Lettre E

E

Eaux glacées (du calcul égoïste)

Par­tout où elle a pris le pou­voir, la bour­geoi­sie a fou­lé aux pieds les rela­tions féo­da­les, patriar­ca­les et idyl­li­ques. Tous les liens com­plexes et variés qui unis­saient l’homme féo­dal à ses supé­rieurs natu­rels, elle les a bri­sés sans pitié pour ne lais­ser sub­sis­ter d’autre lien, entre l’homme et l’homme, que le froid inté­rêt, les dures exi­gen­ces du paie­ment au comp­tant. Elle a noyé les fris­sons sacrés de l’extase reli­gieu­se, de l’enthousiasme che­va­le­res­que, de la sen­ti­men­ta­li­té tra­di­tion­nel­le, dans les eaux gla­cées du cal­cul égoïs­te. Elle a fait de la digni­té per­son­nel­le une sim­ple valeur d’échange… La bour­geoi­sie a dépouillé de leur auréo­le tou­tes les acti­vi­tés qui pas­saient jus­que-là pour véné­ra­bles et qu’on consi­dé­rait avec un saint res­pect. Le méde­cin, le juris­te, le prê­tre, le poè­te, le savant, elle en a fait des sala­riés à ses gages. La bour­geoi­sie a déchi­ré le voi­le de sen­ti­men­ta­li­té qui recou­vrait les rela­tions de famil­le et les a rédui­tes à n’être que de sim­ples rap­ports d’argent… La bour­geoi­sie ne peut exis­ter sans révo­lu­tion­ner constam­ment les ins­tru­ments de pro­duc­tion, ce qui veut dire les condi­tions de la pro­duc­tion, c’est-à-dire les rap­ports sociaux… Ce bou­le­ver­se­ment conti­nuel de la pro­duc­tion, ce constant ébran­le­ment de tout le sys­tè­me social, cet­te agi­ta­tion et cet­te insé­cu­ri­té per­pé­tuel­le dis­tin­guent l’époque bour­geoi­se de tou­tes les pré­cé­den­tes… Tout ce qui avait soli­di­té et per­ma­nen­ce s’en va en fumée, tout ce qui était sacré est pro­fa­né, et les hom­mes sont for­cés enfin d’envisager leurs condi­tions d’existence et leurs rap­ports réci­pro­ques avec des yeux désa­bu­sés… La bour­geoi­sie a sou­mis la cam­pa­gne à la vil­le, elle a subor­don­né les peu­ples de pay­sans aux peu­ples de bour­geois…”

Karl Marx et Frie­dri­ch Engels, Le Mani­fes­te du par­ti com­mu­nis­te, 1847

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Ecologie

La ter­re ne sur­vi­vrait pas à un ali­gne­ment géné­ral des niveaux de consom­ma­tion sur celui des pays les plus riches.”

Renaud Camus, Le Grand Rem­pla­ce­ment, David Rein­harc, 2011

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Ecologie

Je ne vois pas pour­quoi il fau­drait pro­té­ger les races ani­ma­les et lais­ser périr les peu­ples tels qu’ils ont été façon­nés par des mil­liers d’années de lon­gue patien­ce.

La véri­ta­ble éco­lo­gie, c’est de sau­ve­gar­der les balei­nes. Mais aus­si les Toua­regs et les Zou­lous, les Bas­ques et les Ser­bes, les Fla­mands et les Bre­tons, les Ecos­sais et les Esto­niens.”

Jean Mabi­re, La tor­che et le glai­ve, édi­tions Libres opi­nions, 1994

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Economie

Le temps est venu d’oublier le com­pro­mis néo-libé­ral qui a per­mis à l’économie de satu­rer l’horizon du pos­si­ble, à la repré­sen­ta­tion éco­no­mi­que de fai­re allian­ce avec l’Etat pour sub­sti­tuer au débat poli­ti­que l’arbitrage des inté­rêts indi­vi­duels, pour saper les iden­ti­tés et les pré­fé­ren­ces natio­na­les au béné­fi­ce de la régu­la­tion par le mar­ché mon­dia­li­sé.”

Her­vé Juvin, Le ren­ver­se­ment du mon­de – Poli­ti­que de la cri­se, Gal­li­mard, 2010

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Ecrire

Ecri­re doit être un jeu dan­ge­reux. C’est la seule nobles­se de l’écrivain, sa seule maniè­re de par­ti­ci­per aux lut­tes de la vie. L’écrivain poli­ti­que ne peut se sépa­rer du mili­tant poli­ti­que. Le pen­seur ne peut aban­don­ner le guer­rier.

Un cer­tain nom­bre d’hommes de ce pays ont sau­vé et l’honneur des let­tres et l’honneur des armes. Ils ne furent pas tous du même camp lors de notre der­niè­re guer­re civi­le euro­péen­ne mais ils sont nos frè­res et mes exem­ples. Je pen­se à Saint-Exu­pé­ry, abat­tu au cours d’une mis­sion aérien­ne ; je pen­se à Robert Bra­silla­ch, fusillé à Mon­trou­ge ; je pen­se à Drieu La Rochel­le, accu­lé au sui­ci­de dans sa cachet­te pari­sien­ne ; je pen­se à Jean Pré­vost, exé­cu­té dans le maquis du Ver­cors.

Ceux-là n’ont pas tri­ché. Ils n’ont pas aban­don­né les jeu­nes gens impa­tients et géné­reux qui leur avaient deman­dé des rai­sons de vivre et de mou­rir et qu’ils avaient enga­gés sur la voie étroi­te, rocailleu­se et ver­ti­gi­neu­se, de l’honneur et de la fidé­li­té.”

Jean Mabi­re, La tor­che et le glai­ve, édi­tions Libres opi­nions, 1994 (tex­te paru ini­tia­le­ment dans Euro­pe Action N°30, juin 1965)

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Ecrivain

L’écrivain devait selon Patri­ck Pear­se rem­pla­cer le conteur d’autrefois, pren­dre la relè­ve de cet­te lon­gue sui­te de bar­des popu­lai­res et confier à l’imprimerie ce qui ne se trans­met­tait alors que de bou­che à oreille.”

Jean Mabi­re, Patri­ck Pear­se, une vie pour l’Irlande, édi­tions Ter­re et Peu­ple, 1998

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Ecriture — voir aussi Style

Un des vices de la Fran­ce a été la per­fec­tion – laquel­le ne se mani­fes­te jamais aus­si clai­re­ment que dans l’écriture. Le sou­ci de bien for­mu­ler, de ne pas estro­pier le mot et sa mélo­die, d’enchaîner har­mo­nieu­se­ment les idées, voi­là une obses­sion fran­çai­se. Aucu­ne cultu­re n’a été plus pré­oc­cu­pée par le sty­le et, dans aucu­ne autre, on n’a écrit avec autant de beau­té, à la per­fec­tion. Aucun Fran­çais n’écrit irré­mé­dia­ble­ment mal. Tous écri­vent bien, tous voient la for­me avant l’idée. Le sty­le est l’expression direc­te de la cultu­re.”

Emil Cio­ran, De la Fran­ce, 1941

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Edit de Caracalla

La déci­sion de Cara­cal­la était bien révo­lu­tion­nai­re : elle rom­pait avec une poli­ti­que qui avait réser­vé la citoyen­ne­té hors d’Italie à une mino­ri­té, en géné­ral une éli­te socia­le, et que les Empe­reurs avaient main­te­nue par-delà les nuan­ces depuis Augus­te.”

