Lettre L

L

Lâcheté

Il est néces­saire de se pré­pa­rer à la mort matin et soir et jour après jour. Car la peur de la mort rend lâche et dis­pose à l’esclavage.”

Le Haga­ku­ré, trai­té des Samou­raï, 1709–1716, cité par Domi­nique Ven­ner, Le Choc de l’Histoire, édi­tions Via Roma­na, 2011

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Laideur

La ruée des peuples vers le laid fut le prin­ci­pal phé­no­mène de la mon­dia­li­sa­tion.”

Syl­vain Tes­son, Dans les forêts de Sibé­rie, Gal­li­mard, 2011

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Laideurs

Les yeux, les oreilles et les lèvres doivent se fer­mer devant toutes les petites mes­qui­ne­ries, lai­deurs et misères, et l’âme tout entière doit se consa­crer aux moments, aux choses et aux per­sonnes qui nous révèlent le beau : voi­là tout l’art de la vie.”

Wal­ter Flex, Le Pèle­rin entre deux mondes, 1916

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Langage — voir aussi : Mots

Un matin, tan­dis que du haut de la ter­rasse, je par­cou­rais des yeux la Mari­na, ses eaux m’apparurent plus pro­fondes et plus lumi­neuses, comme si pour la pre­mière fois, j’eusse posé sur elles un regard non trou­blé. J’eus en cet ins­tant même le sen­ti­ment presque dou­lou­reux du mot se sépa­rant des choses, comme se brise la corde trop ten­due d’un arc. J’avais sur­pris un lam­beau du voile d’Isis de ce monde, et le lan­gage à par­tir de cet ins­tant me fut un impar­fait ser­vi­teur.”

Ernst Jün­ger, Sur les falaises de marbre (Auf den Mar­mork­lip­pen), 1939

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Langage clair

La logique du révol­té est […] de s’efforcer au lan­gage clair pour ne pas épais­sir le men­songe uni­ver­sel.”

Albert Camus, L’Homme révol­té, 1951

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Langue française

[…] Le lais­ser-aller lan­ga­gier est la conces­sion majeure faite aux esclaves mon­dia­li­sés par des maîtres qui, n’en sachant eux-mêmes guère plus sur la langue, ne peuvent qu’abonder dans le sens des esclaves, en une langue infi­ni­ment diver­tie d’elle-même. Rien n’est grave, dans le monde hori­zon­tal, puisqu’il n’y a plus ni évé­ne­ment, ni valeur, ni sens, et que l’individu y règne en lieu et place des peuples : il est, l’individu, la synec­doque misé­rable du peuple. De la même façon que le sujet s’est éteint dans l’avènement de l’individu, on peut dire que la langue fran­çaise est morte avec l’avènement de sa mau­vaise conscience au sein de la com­mu­ni­ca­tion. Mau­vaise conscience qui, dou­blée d’une effi­ca­ci­té poli­tique, conduit à l’anglais plus sûre­ment que le diver­tis­se­ment hol­ly­woo­dien.”

Richard Millet, Argu­ments d’un déses­poir contem­po­rain, Her­mann édi­teurs, 2011

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Langues anciennes

L’étude des langues anciennes est le résul­tat de la liber­té et d’elle seule. C’est pour­quoi je m’associerai ici à l’éloge le plus flat­teur qu’on en ait jamais fait : les langues anciennes ne servent à rien. Si elles ser­vaient, elles seraient, le mot le dit, ser­viles. Les esclaves ou les affran­chis qui s’imaginent cri­ti­quer les langues anciennes en leur repro­chant de ne pas accep­ter le joug de la consom­ma­tion tra­hissent par là, sur leur cou, la pré­sence ou la trace encore fraîche du col­lier.”

