Lettre I

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I

Icare

Ain­si, serait-ce donc que j’appartiens aux cieux ?
Pour­quoi, sinon, fau­drait-il que les cieux
Me fixent obs­ti­né­ment de leur regard d’azur,
M’attirant sans répit, et mon esprit, plus haut
Tou­jours plus haut, m’absorbant dans le ciel,
Sans cet­te m’entraînant tout là-haut
Vers de loin­tains som­mets, loin au-des­sus des hom­mes ?
Pour­quoi, quand ont été stric­te­ment cal­cu­lés
L’équilibre et le vol au mieux de la rai­son,
Pour ban­nir l’élément échap­pant à la nor­me,
Pour­quoi, même en ce cas, l’élan vers les som­mets
Doit paraî­tre, en soi, côtoyer la folie ?”

Yukio Mishi­ma, Ica­re, in Le soleil et l’acier, 1970, tra­duc­tion fran­çai­se Gal­li­mard, 1973

Tags : Mishima, le soleil et l’acier, soleil, acier, icare, hommes, cieux, sommets, folie
Idéal

Les idéaux sont éter­nels. Les idées ne le sont pas. La contra­dic­tion dans laquel­le nous tom­bons dès que nous appli­quons à des idées la mesu­re d’une éter­ni­té dont nous avons un pres­sen­ti­ment, mais aucu­ne notion, repo­se sur cet­te confu­sion des idées et des idéaux.
[…] Les idéaux sont tou­jours en quel­que façon devant nous, et ils sont assu­ré­ment ces « modè­les de vie qui se pré­sen­tent à l’esprit des grou­pes humains », dont par­le Plen­ge.
Les idées sont au contrai­re der­riè­re nous et ce sont des concepts abs­traits dans les­quels les hom­mes résu­ment leurs pro­blè­mes en se tour­nant vers le pas­sé, après les avoir réso­lu lorsqu’ils étaient tour­nés vers l’avenir.”

Arthur Moel­ler van den Bru­ck, La révo­lu­tion des peu­ples jeu­nes, recueil de tex­tes écrits entre 1916 et 1923, édi­tés en fran­çais par Par­dès, 1993

Tags : Moeller van den Bruck, La révolution des peuples jeunes, Pardès, révolution conservatrice, idéal, idéaux, idées, idéologie, éternité, avenir, passé
Idées

On ne fait pas l’union sur des idées, tant qu’elles demeu­rent des rai­son­ne­ments ; il faut qu’elles soient dou­blées de leur for­ce sen­ti­men­ta­le. A la raci­ne de tout, il y a un état de sen­si­bi­li­té.”

Mau­ri­ce Bar­rès, La Ter­re et les Morts, 1899

Tags : Barrès, la terre et les morts, idées, raisonnements, force sentimentale, état de sensibilité, racine de tout, politique
Identité — voir aussi : Tradition

La tra­di­tion est un choix, un mur­mu­re des temps anciens et du futur. Elle me dit qui je suis. Elle me dit que je suis de quel­que part. Je suis du pays de l’arbre et de la forêt, du chê­ne et du san­glier, de la vigne et des toits pen­tus, des chan­sons de ges­te et des contes de fées, du sol­sti­ce d’hiver et de la Saint-Jean d’été, des enfants blonds et des regards clairs, de l’action opi­niâ­tre et des rêves fous, des conquê­tes et de la sages­se. Je suis du pays où l’on fait ce que l’on doit par­ce qu’on se doit d’abord à soi-même.”

