Lettre E

E

Eaux glacées (du calcul égoïste)

Par­tout où elle a pris le pou­voir, la bour­geoi­sie a fou­lé aux pieds les rela­tions féo­dales, patriar­cales et idyl­liques. Tous les liens com­plexes et variés qui unis­saient l’homme féo­dal à ses supé­rieurs natu­rels, elle les a bri­sés sans pitié pour ne lais­ser sub­sis­ter d’autre lien, entre l’homme et l’homme, que le froid inté­rêt, les dures exi­gences du paie­ment au comp­tant. Elle a noyé les fris­sons sacrés de l’extase reli­gieuse, de l’enthousiasme che­va­le­resque, de la sen­ti­men­ta­li­té tra­di­tion­nelle, dans les eaux gla­cées du cal­cul égoïste. Elle a fait de la digni­té per­son­nelle une simple valeur d’échange… La bour­geoi­sie a dépouillé de leur auréole toutes les acti­vi­tés qui pas­saient jusque-là pour véné­rables et qu’on consi­dé­rait avec un saint res­pect. Le méde­cin, le juriste, le prêtre, le poète, le savant, elle en a fait des sala­riés à ses gages. La bour­geoi­sie a déchi­ré le voile de sen­ti­men­ta­li­té qui recou­vrait les rela­tions de famille et les a réduites à n’être que de simples rap­ports d’argent… La bour­geoi­sie ne peut exis­ter sans révo­lu­tion­ner constam­ment les ins­tru­ments de pro­duc­tion, ce qui veut dire les condi­tions de la pro­duc­tion, c’est-à-dire les rap­ports sociaux… Ce bou­le­ver­se­ment conti­nuel de la pro­duc­tion, ce constant ébran­le­ment de tout le sys­tème social, cette agi­ta­tion et cette insé­cu­ri­té per­pé­tuelle dis­tinguent l’époque bour­geoise de toutes les pré­cé­dentes… Tout ce qui avait soli­di­té et per­ma­nence s’en va en fumée, tout ce qui était sacré est pro­fa­né, et les hommes sont for­cés enfin d’envisager leurs condi­tions d’existence et leurs rap­ports réci­proques avec des yeux désa­bu­sés… La bour­geoi­sie a sou­mis la cam­pagne à la ville, elle a subor­don­né les peuples de pay­sans aux peuples de bour­geois…”

Karl Marx et Frie­drich Engels, Le Mani­feste du par­ti com­mu­niste, 1847

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Ecologie

La terre ne sur­vi­vrait pas à un ali­gne­ment géné­ral des niveaux de consom­ma­tion sur celui des pays les plus riches.”

Renaud Camus, Le Grand Rem­pla­ce­ment, David Rein­harc, 2011

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Ecologie

Je ne vois pas pour­quoi il fau­drait pro­té­ger les races ani­males et lais­ser périr les peuples tels qu’ils ont été façon­nés par des mil­liers d’années de longue patience.

La véri­table éco­lo­gie, c’est de sau­ve­gar­der les baleines. Mais aus­si les Toua­regs et les Zou­lous, les Basques et les Serbes, les Fla­mands et les Bre­tons, les Ecos­sais et les Esto­niens.”

Jean Mabire, La torche et le glaive, édi­tions Libres opi­nions, 1994

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Economie

Le temps est venu d’oublier le com­pro­mis néo-libé­ral qui a per­mis à l’économie de satu­rer l’horizon du pos­sible, à la repré­sen­ta­tion éco­no­mique de faire alliance avec l’Etat pour sub­sti­tuer au débat poli­tique l’arbitrage des inté­rêts indi­vi­duels, pour saper les iden­ti­tés et les pré­fé­rences natio­nales au béné­fice de la régu­la­tion par le mar­ché mon­dia­li­sé.”

Her­vé Juvin, Le ren­ver­se­ment du monde – Poli­tique de la crise, Gal­li­mard, 2010

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Ecrire

Ecrire doit être un jeu dan­ge­reux. C’est la seule noblesse de l’écrivain, sa seule manière de par­ti­ci­per aux luttes de la vie. L’écrivain poli­tique ne peut se sépa­rer du mili­tant poli­tique. Le pen­seur ne peut aban­don­ner le guer­rier.

Un cer­tain nombre d’hommes de ce pays ont sau­vé et l’honneur des lettres et l’honneur des armes. Ils ne furent pas tous du même camp lors de notre der­nière guerre civile euro­péenne mais ils sont nos frères et mes exemples. Je pense à Saint-Exu­pé­ry, abat­tu au cours d’une mis­sion aérienne ; je pense à Robert Bra­sillach, fusillé à Mon­trouge ; je pense à Drieu La Rochelle, accu­lé au sui­cide dans sa cachette pari­sienne ; je pense à Jean Pré­vost, exé­cu­té dans le maquis du Ver­cors.

Ceux-là n’ont pas tri­ché. Ils n’ont pas aban­don­né les jeunes gens impa­tients et géné­reux qui leur avaient deman­dé des rai­sons de vivre et de mou­rir et qu’ils avaient enga­gés sur la voie étroite, rocailleuse et ver­ti­gi­neuse, de l’honneur et de la fidé­li­té.”

Jean Mabire, La torche et le glaive, édi­tions Libres opi­nions, 1994 (texte paru ini­tia­le­ment dans Europe Action N°30, juin 1965)

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Ecrivain

L’écrivain devait selon Patrick Pearse rem­pla­cer le conteur d’autrefois, prendre la relève de cette longue suite de bardes popu­laires et confier à l’imprimerie ce qui ne se trans­met­tait alors que de bouche à oreille.”

Jean Mabire, Patrick Pearse, une vie pour l’Irlande, édi­tions Terre et Peuple, 1998

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Ecriture — voir aussi Style

Un des vices de la France a été la per­fec­tion – laquelle ne se mani­feste jamais aus­si clai­re­ment que dans l’écriture. Le sou­ci de bien for­mu­ler, de ne pas estro­pier le mot et sa mélo­die, d’enchaîner har­mo­nieu­se­ment les idées, voi­là une obses­sion fran­çaise. Aucune culture n’a été plus pré­oc­cu­pée par le style et, dans aucune autre, on n’a écrit avec autant de beau­té, à la per­fec­tion. Aucun Fran­çais n’écrit irré­mé­dia­ble­ment mal. Tous écrivent bien, tous voient la forme avant l’idée. Le style est l’expression directe de la culture.”

Emil Cio­ran, De la France, 1941

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Edit de Caracalla

La déci­sion de Cara­cal­la était bien révo­lu­tion­naire : elle rom­pait avec une poli­tique qui avait réser­vé la citoyen­ne­té hors d’Italie à une mino­ri­té, en géné­ral une élite sociale, et que les Empe­reurs avaient main­te­nue par-delà les nuances depuis Auguste.”