Fran­çois Jac­ques, Rome et l’intégration de l’empire (avec John Scheid), Pres­ses Uni­ver­si­tai­res de Fran­ce, 2010

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Education

« Nous avons tout per­du, disait Fich­te, mais il nous res­te l’éducation ». Et Nietz­sche obser­vait : « Où qu’apparaisse une gran­deur tant soit peu dura­ble, on peut obser­ver une sélec­tion préa­la­ble très soi­gneu­se – par exem­ple chez les Grecs ». Ne sous-esti­mons pas ce pou­voir de l’éducation, et rap­pe­lons-nous qu’à la nais­san­ce, le meilleur des dons n’est jamais pré­sent que sous une for­me poten­tiel­le. D’où la néces­si­té de cen­tres, de sémi­nai­res et de « cloî­tres » où puis­se mûrir une for­me nou­vel­le de vie. Et pour cela d’abord édu­quer des édu­ca­teurs. Dans Par-delà bien et mal, Nietz­sche écri­vait : « Les gran­des cho­ses sont réser­vées aux grands, les pro­fon­deurs aux pro­fonds, les dou­ceurs et les fris­sons aux âmes sub­ti­les, tout ce qui est rare aux êtres rares ». Avant de se gar­ga­ri­ser du mot « éli­te » et de se tar­guer d’en fai­re par­tie, c’est à réunir des condi­tions qu’il paraît néces­sai­re d’œuvrer. Tra­vail à long ter­me, où il faut de la patien­ce, de l’ordre, du goût, de la métho­de et du temps.”

Alain de Benoist, Les idées à l’endroit, Edi­tions Libres-Hal­lier, 1979

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Education politique

« L’étude de l’histoire consti­tue l’éducation poli­ti­que la plus effi­ca­ce et le meilleur entraî­ne­ment à l’action et, pour appren­dre à sup­por­ter digne­ment les ren­ver­se­ments de la for­tu­ne, l’enseignement qui pro­duit en nous la plus vive impres­sion ou plu­tôt le seul vala­ble, c’est celui que nous appor­te le récit des tri­bu­la­tions d’autrui. »

Poly­be, His­toi­re, Denis Rous­sel (trad.), Fran­çois Har­tog (dir.), Gal­li­mard, coll. Quar­to, 2003

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Efficience (tyrannie)

« L’homme moder­ne, l’homme de la tech­ni­que, obsé­dé par son effi­cien­ce, les objec­tifs à attein­dre, n’a pour uni­vers men­tal que ce qui est subor­don­né à cet­te effi­ca­ci­té. Beau­té, sages­se, poé­sie, sont subal­ter­nes, à moins d’être mon­naya­bles. La tyran­nie de l’efficience débou­che sur l’invivable, sur une nou­vel­le bar­ba­rie sans la san­té des bar­ba­res : la vil­le qui n’est pas une vil­le, la domi­na­tion de l’argent, le sac­ca­ge de la natu­re et la mani­pu­la­tion du vivant. A for­ce de cal­cu­ler, l’homme ren­con­tre l’incalculable. »

Domi­ni­que Ven­ner, His­toi­re et tra­di­tion des Euro­péens, édi­tions du Rocher, 2002

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Egalitarisme

« L’illusion éga­li­tai­re des déma­go­gues est enco­re plus dan­ge­reu­se que la bru­ta­li­té des traî­neurs de sabre… Pour l’anarque, consta­ta­tion théo­ri­que, puisqu’il les évi­te les uns com­me les autres. Qu’on vous oppri­me : on peut se redres­ser, à condi­tion de n’y avoir pas per­du la vie. La vic­ti­me de l’égalisation est rui­née, phy­si­que­ment et mora­le­ment. »

Ernst Jün­ger, Eumes­wil, 1977

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Egalité

« Ceux qui pré­ten­dent com­bi­ner cultu­re et éga­li­té, édu­ca­tion et éga­li­té, et intro­dui­re l’égalité ou seule­ment de l’égalité dans la cultu­re ou l’éducation, s’abusent eux-mêmes ou abu­sent les autres, ou les deux, car il y a une incom­pa­ti­bi­li­té radi­ca­le, fon­da­men­ta­le, insur­mon­ta­ble, entre ces domai­nes, ces champs ou ces valeurs. L’égalité est aus­si absen­te de la cultu­re qu’elle l’est de la natu­re. Les plus bel­les pro­cla­ma­tions ne peu­vent que recon­naî­tre, ou impo­ser, ou pré­ten­dre impo­ser, une éga­li­té en droit ou une éga­li­té de droits ; et cet­te atti­tu­de est un héroï­que, un magni­fi­que défi à tout ce qui s’observe dans la natu­re et entre les hom­mes. […] L’égalité est une contrain­te que s’imposent à grand mal cer­tai­nes civi­li­sa­tions, en géné­ral contre leurs plus ancien­nes tra­di­tions et contre leurs ins­tincts. »

Renaud Camus, La gran­de décul­tu­ra­tion, Fayard, 2008

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Egalité

« Votre déli­re d’égalité était une atta­que meur­triè­re contre l’être, contre tou­tes ses riches­ses et ses valeurs ; c’était la soif de piller le mon­de divin et d’anéantir tou­te gran­deur ici-bas. L’esprit du néant vous ani­me, c’est lui qui vous a ins­pi­ré ces idées et ces pas­sions éga­li­tai­res. La loi de l’entropie, qui mène à la mort par une dif­fu­sion éga­le de la cha­leur, agit à tra­vers vous dans la vie socia­le […] Exi­ger l’égalité abso­lue, c’est vou­loir retour­ner à l’état ori­gi­nel, chao­ti­que, téné­breux, au nivel­le­ment et à la non-dif­fé­ren­cia­tion ; c’est vou­loir le néant. L’exigence révo­lu­tion­nai­re du retour à l’égalité dans le néant est née du refus d’assumer les sacri­fi­ces et les souf­fran­ces par les­quels pas­se la voie de la vie supé­rieu­re. Voi­là la réac­tion la plus effrayan­te, la néga­tion du sens de tout le pro­ces­sus créa­teur du mon­de. L’enthousiasme de la révo­lu­tion est un enthou­sias­me réac­tion­nai­re. L’exigence contrai­gnan­te de l’égalisation qui pro­cè­de de l’obscurité chao­ti­que est une ten­ta­ti­ve pour détrui­re la struc­tu­re hié­rar­chi­que du cos­mos for­mé par la nais­san­ce créa­tri­ce de la lumiè­re dans les ténè­bres ; c’est un essai pour détrui­re la per­son­ne même de l’homme en tant que degré hié­rar­chi­que né dans l’inégalité ; c’est un atten­tat contre la pla­ce roya­le de l’homme dans l’ordre cos­mi­que. »
Nico­las Ber­diaev, De l’inégalité, L’Âge d’homme, 2008

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Eglise – voir aussi : Raison

Je sais bien que les gens accu­sent l’Eglise d’abaisser la rai­son, mais c’est tout le contrai­re. Seule sur ter­re, l’Eglise fait de la rai­son quel­que cho­se de vrai­ment suprê­me. Seule sur ter­re, elle affir­me que Dieu lui-même est lié par la rai­son.”

Gil­bert K. Ches­ter­ton, The Blue Cross, 1910

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Eglise orthodoxe russe

Il ne faut jamais oublier que l’Eglise ortho­doxe est le mou­le où se sont for­més au cours des siè­cles la conscien­ce natio­na­le, el carac­tè­re et l’âme du peu­ple rus­se : si celui-ci ces­sait un jour d’être ortho­doxe, il ces­se­rait dans le même temps d’être rus­se.”

Gabriel Matz­neff, Le Défi, La Table Ron­de, 1965

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Elections

L’habitude des élec­tions va nous obli­ger à fai­re la cour à la der­niè­re clas­se du peu­ple.”

