Lettre L

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L

Lâcheté

Il est néces­sai­re de se pré­pa­rer à la mort matin et soir et jour après jour. Car la peur de la mort rend lâche et dis­po­se à l’esclavage.”

Le Haga­ku­ré, trai­té des Samou­raï, 1709–1716, cité par Domi­ni­que Ven­ner, Le Choc de l’Histoire, édi­tions Via Roma­na, 2011

Tags : Venner, choc, histoire, mort, Hagakuré, samouraï, se préparer, lâcheté, peur, esclavage
Laideur

La ruée des peu­ples vers le laid fut le prin­ci­pal phé­no­mè­ne de la mon­dia­li­sa­tion.”

Syl­vain Tes­son, Dans les forêts de Sibé­rie, Gal­li­mard, 2011

Tags : Sylvain Tesson, Dans les forêts de Sibérie, Gallimard, laid, laideur, ruée, mondialisation, modernité, contemporain
Laideurs

Les yeux, les oreilles et les lèvres doi­vent se fer­mer devant tou­tes les peti­tes mes­qui­ne­ries, lai­deurs et misè­res, et l’âme tout entiè­re doit se consa­crer aux moments, aux cho­ses et aux per­son­nes qui nous révè­lent le beau : voi­là tout l’art de la vie.”

Wal­ter Flex, Le Pèle­rin entre deux mon­des, 1916

Tags : walter flex, le pèlerin entre deux mondes, mesquineries, laideurs, misères, beau, art, vie, âme
Langage — voir aussi : Mots

Un matin, tan­dis que du haut de la ter­ras­se, je par­cou­rais des yeux la Mari­na, ses eaux m’apparurent plus pro­fon­des et plus lumi­neu­ses, com­me si pour la pre­miè­re fois, j’eusse posé sur elles un regard non trou­blé. J’eus en cet ins­tant même le sen­ti­ment pres­que dou­lou­reux du mot se sépa­rant des cho­ses, com­me se bri­se la cor­de trop ten­due d’un arc. J’avais sur­pris un lam­beau du voi­le d’Isis de ce mon­de, et le lan­ga­ge à par­tir de cet ins­tant me fut un impar­fait ser­vi­teur.”

Ernst Jün­ger, Sur les falai­ses de mar­bre (Auf den Mar­mork­lip­pen), 1939

Tags : Jünger, Sur les falaises de marbre, Auf den Marmorklippen, langage, mots, Marina, regard, arc, Isis, lambeau
Langage clair

La logi­que du révol­té est […] de s’efforcer au lan­ga­ge clair pour ne pas épais­sir le men­son­ge uni­ver­sel.”

Albert Camus, L’Homme révol­té, 1951

Tags : Camus, homme révolté, langage clair, mensonge universel, révolte
Langue française

[…] Le lais­ser-aller lan­ga­gier est la conces­sion majeu­re fai­te aux escla­ves mon­dia­li­sés par des maî­tres qui, n’en sachant eux-mêmes guè­re plus sur la lan­gue, ne peu­vent qu’abonder dans le sens des escla­ves, en une lan­gue infi­ni­ment diver­tie d’elle-même. Rien n’est gra­ve, dans le mon­de hori­zon­tal, puisqu’il n’y a plus ni évé­ne­ment, ni valeur, ni sens, et que l’individu y règne en lieu et pla­ce des peu­ples : il est, l’individu, la synec­do­que misé­ra­ble du peu­ple. De la même façon que le sujet s’est éteint dans l’avènement de l’individu, on peut dire que la lan­gue fran­çai­se est mor­te avec l’avènement de sa mau­vai­se conscien­ce au sein de la com­mu­ni­ca­tion. Mau­vai­se conscien­ce qui, dou­blée d’une effi­ca­ci­té poli­ti­que, conduit à l’anglais plus sûre­ment que le diver­tis­se­ment hol­ly­woo­dien.”