Fran­çois Jacques, Rome et l’intégration de l’empire (avec John Scheid), Presses Uni­ver­si­taires de France, 2010

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Education

« Nous avons tout per­du, disait Fichte, mais il nous reste l’éducation ». Et Nietzsche obser­vait : « Où qu’apparaisse une gran­deur tant soit peu durable, on peut obser­ver une sélec­tion préa­lable très soi­gneuse – par exemple chez les Grecs ». Ne sous-esti­mons pas ce pou­voir de l’éducation, et rap­pe­lons-nous qu’à la nais­sance, le meilleur des dons n’est jamais pré­sent que sous une forme poten­tielle. D’où la néces­si­té de centres, de sémi­naires et de « cloîtres » où puisse mûrir une forme nou­velle de vie. Et pour cela d’abord édu­quer des édu­ca­teurs. Dans Par-delà bien et mal, Nietzsche écri­vait : « Les grandes choses sont réser­vées aux grands, les pro­fon­deurs aux pro­fonds, les dou­ceurs et les fris­sons aux âmes sub­tiles, tout ce qui est rare aux êtres rares ». Avant de se gar­ga­ri­ser du mot « élite » et de se tar­guer d’en faire par­tie, c’est à réunir des condi­tions qu’il paraît néces­saire d’œuvrer. Tra­vail à long terme, où il faut de la patience, de l’ordre, du goût, de la méthode et du temps.”

Alain de Benoist, Les idées à l’endroit, Edi­tions Libres-Hal­lier, 1979

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Education politique

« L’étude de l’histoire consti­tue l’éducation poli­tique la plus effi­cace et le meilleur entraî­ne­ment à l’action et, pour apprendre à sup­por­ter digne­ment les ren­ver­se­ments de la for­tune, l’enseignement qui pro­duit en nous la plus vive impres­sion ou plu­tôt le seul valable, c’est celui que nous apporte le récit des tri­bu­la­tions d’autrui. »

Polybe, His­toire, Denis Rous­sel (trad.), Fran­çois Har­tog (dir.), Gal­li­mard, coll. Quar­to, 2003

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Efficience (tyrannie)

« L’homme moderne, l’homme de la tech­nique, obsé­dé par son effi­cience, les objec­tifs à atteindre, n’a pour uni­vers men­tal que ce qui est subor­don­né à cette effi­ca­ci­té. Beau­té, sagesse, poé­sie, sont subal­ternes, à moins d’être mon­nayables. La tyran­nie de l’efficience débouche sur l’invivable, sur une nou­velle bar­ba­rie sans la san­té des bar­bares : la ville qui n’est pas une ville, la domi­na­tion de l’argent, le sac­cage de la nature et la mani­pu­la­tion du vivant. A force de cal­cu­ler, l’homme ren­contre l’incalculable. »

Domi­nique Ven­ner, His­toire et tra­di­tion des Euro­péens, édi­tions du Rocher, 2002

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Egalitarisme

« L’illusion éga­li­taire des déma­gogues est encore plus dan­ge­reuse que la bru­ta­li­té des traî­neurs de sabre… Pour l’anarque, consta­ta­tion théo­rique, puisqu’il les évite les uns comme les autres. Qu’on vous opprime : on peut se redres­ser, à condi­tion de n’y avoir pas per­du la vie. La vic­time de l’égalisation est rui­née, phy­si­que­ment et mora­le­ment. »

Ernst Jün­ger, Eumes­wil, 1977

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Egalité

« Ceux qui pré­tendent com­bi­ner culture et éga­li­té, édu­ca­tion et éga­li­té, et intro­duire l’égalité ou seule­ment de l’égalité dans la culture ou l’éducation, s’abusent eux-mêmes ou abusent les autres, ou les deux, car il y a une incom­pa­ti­bi­li­té radi­cale, fon­da­men­tale, insur­mon­table, entre ces domaines, ces champs ou ces valeurs. L’égalité est aus­si absente de la culture qu’elle l’est de la nature. Les plus belles pro­cla­ma­tions ne peuvent que recon­naître, ou impo­ser, ou pré­tendre impo­ser, une éga­li­té en droit ou une éga­li­té de droits ; et cette atti­tude est un héroïque, un magni­fique défi à tout ce qui s’observe dans la nature et entre les hommes. […] L’égalité est une contrainte que s’imposent à grand mal cer­taines civi­li­sa­tions, en géné­ral contre leurs plus anciennes tra­di­tions et contre leurs ins­tincts. »

Renaud Camus, La grande décul­tu­ra­tion, Fayard, 2008

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Egalité

« Votre délire d’égalité était une attaque meur­trière contre l’être, contre toutes ses richesses et ses valeurs ; c’était la soif de piller le monde divin et d’anéantir toute gran­deur ici-bas. L’esprit du néant vous anime, c’est lui qui vous a ins­pi­ré ces idées et ces pas­sions éga­li­taires. La loi de l’entropie, qui mène à la mort par une dif­fu­sion égale de la cha­leur, agit à tra­vers vous dans la vie sociale […] Exi­ger l’égalité abso­lue, c’est vou­loir retour­ner à l’état ori­gi­nel, chao­tique, téné­breux, au nivel­le­ment et à la non-dif­fé­ren­cia­tion ; c’est vou­loir le néant. L’exigence révo­lu­tion­naire du retour à l’égalité dans le néant est née du refus d’assumer les sacri­fices et les souf­frances par les­quels passe la voie de la vie supé­rieure. Voi­là la réac­tion la plus effrayante, la néga­tion du sens de tout le pro­ces­sus créa­teur du monde. L’enthousiasme de la révo­lu­tion est un enthou­siasme réac­tion­naire. L’exigence contrai­gnante de l’égalisation qui pro­cède de l’obscurité chao­tique est une ten­ta­tive pour détruire la struc­ture hié­rar­chique du cos­mos for­mé par la nais­sance créa­trice de la lumière dans les ténèbres ; c’est un essai pour détruire la per­sonne même de l’homme en tant que degré hié­rar­chique né dans l’inégalité ; c’est un atten­tat contre la place royale de l’homme dans l’ordre cos­mique. »
Nico­las Ber­diaev, De l’inégalité, L’Âge d’homme, 2008

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Eglise – voir aussi : Raison

Je sais bien que les gens accusent l’Eglise d’abaisser la rai­son, mais c’est tout le contraire. Seule sur terre, l’Eglise fait de la rai­son quelque chose de vrai­ment suprême. Seule sur terre, elle affirme que Dieu lui-même est lié par la rai­son.”

Gil­bert K. Ches­ter­ton, The Blue Cross, 1910

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Eglise orthodoxe russe

Il ne faut jamais oublier que l’Eglise ortho­doxe est le moule où se sont for­més au cours des siècles la conscience natio­nale, el carac­tère et l’âme du peuple russe : si celui-ci ces­sait un jour d’être ortho­doxe, il ces­se­rait dans le même temps d’être russe.”

Gabriel Matz­neff, Le Défi, La Table Ronde, 1965

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Elections

L’habitude des élec­tions va nous obli­ger à faire la cour à la der­nière classe du peuple.”