Domi­ni­que Ven­ner, Le cœur rebel­le, Les Bel­les Let­tres, 1994, réédi­tion Pier­re-Guillau­me de Roux, 2014

Tags : identité, tradition, Dominique Venner, le cœur rebelle, solstice d’hiver, Saint-Jean d’été, action, conquêtes, sagesse, rêves fous, Belles Lettres
Identité d’un peuple

Tou­jours, les hom­mes se sont posé la ques­tion entre tou­tes fon­da­men­ta­le de ce qu’ils sont. Ils y répon­dent en invo­quant le ligna­ge, la lan­gue, la reli­gion, la cou­tu­me, c’est-à-dire leur iden­ti­té, leur tra­di­tion […] Il n’y a que des hom­mes concrets, fils d’une héré­di­té, d’une ter­re, d’une épo­que, d’une cultu­re, d’une his­toi­re, d’une tra­di­tion qui for­ment la tra­me de leur des­tin.

Un grou­pe humain n’est un peu­ple que s’il par­ta­ge les mêmes ori­gi­nes, s’il habi­te un lieu, s’il ordon­ne un espa­ce, s’il lui don­ne des direc­tions, une fron­tiè­re entre l’intérieur et l’extérieur. Ce lieu, cet espa­ce ne sont pas seule­ment géo­gra­phi­ques, ils sont spi­ri­tuels. Pour­tant le site est d’ici et non d’ailleurs. C’est pour­quoi l’identité d’un peu­ple s’affirme notam­ment dans sa maniè­re de tra­vailler le sol, le bois, la pier­re, de leur don­ner une for­me. Sa sin­gu­la­ri­té se mani­fes­te dans ce qu’il bâtit, dans ce qu’il crée, dans ce qu’il fait. Cha­que peu­ple a une façon per­son­nel­le de se relier à l’espace et au temps. L’instant de l’Africain n’est pas celui de l’Européen ni de l’Asiatique.”

Domi­ni­que Ven­ner, His­toi­re et tra­di­tion des Euro­péens, édi­tions du Rocher, 2002

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Identité européenne

Avec le feu de la volon­té, l’idée cour­toi­se de l’amour, la quê­te de la sages­se et le sens tra­gi­que de la des­ti­née, l’un des traits natifs de l’Europe est l’harmonie entre le clan, la citée et la libre indi­vi­dua­li­té, affir­mée déjà au temps de la féo­da­li­té achéen­ne.”

Domi­ni­que Ven­ner, His­toi­re et tra­di­tion des Euro­péens, édi­tions du Rocher, 2002

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Île

Je ne pen­se pas que je puis­se appren­dre quel­que cho­se aux gens de mon île. Mais ce matin, quand le soleil de l’an nou­veau se lève, je sais qu’il va éclai­rer, avant mon île, tout un conti­nent, là-bas vers l’est, qui émer­ge du som­meil et de la si lon­gue nuit.

Immen­se et rou­ge, le soleil illu­mi­ne une année nou­vel­le. Les rochers sont com­me des aiguilles som­bres. Des paillet­tes jau­ne pâle scin­tillent sur la mer. Mon île, mon pays, mon peu­ple, mes amis saluent le soleil.

Et len­te­ment, tu sur­gis du som­meil. J’ai veillé sur toi pen­dant tou­te cet­te nuit, ô mon Euro­pe aux longs che­veux d’or dénoués sur mon épau­le. Ouvre les yeux, vois, nous allons par­tir ensem­ble, pour une île immen­se, héris­sée de cathé­dra­les et de sta­des. Nous navi­gue­rons du Cap Nord au détroit de Gibral­tar, de la mer d’Irlande au gol­fe de Corin­the. Nous décou­vri­rons les Shet­lands et les Cycla­des, les Baléa­res et les Lofo­ten, îles innom­bra­bles de ta cou­ron­ne, mer­veilleux royau­me de ta beau­té et de ta puis­san­ce, sous le grand tour­nant du soleil.

Viens, c’est une année nou­vel­le.”