Richard Millet, Argu­ments d’un déses­poir contem­po­rain, Her­mann édi­teurs, 2011

Tags : Richard Millet, arguments d’un désespoir contemporain, langue française, laisser-aller langagier, esclaves, français, anglais, individu, sujet, peuple, mauvaise conscience, Hollywood
Langues anciennes

L’étude des lan­gues ancien­nes est le résul­tat de la liber­té et d’elle seule. C’est pour­quoi je m’associerai ici à l’éloge le plus flat­teur qu’on en ait jamais fait : les lan­gues ancien­nes ne ser­vent à rien. Si elles ser­vaient, elles seraient, le mot le dit, ser­vi­les. Les escla­ves ou les affran­chis qui s’imaginent cri­ti­quer les lan­gues ancien­nes en leur repro­chant de ne pas accep­ter le joug de la consom­ma­tion tra­his­sent par là, sur leur cou, la pré­sen­ce ou la tra­ce enco­re fraî­che du col­lier.”

Rémi Bra­gue, Modé­ré­ment moder­ne, Flam­ma­rion, 2014

Tags : Rémi Brague, Modérément moderne, Flammarion, langues anciennes, grec, latin, joug, gratuité, collier
« Langues mortes »

Quant aux lan­gues ancien­nes, elles pré­sen­tent un cas par­ti­cu­liè­re­ment inté­res­sant. D’une part, en tant que lan­gues, elles consti­tuent l’exemple clé de ce qui, à l’accoutumée, se trans­met par sim­ple tra­di­tion. D’autre part, leur trans­mis­sion est uni­que­ment acti­ve, elles sont l’objet d’un ensei­gne­ment. C’est ce phé­no­mè­ne que l’on dési­gne par l’expression étran­ge de « lan­gues mor­tes ». Elles peu­vent deve­nir aus­si vivan­tes que les autres, mais elles reçoi­vent leur vie de l’extérieur. Une lan­gue mor­te peut d’ailleurs rede­ve­nir vivan­te, le cas de l’hébreu moder­ne le mon­tre à l’évidence.”

Rémi Bra­gue, Modé­ré­ment moder­ne, Flam­ma­rion, 2014

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Laurier

Il faut que le lau­rier ait de gran­des feuilles vigou­reu­ses et fer­mes, d’un beau vert som­bre et relui­sant. Il expri­me la vic­toi­re enle­vée de vive for­ce et par un brus­que élan. Et tou­te­fois, cet­te éner­gie est gra­cieu­se enco­re. Il y a une nym­phe, une fem­me, jeu­ne et char­man­te, empri­son­née dans le lau­rier, sur­tout dans les lau­riers d’Athènes.”

Char­les Maur­ras, Let­tres des Jeux olym­pi­ques, 1896

Tags : Athènes, Maurras, lettres des jeux olympiques, jeux olympiques, laurier, nymphe, victoire, énergie
Légalité

Légi­ti­me, légal : s’il exis­te deux mots pour expri­mer la notion géné­ra­le de confor­mi­té à la loi, c’est bien qu’ils en tra­dui­sent des aspects dif­fé­rents. Il y a en effet lois et lois : cel­les que les hom­mes fabri­quent à leur gui­se, et cel­les dont l’homme n’est pas maî­tre, qui s’imposent à lui par­ce qu’elles sont les lois de sa natu­re ou de sa voca­tion. Est légi­ti­me ce qui se rap­por­tent à cel­les-ci, légal ce qui se rap­por­te à cel­les-là. Les lois de la natu­re et de la civi­li­sa­tion sont intan­gi­bles. Vis-à-vis d’elles, l’homme n’a qu’un pou­voir, mais qui ne les affec­te pas, celui de les recon­naî­tre ou de les nier. Mais, sui­vant cel­le des deux atti­tu­des qu’il adop­te quand il légi­fè­re, il éta­blit une léga­li­té légi­ti­me ou illé­gi­ti­me.”