Sten­dhal, Mémoire d’un tou­riste, 1854

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Elite

Si l’on admet […] que, de tout temps, le dan­ger n’a rap­pro­ché que des hommes qui pou­vaient dési­gner, au moyen de signes sem­blables, des besoins sem­blables, des évé­ne­ments sem­blables, il résulte, dans l’ensemble, que la faci­li­té de com­mu­ni­quer dans le péril, c’est-à-dire en somme le fait de ne vivre que des évé­ne­ments moyens et com­muns, a dû être la force la plus puis­sante de toutes celles qui ont domi­né l’homme jusqu’ici. Les hommes les plus sem­blables et les plus ordi­naires eurent tou­jours et ont encore l’avantage ; l’élite, les hommes raf­fi­nés et rares, plus dif­fi­ciles à com­prendre, courent le risque de res­ter seuls et, à cause de leur iso­le­ment, ils suc­combent aux dan­gers et se repro­duisent rare­ment. Il faut faire appel à de pro­di­gieuses forces adverses pour entra­ver ce natu­rel, trop natu­rel, pro­gres­sus in simile, le déve­lop­pe­ment de l’homme vers le sem­blable, l’ordinaire, le médiocre, le trou­peau — le com­mun !”

Frie­drich Nietzsche, Par-delà le bien et le mal (Jen­seits von Gut und Böse — Vor­spiel einer Phi­lo­so­phie der Zukunft), 1886

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Eloge de la patrie

Rien n’est plus doux que la patrie, dit un com­mun pro­verbe. Est-il en effet rien de plus aimable, de plus auguste, de plus divin ? Seule­ment, tout ce que les hommes regardent comme divin et auguste, n’est tel qu’en rai­son de la patrie, cause et maî­tresse sou­ve­raine, qui donne à cha­cun la nais­sance, la nour­ri­ture et l’éducation. On peut admi­rer la gran­deur, la beau­té et la magni­fi­cence des autres cités ; mais on ne ché­rit que celle où l’on a reçu le jour ; et, de tous les voya­geurs qu’entraîne le plai­sir de voir un spec­tacle agréable, il n’en est aucun qui se laisse séduire par les mer­veilles qu’il trouve chez les autres peuples, au point d’oublier entiè­re­ment le lieu de sa nais­sance.

[…] C’est dans la patrie que cha­cun de nous a vu d’abord luire le soleil. Ce dieu, géné­ra­le­ment ado­ré de tous les hommes, est encore en par­ti­cu­lier le dieu de leur patrie ; sans doute parce que c’est là qu’ils ont com­men­cé à jouir de son aspect, arti­cu­lé les pre­miers sons, répé­té le lan­gage de leurs parents, appris à connaître les dieux. Si la patrie que le sort nous a don­née est telle que nous ayons besoin d’aller pui­ser ailleurs une édu­ca­tion plus rele­vée, c’est encore à elle que nous devons savoir gré de cette édu­ca­tion, puisque sans elle nous n’eussions pas connu le nom de cette ville ; nous ne nous serions pas dou­tés de son exis­tence.

Si l’on veut bien com­prendre l’attachement que de bons citoyens doivent avoir pour la patrie, il faut s’adresser à ceux qui sont nés dans un autre pays. Les étran­gers, comme des enfants illé­gi­times, changent faci­le­ment de séjour ; le nom de patrie, loin de leur être cher, leur est incon­nu. Par­tout où ils espèrent se pro­cu­rer plus abon­dam­ment de quoi suf­fire à leurs besoins, ils s’y trans­portent, et mettent leur bon­heur dans la satis­fac­tion de leurs appé­tits. Mais ceux pour qui la patrie est une mère, ché­rissent la terre qui les a nour­ris, fût-elle petite, âpre, sté­rile. S’ils ne peuvent en louer la fer­ti­li­té, ils ne man­que­ront pas d’autre matière à leurs éloges. Entendent-ils d’autres peuples louer, van­ter leurs vastes prai­ries émaillées de mille fleurs, ils n’oublient point de louer aus­si le lieu de leur nais­sance, et, dédai­gnant la contrée qui nour­rit les cour­siers, ils célèbrent le pays qui nour­rit la jeu­nesse.

Oui, tous les hommes s’empressent de retour­ner dans leur patrie, jusqu’à l’insulaire, qui pour­rait jouir ailleurs de la féli­ci­té ; il refuse l’immortalité qui pour­rait lui est offerte, il pré­fère un tom­beau dans la terre natale, et la fumée de sa patrie lui paraît plus brillante que le feu qui luit dans un autre pays.

La patrie est donc pour tous les hommes un bien si pré­cieux, que par­tout les légis­la­teurs ont pro­non­cé contre les plus grands crimes, comme la peine la plus ter­rible, l’exil. Et il n’y a pas que les légis­la­teurs qui pensent ain­si : les chefs d’armée qui veulent entraî­ner leurs troupes ran­gées pour la bataille, ne trouvent rien à leur dire que ces mots : « Vous com­bat­tez pour votre pays ! » Il n’y a per­sonne qui, en les enten­dant, veuille être lâche ; et le sol­dat timide se sent du cœur au nom de la patrie.”

Lucien de Samo­sate, v. 120–180

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Empire

Qu’est-ce qui dis­tingue fon­da­men­ta­le­ment l’Empire de la nation ? C’est d’abord le fait que l’Empire n’est pas seule­ment un ter­ri­toire, mais aus­si, et même essen­tiel­le­ment, un prin­cipe ou une idée. […] L’essentiel tient au fait que l’empereur tient son pou­voir de ce qu’il incarne un prin­cipe qui excède la simple pos­ses­sion. En tant que domi­nus mun­di, il est le suze­rain des princes et des rois, c’est-à-dire qu’il règne sur des sou­ve­rains, non sur des ter­ri­toires, et repré­sente une puis­sance trans­cen­dant les com­mu­nau­tés fédé­rées dont il assume la direc­tion. […] Evo­la rap­pelle éga­le­ment que « l’ancienne notion romaine de l’impe­rium, avant d’exprimer un sys­tème d’hégémonie ter­ri­to­riale supra­na­tio­nale, désigne la pure puis­sance du com­man­de­ment, la force qua­si mys­tique de l’auc­to­ri­tas » […]

L’Empire vise à uni­fier à un niveau supé­rieur sans sup­pri­mer la diver­si­té des cultures, des eth­nies et des peuples. Il cherche à asso­cier les peuples à une com­mu­nau­té de des­tin, sans pour autant les réduire à l’identique. Il est un tout où les par­ties sont d’autant plus auto­nomes que ce qui les réunit est plus solide – et ces par­ties qui le consti­tuent res­tent des ensembles orga­niques dif­fé­ren­ciés. Moel­ler van den Bruck pla­çait l’Empire sous le signe de l’unité des contraires, et c’est une image qu’on peut en effet rete­nir. Julius Evo­la, lui, défi­nis­sait l’Empire comme « une orga­ni­sa­tion supra­na­tio­nale telle que l’unité n’agisse pas dans le sens d’une des­truc­tion et d’un nivel­le­ment de la mul­ti­pli­ci­té eth­nique et cultu­relle qu’elle englobe ». C’est l’image clas­sique de l’uni­ver­si­tas, par oppo­si­tion à la socie­tas uni­taire et cen­tra­li­sée. La dif­fé­rence n’y est pas abo­lie, mais inté­grée.”

