Lettre D

D

Danger

Aux jeunes gens qui, dans la nuit et le brouillard, quittent la mai­son fami­liale, leur sen­ti­ment dit bien qu’il faut s’en aller très loin à la recherche du dan­ger. Ain­si peuvent appa­raître des per­son­nages qui osent à peine par­ler leur propre langue, si supé­rieure pour­tant : que ce soit celle du poète qui se com­pare lui-même à l’albatros dont les ailes puis­santes, bâties pour la tem­pête, ne sus­citent qu’importune curio­si­té dans un milieu étran­ger où le vent est tom­bé ; ou celle du guer­rier-né qui passe pour un bon à rien parce que la vie des bou­ti­quiers l’emplit de dégoût.”

Ernst Jün­ger, Le Tra­vailleur (Der Arbei­ter), 1931

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Danger

Il mar­chait au dan­ger comme on gra­vit par jeu les mas­sifs pleins de cre­vasses ; il avait en haine les plaines.”

Ernst Jün­ger, Sur les falaises de marbre (Auf den Mar­mork­lip­pen), 1939

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Danger

Là où croît le dan­ger, croît aus­si ce qui sauve.”

Frie­drich Höl­der­lin, in Oeuvres, NRF, La Pléiade, 1967

Debout

La seule véri­té est de se tenir debout quoi qu’il arrive, de faire face à l’absurdité du monde pour lui don­ner une forme et un sens, de tra­vailler et de se battre si l’on est un homme, d’aimer si l’on est une femme.”

Domi­nique Ven­ner, Le Cœur rebelle, édi­tions Les Belles Lettres, 1994, réédi­tion Pierre-Guillaume de Roux, 2014

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Décadence

« La déca­dence c’est quand on com­mence à faire des choix qui ne sont pas favo­rables à soi-même. »
Frie­drich Nietzsche, L’Antéchrist, 1896

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Décadence

La déca­dence d’une socié­té se mesure beau­coup moins à la gran­deur des vices qu’on y pra­tique qu’à la bas­sesse des ver­tus qu’on y honore.”

Thier­ry Maul­nier, Jour­nal “Com­bat”, 1937

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Décadence

Que diriez-vous si les choses étaient telles que l’homme, que les peuples, dans leurs plus grandes affaires et machi­na­tions, aient bien une rela­tion à l’étant, et cepen­dant, soient tom­bés depuis long­temps hors de l’être sans le savoir, et que cela même soit la rai­son la plus inté­rieure et la plus puis­sante de leur déca­dence ?”

Mar­tin Hei­deg­ger, Intro­duc­tion à la méta­phy­sique (Einfüh­rung in die Meta­phy­sik), 1935, 1958 (trad.)

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Décadence

Affai­blis­se­ment d’un peuple ou d’une civi­li­sa­tion résul­tant de causes endo­gènes, et ten­dant à lui faire perdre son iden­ti­té et sa créa­ti­vi­té.

Les causes de la déca­dence sont presque par­tout les mêmes dans l’histoire : indi­vi­dua­lisme et hédo­nisme exces­sifs, amol­lis­se­ment des mœurs, égoïsme social, dévi­ri­li­sa­tion, mépris des valeurs héroïques, intel­lec­tua­li­sa­tion des élites, déclin de l’éducation popu­laire, détour­ne­ment ou aban­don de la spi­ri­tua­li­té et du sacré, etc.

D’autres causes sont fré­quentes : modi­fi­ca­tion du sub­strat eth­nique, dégé­né­res­cence des aris­to­cra­ties natu­relles, perte de la mémoire his­to­rique, oubli des valeurs fon­da­trices. La déca­dence sur­vient lorsque le sou­ci du main­tien dans l’histoire de la com­mu­nau­té-du-peuple s’estompe, lorsque les liens com­mu­nau­taires de soli­da­ri­té et de lignage s’affaiblissent. Pour résu­mer, on peut dire que la déca­dence voit des symp­tômes appa­rem­ment contraires se conju­guer : l’excessive intel­lec­tua­li­sa­tion des élites, de plus en plus cou­pées du réel, et la pri­mi­ti­vi­sa­tion du peuple. Panem et cir­censes…

