elle-même plus répan­due dans le pas­sé qu’elle ne l’est aujourd’hui, mais au moins ce n’étaient pas les incultes qui don­naient le ton.”

Alain de Benoist, Mémoire vive, entre­tiens avec Fran­çois Bous­quet, édi­tions de Fal­lois, 2012

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Mondes

Quand nous oppo­sons au monde moderne le monde antique, ou tra­di­tion­nel, cette oppo­si­tion est en même temps idéale. Le carac­tère de tem­po­ra­li­té et d’« his­to­ri­ci­té » ne cor­res­pond en effet, essen­tiel­le­ment, qu’à un seul de ces deux termes, tan­dis que l’autre, celui qui se rap­porte à l’ensemble des civi­li­sa­tions de type tra­di­tion­nel, se carac­té­rise par la sen­sa­tion de ce qui est au-delà du temps, c’est-à-dire par un contact avec la réa­li­té méta­phy­sique qui confère à l’expérience du temps une forme très dif­fé­rente, « mytho­lo­gique », faite de rythme et d’espace, plus que de temps chro­no­lo­gique. A titre de rési­dus dégé­né­res­cents, des traces de cette forme qua­li­ta­ti­ve­ment diverse de l’expérience du temps sub­sistent encore chez cer­taines popu­la­tions dites « pri­mi­tives ». Avoir per­du ce contact, s’être dis­sous dans le mirage d’un pur et simple flux, d’une pure et simple « fuite en avant », d’une ten­dance qui repousse tou­jours plus loin son but, d’un pro­ces­sus qui ne peut et ne veut plus s’apaiser en aucune pos­ses­sion, et qui se consume en tout et pour tout, en termes d’« his­toire » et de « deve­nir » — c’est là une des carac­té­ris­tiques fon­da­men­tales du monde moderne, la limite qui sépare deux époques, et donc, non seule­ment, du point de vue his­to­rique, mais aus­si, et sur­tout, en un sens idéal, mor­pho­lo­gique et méta­phy­sique.”

Julius Evo­la, Révolte contre le monde moderne (Rivol­ta contro il mon­do moder­no), 1934

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Montagne

Un monde abso­lu­ment hos­tile, qui n’est pas fait pour l’homme, et qui l’attire pour­tant comme un des der­niers défis de notre pla­nète trop civi­li­sée ! Et certes, il faut être très civi­li­sé pour appré­cier cette aber­ra­tion, le choix volon­taire de se pri­ver du confort de la vie moderne. Il faut être reve­nu de beau­coup de choses, avoir épui­sé beau­coup de plai­sirs, pour goû­ter les délices de la fatigue, du froid, de la peur, de la souf­france… Mais c’est à ce prix seule­ment que l’homme à l’âme terne, ras­sa­sié de bien-être et de sécu­ri­té peut se sen­tir à nou­veau exis­ter.”

Anne-Laure Bloch, L’Euphorie des Cimes, Edi­tions Trans­bo­réales, 2011

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Morale

Tout natu­ra­lisme dans la morale, c’est-à-dire toute saine morale, est domi­née par l’instinct de vie, — un com­man­de­ment de la vie quel­conque est rem­pli par un canon déter­mi­né d’ « ordres » et de « défenses », une entrave ou une ini­mi­tié quel­conque, sur le domaine vital, est ain­si mise de côté. La morale anti­na­tu­relle, c’est-à-dire toute morale qui jusqu’à pré­sent a été ensei­gnée, véné­rée et prê­chée, se dirige, au contraire, pré­ci­sé­ment contre les ins­tincts vitaux –, elle est une condam­na­tion, tan­tôt secrète, tan­tôt bruyante et effron­tée, de ces ins­tincts. […]Toute faute, d’une façon ou d’une autre, est la consé­quence d’une dégé­né­res­cence de l’instinct, d’une désa­gré­ga­tion de la volon­té : par là on défi­nit presque ce qui est mau­vais. Tout ce qui est bon sort de l’instinct – et c’est, par consé­quent, léger, néces­saire, libre.”

Frie­drich Nietzsche, Cré­pus­cule des idoles (Göt­zen-Däm­me­rung oder wie man mit dem Ham­mer phi­lo­so­phiert), 1888