Louis Damé­nie, “La Cathé­dra­le effon­drée”, in Cahiers de l’Ordre Fran­çais, 1962

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Libéral

Le libé­ral, c’est l’anarchiste qui ne négli­ge pas ses mots, va dans le mon­de et prend soin du nœud de cra­va­te.”

Char­les Maur­ras, Action fran­çai­se, 17 août 1913

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Libéralisme

Le libé­ra­lis­me, étant le régi­me qui, à la fois, sécrè­te l’inégalité et fait de sa détes­ta­tion même le fon­de­ment théo­ri­que de sa légi­ti­mi­té, pré­sen­te un carac­tè­re « schi­zo­phré­ni­que » et une impuis­san­ce consti­tu­ti­ve. C’est la rai­son pour laquel­le les poli­ti­ciens libé­raux n’ont jamais rien à oppo­ser à leurs cri­ti­ques socia­lis­tes, sinon une plus gran­de effi­cien­ce, c’est-à-dire, en clair, l’assurance de mieux réus­sir qu’eux dans la réa­li­sa­tion des mêmes buts.”

Alain de Benoist, Orien­ta­tions pour des années déci­si­ves, Le Laby­rin­the, 1982

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Libéralisme

Le libé­ra­lis­me a don­né une exten­sion pla­né­tai­re au prin­ci­pe du pilla­ge, du rapt et du vol : son génie est de le fai­re au nom du droit, du déve­lop­pe­ment et du contrat.”

Her­vé Juvin, La gran­de sépa­ra­tion, Gal­li­mard, 2013

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Libéralisme et Démocratie

Le divor­ce est consom­mé entre libé­ra­lis­me et démo­cra­tie. Quand les mar­chés sont libres, les citoyens ne le sont plus guè­re, et s’ils peu­vent l’être, si cer­tains le sont, c’est la socié­té qui ne l’est plus, tenue par autre cho­se, d’autres règles, d’autres lois qui lui sont étran­gè­res, qui s’imposent à elle pour la dis­sou­dre et pour lui sub­sti­tuer la col­lec­tion d’individus sépa­rés, par tout, et d’abord par leurs inté­rêts immé­diats. La ques­tion de la jus­ti­ce, cel­le du social et de l’être-ensemble sont devant nous. Elles sont ques­tion de fron­tiè­res et de sépa­ra­tions. Elles sont affai­res de vie ou de mort.

C’est fini. L’« insur­rec­tion de la dif­fé­ren­ce » (selon la for­mu­le de Geor­ges Balan­dier) est devant nous. Elle répon­dra à l’utopie cri­mi­nel­le de la démo­cra­tie sans ter­re, qui conduit le libé­ra­lis­me à détrui­re la démo­cra­tie – c’est-à-dire à nier la capa­ci­té de com­mu­nau­tés humai­nes à déci­der sou­ve­rai­ne­ment de leur deve­nir – fau­te d’accepter la condi­tion de leur consti­tu­tion, qui est la sépa­ra­tion, l’écart et la sin­gu­la­ri­té. Une socié­té qui ne sait se nom­mer, se comp­ter et se dis­tin­guer ne peut se condui­re, elle perd la capa­ci­té du bien com­me du mal. La confu­sion n’est pas amie de la liber­té.”

Her­vé Juvin, Le ren­ver­se­ment du mon­de – Poli­ti­que de la cri­se, Gal­li­mard, 2010

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Liberté

« Gar­de ta liber­té de dire non. La liber­té, c’est aus­si de ne pas pen­ser com­me tout le mon­de et de pou­voir le dire sans être accu­sé de délit d’opinion. »
Clau­di­ne Vin­ce­not, Confi­den­ces des deux riva­ges, édi­tions Anne Car­riè­re, 1999