L’Europe connaît aujourd’hui une telle situa­tion. La plu­part du temps, la déca­dence est mal per­çue comme telle et refu­sée par ses contem­po­rains. Ceux qui la dénoncent sont assi­mi­lés à des pro­phètes de mal­heur. Les époques de déca­dence se parent sou­vent du masque de la renais­sance. Ces atti­tudes sont des com­por­te­ments de conju­ra­tion du réel, d’occultation des symp­tômes dans le but de ras­su­rer.
Aucune déca­dence ne doit être consi­dé­rée comme irré­ver­sible. Il faut culti­ver l’optimisme tra­gique de Nietzsche. « Paris-Mar­seille en un quart d’heure, c’est for­mi­dable ! Car vos fils et vos filles peuvent cre­ver, le grand pro­blème à résoudre sera tou­jours de trans­por­ter vos viandes à la vitesse de l’éclair. Que fuyez-vous donc, imbé­ciles ? Hélas, c’est vous que vous fuyez, vous-mêmes ».”

Georges Ber­na­nos, La France contre les robots, 1947

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Déclin du courage

Cha­cun se voit assu­rer l’indépendance par rap­port à de nom­breuses formes de pres­sion éta­tique, la majo­ri­té dis­pose d’un confort dont nos pères et nos grands-pères n’avaient aucune idée, on peut désor­mais éle­ver la jeu­nesse dans l’esprit des nou­veaux idéaux, en l’appelant à l’épanouissement phy­sique et au bon­heur, de l’argent, des loi­sirs, en l’habituant à une liber­té de jouis­sance presque sans limites – alors dites-moi au nom de quoi, dites-moi dans quel but cer­tains devraient s’arracher à tout cela et ris­quer leur pré­cieuse vie pour la défense du bien com­mun, sur­tout dans le cas bru­meux où c’est encore dans un pays éloi­gné qu’il faut aller com­battre pour la sécu­ri­té de son peuple ? Même la bio­lo­gie sait cela : il n’est pas bon d’être habi­tué à un trop grand bien-être. Aujourd’hui, c’est de la vie de la socié­té occi­den­tale que le bien-être a com­men­cé de sou­le­ver son masque funeste.”

Alexandre Sol­jé­nit­syne, “Le Déclin du Cou­rage”, dis­cours de Har­vard, 1978

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Décolonisation

Réa­li­ser la déco­lo­ni­sa­tion de l’Union euro­péenne contre l’entreprise mon­dia­liste est le pre­mier et l’immense tra­vail poli­tique qui vient. Tra­vail de retour à l’histoire et à la géo­gra­phie. Tra­vail de situa­tion de tout ce qui parle, affiche, publie, témoigne, influe : d’où vient-il, et de qui ? Tra­vail de sur­vie, qui appelle le tour de garde de sen­ti­nelles éveillées : que cha­cun donne son mot de passe, que cha­cun dise quel est son nom, d’où il vient et de qui, qui le paie et pour­quoi, nous n’avons plus le luxe de croire que les idées viennent de nulle part et que ceux qui parlent entendent seule­ment nous diver­tir. Tra­vail de repé­rage, de mesure, de détec­tion des cris­taux que char­rie la boue quo­ti­dienne de l’événement et de l’information. Tra­vail de détec­tion, de sélec­tion et de dis­cri­mi­na­tion, pour recon­naître les amis des enne­mis et veiller aux portes.”

Her­vé Juvin, Le ren­ver­se­ment du monde – Poli­tique de la crise, Gal­li­mard, 2010

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Défense intérieure

Fais en sorte que ce sur quoi tu n’as pas prise, ne puisse avoir de prise sur toi.”

Julius Evo­la, inter­view à Gian­fran­co de Tur­ris, “Il Conci­lia­tore”, 15 jan­vier 1970

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Démocratie

Tout le rêve de la démo­cra­tie est d’élever le pro­lé­taire au niveau de bêtise du bour­geois. Le rêve est en par­tie accom­pli.”

Gus­tave Flau­bert, Cor­res­pon­dance, à George Sand, 1871

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Démocratie — voir aussi : Libéralisme

Le divorce est consom­mé entre libé­ra­lisme et démo­cra­tie. Quand les mar­chés sont libres, les citoyens ne le sont plus guère, et s’ils peuvent l’être, si cer­tains le sont, c’est la socié­té qui ne l’est plus, tenue par autre chose, d’autres règles, d’autres lois qui lui sont étran­gères, qui s’imposent à elle pour la dis­soudre et pour lui sub­sti­tuer la col­lec­tion d’individus sépa­rés, par tout, et d’abord par leurs inté­rêts immé­diats. La ques­tion de la jus­tice, celle du social et de l’être-ensemble sont devant nous. Elles sont ques­tion de fron­tières et de sépa­ra­tions. Elles sont affaires de vie ou de mort.