Sten­dhal, Mémoi­re d’un tou­ris­te, 1854

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Elite

Si l’on admet […] que, de tout temps, le dan­ger n’a rap­pro­ché que des hom­mes qui pou­vaient dési­gner, au moyen de signes sem­bla­bles, des besoins sem­bla­bles, des évé­ne­ments sem­bla­bles, il résul­te, dans l’ensemble, que la faci­li­té de com­mu­ni­quer dans le péril, c’est-à-dire en som­me le fait de ne vivre que des évé­ne­ments moyens et com­muns, a dû être la for­ce la plus puis­san­te de tou­tes cel­les qui ont domi­né l’homme jusqu’ici. Les hom­mes les plus sem­bla­bles et les plus ordi­nai­res eurent tou­jours et ont enco­re l’avantage ; l’élite, les hom­mes raf­fi­nés et rares, plus dif­fi­ci­les à com­pren­dre, cou­rent le ris­que de res­ter seuls et, à cau­se de leur iso­le­ment, ils suc­com­bent aux dan­gers et se repro­dui­sent rare­ment. Il faut fai­re appel à de pro­di­gieu­ses for­ces adver­ses pour entra­ver ce natu­rel, trop natu­rel, pro­gres­sus in simi­le, le déve­lop­pe­ment de l’homme vers le sem­bla­ble, l’ordinaire, le médio­cre, le trou­peau — le com­mun !”

Frie­dri­ch Nietz­sche, Par-delà le bien et le mal (Jen­seits von Gut und Böse — Vor­spiel einer Phi­lo­so­phie der Zukunft), 1886

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Eloge de la patrie

Rien n’est plus doux que la patrie, dit un com­mun pro­ver­be. Est-il en effet rien de plus aima­ble, de plus augus­te, de plus divin ? Seule­ment, tout ce que les hom­mes regar­dent com­me divin et augus­te, n’est tel qu’en rai­son de la patrie, cau­se et maî­tres­se sou­ve­rai­ne, qui don­ne à cha­cun la nais­san­ce, la nour­ri­tu­re et l’éducation. On peut admi­rer la gran­deur, la beau­té et la magni­fi­cen­ce des autres cités ; mais on ne ché­rit que cel­le où l’on a reçu le jour ; et, de tous les voya­geurs qu’entraîne le plai­sir de voir un spec­ta­cle agréa­ble, il n’en est aucun qui se lais­se sédui­re par les mer­veilles qu’il trou­ve chez les autres peu­ples, au point d’oublier entiè­re­ment le lieu de sa nais­san­ce.

[…] C’est dans la patrie que cha­cun de nous a vu d’abord lui­re le soleil. Ce dieu, géné­ra­le­ment ado­ré de tous les hom­mes, est enco­re en par­ti­cu­lier le dieu de leur patrie ; sans dou­te par­ce que c’est là qu’ils ont com­men­cé à jouir de son aspect, arti­cu­lé les pre­miers sons, répé­té le lan­ga­ge de leurs parents, appris à connaî­tre les dieux. Si la patrie que le sort nous a don­née est tel­le que nous ayons besoin d’aller pui­ser ailleurs une édu­ca­tion plus rele­vée, c’est enco­re à elle que nous devons savoir gré de cet­te édu­ca­tion, puis­que sans elle nous n’eussions pas connu le nom de cet­te vil­le ; nous ne nous serions pas dou­tés de son exis­ten­ce.

Si l’on veut bien com­pren­dre l’attachement que de bons citoyens doi­vent avoir pour la patrie, il faut s’adresser à ceux qui sont nés dans un autre pays. Les étran­gers, com­me des enfants illé­gi­ti­mes, chan­gent faci­le­ment de séjour ; le nom de patrie, loin de leur être cher, leur est incon­nu. Par­tout où ils espè­rent se pro­cu­rer plus abon­dam­ment de quoi suf­fi­re à leurs besoins, ils s’y trans­por­tent, et met­tent leur bon­heur dans la satis­fac­tion de leurs appé­tits. Mais ceux pour qui la patrie est une mère, ché­ris­sent la ter­re qui les a nour­ris, fût-elle peti­te, âpre, sté­ri­le. S’ils ne peu­vent en louer la fer­ti­li­té, ils ne man­que­ront pas d’autre matiè­re à leurs élo­ges. Enten­dent-ils d’autres peu­ples louer, van­ter leurs vas­tes prai­ries émaillées de mil­le fleurs, ils n’oublient point de louer aus­si le lieu de leur nais­san­ce, et, dédai­gnant la contrée qui nour­rit les cour­siers, ils célè­brent le pays qui nour­rit la jeu­nes­se.

Oui, tous les hom­mes s’empressent de retour­ner dans leur patrie, jusqu’à l’insulaire, qui pour­rait jouir ailleurs de la féli­ci­té ; il refu­se l’immortalité qui pour­rait lui est offer­te, il pré­fè­re un tom­beau dans la ter­re nata­le, et la fumée de sa patrie lui paraît plus brillan­te que le feu qui luit dans un autre pays.

La patrie est donc pour tous les hom­mes un bien si pré­cieux, que par­tout les légis­la­teurs ont pro­non­cé contre les plus grands cri­mes, com­me la pei­ne la plus ter­ri­ble, l’exil. Et il n’y a pas que les légis­la­teurs qui pen­sent ain­si : les chefs d’armée qui veu­lent entraî­ner leurs trou­pes ran­gées pour la bataille, ne trou­vent rien à leur dire que ces mots : « Vous com­bat­tez pour votre pays ! » Il n’y a per­son­ne qui, en les enten­dant, veuille être lâche ; et le sol­dat timi­de se sent du cœur au nom de la patrie.”

Lucien de Samo­sa­te, v. 120–180

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Empire

Qu’est-ce qui dis­tin­gue fon­da­men­ta­le­ment l’Empire de la nation ? C’est d’abord le fait que l’Empire n’est pas seule­ment un ter­ri­toi­re, mais aus­si, et même essen­tiel­le­ment, un prin­ci­pe ou une idée. […] L’essentiel tient au fait que l’empereur tient son pou­voir de ce qu’il incar­ne un prin­ci­pe qui excè­de la sim­ple pos­ses­sion. En tant que domi­nus mun­di, il est le suze­rain des prin­ces et des rois, c’est-à-dire qu’il règne sur des sou­ve­rains, non sur des ter­ri­toi­res, et repré­sen­te une puis­san­ce trans­cen­dant les com­mu­nau­tés fédé­rées dont il assu­me la direc­tion. […] Evo­la rap­pel­le éga­le­ment que « l’ancienne notion romai­ne de l’impe­rium, avant d’exprimer un sys­tè­me d’hégémonie ter­ri­to­ria­le supra­na­tio­na­le, dési­gne la pure puis­san­ce du com­man­de­ment, la for­ce qua­si mys­ti­que de l’auc­to­ri­tas » […]

L’Empire vise à uni­fier à un niveau supé­rieur sans sup­pri­mer la diver­si­té des cultu­res, des eth­nies et des peu­ples. Il cher­che à asso­cier les peu­ples à une com­mu­nau­té de des­tin, sans pour autant les rédui­re à l’identique. Il est un tout où les par­ties sont d’autant plus auto­no­mes que ce qui les réunit est plus soli­de – et ces par­ties qui le consti­tuent res­tent des ensem­bles orga­ni­ques dif­fé­ren­ciés. Moel­ler van den Bru­ck pla­çait l’Empire sous le signe de l’unité des contrai­res, et c’est une ima­ge qu’on peut en effet rete­nir. Julius Evo­la, lui, défi­nis­sait l’Empire com­me « une orga­ni­sa­tion supra­na­tio­na­le tel­le que l’unité n’agisse pas dans le sens d’une des­truc­tion et d’un nivel­le­ment de la mul­ti­pli­ci­té eth­ni­que et cultu­rel­le qu’elle englo­be ». C’est l’image clas­si­que de l’uni­ver­si­tas, par oppo­si­tion à la socie­tas uni­tai­re et cen­tra­li­sée. La dif­fé­ren­ce n’y est pas abo­lie, mais inté­grée.”