Jean Mabi­re in “L’Esprit Public”, 1965

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Iliade

Le vrai héros, le vrai sujet, le cen­tre de l’Iliade, c’est la for­ce. La for­ce qui est maniée par les hom­mes, la for­ce qui sou­met les hom­mes, la for­ce devant quoi la chair des hom­mes se rétrac­te. L’âme humai­ne ne ces­se pas d’y appa­raî­tre modi­fiée par ses rap­ports avec la for­ce ; entraî­née, aveu­glée par la for­ce dont elle croit dis­po­ser, cour­bée sous la contrain­te de la for­ce qu’elle subit.

Ceux qui avaient rêvé que la for­ce, grâ­ce au pro­grès, appar­te­nait désor­mais au pas­sé, ont pu voir dans ce poè­me un docu­ment ; ceux qui savent dis­cer­ner la for­ce, aujourd’hui com­me autre­fois, au cen­tre de tou­te his­toi­re humai­ne, y trou­vent le plus beau, le plus pur des miroirs.”

Simo­ne Weil, L’Iliade ou le poè­me de la for­ce, 1941

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Iliade

L’Iliade n’est pas seule­ment le poè­me de la guer­re de Troie, c’est celui de la des­ti­née tel­le que la per­ce­vaient nos ancê­tres boréens, qu’ils soient grecs, cel­tes, ger­mains, sla­ves ou latins. Le Poè­te y dit la nobles­se face au fléau de la guer­re. Il dit le cou­ra­ge des héros qui tuent et meu­rent. Il dit le sacri­fi­ce des défen­seurs de leur patrie, la dou­leur des fem­mes, l’adieu du père à son fils qui le conti­nue­ra, l’accablement des vieillards. Il dit bien d’autres cho­ses enco­re, l’ambition des chefs, leur vani­té, leurs que­rel­les. Il dit enco­re la bra­vou­re et la lâche­té, l’amitié, l’amour et la ten­dres­se. Il dit le goût de la gloi­re qui tire les hom­mes à la hau­teur des dieux. Ce poè­me où règne la mort dit l’amour de la vie et aus­si l’honneur pla­cé plus haut que la vie, et qui rend plus fort que les dieux.”

Domi­ni­que Ven­ner, Le Choc de l’Histoire, Via Roma­na, 2011

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Imagination

Lorsqu’un évé­ne­ment his­to­ri­que ou l’attitude d’un grand per­son­na­ge appa­raît en rup­tu­re avec la tra­me du temps ou la mora­li­té des com­por­te­ments humains, lorsqu’une zone d’ombre et d’incompréhension les enva­hit tout d’un coup et les fait échap­per aux pri­ses de la scien­ce et de la pure intel­li­gen­ce, l’imagination d’un grou­pe d’hommes ou d’un peu­ple, défiant les lois du quo­ti­dien, trou­ve natu­rel­le­ment le moyen d’imposer ses cou­leurs et ses méta­mor­pho­ses, ses défor­ma­tions et ses ampli­fi­ca­tions.”

Nico­le Fer­rier-Cave­ri­viè­re, “Figu­res his­to­ri­ques et figu­res mythi­ques”, in Dic­tion­nai­re des mythes lit­té­rai­res, édi­tions du Rocher, 1994

Tags : Nicole Ferrier-Caverivière, Figures historiques et figures mythiques, in Dictionnaire des mythes littéraires, éditions du Rocher, imagination, événement historique
Immigration

Afin de zom­bi­fier les Euro­péens, jadis si rebel­les, on a décou­vert avan­ta­ges à l’immigration. Les résul­tats sont excel­lents. L’immigration mas­si­ve a per­mis de déstruc­tu­rer les éco­no­mies natio­na­les. L’installation à demeu­re de com­mu­nau­tés immi­grées accé­lè­re la pro­lé­ta­ri­sa­tion des immi­grés eux-mêmes, mais aus­si des tra­vailleurs de sou­che, les « petits blancs ». Pri­vés de la pro­tec­tion d’une nation cohé­ren­te, trai­tés en sus­pects par la puis­san­ce publi­que, dénon­cés par les auto­ri­tés mora­les, les indi­gè­nes per­dent leurs der­niè­res immu­ni­tés com­mu­nau­tai­res. Ils devien­nent des « pro­lé­tai­res nus », des zom­bies en puis­san­ce.”