Alain de Benoist, L’empire inté­rieur, Fata Mor­ga­na, 1995

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Emprunte

« Il fau­drait éri­ger le conseil de Baden-Powell en prin­cipe : ‘Lorsqu’on quitte un lieu de bivouac, prendre soin de lais­ser deux choses. Pre­miè­re­ment : rien. Deuxiè­me­ment : ses remer­cie­ments.’ L’essentiel ? Ne pas peser trop à la sur­face du globe. »

Syl­vain Tes­son, Dans les forêts de Sibé­rie, édi­tions Gal­li­mard, 2011

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ENA

A l’ENA, on ne leur a pas appris la dif­fé­rence entre la poli­tique et le poli­tique. On leur a seule­ment par­lé de régimes poli­tiques, de pra­tique gou­ver­ne­men­tale et de météo­ro­lo­gie élec­to­rale. La plu­part d’entre eux s’imaginent que la poli­tique se réduit à une ges­tion admi­nis­tra­tive ins­pi­rée du mana­ge­ment des grandes entre­prises. C’est, là, confondre le gou­ver­ne­ment des hommes avec l’administration des choses, et croire qu’il faut s’en remettre à l’avis des tech­ni­ciens et des experts. Dans une telle optique, il n’y aurait pour chaque pro­blème poli­tique qu’une seule solu­tion opti­male : « Il n’y a pas d’alternative » est un mot d’ordre typi­que­ment impo­li­tique. En poli­tique, il y a tou­jours des alter­na­tives parce qu’un même fait peut tou­jours être jugé dif­fé­rem­ment selon le contexte et les cri­tères d’appréciation rete­nus. Une autre forme clas­sique d’impolitique consiste à croire que les fins du poli­tique peuvent être déter­mi­nées par des caté­go­ries qui lui sont étran­gères – éco­no­miques, esthé­tiques ou morales par exemple. En réa­li­té, chaque acti­vi­té humaine a sa propre fina­li­té, sa propre morale et ses propres moyens. Dire qu’il y a une essence du poli­tique, c’est dire que la poli­tique est une acti­vi­té consub­stan­tielle à l’existence humaine au seul motif que l’homme est, par nature, un ani­mal poli­tique et social, et que la socié­té ne dérive pas, contrai­re­ment à ce qu’affirment les théo­ri­ciens du contrat, d’un « état de nature » pré­po­li­tique ou pré­so­cial. [Pour] Julien Freund, comme toute acti­vi­té humaine, la poli­tique pos­sède des pré­sup­po­sés, c’est-à-dire des condi­tions consti­tu­tives qui font qu’elle est ce qu’elle est, et non pas autre chose. Freund en retient trois : la rela­tion du com­man­de­ment et de l’obéissance, la rela­tion du public et du pri­vé, enfin la rela­tion de l’ami et de l’ennemi. Cette der­nière rela­tion est déter­mi­nante, car il n’y a de poli­tique que là où il y a pos­si­bi­li­té d’un enne­mi. Si, comme le dit Clau­se­witz, la guerre est la pour­suite de la poli­tique par d’autres moyens, c’est que le poli­tique est intrin­sè­que­ment conflic­tuel. Il en résulte qu’un monde sans fron­tières serait un monde d’où le poli­tique aurait dis­pa­ru. C’est en ce sens qu’un État mon­dial est une absur­di­té.”

Alain de Benoist, entre­tien avec Nico­las Gau­thier, Bou­le­vard Vol­taire, 12 sep­tembre 2014

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Ennemi

La guerre tuait les jeunes gens. Certes. La paix conti­nuée tue et vide la jeu­nesse. Et puis la guerre désigne l’Autre. L’ennemi. Je ne suis un indi­vi­du que si l’autre existe et mon être s’exaspère d’autant plus fort et d’autant plus haut que cet autre à moi s’oppose et se refuse. L’ennemi m’est néces­saire : il me tient dans mes défi­ni­tions, m’oblige à me vou­loir, me force à des­si­ner le trait qui me cerne et à l’intérieur duquel vit, d’une vraie vie, ma dif­fé­rence.”

Jean Cau, La grande pros­ti­tuée, La Table Ronde, 1974

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Engament — voir aussi Militantisme

A quoi sert le mili­tan­tisme ? Rare­ment à faire avan­cer la cause que l’on défend, mais avant tout à se for­mer soi-même. A se doter d’un carac­tère. A se struc­tu­rer, phy­si­que­ment et men­ta­le­ment. Le mili­tan­tisme est une école. Le mili­tan­tisme est un don de soi. Mais il peut aus­si être une alié­na­tion. Il aliène chaque fois qu’il empêche de pen­ser par soi-même. […] Il per­met d’acquérir une armure, mais peut faire oublier que la cui­rasse n’est pas le corps. Il y a une énorme dif­fé­rence entre un esprit enga­gé et un esprit par­ti­san. Même au ser­vice de la meilleure des causes, un esprit par­ti­san n’est jamais un esprit libre. L’important est de tou­jours s’engager à temps com­plet, avec dés­in­té­res­se­ment. La prio­ri­té, c’est tou­jours l’au-delà de soi.”

Alain de Benoist, ID maga­zine, n°9, prin­temps 2007

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Enracinement

L’enracinement est peut-être le besoin le plus impor­tant et le plus mécon­nu de l’âme humaine. C’est un des plus dif­fi­ciles à défi­nir. Un être humain a une racine par sa par­ti­ci­pa­tion réelle, active et natu­relle à l’existence d’une col­lec­ti­vi­té qui conserve vivants cer­tains tré­sors du pas­sé et cer­tains pres­sen­ti­ments d’avenir. […]

Les échanges d’influences entre milieux très dif­fé­rents ne sont pas moins indis­pen­sables que l’enracinement dans l’entourage natu­rel. Mais un milieu déter­mi­né doit rece­voir une influence exté­rieure non pas comme un apport, mais comme un sti­mu­lant qui rende sa vie propre plus intense. Il ne doit se nour­rir des apports exté­rieurs qu’après les avoir digé­rés, et les indi­vi­dus qui le com­posent ne doivent les rece­voir qu’à tra­vers lui.”