Alain de Benoist, L’empire inté­rieur, Fata Mor­ga­na, 1995

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Emprunte

« Il fau­drait éri­ger le conseil de Baden-Powell en prin­ci­pe : ‘Lorsqu’on quit­te un lieu de bivouac, pren­dre soin de lais­ser deux cho­ses. Pre­miè­re­ment : rien. Deuxiè­me­ment : ses remer­cie­ments.’ L’essentiel ? Ne pas peser trop à la sur­fa­ce du glo­be. »

Syl­vain Tes­son, Dans les forêts de Sibé­rie, édi­tions Gal­li­mard, 2011

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ENA

A l’ENA, on ne leur a pas appris la dif­fé­ren­ce entre la poli­ti­que et le poli­ti­que. On leur a seule­ment par­lé de régi­mes poli­ti­ques, de pra­ti­que gou­ver­ne­men­ta­le et de météo­ro­lo­gie élec­to­ra­le. La plu­part d’entre eux s’imaginent que la poli­ti­que se réduit à une ges­tion admi­nis­tra­ti­ve ins­pi­rée du mana­ge­ment des gran­des entre­pri­ses. C’est, là, confon­dre le gou­ver­ne­ment des hom­mes avec l’administration des cho­ses, et croi­re qu’il faut s’en remet­tre à l’avis des tech­ni­ciens et des experts. Dans une tel­le opti­que, il n’y aurait pour cha­que pro­blè­me poli­ti­que qu’une seule solu­tion opti­ma­le : « Il n’y a pas d’alternative » est un mot d’ordre typi­que­ment impo­li­ti­que. En poli­ti­que, il y a tou­jours des alter­na­ti­ves par­ce qu’un même fait peut tou­jours être jugé dif­fé­rem­ment selon le contex­te et les cri­tè­res d’appréciation rete­nus. Une autre for­me clas­si­que d’impolitique consis­te à croi­re que les fins du poli­ti­que peu­vent être déter­mi­nées par des caté­go­ries qui lui sont étran­gè­res – éco­no­mi­ques, esthé­ti­ques ou mora­les par exem­ple. En réa­li­té, cha­que acti­vi­té humai­ne a sa pro­pre fina­li­té, sa pro­pre mora­le et ses pro­pres moyens. Dire qu’il y a une essen­ce du poli­ti­que, c’est dire que la poli­ti­que est une acti­vi­té consub­stan­tiel­le à l’existence humai­ne au seul motif que l’homme est, par natu­re, un ani­mal poli­ti­que et social, et que la socié­té ne déri­ve pas, contrai­re­ment à ce qu’affirment les théo­ri­ciens du contrat, d’un « état de natu­re » pré­po­li­ti­que ou pré­so­cial. [Pour] Julien Freund, com­me tou­te acti­vi­té humai­ne, la poli­ti­que pos­sè­de des pré­sup­po­sés, c’est-à-dire des condi­tions consti­tu­ti­ves qui font qu’elle est ce qu’elle est, et non pas autre cho­se. Freund en retient trois : la rela­tion du com­man­de­ment et de l’obéissance, la rela­tion du public et du pri­vé, enfin la rela­tion de l’ami et de l’ennemi. Cet­te der­niè­re rela­tion est déter­mi­nan­te, car il n’y a de poli­ti­que que là où il y a pos­si­bi­li­té d’un enne­mi. Si, com­me le dit Clau­se­witz, la guer­re est la pour­sui­te de la poli­ti­que par d’autres moyens, c’est que le poli­ti­que est intrin­sè­que­ment conflic­tuel. Il en résul­te qu’un mon­de sans fron­tiè­res serait un mon­de d’où le poli­ti­que aurait dis­pa­ru. C’est en ce sens qu’un État mon­dial est une absur­di­té.”

Alain de Benoist, entre­tien avec Nico­las Gau­thier, Bou­le­vard Vol­tai­re, 12 sep­tem­bre 2014

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Ennemi

La guer­re tuait les jeu­nes gens. Cer­tes. La paix conti­nuée tue et vide la jeu­nes­se. Et puis la guer­re dési­gne l’Autre. L’ennemi. Je ne suis un indi­vi­du que si l’autre exis­te et mon être s’exaspère d’autant plus fort et d’autant plus haut que cet autre à moi s’oppose et se refu­se. L’ennemi m’est néces­sai­re : il me tient dans mes défi­ni­tions, m’oblige à me vou­loir, me for­ce à des­si­ner le trait qui me cer­ne et à l’intérieur duquel vit, d’une vraie vie, ma dif­fé­ren­ce.”

Jean Cau, La gran­de pros­ti­tuée, La Table Ron­de, 1974

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Engament — voir aussi Militantisme

A quoi sert le mili­tan­tis­me ? Rare­ment à fai­re avan­cer la cau­se que l’on défend, mais avant tout à se for­mer soi-même. A se doter d’un carac­tè­re. A se struc­tu­rer, phy­si­que­ment et men­ta­le­ment. Le mili­tan­tis­me est une éco­le. Le mili­tan­tis­me est un don de soi. Mais il peut aus­si être une alié­na­tion. Il aliè­ne cha­que fois qu’il empê­che de pen­ser par soi-même. […] Il per­met d’acquérir une armu­re, mais peut fai­re oublier que la cui­ras­se n’est pas le corps. Il y a une énor­me dif­fé­ren­ce entre un esprit enga­gé et un esprit par­ti­san. Même au ser­vi­ce de la meilleu­re des cau­ses, un esprit par­ti­san n’est jamais un esprit libre. L’important est de tou­jours s’engager à temps com­plet, avec dés­in­té­res­se­ment. La prio­ri­té, c’est tou­jours l’au-delà de soi.”

Alain de Benoist, ID maga­zi­ne, n°9, prin­temps 2007

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Enracinement

L’enracinement est peut-être le besoin le plus impor­tant et le plus mécon­nu de l’âme humai­ne. C’est un des plus dif­fi­ci­les à défi­nir. Un être humain a une raci­ne par sa par­ti­ci­pa­tion réel­le, acti­ve et natu­rel­le à l’existence d’une col­lec­ti­vi­té qui conser­ve vivants cer­tains tré­sors du pas­sé et cer­tains pres­sen­ti­ments d’avenir. […]

Les échan­ges d’influences entre milieux très dif­fé­rents ne sont pas moins indis­pen­sa­bles que l’enracinement dans l’entourage natu­rel. Mais un milieu déter­mi­né doit rece­voir une influen­ce exté­rieu­re non pas com­me un apport, mais com­me un sti­mu­lant qui ren­de sa vie pro­pre plus inten­se. Il ne doit se nour­rir des apports exté­rieurs qu’après les avoir digé­rés, et les indi­vi­dus qui le com­po­sent ne doi­vent les rece­voir qu’à tra­vers lui.”