Domi­ni­que Ven­ner, His­toi­re et tra­di­tion des Euro­péens, édi­tions du Rocher, 2002

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Immigrés

Les Fran­çais sont mal­ve­nus à dire qu’ils ne se sen­tent plus chez eux à cau­se des immi­grés ! Ils ont tout lieu de ne plus se sen­tir chez eux, c’est très vrai. C’est par­ce qu’il n’y a plus per­son­ne d’autre, dans cet hor­ri­ble nou­veau mon­de de l’aliénation, que des immi­grés.”

Guy Debord, “Notes sur la “ques­tion des immi­grés”, in Oeu­vres, Quar­to Gal­li­mard, 2006

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Immoral

La natu­re et l’histoire sont fon­ciè­re­ment immo­ra­les.”

Frie­dri­ch Nietz­sche, Auro­re, 1886

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Impatience

Tous ces jeu­nes gens bouillaient d’impatience de lais­ser la plu­me et l’encrier pour ser­rer la dure cros­se de bois d’un revol­ver.”

Jean Mabi­re, Patri­ck Pear­se, une vie pour l’Irlande, édi­tions Ter­re et Peu­ple, 1998

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Impertinence

La per­ti­nen­ce (per­ti­ne­re : « appar­te­nir à », « être dans le sujet ») est la règle de base de l’apprentissage du savoir. Il est indis­pen­sa­ble d’être d’abord per­ti­nent dans tou­tes les matiè­res abor­dées. Mais lors­que la cri­se débor­de et frap­pe d’inanité ces modes­tes sapien­ces – modes­tes par leur fai­ble enver­gu­re et pro­fon­deur, mais ter­ri­ble­ment immo­des­tes par leur volon­té d’hégémonie – le recours à l’impertinence est une sages­se rebel­le qui ouvri­ra de nou­vel­les pers­pec­ti­ves, lève­ra les grilles de nos pri­sons idéo­lo­gi­ques.”

Jac­ques Mar­laud, Inter­pel­la­tions – Ques­tion­ne­ments méta­po­li­ti­ques, Dual­pha, 2004

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Importance

L’importance sans méri­te obtient des égards sans esti­me.”

Cham­fort, Maxi­mes et pen­sées, Edi­tions Riche­lieu, 1953

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Imprévu

Que fai­re quand la « for­tu­ne » se déro­be, quand le fac­teur « por­teur » est absent ? On peut, bien enten­du, de façon très euro­péen­ne, se jeter quand même dans une action inuti­le mais héroï­que. En fait, il y a des moments où il faut savoir se reti­rer en soi en atten­dant que la situa­tion chan­ge. Et elle chan­ge tou­jours [car] l’Histoire est plus riche d’enseignements que tous les concepts que nous fabri­quons pour la sai­sir.”

Domi­ni­que Ven­ner, L’Imprévu dans l’Histoire, Pier­re-Guillau­me de Roux, 2012

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Inconnu

Com­ment vivre sans incon­nu devant soi ?”

René Char, Le poè­me pul­vé­ri­sé, 1947

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Inde

[…] Cet­te pres­ti­gieu­se civi­li­sa­tion, la seule des gran­des civi­li­sa­tions du mon­de anti­que qui ait sur­vé­cu et dont l’apport, s’il était mieux connu, pour­rait bou­le­ver­ser pro­fon­dé­ment la pen­sée du mon­de moder­ne, et pro­vo­quer une nou­vel­le Renais­san­ce.”

Alain Danié­lou, Le Che­min du Laby­rin­the, Edi­tions du Rocher, 1984

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Individu

L’individu contem­po­rain ne veut plus appren­dre, ne veut plus souf­frir, ne veut plus subir.”