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Liberté

Le Rebel­le a pour devi­se hic et nunc, car il est l’homme des coups de main, libre et indé­pen­dant. Nous avons vu que nous ne pou­vons com­pren­dre sous ce type humain qu’une frac­tion des mas­ses ; et pour­tant, c’est ici que se for­me la peti­te éli­te, capa­ble de résis­ter à l’automatisme, qui tien­dra en échec le déploie­ment de la for­ce bru­te. C’est la liber­té ancien­ne, vêtue à la mode du temps : la liber­té sub­stan­tiel­le, élé­men­tai­re, qui se réveille au cœur des peu­ples quand la tyran­nie des par­tis ou des conqué­rants étran­gers pèse sur leurs pays. Il ne s’agit pas d’une liber­té qui pro­tes­te ou émi­gre, mais d’une liber­té qui déci­de d’engager la lut­te.

C’est une dis­tinc­tion qui agit sur la sphè­re des croyan­ces. Le Rebel­le ne peut se per­met­tre l’indifférence, signe d’une épo­que révo­lue, au même titre que la neu­tra­li­té des petits Etats ou la déten­tion en for­te­res­se pour délit poli­ti­que. Le recours aux forêts mène à de gra­ves déci­sions. Le Rebel­le a pour tâche de fixer la mesu­re de liber­té qui vau­dra dans des temps à venir, en dépit de Lévia­than. Adver­sai­re dont il n’entamera pas le pou­voir à coups de concepts.

La résis­tan­ce du Rebel­le est abso­lue : elle ne connaît pas de neu­tra­li­té, ni de grâ­ce ni de déten­tion en for­te­res­se. Il ne s’attend pas à ce que l’ennemi se mon­tre sen­si­ble aux argu­ments, enco­re moins à ce qu’il s’astreigne à des règles che­va­le­res­ques. Il sait aus­si qu’en ce qui le concer­ne, la pei­ne de mort n’est pas sup­pri­mée. Le Rebel­le connaît une soli­tu­de nou­vel­le, tel­le que l’implique avant tout l’épanouissement sata­ni­que de la cruau­té – son allian­ce avec la scien­ce et le machi­nis­me, qui fait appa­raî­tre dans l’histoire, non pas un élé­ment nou­veau, mais des mani­fes­ta­tions nou­vel­les.”

Ernst Jün­ger, Trai­té du rebel­le ou le recours aux forêts (Der Wald­gang), 1951

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Liberté

On est plus libre à pro­por­tion qu’on est meilleur.”

Char­les Maur­ras, Au signe de Flo­re, 1931

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Liberté

Je ne suis pas un libé­ral, du moins au sens où il faut de met­tre ensem­ble pour cela et voter. On por­te la liber­té en soi-même ; une bon­ne tête la réa­li­se sous cha­que régi­me.”

Ernst Jün­ger, Le pro­blè­me d’Aladin, 1983

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Liberté

L’ordre, et l’ordre seul, fait en défi­ni­ti­ve la liber­té. Le désor­dre fait la ser­vi­tu­de.”

Char­les Péguy, extrait des Cahiers de la quin­zai­ne, 1900–1914

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Liberté

Car, qu’est-ce que la liber­té ? C’est avoir la volon­té de répon­dre de soi. C’est main­te­nir les dis­tan­ces qui nous sépa­rent. C’est être indif­fé­rent aux cha­grins, aux dure­tés, aux pri­va­tions, à la vie même. C’est être prêt à sacri­fier les hom­mes à sa cau­se, sans fai­re excep­tion de soi-même. Liber­té signi­fie que les ins­tincts virils, les ins­tincts joyeux de guer­re et de vic­toi­re, pré­do­mi­nent sur tous les autres ins­tincts, par exem­ple sur ceux du « bon­heur ». L’homme deve­nu libre, com­bien plus enco­re l’esprit deve­nu libre, fou­le aux pieds cet­te sor­te de bien-être mépri­sa­ble dont rêvent les épi­ciers, les chré­tiens, les vaches, les fem­mes, les Anglais et d’autres démo­cra­tes. L’homme libre est guer­rier. — À quoi se mesu­re la liber­té chez les indi­vi­dus com­me chez les peu­ples ? À la résis­tan­ce qu’il faut sur­mon­ter, à la pei­ne qu’il en coû­te pour arri­ver en haut. Le type le plus éle­vé de l’homme libre doit être cher­ché là, où constam­ment la plus for­te résis­tan­ce doit être vain­cue : à cinq pas de la tyran­nie, au seuil même du dan­ger de la ser­vi­tu­de.”