Simo­ne Weil, L’Enracinement, 1943, éd. Gal­li­mard 1949

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Ensauvagement

Bien sûr, cer­tains fac­teurs contri­buent au malai­se gran­dis­sant qui tra­ver­se notre socié­té ; mais ni les ten­sions éco­no­mi­ques, ni le dis­cré­dit poli­ti­que, ni les dif­fi­cul­tés d’intégration n’expliquent à eux seuls cet « ensau­va­ge­ment » lar­ge­ment consta­té et décrit. Nous ne voyons pas qu’il pro­vient essen­tiel­le­ment d’une rup­tu­re de la trans­mis­sion, d’un aban­don de notre pro­pre civi­li­sa­tion — dont tous les symp­tô­mes de la cri­se ne sont que des consé­quen­ces, pro­ches ou loin­tai­nes. Nous ne vou­lons pas voir que l’enjeu est d’abord cultu­rel. Com­me si une géné­ra­tion qui s’est inter­dit de trans­met­tre ne par­ve­nait pas à com­pren­dre que, en refu­sant de fai­re des héri­tiers, en pri­vant ses enfants de la cultu­re qu’elle avait reçue, elle pre­nait le ris­que de les déshé­ri­ter d’eux-mêmes — de les déshé­ri­ter de leur pro­pre huma­ni­té. Nous nous som­mes pas­sion­nés pour le dou­te car­té­sien et l’universelle cor­ro­sion de l’esprit cri­ti­que, deve­nus des fins en eux-mêmes ; nous avons pré­fé­ré, avec Rous­seau, renon­cer à notre posi­tion d’adultes pour ne pas entra­ver la liber­té des enfants ; nous avons repro­ché à la cultu­re d’être dis­cri­mi­na­toi­re, com­me Bour­dieu, et nous avons contes­té la dis­ci­pli­ne qu’elle repré­sen­tait. Et nous avons fait naî­tre, com­me il aurait fal­lu le pré­voir, « des sau­va­ges faits pour habi­ter dans les vil­les ».”

Fran­çois-Xavier Bel­la­my, Les Déshé­ri­tés ou l’urgence de trans­met­tre, Plon 2014

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Epée magique

Fai­re une œuvre de vie de ce qui était let­tre mor­te, com­pren­dre ce que l’on est, décou­vrir com­ment vivre et agir selon notre tra­di­tion, voi­là notre tâche. Ce n’est pas seule­ment un préa­la­ble à l’action. La pen­sée est l’action.

Notre mon­de ne sera pas sau­vé par des savants aveu­gles ou des éru­dits bla­sés. Il sera sau­vé par des poè­tes et des com­bat­tants, par ceux qui auront for­gé l’« épée magi­que » dont par­lait Ernst Jün­ger, l’épée spi­ri­tuel­le qui fait pâlir les mons­tres et les tyrans. Notre mon­de sera sau­vé par les veilleurs pos­tés aux fron­tiè­res du royau­me et du temps.”

Domi­ni­que Ven­ner, His­toi­re et tra­di­tion des Euro­péens, édi­tions du Rocher, 2002

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Epiciers

Quel­le malé­dic­tion a frap­pé l’Occident pour qu’au ter­me de son essor il ne pro­dui­se que ces hom­mes d’affaires, ces épi­ciers, ces com­bi­nards aux regards nuls et aux sou­ri­res atro­phiés, que l’on ren­con­tre par­tout, en Ita­lie com­me en Fran­ce, en Angle­ter­re de même qu’en Alle­ma­gne ? Est-ce à ces dégé­né­rés que devait abou­tir une civi­li­sa­tion aus­si déli­ca­te, aus­si com­plexe ? Peut-être fal­lait-il en pas­ser par là, par l’abjection, pour pou­voir ima­gi­ner un autre gen­re d’hommes.”

Emil Cio­ran, His­toi­re et uto­pie, 1960

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Eres de force

Des temps sans art ni phi­lo­so­phie dignes de ce nom peu­vent enco­re être des ères de for­ce ; ce sont les Romains qui nous l’ont appris.”

Oswald Spen­gler, Pen­sées, in Ecrits his­to­ri­ques et phi­lo­so­phi­ques, édi­tions Coper­nic, 1980

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Ermite

La retrai­te est révol­te. Gagner sa caba­ne, c’est dis­pa­raî­tre des écrans de contrô­le. L’ermite s’efface Il n’envoie plus de tra­ces numé­ri­ques, plus de signaux télé­pho­ni­ques, plus d’impulsions ban­cai­res. Il se défait de tou­te iden­ti­té. Il pra­ti­que un hacking à l’envers, sort du grand jeu. Nul besoin d’ailleurs de gagner la forêt. L’ascétisme révo­lu­tion­nai­re se pra­ti­que en milieu urbain. La socié­té de consom­ma­tion offre le choix de s’y confor­mer. Il suf­fit d’un peu de dis­ci­pli­ne. Dans l’abondance, libre aux uns de vivre en pous­sah mais libre aux autres de jouer les moi­nes et de vivre amai­gris dans le mur­mu­re des livres. Ceux-ci recou­rent alors aux forêts inté­rieu­res sans quit­ter leur appar­te­ment.”

Syl­vain Tes­son, Dans les forêts de Sibé­rie, Gal­li­mard, 2011

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Esclave

Tout escla­ve a en main le pou­voir de bri­ser sa ser­vi­tu­de.”

William Sha­kes­pea­re, Jules César, 1623

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Esclaves

S’il y a jamais eu une civi­li­sa­tion d’esclaves dans les gran­des lar­geurs, c’est bien la civi­li­sa­tion moder­ne. Aucu­ne cultu­re tra­di­tion­nel­le n’a vu d’aussi gran­des mas­ses condam­nées à un tra­vail aveu­gle, auto­ma­ti­que et sans âme : escla­va­ge qui n’a même pas pour contre­par­tie la hau­te sta­tu­re et la réa­li­té tan­gi­ble de figu­res de sei­gneurs et de domi­na­teurs, mais est impo­sé de façon ano­di­ne à tra­vers la tyran­nie du fac­teur éco­no­mi­que et des struc­tu­res d’une socié­té plus ou moins col­lec­ti­vi­sée.”

Julius Evo­la, Révol­te contre le mon­de moder­ne (Rivol­ta contro il mon­do moder­no), 1934

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Espace vital — voir aussi : Instinct de survie

Le pre­mier ins­tinct humain est l’instinct de sur­vie, et cet ins­tinct empor­te tout sur son pas­sa­ge ; nous aurions dû appren­dre pour tou­jours ce que la peur pour l’espace vital peut déclen­cher dans un peu­ple qui pou­vait se récla­mer de la plus hau­te civi­li­sa­tion du mon­de, nous aurons demain à appren­dre ce que la réa­li­té des mena­ces pour l’espace vital et la digni­té des hom­mes peut pro­vo­quer chez ceux qui se sen­ti­ront mena­cés dans leur sur­vie par la sur­po­pu­la­tion et l’entassement humain du futur. La loi de l’intérêt indi­vi­duel, les pas­sions de tou­te natu­re ne sont que les habilla­ges que l’abondance per­met d’élaborer autour de cet­te pas­sion sim­ple : sur­vi­vre. Il est pos­si­ble que la scien­ce poli­ti­que de demain ait à oublier bien des véri­tés qui n’étaient que le fait de la riches­se, de la sûre­té du len­de­main et de la sur­vie, pour redé­cou­vrir quel­ques aspects des socié­tés humai­nes que nous avons depuis long­temps oubliés.”

Her­vé Juvin, Le ren­ver­se­ment du mon­de – Poli­ti­que de la cri­se, Gal­li­mard, 2010

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Espoir

L’espoir est une ver­tu d’esclaves.”

Emil Cio­ran, Pré­cis de décom­po­si­tion, 1949

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Esprit

Un hom­me d’esprit est per­du s’il ne joint pas à l’esprit l’énergie de carac­tè­re. Quand on a la lan­ter­ne de Dio­gè­ne, il faut avoir un bâton.”

Cham­fort, Maxi­mes et pen­sées, Edi­tions Riche­lieu, 1953

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Esprit grec

Nous en reve­nons tous aujourd’hui à ces inter­pré­ta­tions fon­da­men­ta­les de l’univers que l’esprit grec a inven­tées par le moyen d’Anaximandre, d’Héraclite, de Par­mé­ni­de, d’Empédocle, de Démo­cri­te et d’Anaxagore ; nous deve­nons plus grecs de jour en jour.”