René Gué­non, La Cri­se du mon­de moder­ne, 1927

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Individu

Avec le temps, la consom­ma­tion et la pro­duc­tion à la chaî­ne rétré­cis­sent l’individu, au sens où ses facul­tés inex­pri­mées s’atrophient et le ren­dent moins capa­ble de diver­si­té, d’originalité, d’adaptation et d’autosuffisance. Sa dépen­dan­ce aux biens fabri­qués et à des ser­vi­ces de plus en plus diver­si­fiés gran­dit. Sa confian­ce en ses capa­ci­tés dimi­nue ; devant le moin­dre pro­blè­me, il fait appel aux experts. Il lais­se la condui­te des affai­res publi­ques aux poli­ti­ciens, votant tan­tôt pour un par­ti, tan­tôt pour l’autre, mais sans avoir l’impression d’y chan­ger grand cho­se. Fina­le­ment, il ne arri­ve à avoir si pu confian­ce en lui et en ses pos­si­bi­li­tés d’influer sur le cours des cho­ses qu’il est désa­bu­sé. Le sen­ti­ment d’impuissance qui l’envahit l’empêche d’envisager même la pos­si­bi­li­té que la situa­tion chan­ge. Et quand on se sent ain­si, il faut tai­re sa conscien­ce ; car la conscien­ce des injus­ti­ces dans le mon­de, des mena­ces à la vie, de l’inutilité même de sa vie en même temps que le sen­ti­ment d’impuissance devant les pos­si­bi­li­tés d’y chan­ger quoi que ce soit s’avère une situa­tion into­lé­ra­ble.”

Ser­ge Mon­geau, La sim­pli­ci­té volon­tai­re, 1985

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Individualisme

Ce n’est jamais en tant que sujets indi­vi­duels qu’est recon­nue aux hom­mes la qua­li­té de sujets d’action, autre­ment dit la facul­té de fai­re l’histoire.”

Régis Debray, Cri­ti­que de la rai­son poli­ti­que, Gal­li­mard, 1981

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Inégalité

L’inégalité est vraie de fait pour la seule rai­son qu’elle est vraie de droit, elle est réel­le pour la seule rai­son qu’elle est néces­sai­re. Ce que l’idéologie éga­li­tai­re vou­drait dépein­dre com­me un état de jus­ti­ce, serait au contrai­re, d’un point de vue plus éle­vé et à l’abri des rhé­to­ri­ques huma­ni­tai­res, un état d’injustice. C’est une cho­se qu’Aristote et Cicé­ron avaient déjà recon­nue. Impo­ser l’inégalité veut dire trans­cen­der la quan­ti­té, veut dire admet­tre la qua­li­té. C’est ici que se dis­tin­guent net­te­ment les concepts d’individu et de per­son­ne.”

Julius Evo­la, Les Hom­mes au milieu des rui­nes (Gli uomi­ni e le rovi­ne), 1953

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Injustice

S’il n’y avait pas d’injustice, on igno­re­rait jusqu’au nom de la jus­ti­ce.”

Héra­cli­te, fr.23, 576–480 av. notre ère

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Inquiétudes spirituelles

Ah ! Géné­ral, il n’y a qu’un pro­blè­me, un seul de par le mon­de. Ren­dre aux hom­mes une signi­fi­ca­tion spi­ri­tuel­le, des inquié­tu­des spi­ri­tuel­les, fai­re pleu­voir sur eux quel­que cho­se qui res­sem­ble à un chant gré­go­rien. On ne peut vivre de fri­gi­dai­res, de poli­ti­que, de bilans et de mots croi­sés, voyez-vous ! On ne peut plus vivre sans poé­sie, cou­leur ni amour. Rien qu’à enten­dre un chant vil­la­geois du XVe siè­cle, on mesu­re la pen­te des­cen­due. Il ne res­te rien que la voix du robot de la pro­pa­gan­de […] Mais où vont les Etats-Unis et où allons-nous, nous aus­si, à cet­te épo­que de fonc­tion­na­riat uni­ver­sel ? L’homme robot, l’homme ter­mi­te, l’homme oscil­lant du tra­vail à la chaî­ne sys­tè­me Bedeau à la belo­te. L’homme châ­tré de tout son pou­voir créa­teur, et qui ne sait même plus, du fond de son vil­la­ge, créer une dan­se ni une chan­son. L’homme que l’on ali­men­te en cultu­re de confec­tion, en cultu­re stan­dard com­me on ali­men­te les bœufs en foin. C’est cela l’homme d’aujourd’hui.