Rémi Brague, Modé­ré­ment moderne, Flam­ma­rion, 2014

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« Langues mortes »

Quant aux langues anciennes, elles pré­sentent un cas par­ti­cu­liè­re­ment inté­res­sant. D’une part, en tant que langues, elles consti­tuent l’exemple clé de ce qui, à l’accoutumée, se trans­met par simple tra­di­tion. D’autre part, leur trans­mis­sion est uni­que­ment active, elles sont l’objet d’un ensei­gne­ment. C’est ce phé­no­mène que l’on désigne par l’expression étrange de « langues mortes ». Elles peuvent deve­nir aus­si vivantes que les autres, mais elles reçoivent leur vie de l’extérieur. Une langue morte peut d’ailleurs rede­ve­nir vivante, le cas de l’hébreu moderne le montre à l’évidence.”

Rémi Brague, Modé­ré­ment moderne, Flam­ma­rion, 2014

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Laurier

Il faut que le lau­rier ait de grandes feuilles vigou­reuses et fermes, d’un beau vert sombre et relui­sant. Il exprime la vic­toire enle­vée de vive force et par un brusque élan. Et tou­te­fois, cette éner­gie est gra­cieuse encore. Il y a une nymphe, une femme, jeune et char­mante, empri­son­née dans le lau­rier, sur­tout dans les lau­riers d’Athènes.”

Charles Maur­ras, Lettres des Jeux olym­piques, 1896

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Légalité

Légi­time, légal : s’il existe deux mots pour expri­mer la notion géné­rale de confor­mi­té à la loi, c’est bien qu’ils en tra­duisent des aspects dif­fé­rents. Il y a en effet lois et lois : celles que les hommes fabriquent à leur guise, et celles dont l’homme n’est pas maître, qui s’imposent à lui parce qu’elles sont les lois de sa nature ou de sa voca­tion. Est légi­time ce qui se rap­portent à celles-ci, légal ce qui se rap­porte à celles-là. Les lois de la nature et de la civi­li­sa­tion sont intan­gibles. Vis-à-vis d’elles, l’homme n’a qu’un pou­voir, mais qui ne les affecte pas, celui de les recon­naître ou de les nier. Mais, sui­vant celle des deux atti­tudes qu’il adopte quand il légi­fère, il éta­blit une léga­li­té légi­time ou illé­gi­time.”

Louis Damé­nie, “La Cathé­drale effon­drée”, in Cahiers de l’Ordre Fran­çais, 1962

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Libéral

Le libé­ral, c’est l’anarchiste qui ne néglige pas ses mots, va dans le monde et prend soin du nœud de cra­vate.”

Charles Maur­ras, Action fran­çaise, 17 août 1913

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Libéralisme

Le libé­ra­lisme, étant le régime qui, à la fois, sécrète l’inégalité et fait de sa détes­ta­tion même le fon­de­ment théo­rique de sa légi­ti­mi­té, pré­sente un carac­tère « schi­zo­phré­nique » et une impuis­sance consti­tu­tive. C’est la rai­son pour laquelle les poli­ti­ciens libé­raux n’ont jamais rien à oppo­ser à leurs cri­tiques socia­listes, sinon une plus grande effi­cience, c’est-à-dire, en clair, l’assurance de mieux réus­sir qu’eux dans la réa­li­sa­tion des mêmes buts.”

Alain de Benoist, Orien­ta­tions pour des années déci­sives, Le Laby­rinthe, 1982

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Libéralisme

Le libé­ra­lisme a don­né une exten­sion pla­né­taire au prin­cipe du pillage, du rapt et du vol : son génie est de le faire au nom du droit, du déve­lop­pe­ment et du contrat.”

Her­vé Juvin, La grande sépa­ra­tion, Gal­li­mard, 2013

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Libéralisme et Démocratie

Le divorce est consom­mé entre libé­ra­lisme et démo­cra­tie. Quand les mar­chés sont libres, les citoyens ne le sont plus guère, et s’ils peuvent l’être, si cer­tains le sont, c’est la socié­té qui ne l’est plus, tenue par autre chose, d’autres règles, d’autres lois qui lui sont étran­gères, qui s’imposent à elle pour la dis­soudre et pour lui sub­sti­tuer la col­lec­tion d’individus sépa­rés, par tout, et d’abord par leurs inté­rêts immé­diats. La ques­tion de la jus­tice, celle du social et de l’être-ensemble sont devant nous. Elles sont ques­tion de fron­tières et de sépa­ra­tions. Elles sont affaires de vie ou de mort.