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Morale tragique

J’ai pro­po­sé, dans d’autres livres, une morale tra­gique. Une morale des sommes d’om des­cendent, vers le champ des hommes, les maîtres et les héros. Si j’ai for­ti­fié mes lec­teurs, je n’ai pas per­du mon temps. Si je leur ai arra­ché les écailles des yeux, nous serons alors au moins quelques-uns à nous regar­der sans obs­cé­ni­té, dans la foule, et quelle que soit notre race – celle des héros admi­rables qui vont, ou celle de ceux qui, plus infirmes, les suivent, ou encore celle de ceux qui regardent pas­ser la colonne avec, dans les yeux, l’admiration qui révère – oui, quelle que soit notre race, nous sau­rons qu’elle est bonne. J’ai célé­bré le che­va­lier de Dürer qui va, accom­pa­gné de la Mort et guet­té par le Diable. Der­rière lui, je vois des sou­dards qui le suivent et aux­quels il race la route, dans la sombre forêt. Sur son pas­sage, les pay­sans saluent et se taisent. Che­va­lier et sou­dards vont vers un loin­tain où il y a la guerre. Ils ne demandent rien. Ils vont mou­rir pour toi, pay­san, pour ta forêt, tes cochons noirs, tes trois poules étiques, ta masure de chaume et tes enfants qui reniflent. Regarde-les pas­ser. Si tu les salues et si tu ne vas pas, cou­rant par tra­verses et rac­cour­cis, pré­ve­nir l’ennemi qui les attend, u es digne d’eux. Cette digni­té, c’est tout ce qu’on te demande.”

Jean Cau, Pour­quoi la France, La Table Ronde, 1975.

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Mots — voir aussi : Langage

Un matin, tan­dis que du haut de la ter­rasse, je par­cou­rais des yeux la Mari­na, ses eaux m’apparurent plus pro­fondes et plus lumi­neuses, comme si pour la pre­mière fois, j’eusse posé sur elles un regard non trou­blé. J’eus en cet ins­tant même le sen­ti­ment presque dou­lou­reux du mot se sépa­rant des choses, comme se brise la corde trop ten­due d’un arc. J’avais sur­pris un lam­beau du voile d’Isis de ce monde, et le lan­gage à par­tir de cet ins­tant me fut un impar­fait ser­vi­teur.”

Ernst Jün­ger, Sur les falaises de marbre (Auf den Mar­mork­lip­pen), 1939

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Mourir

Moi, je meurs. Mon esprit coule par vingt bles­sures.
J’ai fait mon temps. Buvez, ô loups mon sang ver­meil.
Jeune, brave, riant, libre et sans flé­tris­sures,
Je vais m’asseoir par­mi les dieux, dans le soleil !”

Charles-Marie Leconte de Lisle, “Le cœur du Hial­mar”, in Poèmes bar­bares, 1862

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Mourir

Mou­rir en com­bat­tant, c’est la mort détrui­sant la mort. Mou­rir en trem­blant, c’est payer ser­vi­le­ment à la mort le tri­but de sa vie.”

William Sha­kes­peare, Richard II, 1595

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Mourir

Exis­ter, c’est se vouer et se dévouer. Mais mou­rir, c’est par­fois une autre façon d’exister. […] La mort n’est pas seule­ment le drame que l’on dit, sinon pour ceux qui pleurent sin­cè­re­ment le dis­pa­ru. Elle met fin aux mala­dies cruelles et inter­rompt le déla­bre­ment de la vieillesse, don­nant leur place aux nou­velles géné­ra­tions. La mort peut se révé­ler aus­si une libé­ra­tion à l’égard d’un sort deve­nu insup­por­table ou désho­no­rant. Sous sa forme illus­trée par les Samou­raï et les « vieux Romains », elle peut consti­tuer la plus forte des pro­tes­ta­tions contre une indi­gni­té autant qu’une pro­vo­ca­tion à l’espérance.”

Domi­nique Ven­ner, Edi­to­rial de La Nou­velle Revue d’Histoire (NRH), jan­vier-février 2013

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Mort — voire aussi : Vie

A quoi sert de vivre, si on ne se sert pas de sa vie pour la cho­quer contre la mort, comme un bri­quet ? Guerre – ou révo­lu­tion, c’est-à-dire guerre encore – il n’y a pas à sor­tir de là. Si la mort n’est pas au cœur de la vie comme un dur noyau – la vie, quel fruit mou et bien­tôt blet ?”

Pierre Drieu la Rochelle, La comé­die de Char­le­roi, 1934

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Moutons

Les mou­tons vont à l’abattoir. Ils ne disent rien, et ils n’espèrent rien. Mais du moins ils ne votent pas pour le bou­cher qui les tue­ra et le bour­geois qui les man­ge­ra. Plus bête que les bêtes, plus mou­ton­nier que les mou­tons, l’électeur nomme son bou­cher et choi­sit son bour­geois. Il a fait des Révo­lu­tions pour conqué­rir ce droit.”

Octave Mir­beau, La grève des élec­teurs, Le Figa­ro, 1888

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Mort

Je n’aime pas qu’on affecte de mépri­ser la mort, la grande loi est de savoir souf­frir ce qui est inévi­table.”

Napo­léon Bona­parte, Viri­li­tés, maximes et pen­sées com­pi­lées par Jules Ber­taut, édi­tions San­sot et Cie, 1912

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Mort

La mort. Tou­jours sur­gi­ront un petit nombre d’êtres qui sont trop nobles pour la vie. Ils cherchent la blan­cheur, la soli­tude. La noblesse d’êtres qui se lavent des souillures dans un bain de lumière appa­raît sou­vent avec beau­té sur le masque mor­tuaire.