[…] ça m’est égal d’être tué en guer­re. De ce que j’ai aimé, que res­te­ra-t-il ? Autant que les êtres, je par­le des cou­tu­mes, des into­na­tions irrem­pla­ça­bles, d’une cer­tai­ne lumiè­re spi­ri­tuel­le. Du déjeu­ner dans la fer­me pro­ven­ça­le sous les oli­viers, mais aus­si de Haen­del. Les cho­ses je m’en fous, qui sub­sis­te­ront. Ce qui vaut, c’est un cer­tain arran­ge­ment des cho­ses. La civi­li­sa­tion est un bien invi­si­ble puisqu’elle por­te non sur les cho­ses, mais sur les invi­si­bles liens qui les nouent l’une à l’autre, ain­si et non autre­ment. Nous aurons de par­faits ins­tru­ments de musi­que, dis­tri­bués en gran­de série, mais où sera le musi­cien ?”

Antoi­ne de Saint-Exu­pé­ry, Let­tre au géné­ral X, 30 juillet 1944

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Insignifiant

L’essentiel est sans ces­se mena­cé par l’insignifiant.”

René Char, Recher­ches de la base et du som­met, 1955

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Insoumis

L’insoumis est en rap­port inti­me avec la légi­ti­mi­té. Il se défi­nit contre ce qu’il per­çoit com­me illé­gi­ti­me. Face à l’imposture ou au sacri­lè­ge, il est à lui-même sa pro­pre loi par fidé­li­té à la légi­ti­mi­té bafouée. Cela signi­fie être à soi-même sa pro­pre nor­me par fidé­li­té à une nor­me supé­rieu­re. S’en tenir à soi-même devant le néant. L’insoumission relè­ve d’abord de l’esprit avant de recou­rir aux armes.”

Domi­ni­que Ven­ner, Un samou­raï d’Occident – Le bré­viai­re des insou­mis, Pier­re-Guillau­me de Roux, 2013

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Instinct — voir aussi : Pouvoir

Nous aus­si nous sen­tî­mes alors la puis­san­ce de l’instinct pas­ser en nous com­me un éclair. […] Nous ne savions pas enco­re de quel immen­se pou­voir l’homme est dépo­si­tai­re.”

Ernst Jün­ger, Sur les falai­ses de mar­bre (Auf den Mar­mork­lip­pen), 1939

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Instinct de survie — voir aussi : Espace vital

Le pre­mier ins­tinct humain est l’instinct de sur­vie, et cet ins­tinct empor­te tout sur son pas­sa­ge ; nous aurions dû appren­dre pour tou­jours ce que la peur pour l’espace vital peut déclen­cher dans un peu­ple qui pou­vait se récla­mer de la plus hau­te civi­li­sa­tion du mon­de, nous aurons demain à appren­dre ce que la réa­li­té des mena­ces pour l’espace vital et la digni­té des hom­mes peut pro­vo­quer chez ceux qui se sen­ti­ront mena­cés dans leur sur­vie par la sur­po­pu­la­tion et l’entassement humain du futur. La loi de l’intérêt indi­vi­duel, les pas­sions de tou­te natu­re ne sont que les habilla­ges que l’abondance per­met d’élaborer autour de cet­te pas­sion sim­ple : sur­vi­vre. Il est pos­si­ble que la scien­ce poli­ti­que de demain ait à oublier bien des véri­tés qui n’étaient que le fait de la riches­se, de la sûre­té du len­de­main et de la sur­vie, pour redé­cou­vrir quel­ques aspects des socié­tés humai­nes que nous avons depuis long­temps oubliés.”