Frie­dri­ch Nietz­sche, La Volon­té de puis­san­ce (Der Wille zur Macht. Ver­su­ch einer Umwer­tung aller Wer­te), 1901

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Essaim

Ce qui n’est pas uti­le à l’essaim n’est pas non plus uti­le à l’abeille.”

Marc Aurè­le, Pen­sées, VI, 54, vers 170–180

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Essentiel

Rece­vez sans les comp­ter les dons de cha­que jour, et ne vous occu­pez pas de ceux du len­de­main. L’essentiel est de res­ter digne et grand ; la mort est moins mor­tel­le que la bas­ses­se et la lâche­té.”

Jean-René Hugue­nin, Jour­nal, 1964

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Etat

L’Etat est jus­te, lors­que cha­cun des trois ordres qui le com­po­sent rem­plit le devoir qui lui est pro­pre, et qu’il est en lui-même tem­pé­rant, cou­ra­geux et sage, par cer­tains dis­po­si­tions et qua­li­tés rela­ti­ves à ces trois ordres.”

Socra­te selon Pla­ton, Phé­don, 81a-82c, IVe siè­cle av. notre ère

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Etat

Le fon­de­ment de tout véri­ta­ble Etat, c’est la trans­cen­dan­ce de son prin­ci­pe, c’est-à-dire du prin­ci­pe de la sou­ve­rai­ne­té, de l’autorité et de la légi­ti­mi­té.”

Julius Evo­la, Les Hom­mes au milieu des rui­nes (Gli uomi­ni e le rovi­ne), 1953

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Etat

Tout Etat est un vais­seau mys­té­rieux qui a ses ancres dans le ciel.”

Antoi­ne de Riva­rol, Dis­cours sur l’homme intel­lec­tuel et moral, 1797

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Etatisme

Désor­mais, il n’y a plus dans la com­mu­nau­té que des auto­ma­tes manœu­vrés d’en haut, des rési­dus infi­ni­ment petits de l’homme, des âmes muti­lées, pas­si­ves et pour ain­si, mor­tes. Ins­ti­tué pour pré­ser­ver les per­son­nes, l’État les a tou­tes anéan­ties. Ins­ti­tué pour pré­ser­ver les pro­prié­tés, l’État les confis­que tou­tes.”

Hyp­po­li­te Tai­ne, Les ori­gi­nes de la Fran­ce contem­po­rai­ne, III – Le régi­me moder­ne, 1890

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Etat moderne

Le pro­jet de l’État moder­ne, liqui­da­teur de tout ce qui s’immisce entre lui et les indi­vi­dus, s’est paré de la pro­tec­tion des droits de l’individu.”

Her­vé Juvin, La gran­de sépa­ra­tion, Gal­li­mard, 2013

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Etats d’âme

L’héroïsme n’affronte pas seule­ment des enne­mis concrets, mais aus­si des états de l’âme.”

Oswald Spen­gler, Pen­sées, in Ecrits his­to­ri­ques et phi­lo­so­phi­ques, édi­tions Coper­nic, 1980

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Etats-Unis

Les Etats-Unis tien­nent le rôle d’un empi­re, mais ne sont pas un empi­re. Ils n’ont ni pro­jet ni éli­te pour le mener à bien. Ils se sont consti­tués contre l’histoire, et leur seul but, c’est d’en finir dans le mon­de entier avec elle, c’est-à-dire la diver­si­té des peu­ples et des héri­ta­ges, la diver­si­té aus­si des for­mu­les poli­ti­ques. […] Uto­pie qui empor­te assez faci­le­ment l’adhésion super­fi­ciel­le de tous ceux qui ne réflé­chis­sent pas à ce qu’elle repré­sen­te, et en par­ti­cu­lier au sys­tè­me de contrain­tes et de confor­mis­me qui serait exi­gé.”

Tho­mas Mol­nar, Amé­ri­ca­no­lo­gie, Ed de l’Age d’Homme, 1991

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Eternel

Notre vie sur ter­re ne consti­tue nul­le­ment un but en soi, mais n’est seule­ment qu’une par­cel­le infi­me de notre être éter­nel, qui nous pous­se gra­duel­le­ment, par la len­te action du temps, vers le divin. ”

Robert Steu­kers, pré­fa­ce du Pèle­rin entre deux mon­des de Wal­ter Flex, 1916

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Eterniser

« Ce qui don­ne un sens à notre com­por­te­ment à l’égard de la vie est la fidé­li­té à un cer­tain ins­tant et notre effort pour éter­ni­ser cet ins­tant… »

Yukio Mishi­ma, Le Pavillon d’or (Kin­ka­ku­ji), 1956

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Eternité

L’histoire est créa­tri­ce de sens. À l’éphémère de la condi­tion humai­ne, elle oppo­se le sen­ti­ment d’éternité des géné­ra­tions et des tra­di­tions. En sau­vant de l’oubli le sou­ve­nir des pères, elle enga­ge l’avenir. Elle accom­plit un désir de pos­té­ri­té inhé­rent aux hom­mes, le désir de sur­vi­vre à sa pro­pre mort. Ce désir a pour objet la mémoi­re des géné­ra­tions futu­res. C’est en espé­rant y lais­ser une tra­ce que l’on s’efforce de for­ger l’avenir. Avec la per­pé­tua­tion d’une lignée, cela fut l’un des moyens conçus par nos ancê­tres pour échap­per au sen­ti­ment de leur pro­pre fini­tu­de.”

Domi­ni­que Ven­ner, His­toi­re et tra­di­tion des Euro­péens, édi­tions du Rocher, 2002

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Eternité

- Il en fut tou­jours ain­si, il en sera tou­jours ain­si ; la puis­san­ce et l’argent, le temps et le mon­de appar­tien­nent aux petits, aux mes­quins, et les autres, les êtres humains véri­ta­bles, n’ont rien. Rien que la mort.
— Pas autre cho­se ?
— Si, l’éternité.”

Her­mann Hes­se, in Romans et Nou­vel­les, Le Livre de poche, 2002

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Ethique

Ils fai­saient preu­ve ain­si de deux qua­li­tés que tout hom­me digne de ce nom réunit : l’amour de la vie et le mépris de la mort.”

Ernst Jün­ger, Lieu­te­nant Sturm (Sturm), 1923/1963, édi­tions Vivia­ne Hamy, 1991

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Ethique de la volonté

Alors que tant d’hommes se font les escla­ves de leur vie, mon ges­te incar­ne une éthi­que de la volon­té. Je me don­ne la mort afin de réveiller les conscien­ces assou­pies. Je m’insurge contre la fata­li­té. Je m’insurge contre les poi­sons de l’âme et contre les dési­rs indi­vi­duels enva­his­sants qui détrui­sent nos ancra­ges iden­ti­tai­res et notam­ment la famil­le, socle inti­me de notre civi­li­sa­tion mul­ti­mil­lé­nai­re. Alors que je défends l’identité de tous les peu­ples chez eux, je m’insurge aus­si contre le cri­me visant au rem­pla­ce­ment de nos popu­la­tions.”

Domi­ni­que Ven­ner, “Les rai­sons d’une mort volon­tai­re”, der­niè­re let­tre, 21 mai 2013

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Etrangers

Tant que ne se concré­ti­se pas le péril d’une inva­sion ou d’une dis­pa­ri­tion par assi­mi­la­tion ou métis­sa­ge, les peu­ples n’ont aucu­ne rai­son de se méfier des étran­gers. Bien au contrai­re, ils les reçoi­vent dans le res­pect des lois de l’hospitalité. Tout chan­ge évi­dem­ment du jour où ils décou­vrent que l’hôte en pro­fi­te pour leur pren­dre leur fem­me ou leur fille, rafler leur bétail, les chas­ser de leur mai­son et s’emparer peut-être de l’âme de leur fils.”