C’est fini. L’« insur­rec­tion de la dif­fé­rence » (selon la for­mule de Georges Balan­dier) est devant nous. Elle répon­dra à l’utopie cri­mi­nelle de la démo­cra­tie sans terre, qui conduit le libé­ra­lisme à détruire la démo­cra­tie – c’est-à-dire à nier la capa­ci­té de com­mu­nau­tés humaines à déci­der sou­ve­rai­ne­ment de leur deve­nir – faute d’accepter la condi­tion de leur consti­tu­tion, qui est la sépa­ra­tion, l’écart et la sin­gu­la­ri­té. Une socié­té qui ne sait se nom­mer, se comp­ter et se dis­tin­guer ne peut se conduire, elle perd la capa­ci­té du bien comme du mal. La confu­sion n’est pas amie de la liber­té.”

Her­vé Juvin, Le ren­ver­se­ment du monde – Poli­tique de la crise, Gal­li­mard, 2010

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Liberté

« Garde ta liber­té de dire non. La liber­té, c’est aus­si de ne pas pen­ser comme tout le monde et de pou­voir le dire sans être accu­sé de délit d’opinion. »
Clau­dine Vin­ce­not, Confi­dences des deux rivages, édi­tions Anne Car­rière, 1999

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Liberté

Le Rebelle a pour devise hic et nunc, car il est l’homme des coups de main, libre et indé­pen­dant. Nous avons vu que nous ne pou­vons com­prendre sous ce type humain qu’une frac­tion des masses ; et pour­tant, c’est ici que se forme la petite élite, capable de résis­ter à l’automatisme, qui tien­dra en échec le déploie­ment de la force brute. C’est la liber­té ancienne, vêtue à la mode du temps : la liber­té sub­stan­tielle, élé­men­taire, qui se réveille au cœur des peuples quand la tyran­nie des par­tis ou des conqué­rants étran­gers pèse sur leurs pays. Il ne s’agit pas d’une liber­té qui pro­teste ou émigre, mais d’une liber­té qui décide d’engager la lutte.

C’est une dis­tinc­tion qui agit sur la sphère des croyances. Le Rebelle ne peut se per­mettre l’indifférence, signe d’une époque révo­lue, au même titre que la neu­tra­li­té des petits Etats ou la déten­tion en for­te­resse pour délit poli­tique. Le recours aux forêts mène à de graves déci­sions. Le Rebelle a pour tâche de fixer la mesure de liber­té qui vau­dra dans des temps à venir, en dépit de Lévia­than. Adver­saire dont il n’entamera pas le pou­voir à coups de concepts.

La résis­tance du Rebelle est abso­lue : elle ne connaît pas de neu­tra­li­té, ni de grâce ni de déten­tion en for­te­resse. Il ne s’attend pas à ce que l’ennemi se montre sen­sible aux argu­ments, encore moins à ce qu’il s’astreigne à des règles che­va­le­resques. Il sait aus­si qu’en ce qui le concerne, la peine de mort n’est pas sup­pri­mée. Le Rebelle connaît une soli­tude nou­velle, telle que l’implique avant tout l’épanouissement sata­nique de la cruau­té – son alliance avec la science et le machi­nisme, qui fait appa­raître dans l’histoire, non pas un élé­ment nou­veau, mais des mani­fes­ta­tions nou­velles.”

Ernst Jün­ger, Trai­té du rebelle ou le recours aux forêts (Der Wald­gang), 1951

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Liberté

On est plus libre à pro­por­tion qu’on est meilleur.”