Frie­dri­ch Nietz­sche, Cré­pus­cu­le des ido­les (Göt­zen-Däm­me­rung oder wie man mit dem Ham­mer phi­lo­so­phiert), 1888

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Liberté

La conscien­ce de la liber­té est insé­pa­ra­ble d’une anthro­po­lo­gie fon­da­tri­ce de l’homme en tant qu’artisan de sa pro­pre des­ti­née, en tant qu’auteur de sa pro­pre liber­té, en tant que construc­teur de son être indi­vi­duel et col­lec­tif com­me ris­que et com­me défi per­ma­nents.”

Alain de Benoist, Orien­ta­tions pour des années déci­si­ves, Le Laby­rin­the, 1982

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Liberté

Je meurs libre.”

Albert Spag­gia­ri sur son lit de mort, cité par Lau­rent Maré­chaux, Hors-la-loi, Arthaud, 2009

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Liberté

« La liber­té exis­te tou­jours. Il suf­fit d’en payer le prix. »

Hen­ry de Mon­ther­lant, Car­nets 1930–1944, Gal­li­mard, 1957

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Libre

Je me levais, tout entier.

Alors, tout d’un coup, il s’est pro­duit quel­que cho­se d’extraordinaire. Je m’étais levé, levé d’entre les morts, entre les lar­ves. J’ai su ce que veu­lent dire grâ­ce et mira­cle. Il y a quel­que cho­se d’humain dans ces mots. Ils veu­lent dire exu­bé­ran­ce, exul­ta­tion, épa­nouis­se­ment […].

Tout d’un coup, je me connais­sais, je connais­sais ma vie. C’était donc moi, ce fort, ce libre, ce héros. C’était donc ma vie, cet ébat qui n’allait plus s’arrêter jamais.

Ah ! Je l’avais pres­sen­ti à cer­tai­nes heu­res, ce bouillon­ne­ment du sang jeu­ne et chaud – puber­té de la ver­tu ; j’avais sen­ti pal­pi­ter en moi un pri­son­nier, prêt à s’élancer. Pri­son­nier de la vie qu’on m’avait fai­te, que je m’étais fai­te. Pri­son­nier de la fou­le, du som­meil, de l’humilité.

Qu’est-ce qui sou­dain jaillis­sait ? Un chef. Non seule­ment un hom­me, un chef. Non seule­ment un hom­me qui se don­ne, mais un hom­me qui prend. Un chef, c’est un hom­me à son plein ; l’homme qui don­ne et qui prend dans la même éja­cu­la­tion.

J’étais un chef. Je vou­lais m’emparer de tous ces hom­mes autour de moi, m’en accroî­tre, les accroî­tre par moi et nous lan­cer tous en bloc, moi en poin­te, à tra­vers l’univers.”

Pier­re Drieu la Rochel­le, La comé­die de Char­le­roi, 1934

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Libre

Tu te dis libre ? Je veux connaî­tre les pen­sées qui pré­do­mi­nent en toi. Ce n’est pas de savoir si tu as échap­pé à un joug, qui m’importe : es-tu de ceux qui ont le droit de se sous­trai­re à un joug ? Nom­breux sont les hom­mes qui per­dent leur der­niè­re valeur quand ils ces­sent de ser­vir. Libre de quoi ? Qu’importe cela à Zara­thous­tra ! Ton regard tran­quille doit me répon­dre : libre pour fai­re quoi ?”