Ce que j’aime dans l’homme, c’est son essence au-delà de la mort, c’est sa com­mu­nau­té avec elle. L’amour ter­restre n’est qu’un pâle reflet.”

Ernst Jün­ger, Jour­nal de guerre (Strah­lun­gen), 1949

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Mort volontaire

Seule la mort subie n’a pas de sens. Vou­lue, elle a le sens qu’on lui donne, même quand elle est sans uti­li­té pra­tique.”

Domi­nique Ven­ner, Un samou­raï d’Occident. Le Bré­viaire des insou­mis, édi­tions Pierre-Guillaume de Roux, 2013

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Moutons

« Cre­ver dans la soli­tude, même misé­rable, m’a tou­jours paru être pré­fé­rable à sur­vivre même confor­ta­ble­ment, au milieu du trou­peau. »

Hen­ri Vin­ce­not, La Bille­baude, édi­tions Denoël, 1978

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Moutons

« Oui, bien sûr, mais c’est la solu­tion de faci­li­té de lais­ser diva­guer tout le monde dans le même sens en igno­rant le mou­ve­ment, et de res­ter bien au chaud sous l’édredon du consen­sus… ou, pis encore, d’emboîter le pas à tout ce qui se dit. »

Clau­dine Vin­ce­not, Confi­dences des deux rivages, édi­tions Anne Car­rière, 1999

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Multitudes

Ceux que je hais, c’est d’abord ceux qui ne sont point. Race de chiens qui se croient libres, parce que libres de chan­ger d’avis, de renier (et com­ment sau­raient-ils qu’ils renient puisqu’ils sont juges d’eux-mêmes ?). Parce que libres de tri­cher et de par­ju­rer et d’abjurer, et que je fais chan­ger d’avis, s’ils ont faim, rien qu’en leur mon­trant leur auge.

[…] Mais tous ceux-là je les dirai de la racaille, qui vivent des gestes d’autrui et, comme le camé­léon, s’en colorent, et aiment d’où viennent les pré­sents, et goûtent les accla­ma­tions et se jugent dans le miroir des mul­ti­tudes : car on ne les trouve point, ils ne sont point, comme une cita­delle, fer­més sur leurs tré­sors et, de géné­ra­tion en géné­ra­tion ils ne délèguent pas leur mot de passe, mais laissent croître leurs enfants sans les pétrir. Et ils poussent, comme des cham­pi­gnons, sur le monde.”

Antoine de Saint-Exu­pé­ry, Cita­delle, 1948

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Musique

Com­bien peu de chose il faut pour le bon­heur ! Le son d’une cor­ne­muse. Sans musique la vie serait une erreur. L’Allemand se figure Dieu lui-même en train de chan­ter des chants.”

Frie­drich Nietzsche, Cré­pus­cule des idoles (Göt­zen-Däm­me­rung oder wie man mit dem Ham­mer phi­lo­so­phiert), 1888

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Myrmidons

En par­cou­rant le camp, Achille fait armer ses guer­riers myr­mi­dons. On croi­rait voir des loups car­nas­siers, le cœur plein d’une indi­cible ardeur, qui vont dans la mon­tagne atta­quer le grand cerf ramé, puis le dévorent – de tous, le sang rou­git alors les bajoues ; en bande, ils vont laper l’eau noire d’une source avec leurs langues minces, tout en cra­chant le sang de la bête égor­gée, car, si leur cœur reste intré­pide en leur poi­trine, leur ventre est oppres­sé : ain­si, les conduc­teurs et les chefs des Myr­mi­dons accourent tous auprès du vaillant écuyer d’Achille aux pieds rapides. Au milieu d’eux se tient l’Eacide fou­gueux ; il sti­mule les chars et les hommes en armes.”

Homère, Iliade, Chant XVI, Pré­pa­ra­tifs des Myr­mi­dons, vers 800–725 av. notre ère

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Mystère

Il y a plus de choses dans le ciel et sur la terre, Hora­tio, que n’en ima­gine ta phi­lo­so­phie.”

Sha­kes­peare, Ham­let (The Tra­gi­cal His­to­ry of Ham­let, Prince of Den­mark), 1598–1601

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Mystique

Tout par­ti vit de sa mys­tique et meurt de sa poli­tique.”

Charles Péguy, Notre jeu­nesse, 1910

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Mythe

Plus un mythe plon­ge­ra ses racines dans un pas­sé loin­tain et qua­si sans mémoire et plus la sève inon­de­ra son tronc ; et plus vastes et plus hautes seront les fron­dai­sons !”

Jean Cau, La Grande Pros­ti­tuée, La Table Ronde, 1974

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Mythe

Il faut juger les mythes comme des moyens d’agir sur le pré­sent.”

Georges Sorel, Réflexions sur la vio­lence, 1908

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