Charles Maur­ras, Au signe de Flore, 1931

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Liberté

Je ne suis pas un libé­ral, du moins au sens où il faut de mettre ensemble pour cela et voter. On porte la liber­té en soi-même ; une bonne tête la réa­lise sous chaque régime.”

Ernst Jün­ger, Le pro­blème d’Aladin, 1983

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Liberté

L’ordre, et l’ordre seul, fait en défi­ni­tive la liber­té. Le désordre fait la ser­vi­tude.”

Charles Péguy, extrait des Cahiers de la quin­zaine, 1900–1914

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Liberté

Car, qu’est-ce que la liber­té ? C’est avoir la volon­té de répondre de soi. C’est main­te­nir les dis­tances qui nous séparent. C’est être indif­fé­rent aux cha­grins, aux dure­tés, aux pri­va­tions, à la vie même. C’est être prêt à sacri­fier les hommes à sa cause, sans faire excep­tion de soi-même. Liber­té signi­fie que les ins­tincts virils, les ins­tincts joyeux de guerre et de vic­toire, pré­do­minent sur tous les autres ins­tincts, par exemple sur ceux du « bon­heur ». L’homme deve­nu libre, com­bien plus encore l’esprit deve­nu libre, foule aux pieds cette sorte de bien-être mépri­sable dont rêvent les épi­ciers, les chré­tiens, les vaches, les femmes, les Anglais et d’autres démo­crates. L’homme libre est guer­rier. — À quoi se mesure la liber­té chez les indi­vi­dus comme chez les peuples ? À la résis­tance qu’il faut sur­mon­ter, à la peine qu’il en coûte pour arri­ver en haut. Le type le plus éle­vé de l’homme libre doit être cher­ché là, où constam­ment la plus forte résis­tance doit être vain­cue : à cinq pas de la tyran­nie, au seuil même du dan­ger de la ser­vi­tude.”

Frie­drich Nietzsche, Cré­pus­cule des idoles (Göt­zen-Däm­me­rung oder wie man mit dem Ham­mer phi­lo­so­phiert), 1888

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Liberté

La conscience de la liber­té est insé­pa­rable d’une anthro­po­lo­gie fon­da­trice de l’homme en tant qu’artisan de sa propre des­ti­née, en tant qu’auteur de sa propre liber­té, en tant que construc­teur de son être indi­vi­duel et col­lec­tif comme risque et comme défi per­ma­nents.”

Alain de Benoist, Orien­ta­tions pour des années déci­sives, Le Laby­rinthe, 1982

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Liberté

Je meurs libre.”

Albert Spag­gia­ri sur son lit de mort, cité par Laurent Maré­chaux, Hors-la-loi, Arthaud, 2009

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Liberté

« La liber­té existe tou­jours. Il suf­fit d’en payer le prix. »

Hen­ry de Mon­ther­lant, Car­nets 1930–1944, Gal­li­mard, 1957

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Libre

Je me levais, tout entier.

Alors, tout d’un coup, il s’est pro­duit quelque chose d’extraordinaire. Je m’étais levé, levé d’entre les morts, entre les larves. J’ai su ce que veulent dire grâce et miracle. Il y a quelque chose d’humain dans ces mots. Ils veulent dire exu­bé­rance, exul­ta­tion, épa­nouis­se­ment […].

Tout d’un coup, je me connais­sais, je connais­sais ma vie. C’était donc moi, ce fort, ce libre, ce héros. C’était donc ma vie, cet ébat qui n’allait plus s’arrêter jamais.

Ah ! Je l’avais pres­sen­ti à cer­taines heures, ce bouillon­ne­ment du sang jeune et chaud – puber­té de la ver­tu ; j’avais sen­ti pal­pi­ter en moi un pri­son­nier, prêt à s’élancer. Pri­son­nier de la vie qu’on m’avait faite, que je m’étais faite. Pri­son­nier de la foule, du som­meil, de l’humilité.

Qu’est-ce qui sou­dain jaillis­sait ? Un chef. Non seule­ment un homme, un chef. Non seule­ment un homme qui se donne, mais un homme qui prend. Un chef, c’est un homme à son plein ; l’homme qui donne et qui prend dans la même éja­cu­la­tion.