Her­vé Juvin, Le ren­ver­se­ment du mon­de – Poli­ti­que de la cri­se, Gal­li­mard, 2010

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Instincts

J’appelle cor­rom­pu un ani­mal, une espè­ce, ou un indi­vi­du qui a per­du ses ins­tincts.”

Frie­dri­ch Nietz­sche, L’Antéchrist, 1896

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Instincts

Ce sont les ins­tincts les plus éle­vés, les plus forts, quand ils se mani­fes­tent avec empor­te­ment, qui pous­sent l’individu en dehors et bien au-des­sus de la moyen­ne et des bas-fonds de la conscien­ce du trou­peau. […] Dans les condi­tions très paci­fi­ques, l’occasion et la néces­si­té d’imposer au sen­ti­ment la sévé­ri­té et la dure­té se font de plus en plus rares ; et, dès lors, la moin­dre sévé­ri­té, même en jus­ti­ce, com­men­ce à trou­bler la conscien­ce. Une nobles­se hau­tai­ne et sévè­re, le sen­ti­ment de la res­pon­sa­bi­li­té de soi, vien­nent pres­que à bles­ser et pro­vo­quent la méfian­ce. L’« agneau », mieux enco­re le « mou­ton », gagnent en consi­dé­ra­tion.”

Frie­dri­ch Nietz­sche, Par-delà le bien et le mal (Jen­seits von Gut und Böse — Vor­spiel einer Phi­lo­so­phie der Zukunft), 1886

Tags : Nietzsche, par-delà le bien et le mal, instincts, élévation, individu, troupeau, mouton, agneau, sévérité, noblesse, hauteur, dureté, sévérité, responsabilité, méfiance
Institutions

Nos ins­ti­tu­tions ne valent plus rien : là-des­sus tout le mon­de est d’accord. Pour­tant la fau­te n’en est pas à elles, mais à nous. […]. Pour qu’il y ait des ins­ti­tu­tions, il faut qu’il y ait une sor­te de volon­té, d’instinct, d’impératif, anti­li­bé­ral jusqu’à la méchan­ce­té : une volon­té de tra­di­tion, d’autorité, de res­pon­sa­bi­li­té, éta­blie sur des siè­cles, de soli­da­ri­té enchaî­née à tra­vers des siè­cles, dans le pas­sé et dans l’avenir, in infi­ni­tum. Lors­que cet­te volon­té exis­te, il se fon­de quel­que cho­se com­me l’impe­rium Roma­num : ou com­me la Rus­sie, la seule puis­san­ce qui ait aujourd’hui l’espoir de quel­que durée, qui puis­se atten­dre, qui puis­se enco­re pro­met­tre quel­que cho­se, […] Tout l’occident n’a plus ces ins­tincts d’où nais­sent les ins­ti­tu­tions, d’où naît l’ave­nir : rien n’est peut-être en oppo­si­tion plus abso­lue à son « esprit moder­ne ». On vit pour aujourd’hui, on vit très vite, — on vit sans aucu­ne res­pon­sa­bi­li­té : c’est pré­ci­sé­ment ce que l’on appel­le « liber­té ». Tout ce qui fait que les ins­ti­tu­tions sont des ins­ti­tu­tions est mépri­sé, haï, écar­té : on se croit de nou­veau en dan­ger d’esclavage dès que le mot « auto­ri­té » se fait seule­ment enten­dre.”

Frie­dri­ch Nietz­sche, Cré­pus­cu­le des ido­les (Göt­zen-Däm­me­rung oder wie man mit dem Ham­mer phi­lo­so­phiert), 1888

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Intelligence

L’intellect pur n’a jamais rien pro­duit d’intelligent, ni la rai­son pure rien de rai­son­na­ble.”