Simone Weil, L’Enracinement, 1943, éd. Gal­li­mard 1949

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Ensauvagement

Bien sûr, cer­tains fac­teurs contri­buent au malaise gran­dis­sant qui tra­verse notre socié­té ; mais ni les ten­sions éco­no­miques, ni le dis­cré­dit poli­tique, ni les dif­fi­cul­tés d’intégration n’expliquent à eux seuls cet « ensau­va­ge­ment » lar­ge­ment consta­té et décrit. Nous ne voyons pas qu’il pro­vient essen­tiel­le­ment d’une rup­ture de la trans­mis­sion, d’un aban­don de notre propre civi­li­sa­tion — dont tous les symp­tômes de la crise ne sont que des consé­quences, proches ou loin­taines. Nous ne vou­lons pas voir que l’enjeu est d’abord cultu­rel. Comme si une géné­ra­tion qui s’est inter­dit de trans­mettre ne par­ve­nait pas à com­prendre que, en refu­sant de faire des héri­tiers, en pri­vant ses enfants de la culture qu’elle avait reçue, elle pre­nait le risque de les déshé­ri­ter d’eux-mêmes — de les déshé­ri­ter de leur propre huma­ni­té. Nous nous sommes pas­sion­nés pour le doute car­té­sien et l’universelle cor­ro­sion de l’esprit cri­tique, deve­nus des fins en eux-mêmes ; nous avons pré­fé­ré, avec Rous­seau, renon­cer à notre posi­tion d’adultes pour ne pas entra­ver la liber­té des enfants ; nous avons repro­ché à la culture d’être dis­cri­mi­na­toire, comme Bour­dieu, et nous avons contes­té la dis­ci­pline qu’elle repré­sen­tait. Et nous avons fait naître, comme il aurait fal­lu le pré­voir, « des sau­vages faits pour habi­ter dans les villes ».”

Fran­çois-Xavier Bel­la­my, Les Déshé­ri­tés ou l’urgence de trans­mettre, Plon 2014

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Epée magique

Faire une œuvre de vie de ce qui était lettre morte, com­prendre ce que l’on est, décou­vrir com­ment vivre et agir selon notre tra­di­tion, voi­là notre tâche. Ce n’est pas seule­ment un préa­lable à l’action. La pen­sée est l’action.

Notre monde ne sera pas sau­vé par des savants aveugles ou des éru­dits bla­sés. Il sera sau­vé par des poètes et des com­bat­tants, par ceux qui auront for­gé l’« épée magique » dont par­lait Ernst Jün­ger, l’épée spi­ri­tuelle qui fait pâlir les monstres et les tyrans. Notre monde sera sau­vé par les veilleurs pos­tés aux fron­tières du royaume et du temps.”

Domi­nique Ven­ner, His­toire et tra­di­tion des Euro­péens, édi­tions du Rocher, 2002

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Epiciers

Quelle malé­dic­tion a frap­pé l’Occident pour qu’au terme de son essor il ne pro­duise que ces hommes d’affaires, ces épi­ciers, ces com­bi­nards aux regards nuls et aux sou­rires atro­phiés, que l’on ren­contre par­tout, en Ita­lie comme en France, en Angle­terre de même qu’en Alle­magne ? Est-ce à ces dégé­né­rés que devait abou­tir une civi­li­sa­tion aus­si déli­cate, aus­si com­plexe ? Peut-être fal­lait-il en pas­ser par là, par l’abjection, pour pou­voir ima­gi­ner un autre genre d’hommes.”

Emil Cio­ran, His­toire et uto­pie, 1960

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Eres de force

Des temps sans art ni phi­lo­so­phie dignes de ce nom peuvent encore être des ères de force ; ce sont les Romains qui nous l’ont appris.”

Oswald Spen­gler, Pen­sées, in Ecrits his­to­riques et phi­lo­so­phiques, édi­tions Coper­nic, 1980

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Ermite

La retraite est révolte. Gagner sa cabane, c’est dis­pa­raître des écrans de contrôle. L’ermite s’efface Il n’envoie plus de traces numé­riques, plus de signaux télé­pho­niques, plus d’impulsions ban­caires. Il se défait de toute iden­ti­té. Il pra­tique un hacking à l’envers, sort du grand jeu. Nul besoin d’ailleurs de gagner la forêt. L’ascétisme révo­lu­tion­naire se pra­tique en milieu urbain. La socié­té de consom­ma­tion offre le choix de s’y confor­mer. Il suf­fit d’un peu de dis­ci­pline. Dans l’abondance, libre aux uns de vivre en pous­sah mais libre aux autres de jouer les moines et de vivre amai­gris dans le mur­mure des livres. Ceux-ci recourent alors aux forêts inté­rieures sans quit­ter leur appar­te­ment.”

Syl­vain Tes­son, Dans les forêts de Sibé­rie, Gal­li­mard, 2011

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Esclave

Tout esclave a en main le pou­voir de bri­ser sa ser­vi­tude.”

William Sha­kes­peare, Jules César, 1623

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Esclaves

S’il y a jamais eu une civi­li­sa­tion d’esclaves dans les grandes lar­geurs, c’est bien la civi­li­sa­tion moderne. Aucune culture tra­di­tion­nelle n’a vu d’aussi grandes masses condam­nées à un tra­vail aveugle, auto­ma­tique et sans âme : escla­vage qui n’a même pas pour contre­par­tie la haute sta­ture et la réa­li­té tan­gible de figures de sei­gneurs et de domi­na­teurs, mais est impo­sé de façon ano­dine à tra­vers la tyran­nie du fac­teur éco­no­mique et des struc­tures d’une socié­té plus ou moins col­lec­ti­vi­sée.”

Julius Evo­la, Révolte contre le monde moderne (Rivol­ta contro il mon­do moder­no), 1934

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Espace vital — voir aussi : Instinct de survie

Le pre­mier ins­tinct humain est l’instinct de sur­vie, et cet ins­tinct emporte tout sur son pas­sage ; nous aurions dû apprendre pour tou­jours ce que la peur pour l’espace vital peut déclen­cher dans un peuple qui pou­vait se récla­mer de la plus haute civi­li­sa­tion du monde, nous aurons demain à apprendre ce que la réa­li­té des menaces pour l’espace vital et la digni­té des hommes peut pro­vo­quer chez ceux qui se sen­ti­ront mena­cés dans leur sur­vie par la sur­po­pu­la­tion et l’entassement humain du futur. La loi de l’intérêt indi­vi­duel, les pas­sions de toute nature ne sont que les habillages que l’abondance per­met d’élaborer autour de cette pas­sion simple : sur­vivre. Il est pos­sible que la science poli­tique de demain ait à oublier bien des véri­tés qui n’étaient que le fait de la richesse, de la sûre­té du len­de­main et de la sur­vie, pour redé­cou­vrir quelques aspects des socié­tés humaines que nous avons depuis long­temps oubliés.”

Her­vé Juvin, Le ren­ver­se­ment du monde – Poli­tique de la crise, Gal­li­mard, 2010

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Espoir

L’espoir est une ver­tu d’esclaves.”

Emil Cio­ran, Pré­cis de décom­po­si­tion, 1949

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Esprit

Un homme d’esprit est per­du s’il ne joint pas à l’esprit l’énergie de carac­tère. Quand on a la lan­terne de Dio­gène, il faut avoir un bâton.”

Cham­fort, Maximes et pen­sées, Edi­tions Riche­lieu, 1953

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Esprit grec

Nous en reve­nons tous aujourd’hui à ces inter­pré­ta­tions fon­da­men­tales de l’univers que l’esprit grec a inven­tées par le moyen d’Anaximandre, d’Héraclite, de Par­mé­nide, d’Empédocle, de Démo­crite et d’Anaxagore ; nous deve­nons plus grecs de jour en jour.”