J’étais un chef. Je vou­lais m’emparer de tous ces hommes autour de moi, m’en accroître, les accroître par moi et nous lan­cer tous en bloc, moi en pointe, à tra­vers l’univers.”

Pierre Drieu la Rochelle, La comé­die de Char­le­roi, 1934

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Libre

Tu te dis libre ? Je veux connaître les pen­sées qui pré­do­minent en toi. Ce n’est pas de savoir si tu as échap­pé à un joug, qui m’importe : es-tu de ceux qui ont le droit de se sous­traire à un joug ? Nom­breux sont les hommes qui perdent leur der­nière valeur quand ils cessent de ser­vir. Libre de quoi ? Qu’importe cela à Zara­thous­tra ! Ton regard tran­quille doit me répondre : libre pour faire quoi ?”

Frie­drich Nietzsche, “Le mar­teau parle”, in Ain­si par­lait Zara­thous­tra (Also sprach Zara­thus­tra. Ein Buch für Alle und Kei­nen), 1883–1885

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Libres

Ain­si sommes-nous enfin libres. On nous a cou­pé les bras et les jambes, puis on nous a lais­sé libres de mar­cher. Mais je hais cette époque où l’homme devient, sous un tota­li­ta­risme uni­ver­sel, bétail doux, poli et tran­quille.”

Antoine de Saint-Exu­pé­ry, Lettre au géné­ral X, 30 juillet 1944

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Liens de famille

Les liens de famille m’ont tou­jours paru sacrés ; je ne puis me déci­der à croire qu’on puisse les rompre sans déshon­neur et sans man­quer à ce qu’il y a de plus saint pour l’homme.”

Napo­léon Bona­parte, Viri­li­tés, maximes et pen­sées com­pi­lées par Jules Ber­taut, édi­tions San­sot et Cie, 1912

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Lieux inspirés

Il est de par le monde infi­ni­ment de ces points spi­ri­tuels qui ne sont pas encore révé­lés, pareils à ces âmes voi­lées dont nul n’a recon­nu la gran­deur. Com­bien de fois, au hasard d’une heu­reuse et pro­fonde jour­née, n’avons-nous pas ren­con­tré la lisière d’un bois, un som­met, une source, une simple prai­rie, qui nous com­man­daient de taire nos pen­sées et d’écouter plus pro­fond que notre cœur ! Silence ! Les dieux sont ici.”

Mau­rice Bar­rès, La col­line ins­pi­rée, 1913

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Lignée

Avec le lait mater­nel, il avait sucé la tra­di­tion intan­gible de sa famille. Avant de péné­trer de quoi il s’agissait, il avait appris à com­prendre que sa vie n’était sienne que par­tiel­le­ment. Depuis long­temps déjà, il avait clai­re­ment sai­si qu’il ne tenait pas seule­ment dans sa main son propre hon­neur mais aus­si celui des morts et des gens à naître. Car un homme sans hon­neur jette de l’ombre des deux côtés… Ses ancêtres aus­si bien que ses des­cen­dants avaient une exi­gence sans appel à son égard : l’exigence de l’honneur.

Et il n’avait pas dans l’esprit de tra­hir, ni lui-même, ni les morts, ni les non-nés…”

Gun­nar Gun­nar­son, Frères jurés, Fayard, 2000

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Limites

Une fois pour toutes, il y a beau­coup de choses que je ne veux point savoir. La sagesse trace des limites, même à la connais­sance.”

Frie­drich Nietzsche, Cré­pus­cule des idoles (Göt­zen-Däm­me­rung oder wie man mit dem Ham­mer phi­lo­so­phiert), 1888

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Livres

Quant aux livres qui, de relais en relais, ont véhi­cu­lé une culture, il suf­fit qu’ils soient introu­vables pour que les géné­ra­tions mon­tantes en soient écar­tées.”