Frie­dri­ch Nietz­sche, “Le mar­teau par­le”, in Ain­si par­lait Zara­thous­tra (Also spra­ch Zara­thus­tra. Ein Buch für Alle und Kei­nen), 1883–1885

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Libres

Ain­si som­mes-nous enfin libres. On nous a cou­pé les bras et les jam­bes, puis on nous a lais­sé libres de mar­cher. Mais je hais cet­te épo­que où l’homme devient, sous un tota­li­ta­ris­me uni­ver­sel, bétail doux, poli et tran­quille.”

Antoi­ne de Saint-Exu­pé­ry, Let­tre au géné­ral X, 30 juillet 1944

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Liens de famille

Les liens de famil­le m’ont tou­jours paru sacrés ; je ne puis me déci­der à croi­re qu’on puis­se les rom­pre sans déshon­neur et sans man­quer à ce qu’il y a de plus saint pour l’homme.”

Napo­léon Bona­par­te, Viri­li­tés, maxi­mes et pen­sées com­pi­lées par Jules Ber­taut, édi­tions San­sot et Cie, 1912

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Lieux inspirés

Il est de par le mon­de infi­ni­ment de ces points spi­ri­tuels qui ne sont pas enco­re révé­lés, pareils à ces âmes voi­lées dont nul n’a recon­nu la gran­deur. Com­bien de fois, au hasard d’une heu­reu­se et pro­fon­de jour­née, n’avons-nous pas ren­con­tré la lisiè­re d’un bois, un som­met, une sour­ce, une sim­ple prai­rie, qui nous com­man­daient de tai­re nos pen­sées et d’écouter plus pro­fond que notre cœur ! Silen­ce ! Les dieux sont ici.”

Mau­ri­ce Bar­rès, La col­li­ne ins­pi­rée, 1913

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Lignée

Avec le lait mater­nel, il avait sucé la tra­di­tion intan­gi­ble de sa famil­le. Avant de péné­trer de quoi il s’agissait, il avait appris à com­pren­dre que sa vie n’était sien­ne que par­tiel­le­ment. Depuis long­temps déjà, il avait clai­re­ment sai­si qu’il ne tenait pas seule­ment dans sa main son pro­pre hon­neur mais aus­si celui des morts et des gens à naî­tre. Car un hom­me sans hon­neur jet­te de l’ombre des deux côtés… Ses ancê­tres aus­si bien que ses des­cen­dants avaient une exi­gen­ce sans appel à son égard : l’exigence de l’honneur.

Et il n’avait pas dans l’esprit de tra­hir, ni lui-même, ni les morts, ni les non-nés…”

Gun­nar Gun­nar­son, Frè­res jurés, Fayard, 2000

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Limites

Une fois pour tou­tes, il y a beau­coup de cho­ses que je ne veux point savoir. La sages­se tra­ce des limi­tes, même à la connais­san­ce.”

Frie­dri­ch Nietz­sche, Cré­pus­cu­le des ido­les (Göt­zen-Däm­me­rung oder wie man mit dem Ham­mer phi­lo­so­phiert), 1888

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Livres

Quant aux livres qui, de relais en relais, ont véhi­cu­lé une cultu­re, il suf­fit qu’ils soient introu­va­bles pour que les géné­ra­tions mon­tan­tes en soient écar­tées.”

Jules Mon­ne­rot, Desin­tox. Au secours de la Fran­ce décé­ré­brée, Alba­tros, 1987

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Lobbies

Les socié­tés occi­den­ta­les sont abso­lu­ment décom­po­sées. Il n’y a pas de vue d’ensemble qui per­met­te de déter­mi­ner et d’appliquer une poli­ti­que […] Les socié­tés occi­den­ta­les ne sont pra­ti­que­ment plus des Etats […] Ce sont sim­ple­ment des agglo­mé­ra­tions de lob­bies, qui tirent à hue et à dia et à cour­te vue, dont aucun ne peut impo­ser une poli­ti­que cohé­ren­te, mais dont cha­cun est capa­ble de blo­quer tou­te action contrai­re à ses inté­rêts.”