Frie­drich Nietzsche, La Volon­té de puis­sance (Der Wille zur Macht. Ver­such einer Umwer­tung aller Werte), 1901

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Essaim

Ce qui n’est pas utile à l’essaim n’est pas non plus utile à l’abeille.”

Marc Aurèle, Pen­sées, VI, 54, vers 170–180

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Essentiel

Rece­vez sans les comp­ter les dons de chaque jour, et ne vous occu­pez pas de ceux du len­de­main. L’essentiel est de res­ter digne et grand ; la mort est moins mor­telle que la bas­sesse et la lâche­té.”

Jean-René Hugue­nin, Jour­nal, 1964

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Etat

L’Etat est juste, lorsque cha­cun des trois ordres qui le com­posent rem­plit le devoir qui lui est propre, et qu’il est en lui-même tem­pé­rant, cou­ra­geux et sage, par cer­tains dis­po­si­tions et qua­li­tés rela­tives à ces trois ordres.”

Socrate selon Pla­ton, Phé­don, 81a-82c, IVe siècle av. notre ère

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Etat

Le fon­de­ment de tout véri­table Etat, c’est la trans­cen­dance de son prin­cipe, c’est-à-dire du prin­cipe de la sou­ve­rai­ne­té, de l’autorité et de la légi­ti­mi­té.”

Julius Evo­la, Les Hommes au milieu des ruines (Gli uomi­ni e le rovine), 1953

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Etat

Tout Etat est un vais­seau mys­té­rieux qui a ses ancres dans le ciel.”

Antoine de Riva­rol, Dis­cours sur l’homme intel­lec­tuel et moral, 1797

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Etatisme

Désor­mais, il n’y a plus dans la com­mu­nau­té que des auto­mates manœu­vrés d’en haut, des rési­dus infi­ni­ment petits de l’homme, des âmes muti­lées, pas­sives et pour ain­si, mortes. Ins­ti­tué pour pré­ser­ver les per­sonnes, l’État les a toutes anéan­ties. Ins­ti­tué pour pré­ser­ver les pro­prié­tés, l’État les confisque toutes.”

Hyp­po­lite Taine, Les ori­gines de la France contem­po­raine, III – Le régime moderne, 1890

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Etat moderne

Le pro­jet de l’État moderne, liqui­da­teur de tout ce qui s’immisce entre lui et les indi­vi­dus, s’est paré de la pro­tec­tion des droits de l’individu.”

Her­vé Juvin, La grande sépa­ra­tion, Gal­li­mard, 2013

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Etats d’âme

L’héroïsme n’affronte pas seule­ment des enne­mis concrets, mais aus­si des états de l’âme.”

Oswald Spen­gler, Pen­sées, in Ecrits his­to­riques et phi­lo­so­phiques, édi­tions Coper­nic, 1980

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Etats-Unis

Les Etats-Unis tiennent le rôle d’un empire, mais ne sont pas un empire. Ils n’ont ni pro­jet ni élite pour le mener à bien. Ils se sont consti­tués contre l’histoire, et leur seul but, c’est d’en finir dans le monde entier avec elle, c’est-à-dire la diver­si­té des peuples et des héri­tages, la diver­si­té aus­si des for­mules poli­tiques. […] Uto­pie qui emporte assez faci­le­ment l’adhésion super­fi­cielle de tous ceux qui ne réflé­chissent pas à ce qu’elle repré­sente, et en par­ti­cu­lier au sys­tème de contraintes et de confor­misme qui serait exi­gé.”

Tho­mas Mol­nar, Amé­ri­ca­no­lo­gie, Ed de l’Age d’Homme, 1991

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Eternel

Notre vie sur terre ne consti­tue nul­le­ment un but en soi, mais n’est seule­ment qu’une par­celle infime de notre être éter­nel, qui nous pousse gra­duel­le­ment, par la lente action du temps, vers le divin. ”

Robert Steu­kers, pré­face du Pèle­rin entre deux mondes de Wal­ter Flex, 1916

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Eterniser

« Ce qui donne un sens à notre com­por­te­ment à l’égard de la vie est la fidé­li­té à un cer­tain ins­tant et notre effort pour éter­ni­ser cet ins­tant… »

Yukio Mishi­ma, Le Pavillon d’or (Kin­ka­ku­ji), 1956

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Eternité

L’histoire est créa­trice de sens. À l’éphémère de la condi­tion humaine, elle oppose le sen­ti­ment d’éternité des géné­ra­tions et des tra­di­tions. En sau­vant de l’oubli le sou­ve­nir des pères, elle engage l’avenir. Elle accom­plit un désir de pos­té­ri­té inhé­rent aux hommes, le désir de sur­vivre à sa propre mort. Ce désir a pour objet la mémoire des géné­ra­tions futures. C’est en espé­rant y lais­ser une trace que l’on s’efforce de for­ger l’avenir. Avec la per­pé­tua­tion d’une lignée, cela fut l’un des moyens conçus par nos ancêtres pour échap­per au sen­ti­ment de leur propre fini­tude.”

Domi­nique Ven­ner, His­toire et tra­di­tion des Euro­péens, édi­tions du Rocher, 2002

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Eternité

- Il en fut tou­jours ain­si, il en sera tou­jours ain­si ; la puis­sance et l’argent, le temps et le monde appar­tiennent aux petits, aux mes­quins, et les autres, les êtres humains véri­tables, n’ont rien. Rien que la mort.
— Pas autre chose ?
— Si, l’éternité.”

Her­mann Hesse, in Romans et Nou­velles, Le Livre de poche, 2002

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Ethique

Ils fai­saient preuve ain­si de deux qua­li­tés que tout homme digne de ce nom réunit : l’amour de la vie et le mépris de la mort.”

Ernst Jün­ger, Lieu­te­nant Sturm (Sturm), 1923/1963, édi­tions Viviane Hamy, 1991

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Ethique de la volonté

Alors que tant d’hommes se font les esclaves de leur vie, mon geste incarne une éthique de la volon­té. Je me donne la mort afin de réveiller les consciences assou­pies. Je m’insurge contre la fata­li­té. Je m’insurge contre les poi­sons de l’âme et contre les dési­rs indi­vi­duels enva­his­sants qui détruisent nos ancrages iden­ti­taires et notam­ment la famille, socle intime de notre civi­li­sa­tion mul­ti­mil­lé­naire. Alors que je défends l’identité de tous les peuples chez eux, je m’insurge aus­si contre le crime visant au rem­pla­ce­ment de nos popu­la­tions.”

Domi­nique Ven­ner, “Les rai­sons d’une mort volon­taire”, der­nière lettre, 21 mai 2013

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Etrangers

Tant que ne se concré­tise pas le péril d’une inva­sion ou d’une dis­pa­ri­tion par assi­mi­la­tion ou métis­sage, les peuples n’ont aucune rai­son de se méfier des étran­gers. Bien au contraire, ils les reçoivent dans le res­pect des lois de l’hospitalité. Tout change évi­dem­ment du jour où ils découvrent que l’hôte en pro­fite pour leur prendre leur femme ou leur fille, rafler leur bétail, les chas­ser de leur mai­son et s’emparer peut-être de l’âme de leur fils.”