Jules Mon­ne­rot, Desin­tox. Au secours de la France décé­ré­brée, Alba­tros, 1987

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Lobbies

Les socié­tés occi­den­tales sont abso­lu­ment décom­po­sées. Il n’y a pas de vue d’ensemble qui per­mette de déter­mi­ner et d’appliquer une poli­tique […] Les socié­tés occi­den­tales ne sont pra­ti­que­ment plus des Etats […] Ce sont sim­ple­ment des agglo­mé­ra­tions de lob­bies, qui tirent à hue et à dia et à courte vue, dont aucun ne peut impo­ser une poli­tique cohé­rente, mais dont cha­cun est capable de blo­quer toute action contraire à ses inté­rêts.”

Cor­né­lius Cas­to­ria­dis, in Libé­ra­tion, 16 et 21 décembre 1981

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Loi des Spartiates

L’essentiel d’un des­tin que résu­ma aux Ther­mo­pyles l’épitaphe de Simo­nide : obéir à une loi. Il est admis en Grèce que Lacé­dé­mone repré­sente par excel­lence cette chose toute grecque, igno­rée du reste du monde orien­tal et qui fonde non seule­ment la cité, mais la science et la phi­lo­so­phie : le règne de la loi, et, plus encore, l’héroïsation de la loi. La loi oppose un être abs­trait, ration­nel et fixe à la domi­na­tion per­son­nelle et arbi­traire d’un homme. C’est ce que dans Héro­dote Déma­rate apprend à Xerxès : « La loi est pour eux un maître abso­lu ; ils la redoutent beau­coup plus que tes sujets ne te craignent. Ils obéissent à ses ordres, et ses ordres, tou­jours les mêmes, leur défendent la fuite. » Cette figure vivante de la loi qu’on aper­çoit au pied du Tay­gète donne à Sparte, dans l’hellénisme reli­gieux et calme du temps des guerres médiques, une pres­tige, une auto­ri­té, un pri­mat ana­logues à ceux que reçoivent Delphes de la Pythie, et Olym­pie de l’Altis. Etre sou­mis à la loi c’est durer par elle, selon elle, et Sparte c’est la chose qui dure.

Thu­cy­dide attri­bue le secret de sa puis­sance à ce fait que depuis quatre cent ans elle est régie par la même consti­tu­tion. Repré­sen­tants de la loi les Spar­tiates sont pour­tant les enne­mis de la tyran­nie, et c’est en inter­ve­nant dans les villes contre les tyrans qu’ils s’habituent à inter­ve­nir dans les affaires des cités. Seuls d’ailleurs par­mi les Grecs ils ont conser­vé l’ancienne royau­té homé­rique, en la divi­sant pour lui enle­ver sa force d’agression inté­rieure et de tyran­nie. Toutes les magis­tra­tures, héré­di­taires ou col­lec­tives res­tant col­lé­giales, l’un réside vrai­ment dans la loi, et dans la loi seule.”

Albert Thi­bau­det, La cam­pagne avec Thu­cy­dide, 1922

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Loi

Celui qui sauve sa patrie ne viole aucune loi.”

Napo­léon Bona­parte, Viri­li­tés, maximes et pen­sées com­pi­lées par Jules Ber­taut, édi­tions San­sot et Cie, 1912

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Lois

Je n’ai pas cru que tes lois pussent l’emporter sur les lois non écrites et immuables des dieux.”

Sophocle, Anti­gone, 441 av. notre ère

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Lois — voir aussi : Expérience

C’est l’expérience qui déga­ge­ra les lois, la connais­sance des lois ne pré­cède jamais l’expérience.”

Saint Exu­pé­ry, Vol de nuit, 1931

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Lumière

Vivre et voir la lumière du soleil.”