Cor­né­lius Cas­to­ria­dis, in Libé­ra­tion, 16 et 21 décem­bre 1981

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Loi des Spartiates

L’essentiel d’un des­tin que résu­ma aux Ther­mo­py­les l’épitaphe de Simo­ni­de : obéir à une loi. Il est admis en Grè­ce que Lacé­dé­mo­ne repré­sen­te par excel­len­ce cet­te cho­se tou­te grec­que, igno­rée du res­te du mon­de orien­tal et qui fon­de non seule­ment la cité, mais la scien­ce et la phi­lo­so­phie : le règne de la loi, et, plus enco­re, l’héroïsation de la loi. La loi oppo­se un être abs­trait, ration­nel et fixe à la domi­na­tion per­son­nel­le et arbi­trai­re d’un hom­me. C’est ce que dans Héro­do­te Déma­ra­te apprend à Xerxès : « La loi est pour eux un maî­tre abso­lu ; ils la redou­tent beau­coup plus que tes sujets ne te crai­gnent. Ils obéis­sent à ses ordres, et ses ordres, tou­jours les mêmes, leur défen­dent la fui­te. » Cet­te figu­re vivan­te de la loi qu’on aper­çoit au pied du Tay­gè­te don­ne à Spar­te, dans l’hellénisme reli­gieux et cal­me du temps des guer­res médi­ques, une pres­ti­ge, une auto­ri­té, un pri­mat ana­lo­gues à ceux que reçoi­vent Del­phes de la Pythie, et Olym­pie de l’Altis. Etre sou­mis à la loi c’est durer par elle, selon elle, et Spar­te c’est la cho­se qui dure.

Thu­cy­di­de attri­bue le secret de sa puis­san­ce à ce fait que depuis qua­tre cent ans elle est régie par la même consti­tu­tion. Repré­sen­tants de la loi les Spar­tia­tes sont pour­tant les enne­mis de la tyran­nie, et c’est en inter­ve­nant dans les vil­les contre les tyrans qu’ils s’habituent à inter­ve­nir dans les affai­res des cités. Seuls d’ailleurs par­mi les Grecs ils ont conser­vé l’ancienne royau­té homé­ri­que, en la divi­sant pour lui enle­ver sa for­ce d’agression inté­rieu­re et de tyran­nie. Tou­tes les magis­tra­tu­res, héré­di­tai­res ou col­lec­ti­ves res­tant col­lé­gia­les, l’un rési­de vrai­ment dans la loi, et dans la loi seule.”

Albert Thi­bau­det, La cam­pa­gne avec Thu­cy­di­de, 1922

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Loi

Celui qui sau­ve sa patrie ne vio­le aucu­ne loi.”

Napo­léon Bona­par­te, Viri­li­tés, maxi­mes et pen­sées com­pi­lées par Jules Ber­taut, édi­tions San­sot et Cie, 1912

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Lois

Je n’ai pas cru que tes lois pus­sent l’emporter sur les lois non écri­tes et immua­bles des dieux.”

Sopho­cle, Anti­go­ne, 441 av. notre ère

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Lois — voir aussi : Expérience

C’est l’expérience qui déga­ge­ra les lois, la connais­san­ce des lois ne pré­cè­de jamais l’expérience.”

Saint Exu­pé­ry, Vol de nuit, 1931

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Lumière

Vivre et voir la lumiè­re du soleil.”