Domi­nique Ven­ner, His­toire et tra­di­tion des Euro­péens, édi­tions Du Rocher, 2002

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Etre

Il faut pen­ser et dire que ce qui est ; car il y a être : il n’y a pas de non-être ; voi­là ce que je t’ordonne de pro­cla­mer. Je te détourne de cette voie de recherche, où les mor­tels qui ne savent rien s’égarent […]. Ils vont sourds et aveugles, stu­pides et sans juge­ment ; ils croient qu’être et ne pas être est la même chose […].”

Par­mé­nide, De la nature, frag­ment B VIII, fin VIe-milieu du Ve siècle av. notre ère

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Etre

Ne méritent le nom d’hommes que ceux qui savent ce qu’ils sont et ce qu’ils veulent deve­nir.
Non pas rêver ma vie, mais faire vivre mes rêves.”

Jean-René Hugue­nin, Jour­nal, 1964

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Etre organisé

« La condi­tion par excel­lence de la vie, de la san­té et de la force chez l’être orga­ni­sé, est l’action. C’est par l’action qu’il déve­loppe ses facul­tés, qu’il en aug­mente l’énergie, et qu’il atteint la plé­ni­tude de sa des­ti­née. »
Pierre-Joseph Prou­dhon, La guerre et la paix, 1861

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Etre un homme

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâ­tir,
Ou perdre d’un seul coup le gain de cent par­ties
Sans un geste et sans un sou­pir. […]
Si tu sais médi­ter, obser­ver et connaître
Sans jamais deve­nir scep­tique ou des­truc­teur,
Rêver, mais sans lais­ser le rêve être ton maître,
Pen­ser sans n’être qu’un pen­seur ;
Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais impru­dent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage
Sans être moral ni pédant ;
Si tu peux ren­con­trer Triomphe après Défaite
Et rece­voir ces deux men­teurs d’un même front,
Si tu peux conser­ver ton cou­rage et ta tête
Quand tous les autres les per­dront,
Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Vic­toire
Seront à tout jamais tes esclaves sou­mis
Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un homme, mon fils.”

Rudyard Kipling, If, 1895, in Rewards and Fai­ries, 1910 (tra­duc­tion d’André Mau­rois)

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Europe

Si la construc­tion de l’Europe a un sens, c’est prin­ci­pa­le­ment à condi­tion que l’Europe sache inven­ter une solu­tion ori­gi­nale au malaise de la socié­té de consom­ma­tion, en s’inspirant de son expé­rience et de ses tra­di­tions. […] La mis­sion de l’Europe est de construire les digues qui cana­li­se­ront la socié­té de consom­ma­tion. Nous avons besoin d’établir quelque pou­voir, à défaut de quelque dieu, au-des­sus des ingé­nieurs du monde moderne, au-des­sus de l’empire des stocks et des bilans.”

Mau­rice Bar­dèche, Sparte et les Sudistes, Les Sept Cou­leurs, 1969

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Europe contemporaine

Notre Europe contem­po­raine, ce foyer d’un effort sou­dain et irré­flé­chi, pour mélan­ger radi­ca­le­ment les rangs et, par consé­quent, les races, est, par cela même, scep­tique du haut en bas de l’échelle, tan­tôt ani­mée de ce scep­ti­cisme noble qui, impa­tient et las­cif, saute d’une branche à l’autre, tan­tôt trou­blé et comme obs­cur­ci par un nuage de ques­tions — et par­fois las de sa volon­té à en mou­rir ! Para­ly­sie de la volon­té, où ne ren­contre-t-on pas aujourd’hui cette infir­mi­té !”

Frie­drich Nietzsche, Par-delà le bien et le mal (Jen­seits von Gut und Böse — Vor­spiel einer Phi­lo­so­phie der Zukunft), 1886

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Europe (impériale)

Pour moi le tré­sor du monde, c’est une infante de Veláz­quez, un opé­ra de Wag­ner ou une cathé­drale gothique. C’est un cal­vaire bre­ton ou une nécro­pole de Cham­pagne. C’est le roman­ce­ro du Cid ou le visage hugo­lien de « l’enfant grec ». C’est le tom­beau des Inva­lides ou le grand aigle de Schön­brunn, l’Alcazar de Tolède ou le Coli­sée de Rome, la tour de Londres ou celle de Gala­ta, le sang de Buda­pest ou le qua­drige orgueilleux de la porte de Bran­de­bourg, deve­nue le poste fron­tière de l’Europe muti­lée. Pour ces pierres, ces aigles et ces croix ; pour la mémoire de l’héroïsme et du génie de nos pères ; pour notre terre mena­cée d’esclavage et le sou­ve­nir d’un plus grand pas­sé, lec­teurs, la lutte ne sera jamais vaine. Frêle Gene­viève de Paris, patronne de l’Europe, seule contre les hordes de l’Est, tu sym­bo­lises notre esprit de résis­tance. Et toi, Alexandre, vain­queur blond au visage de dieu, Macé­do­nien aux dix mille fidèles, toi qui conquis le monde orien­tal avec ta foi et ton épée, debout dres­sé contre le des­tin et l’Histoire, tu sym­bo­li­se­ras peut-être un jour le triomphe de l’Europe impé­riale… ”

Jean de Brem, Le tes­ta­ment d’un Euro­péen, La Table Ronde, 1964

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Européen

L’Occidental n’est que le rouage d’un sys­tème qui le broie. L’Européen, lui, est l’hériter d’une civi­li­sa­tion trente fois mil­lé­naire qui va des fresques de Las­caux à la fusée Ariane, des poi­gnards de bronze aux chas­seurs Rafale. L’Européen est le frère de Faust et de Don Qui­chotte. Il a été peintre à Alta­mi­ra, musi­cien à Ver­sailles ; il a chan­té l’Odys­sée et Beo­wulf ! Il a accla­mé Eschyle et Racine, il a bâti les cathé­drales gothiques et les cen­trales nucléaires ! Sa terre est faite de landes et de forêts, de rivières et de mon­tagnes, toutes bruis­santes de fées, de génies et de lutins ! Oui, je suis un Euro­péen, mieux un Vieil-Euro­péen !”

Chris­to­pher Gérard, Le Songe d’Empédocle, L’Age d’Homme, 2003

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Européanité

Que l’européanité soit une réa­li­té, cela se mani­feste déjà au niveau pri­maire des sen­sa­tions. Au contact de l’altérité se per­çoit l’identité.