Domi­ni­que Ven­ner, His­toi­re et tra­di­tion des Euro­péens, édi­tions Du Rocher, 2002

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Etre

Il faut pen­ser et dire que ce qui est ; car il y a être : il n’y a pas de non-être ; voi­là ce que je t’ordonne de pro­cla­mer. Je te détour­ne de cet­te voie de recher­che, où les mor­tels qui ne savent rien s’égarent […]. Ils vont sourds et aveu­gles, stu­pi­des et sans juge­ment ; ils croient qu’être et ne pas être est la même cho­se […].”

Par­mé­ni­de, De la natu­re, frag­ment B VIII, fin VIe-milieu du Ve siè­cle av. notre ère

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Etre

Ne méri­tent le nom d’hommes que ceux qui savent ce qu’ils sont et ce qu’ils veu­lent deve­nir.
Non pas rêver ma vie, mais fai­re vivre mes rêves.”

Jean-René Hugue­nin, Jour­nal, 1964

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Etre organisé

« La condi­tion par excel­len­ce de la vie, de la san­té et de la for­ce chez l’être orga­ni­sé, est l’action. C’est par l’action qu’il déve­lop­pe ses facul­tés, qu’il en aug­men­te l’énergie, et qu’il atteint la plé­ni­tu­de de sa des­ti­née. »
Pier­re-Jose­ph Prou­dhon, La guer­re et la paix, 1861

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Etre un homme

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te met­tre à rebâ­tir,
Ou per­dre d’un seul coup le gain de cent par­ties
Sans un ges­te et sans un sou­pir. […]
Si tu sais médi­ter, obser­ver et connaî­tre
Sans jamais deve­nir scep­ti­que ou des­truc­teur,
Rêver, mais sans lais­ser le rêve être ton maî­tre,
Pen­ser sans n’être qu’un pen­seur ;
Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être bra­ve et jamais impru­dent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage
Sans être moral ni pédant ;
Si tu peux ren­con­trer Triom­phe après Défai­te
Et rece­voir ces deux men­teurs d’un même front,
Si tu peux conser­ver ton cou­ra­ge et ta tête
Quand tous les autres les per­dront,
Alors les Rois, les Dieux, la Chan­ce et la Vic­toi­re
Seront à tout jamais tes escla­ves sou­mis
Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloi­re,
Tu seras un hom­me, mon fils.”

Rudyard Kipling, If, 1895, in Rewards and Fai­ries, 1910 (tra­duc­tion d’André Mau­rois)

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Europe

Si la construc­tion de l’Europe a un sens, c’est prin­ci­pa­le­ment à condi­tion que l’Europe sache inven­ter une solu­tion ori­gi­na­le au malai­se de la socié­té de consom­ma­tion, en s’inspirant de son expé­rien­ce et de ses tra­di­tions. […] La mis­sion de l’Europe est de construi­re les digues qui cana­li­se­ront la socié­té de consom­ma­tion. Nous avons besoin d’établir quel­que pou­voir, à défaut de quel­que dieu, au-des­sus des ingé­nieurs du mon­de moder­ne, au-des­sus de l’empire des stocks et des bilans.”

Mau­ri­ce Bar­dè­che, Spar­te et les Sudis­tes, Les Sept Cou­leurs, 1969

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Europe contemporaine

Notre Euro­pe contem­po­rai­ne, ce foyer d’un effort sou­dain et irré­flé­chi, pour mélan­ger radi­ca­le­ment les rangs et, par consé­quent, les races, est, par cela même, scep­ti­que du haut en bas de l’échelle, tan­tôt ani­mée de ce scep­ti­cis­me noble qui, impa­tient et las­cif, sau­te d’une bran­che à l’autre, tan­tôt trou­blé et com­me obs­cur­ci par un nua­ge de ques­tions — et par­fois las de sa volon­té à en mou­rir ! Para­ly­sie de la volon­té, où ne ren­con­tre-t-on pas aujourd’hui cet­te infir­mi­té !”

Frie­dri­ch Nietz­sche, Par-delà le bien et le mal (Jen­seits von Gut und Böse — Vor­spiel einer Phi­lo­so­phie der Zukunft), 1886

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Europe (impériale)

Pour moi le tré­sor du mon­de, c’est une infan­te de Veláz­quez, un opé­ra de Wag­ner ou une cathé­dra­le gothi­que. C’est un cal­vai­re bre­ton ou une nécro­po­le de Cham­pa­gne. C’est le roman­ce­ro du Cid ou le visa­ge hugo­lien de « l’enfant grec ». C’est le tom­beau des Inva­li­des ou le grand aigle de Schön­brunn, l’Alcazar de Tolè­de ou le Coli­sée de Rome, la tour de Lon­dres ou cel­le de Gala­ta, le sang de Buda­pest ou le qua­dri­ge orgueilleux de la por­te de Bran­de­bourg, deve­nue le pos­te fron­tiè­re de l’Europe muti­lée. Pour ces pier­res, ces aigles et ces croix ; pour la mémoi­re de l’héroïsme et du génie de nos pères ; pour notre ter­re mena­cée d’esclavage et le sou­ve­nir d’un plus grand pas­sé, lec­teurs, la lut­te ne sera jamais vai­ne. Frê­le Gene­viè­ve de Paris, patron­ne de l’Europe, seule contre les hor­des de l’Est, tu sym­bo­li­ses notre esprit de résis­tan­ce. Et toi, Alexan­dre, vain­queur blond au visa­ge de dieu, Macé­do­nien aux dix mil­le fidè­les, toi qui conquis le mon­de orien­tal avec ta foi et ton épée, debout dres­sé contre le des­tin et l’Histoire, tu sym­bo­li­se­ras peut-être un jour le triom­phe de l’Europe impé­ria­le… ”

Jean de Brem, Le tes­ta­ment d’un Euro­péen, La Table Ron­de, 1964

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Européen

L’Occidental n’est que le roua­ge d’un sys­tè­me qui le broie. L’Européen, lui, est l’hériter d’une civi­li­sa­tion tren­te fois mil­lé­nai­re qui va des fres­ques de Las­caux à la fusée Aria­ne, des poi­gnards de bron­ze aux chas­seurs Rafa­le. L’Européen est le frè­re de Faust et de Don Qui­chot­te. Il a été pein­tre à Alta­mi­ra, musi­cien à Ver­sailles ; il a chan­té l’Odys­sée et Beo­wulf ! Il a accla­mé Eschy­le et Raci­ne, il a bâti les cathé­dra­les gothi­ques et les cen­tra­les nucléai­res ! Sa ter­re est fai­te de lan­des et de forêts, de riviè­res et de mon­ta­gnes, tou­tes bruis­san­tes de fées, de génies et de lutins ! Oui, je suis un Euro­péen, mieux un Vieil-Euro­péen !”

Chris­to­pher Gérard, Le Son­ge d’Empédocle, L’Age d’Homme, 2003

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Européanité

Que l’européanité soit une réa­li­té, cela se mani­fes­te déjà au niveau pri­mai­re des sen­sa­tions. Au contact de l’altérité se per­çoit l’identité.