Homè­re, Ilia­de, 24, 558 ; Odys­sée, 4, 540 et al., vers 800–725 av. notre ère

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Lumières (esprit des)

Ceux qui avaient inter­pré­té la démo­cra­tie indi­vi­dua­lis­te issue des Lumiè­res com­me une déca­den­ce, sem­blent sou­vent jus­ti­fiés aujourd’hui. Elle est bel et bien entrée elle-même en déca­den­ce par rap­port à ses pro­pres valeurs et à ses ambi­tions. Son sys­tè­me de socia­bi­li­té qui n’a jamais bien fonc­tion­né en Euro­pe est en plein déra­pa­ge, sur­tout en Fran­ce, lieu de sa fon­da­tion. La répu­bli­que contrac­tuel­le une et indi­vi­si­ble implo­se sous nos yeux. Dans sa luci­di­té, Ray­mond Aron, pour­tant libé­ral convain­cu, l’avait pres­sen­ti au ter­me de ses Mémoi­res (Jul­liard, 1983) : « Sans adop­ter l’interprétation spen­glé­rien­ne selon laquel­le la civi­li­sa­tion urbai­ne, uti­li­tai­re, démo­cra­ti­que mar­que en tant que tel­le une pha­se de déca­den­ce des cultu­res, il est légi­ti­me de se deman­der, […] si l’épanouissement des liber­tés, le plu­ra­lis­me des convic­tions, l’hédonisme indi­vi­dua­lis­te ne met­tent pas en péril la cohé­ren­ce des socié­tés et leur capa­ci­té d’action. »

De cet­te noci­vi­té, la plus gran­de par­tie du mon­de euro­péen était convain­cue avant 1914. Mais ce qui don­nait de la for­ce au rejet de l’idéologie des Lumiè­res et de 1789, c’est que ce mon­de euro­péen des monar­chies et de l’ancien ordre féo­dal réno­vé était aus­si le plus effi­ca­ce, le plus moder­ne et le plus com­pé­ti­tif sur le ter­rain éco­no­mi­que, social et cultu­rel. Ce fait oublié, il convient de le rap­pe­ler. D’abord par­ce que c’est une réa­li­té his­to­ri­que et à ce titre méri­tant d’être connue. Ensui­te, par­ce que cet­te réa­li­té per­met de pren­dre du champ par rap­port à l’illusion d’optique que les vic­toi­res répé­tées des Etats-Unis ont impo­sé depuis la fin du XXe siè­cle. Illu­sion qui fait pren­dre le phé­no­mè­ne par­ti­cu­lier et contin­gent de la socié­té amé­ri­cai­ne pour une néces­si­té uni­ver­sel­le. Cet­te sédui­san­te chi­mè­re s’est ins­tal­lée d’autant plus aisé­ment que dans nos socié­tés les esprits ont été for­més depuis long­temps par l’imprégnation incons­cien­te de la vul­ga­te mar­xis­te à une inter­pré­ta­tion déter­mi­nis­te et fina­lis­te de l’histoire où le suc­cès momen­ta­né vaut preu­ve.”

Domi­ni­que Ven­ner, Le Siè­cle de 1914, Pyg­ma­lion, 2006

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Lutte

Nous avons per­du notre âme par­ce que nous avons per­du le sens des valeurs com­mu­nes qui for­maient l’antique « sages­se » de nos peu­ples. […] Dieu s’incarne dans la Natu­re. La Natu­re s’épanouit sur la Ter­re. La ter­re se per­pé­tue dans le Sang. Nous savons, depuis Héra­cli­te, que la vie est un com­bat et que la paix n’est que la mort. Notre reli­gion se veut d’abord culte des héros, des guer­riers et des ath­lè­tes. Nous célé­brons, depuis les Grecs, les hom­mes dif­fé­rents et inégaux. Notre mon­de est celui du com­bat et du choix, non celui de l’égalité. L’univers n’est pas une fin mais un ordre. La natu­re diver­si­fie, sépa­re, hié­rar­chi­se. L’individu, libre et volon­tai­re devient le cen­tre du mon­de. […] Dans notre concep­tion tra­gi­que de la vie, la lut­te devient la loi suprê­me.”

Jean Mabi­re, Thu­lé, le soleil retrou­vé des hyper­bo­réens, Robert Laf­font, 1978

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