Mais l’européanité est attes­tée aus­si par l’histoire et le carac­tère trans­na­tio­nal des grands faits de culture. Au-delà d’un art rupestre spé­ci­fique à toute l’Europe voi­ci déjà 30 000 ans, au-delà des pierres levées et des grands poèmes fon­da­teurs, ceux des Hel­lènes, des Ger­mains ou des Celtes, il n’y a pas une seule grande créa­tion col­lec­tive qui, ayant été vécue par l’un des peuples de l’ancien espace caro­lin­gien, n’a pas été vécue éga­le­ment par tous les autres. Tout grand mou­ve­ment né dans un pays d’Europe a trou­vé aus­si­tôt son équi­valent chez les peuples frères et nulle part ailleurs. A cela on mesure une com­mu­nau­té de culture et de tra­di­tion que ne peuvent démen­tir les conflits inter­éta­tiques. Les poèmes épiques, la che­va­le­rie, l’amour cour­tois, les liber­tés féo­dales, les croi­sades, l’émergence des villes, la révo­lu­tion gothique, la Renais­sance, la réforme et son contraire, l’expansion au-delà des mers, la nais­sance des États -nations, le baroque pro­fane et reli­gieux, la poly­pho­nie musi­cale, les Lumières, le roman­tisme, l’univers faus­tien de la tech­nique ou l’éveil des natio­na­li­tés… En dépit d’une his­toire sou­vent dif­fé­rente, les Slaves de Rus­sie et des Bal­kans par­ti­cipent aus­si de cette euro­péa­ni­té. Oui, tous ces grands faits de culture sont com­muns aux Euro­péens et à eux seuls, jalon­nant la trame d’une civi­li­sa­tion aujourd’hui détruite.”

Domi­nique Ven­ner, His­toire et tra­di­tion des Euro­péens, édi­tions du Rocher, 2002

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Evénement historique

Un cer­tain héri­tage his­to­rique, la for­tune et la virtù sont les trois déter­mi­nants majeurs que l’on peut voir à l’œuvre der­rière tous les grands évè­ne­ments de l’histoire.”

Domi­nique Ven­ner, His­toire et tra­di­tion des Euro­péens, édi­tions du Rocher, 2002

Tags : Dominique Venner, Histoire et tradition des Européens, histoire, héritage historique, événement, virtu, fortune
Evénements

Les évè­ne­ments ne sont jamais abso­lus, leurs résul­tats dépendent entiè­re­ment des indi­vi­dus : le mal­heur est un mar­che­pied pour le génie, une pis­cine pour le chré­tien, un tré­sor pour l’homme habile, pour les faibles un abîme.”

Hono­ré de Bal­zac, His­toire de la gran­deur et de la déca­dence de César Birot­teau, 1837

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Excellence

Mais viser l’excellence ne se confond pas avec le vul­gaire com­pé­ti­tion pour la réus­site, les hon­neurs ou l’argent. La com­pé­ti­tion n’est pas le but. Elle est le sti­mu­lant. Cette dif­fé­rence per­met de dis­tin­guer entre l’authenticité et son contraire, la fier­té, la vani­té.”

Domi­nique Ven­ner, Un samou­raï d’Occident. Le Bré­viaire des insou­mis, édi­tions Pierre-Guillaume de Roux, 2013

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Exemplarité

« Ce serait ingra­ti­tude de mépri­ser les reliques et images d’hommes si valeu­reux, qui nous donnent tant de bonnes ins­truc­tions par leur exemple, si nous savons les suivre. »

Mon­taigne, Essais, 1572–1592

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Exemple

Il y a tou­jours une route. Les autres sont sur la plage ou la place, à la foire ou au mee­ting, au ciné­ma ou… Ecarte-toi. Prends ce sen­tier que per­sonne n’emprunte. « Je vais me perdre ! » Te perdre où ? Par rap­port à quelle borne ? Arrête de dire des sot­tises. Dès que tu seras enga­gé sur cette voie, c’est toi qui es la flèche et la direc­tion. Tu ne suis pas l’exemple. Tu es l’exemple.”

Jean Cau, Le Che­va­lier, la mort et le diable, La Table Ronde, 1977

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Exemples

« Ce serait ingra­ti­tude de mépri­ser les reliques et images d’hommes si valeu­reux, qui nous donnent tant de bonnes ins­truc­tions par leur exemple, si nous savons les suivre. »
Mon­taigne, Les Essais, 1595

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Existence

Life’s but a wal­king sha­dow, a poor player
That struts and frets his hour upon the stage
And then is heard no more. It is a tale
Told by an idiot, full of sound and fury
Signi­fying nothing.”

Sha­kes­peare, Mac­beth (acte V, scène 5), 1606

Trad. : La vie n’est qu’un fan­tôme errant, un pauvre comé­dien qui se pavane et s’agite son heure durant sur la scène, et qu’ensuite on n’entend plus. C’est une his­toire contée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, — et qui ne signi­fie rien.

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Existence

L’homme qui importe vit de telle manière que son exis­tence soit un sacri­fice à son idée.
Le sens que l’on donne à sa propre vie est un témoi­gnage de res­pect envers soi-même.”

Oswald Spen­gler, Pen­sées, in Ecrits his­to­riques et phi­lo­so­phiques, édi­tions Coper­nic, 1980

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Existence

Un homme n’existe et n’a de signi­fi­ca­tion qu’à tra­vers son clan, son peuple, sa cité.”

Domi­nique Ven­ner, His­toire et tra­di­tion des Euro­péens, édi­tions Du Rocher, 2002

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Exister — voir aussi : Combattre

Exis­ter, c’est com­battre ce qui me nie. Être rebelle, ce n’est pas col­lec­tion­ner des livres impies, rêver de com­plots fan­tas­ma­go­riques ou de maquis dans les Cévennes. C’est être à soi-même sa propre norme. S’en tenir à soi quoi qu’il en coûte. Veiller à ne jamais gué­rir de sa jeu­nesse. Pré­fé­rer se mettre tout le monde à dos que se mettre à plat ventre. Pra­ti­quer aus­si en cor­saire et sans ver­gogne le droit de prise. Piller dans l’époque tout ce que l’on peut conver­tir à sa norme, sans s’arrêter sur les appa­rences. Dans les revers, ne jamais se poser la ques­tion de l’inutilité d’un com­bat per­du.”

Domi­nique Ven­ner, Le Cœur rebelle, Les Belles Lettres, 1994, réédi­tion Pierre-Guillaume de Roux, 2014

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Expérience — voir aussi : Lois

C’est l’expérience qui déga­ge­ra les lois, la connais­sance des lois ne pré­cède jamais l’expérience.”

Saint Exu­pé­ry, Vol de nuit, 1931

Tags : expérience, lois, connaissance
Expérience du divin

Ce n’est pas à par­tir d’un au-delà que la divi­ni­té œuvre dans le for inté­rieur de l’homme, ou dans son âme, mys­té­rieu­se­ment unie à elle. Elle ne fait qu’un avec le monde. Elle vient au-devant de l’homme à par­tir des choses du monde, quand il est en che­min et prend part au branle vivant du monde. L’homme fait l’expérience du divin non par un repli sur soi, mais par un mou­ve­ment vers l’extérieur.”

Wal­ter F. Otto, Les dieux de la Grèce. La figure du divin au miroir de l’esprit grec (Die Göt­ter Grie­chen­lands. Das Bild des Göt­tli­chen im Spie­gel des grie­chi­schen Geistes), 1929

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