Homère, Iliade, 24, 558 ; Odys­sée, 4, 540 et al., vers 800–725 av. notre ère

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Lumières (esprit des)

Ceux qui avaient inter­pré­té la démo­cra­tie indi­vi­dua­liste issue des Lumières comme une déca­dence, semblent sou­vent jus­ti­fiés aujourd’hui. Elle est bel et bien entrée elle-même en déca­dence par rap­port à ses propres valeurs et à ses ambi­tions. Son sys­tème de socia­bi­li­té qui n’a jamais bien fonc­tion­né en Europe est en plein déra­page, sur­tout en France, lieu de sa fon­da­tion. La répu­blique contrac­tuelle une et indi­vi­sible implose sous nos yeux. Dans sa luci­di­té, Ray­mond Aron, pour­tant libé­ral convain­cu, l’avait pres­sen­ti au terme de ses Mémoires (Jul­liard, 1983) : « Sans adop­ter l’interprétation spen­glé­rienne selon laquelle la civi­li­sa­tion urbaine, uti­li­taire, démo­cra­tique marque en tant que telle une phase de déca­dence des cultures, il est légi­time de se deman­der, […] si l’épanouissement des liber­tés, le plu­ra­lisme des convic­tions, l’hédonisme indi­vi­dua­liste ne mettent pas en péril la cohé­rence des socié­tés et leur capa­ci­té d’action. »

De cette noci­vi­té, la plus grande par­tie du monde euro­péen était convain­cue avant 1914. Mais ce qui don­nait de la force au rejet de l’idéologie des Lumières et de 1789, c’est que ce monde euro­péen des monar­chies et de l’ancien ordre féo­dal réno­vé était aus­si le plus effi­cace, le plus moderne et le plus com­pé­ti­tif sur le ter­rain éco­no­mique, social et cultu­rel. Ce fait oublié, il convient de le rap­pe­ler. D’abord parce que c’est une réa­li­té his­to­rique et à ce titre méri­tant d’être connue. Ensuite, parce que cette réa­li­té per­met de prendre du champ par rap­port à l’illusion d’optique que les vic­toires répé­tées des Etats-Unis ont impo­sé depuis la fin du XXe siècle. Illu­sion qui fait prendre le phé­no­mène par­ti­cu­lier et contin­gent de la socié­té amé­ri­caine pour une néces­si­té uni­ver­selle. Cette sédui­sante chi­mère s’est ins­tal­lée d’autant plus aisé­ment que dans nos socié­tés les esprits ont été for­més depuis long­temps par l’imprégnation incons­ciente de la vul­gate mar­xiste à une inter­pré­ta­tion déter­mi­niste et fina­liste de l’histoire où le suc­cès momen­ta­né vaut preuve.”

Domi­nique Ven­ner, Le Siècle de 1914, Pyg­ma­lion, 2006

Tags : dominique venner, le siècle de 1914, raymond aron, spengler, esprit des lumières, capacité d’action, société américaine, Etats-Unis, hédonisme individualiste
Lutte

Nous avons per­du notre âme parce que nous avons per­du le sens des valeurs com­munes qui for­maient l’antique « sagesse » de nos peuples. […] Dieu s’incarne dans la Nature. La Nature s’épanouit sur la Terre. La terre se per­pé­tue dans le Sang. Nous savons, depuis Héra­clite, que la vie est un com­bat et que la paix n’est que la mort. Notre reli­gion se veut d’abord culte des héros, des guer­riers et des ath­lètes. Nous célé­brons, depuis les Grecs, les hommes dif­fé­rents et inégaux. Notre monde est celui du com­bat et du choix, non celui de l’égalité. L’univers n’est pas une fin mais un ordre. La nature diver­si­fie, sépare, hié­rar­chise. L’individu, libre et volon­taire devient le centre du monde. […] Dans notre concep­tion tra­gique de la vie, la lutte devient la loi suprême.”

Jean Mabire, Thu­lé, le soleil retrou­vé des hyper­bo­réens, Robert Laf­font, 1978

Tags : Mabire, Thulé, hyperboréens, âme, valeurs communes, antique sagesse, Héraclite, religion, culte, héros, nature, univers, individu

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