Mais l’européanité est attes­tée aus­si par l’histoire et le carac­tè­re trans­na­tio­nal des grands faits de cultu­re. Au-delà d’un art rupes­tre spé­ci­fi­que à tou­te l’Europe voi­ci déjà 30 000 ans, au-delà des pier­res levées et des grands poè­mes fon­da­teurs, ceux des Hel­lè­nes, des Ger­mains ou des Cel­tes, il n’y a pas une seule gran­de créa­tion col­lec­ti­ve qui, ayant été vécue par l’un des peu­ples de l’ancien espa­ce caro­lin­gien, n’a pas été vécue éga­le­ment par tous les autres. Tout grand mou­ve­ment né dans un pays d’Europe a trou­vé aus­si­tôt son équi­va­lent chez les peu­ples frè­res et nul­le part ailleurs. A cela on mesu­re une com­mu­nau­té de cultu­re et de tra­di­tion que ne peu­vent démen­tir les conflits inter­éta­ti­ques. Les poè­mes épi­ques, la che­va­le­rie, l’amour cour­tois, les liber­tés féo­da­les, les croi­sa­des, l’émergence des vil­les, la révo­lu­tion gothi­que, la Renais­san­ce, la réfor­me et son contrai­re, l’expansion au-delà des mers, la nais­san­ce des États -nations, le baro­que pro­fa­ne et reli­gieux, la poly­pho­nie musi­ca­le, les Lumiè­res, le roman­tis­me, l’univers faus­tien de la tech­ni­que ou l’éveil des natio­na­li­tés… En dépit d’une his­toi­re sou­vent dif­fé­ren­te, les Sla­ves de Rus­sie et des Bal­kans par­ti­ci­pent aus­si de cet­te euro­péa­ni­té. Oui, tous ces grands faits de cultu­re sont com­muns aux Euro­péens et à eux seuls, jalon­nant la tra­me d’une civi­li­sa­tion aujourd’hui détrui­te.”

Domi­ni­que Ven­ner, His­toi­re et tra­di­tion des Euro­péens, édi­tions du Rocher, 2002

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Evénement historique

Un cer­tain héri­ta­ge his­to­ri­que, la for­tu­ne et la virtù sont les trois déter­mi­nants majeurs que l’on peut voir à l’œuvre der­riè­re tous les grands évè­ne­ments de l’histoire.”

Domi­ni­que Ven­ner, His­toi­re et tra­di­tion des Euro­péens, édi­tions du Rocher, 2002

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Evénements

Les évè­ne­ments ne sont jamais abso­lus, leurs résul­tats dépen­dent entiè­re­ment des indi­vi­dus : le mal­heur est un mar­che­pied pour le génie, une pis­ci­ne pour le chré­tien, un tré­sor pour l’homme habi­le, pour les fai­bles un abî­me.”

Hono­ré de Bal­zac, His­toi­re de la gran­deur et de la déca­den­ce de César Birot­teau, 1837

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Excellence

Mais viser l’excellence ne se confond pas avec le vul­gai­re com­pé­ti­tion pour la réus­si­te, les hon­neurs ou l’argent. La com­pé­ti­tion n’est pas le but. Elle est le sti­mu­lant. Cet­te dif­fé­ren­ce per­met de dis­tin­guer entre l’authenticité et son contrai­re, la fier­té, la vani­té.”

Domi­ni­que Ven­ner, Un samou­raï d’Occident. Le Bré­viai­re des insou­mis, édi­tions Pier­re-Guillau­me de Roux, 2013

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Exemplarité

« Ce serait ingra­ti­tu­de de mépri­ser les reli­ques et ima­ges d’hommes si valeu­reux, qui nous don­nent tant de bon­nes ins­truc­tions par leur exem­ple, si nous savons les sui­vre. »

Mon­tai­gne, Essais, 1572–1592

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Exemple

Il y a tou­jours une rou­te. Les autres sont sur la pla­ge ou la pla­ce, à la foi­re ou au mee­ting, au ciné­ma ou… Ecar­te-toi. Prends ce sen­tier que per­son­ne n’emprunte. « Je vais me per­dre ! » Te per­dre où ? Par rap­port à quel­le bor­ne ? Arrê­te de dire des sot­ti­ses. Dès que tu seras enga­gé sur cet­te voie, c’est toi qui es la flè­che et la direc­tion. Tu ne suis pas l’exemple. Tu es l’exemple.”

Jean Cau, Le Che­va­lier, la mort et le dia­ble, La Table Ron­de, 1977

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Exemples

« Ce serait ingra­ti­tu­de de mépri­ser les reli­ques et ima­ges d’hommes si valeu­reux, qui nous don­nent tant de bon­nes ins­truc­tions par leur exem­ple, si nous savons les sui­vre. »
Mon­tai­gne, Les Essais, 1595

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Existence

Life’s but a wal­king sha­dow, a poor player
That struts and frets his hour upon the sta­ge
And then is heard no more. It is a tale
Told by an idiot, full of sound and fury
Signi­fying nothing.”

Sha­kes­pea­re, Mac­be­th (acte V, scè­ne 5), 1606

Trad. : La vie n’est qu’un fan­tô­me errant, un pau­vre comé­dien qui se pava­ne et s’agite son heu­re durant sur la scè­ne, et qu’ensuite on n’entend plus. C’est une his­toi­re contée par un idiot, plei­ne de bruit et de fureur, — et qui ne signi­fie rien.

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Existence

L’homme qui impor­te vit de tel­le maniè­re que son exis­ten­ce soit un sacri­fi­ce à son idée.
Le sens que l’on don­ne à sa pro­pre vie est un témoi­gna­ge de res­pect envers soi-même.”

Oswald Spen­gler, Pen­sées, in Ecrits his­to­ri­ques et phi­lo­so­phi­ques, édi­tions Coper­nic, 1980

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Existence

Un hom­me n’existe et n’a de signi­fi­ca­tion qu’à tra­vers son clan, son peu­ple, sa cité.”

Domi­ni­que Ven­ner, His­toi­re et tra­di­tion des Euro­péens, édi­tions Du Rocher, 2002

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Exister — voir aussi : Combattre

Exis­ter, c’est com­bat­tre ce qui me nie. Être rebel­le, ce n’est pas col­lec­tion­ner des livres impies, rêver de com­plots fan­tas­ma­go­ri­ques ou de maquis dans les Céven­nes. C’est être à soi-même sa pro­pre nor­me. S’en tenir à soi quoi qu’il en coû­te. Veiller à ne jamais gué­rir de sa jeu­nes­se. Pré­fé­rer se met­tre tout le mon­de à dos que se met­tre à plat ven­tre. Pra­ti­quer aus­si en cor­sai­re et sans ver­go­gne le droit de pri­se. Piller dans l’époque tout ce que l’on peut conver­tir à sa nor­me, sans s’arrêter sur les appa­ren­ces. Dans les revers, ne jamais se poser la ques­tion de l’inutilité d’un com­bat per­du.”

Domi­ni­que Ven­ner, Le Cœur rebel­le, Les Bel­les Let­tres, 1994, réédi­tion Pier­re-Guillau­me de Roux, 2014

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Expérience — voir aussi : Lois

C’est l’expérience qui déga­ge­ra les lois, la connais­san­ce des lois ne pré­cè­de jamais l’expérience.”

Saint Exu­pé­ry, Vol de nuit, 1931

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Expérience du divin

Ce n’est pas à par­tir d’un au-delà que la divi­ni­té œuvre dans le for inté­rieur de l’homme, ou dans son âme, mys­té­rieu­se­ment unie à elle. Elle ne fait qu’un avec le mon­de. Elle vient au-devant de l’homme à par­tir des cho­ses du mon­de, quand il est en che­min et prend part au bran­le vivant du mon­de. L’homme fait l’expérience du divin non par un repli sur soi, mais par un mou­ve­ment vers l’extérieur.”

Wal­ter F. Otto, Les dieux de la Grè­ce. La figu­re du divin au miroir de l’esprit grec (Die Göt­ter Grie­chen­lands. Das Bild des Göt­tli­chen im Spie­gel des grie­chi­schen Geis­tes), 1929

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