Frie­dri­ch Höl­der­lin, Hypé­rion ou l’Hermite en Grè­ce, 1797–1799

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Intelligence

Renée de Vin­cay avait tou­jours béné­fi­cié d’une répu­ta­tion d’intelligence. Cet­te répu­ta­tion venait de ce qu’elle se mêlait aux conver­sa­tions des hom­mes et non sans inso­len­ce. N’importe quoi, débi­té avec assu­ran­ce pre­nait un petit air de véri­té dans la bou­che d’une très jeu­ne fem­me, très décol­le­tée. Moins jeu­ne et non moins décol­le­tée, l’esprit n’était plus le même. Heu­reu­se­ment pour Renée, l’habitude crée l’assurance, et bien qu’elle n’eût plus une coquet­te­rie direc­te à l’égard des mâles, elle conser­vait l’aplomb de sa ving­tiè­me année pour pré­sen­ter ses meilleu­res inep­ties.”

Roger Nimier, Les enfants tris­tes, 1951

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Irlandais

We Iri­sh think other­wi­se.”

Ber­ke­ley, évê­que et phi­lo­so­phe d’Hibernie (1685–1753), cité par Chris­to­pher Gérard, Par­cours païen, L’Age d’Homme, 2000 [trad. : “Nous autres Irlan­dais pen­sons autre­ment”]

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Irlande

Si l’Irlande spi­ri­tuel­le dis­pa­raît, alors l’Irlande réel­le mour­ra aus­si.”

Patri­ck Pear­se cité par Jean Mabi­re, Patri­ck Pear­se, une vie pour l’Irlande, édi­tions Ter­re et Peu­ple, 1998

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Islam

En 1462, neuf ans après la pri­se de Constan­ti­no­ple, le sul­tan Mehe­met II, en rou­te pour Les­bos, s’arrêta sur le site de Troie. Là, selon le chro­ni­queur grec Cri­to­blou­los d’Imbros ral­lié au Turc, épou­sant l’héritage de l’Asie face à l’Europe, il aurait dit : « C’est à moi que Dieu réser­vait de ven­ger cet­te cité et ses habi­tants : j’ai domp­té leurs enne­mis, rava­gé leurs cités et fait de leurs riches­ses une proie ! »”

Domi­ni­que Ven­ner, His­toi­re et tra­di­tion des Euro­péens, édi­tions du Rocher, 2002

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Islam

Jusqu’où iront la mau­vai­se conscien­ce et la veu­le­rie de l’homme blanc repen­tant à l’égard de l’islam conqué­rant ?”

Oli­vier Bar­dol­le, Petit trai­té des ver­tus réac­tion­nai­res, 2010

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Islam

Islams « modé­ré » et « rigo­ris­te » ne diver­gent pas dans leurs fina­li­tés mais se dis­tin­guent en rai­son des situa­tions socia­le­ment dif­fé­ren­tes dans les­quel­les ils sont pla­cés : le pre­mier est mino­ri­tai­re et donc conci­liant, le second est domi­nant et donc domi­na­teur. Dans ces condi­tions, il est natu­rel que le mécréant soit enclin à sus­pec­ter la dis­si­mu­la­tion du loup isla­mis­te sous les traits de la bre­bis musul­ma­ne. Com­ment pour­rait-il croi­re que l’islam est une reli­gion capa­ble de tolé­ran­ce quand celui-ci n’hésite pas à reven­di­quer pour lui, en Occi­dent, les liber­tés col­lec­ti­ves de pro­sé­ly­tis­me et indi­vi­duel­le de conver­sion qu’il refu­se aux autres reli­gions dans les ter­ri­toi­res qu’il contrô­le ?”

Guillau­me Ber­nard, “Islam : le bon, la bru­te et le mécréant”, in Valeurs actuel­les, 16 octo­bre 2014

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