C’est fini. L’« insur­rec­tion de la dif­fé­rence » (selon la for­mule de Georges Balan­dier) est devant nous. Elle répon­dra à l’utopie cri­mi­nelle de la démo­cra­tie sans terre, qui conduit le libé­ra­lisme à détruire la démo­cra­tie – c’est-à-dire à nier la capa­ci­té de com­mu­nau­tés humaines à déci­der sou­ve­rai­ne­ment de leur deve­nir – faute d’accepter la condi­tion de leur consti­tu­tion, qui est la sépa­ra­tion, l’écart et la sin­gu­la­ri­té. Une socié­té qui ne sait se nom­mer, se comp­ter et se dis­tin­guer ne peut se conduire, elle perd la capa­ci­té du bien comme du mal. La confu­sion n’est pas amie de la liber­té.”

Her­vé Juvin, in Le ren­ver­se­ment du monde – Poli­tique de la crise, Gal­li­mard, 2010

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Démocratie américaine

Du Sinaï yan­kee roulent jusqu’à nos pieds les tables de la loi démo­cra­tique et, échine ployée, nous les ramas­sons pieu­se­ment sans nous deman­der ce qu’est, au fait, la démo­cra­tie amé­ri­caine. Ce qu’elle est ? Mala­die. Mais mala­die sup­por­tée par un corps colos­sal, déployée dans un espace qui n’est pas le nôtre, encore douée de confiance en sa jeu­nesse his­to­rique et en son mes­sia­nisme puri­tain. Oui, le sys­tème malade jouit encore en Amé­rique d’une confiance toute naïve qui n’est plus la nôtre. Nos démo­cra­ties, en Europe, ont fré­quen­té l’histoire et par elle ont été rudoyées alors que les Etats-Unis croient tou­jours, en leurs pro­fon­deurs, que la démo­cra­tie est leur être même. Ils ne se conçoivent pas n’étant-pas-démocrates alors que nous savons qu’il ne s’agit là que d’une forme poli­tique et non la sub­stance même de notre être. Nous avons connu d’autres régimes poli­tiques (les Etats-Unis jamais) et nous savons aus­si, après tout, que nous pou­vons nous en pas­ser. Mieux encore : nous n’avons pas tout à fait oublié que notre plus haute gloire ne furent pas néces­sai­re­ment liées à la forme démo­cra­tique de nos gou­ver­ne­ments. Et tou­jours mieux : nous avons trop vu, en France, en Alle­magne, en Ita­lie, en Espagne, les démo­cra­ties ame­ner le désastre et être inca­pables d’y faire face. Et les Fran­çais, par exemple, n’ont pas encore expul­sé de leur mémoire la cou­leur hon­teuse des jours de 40. […] En somme, la fille a dévoyé la mère : l’Amérique démo­crate pour­rit la démo­cra­tie d’Europe. Pour cela, je dis que la démo­cra­tie libé­rale n’est pas le bon rem­part contre le colo­nia­lisme amé­ri­cain.”

Jean Cau, Pour­quoi la France, La Table Ronde, 1975.

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Dépravation

J’appelle dépra­vé tout ani­mal, toute espèce, tout indi­vi­du qui perd ses ins­tincts, qui choi­sit, qui pré­fère ce qui lui fait mal.”

Frie­drich Nietzsche, L’Antéchrist (Der Anti­christ — Fluch auf das Chris­ten­tum), 1896

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Déracinement

« Le déra­ci­ne­ment est de loin la plus dan­ge­reuse mala­die des socié­tés humaines, car il se mul­ti­plie lui-même. Des êtres vrai­ment déra­ci­nés n’ont guère que deux com­por­te­ments pos­sibles : ou ils tombent dans une iner­tie de l’âme presque équi­va­lente à la mort, comme la plu­part des esclaves au temps de l’Empire romain, ou ils se jettent dans une acti­vi­té ten­dant tou­jours à déra­ci­ner, sou­vent par les méthodes les plus vio­lentes, ceux qui ne le sont pas encore ou qui ne le sont qu’en par­tie. (…) Qui est déra­ci­né déra­cine. Qui est enra­ci­né ne déra­cine pas. »

Simone Weil, L’Enracinement, 1949

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Déraciner

La beau­té de notre his­toire, c’est d’abord celle d’un peuple qui ne veut pas dis­pa­raître et qui s’accroche à l’existence de toutes les manières pos­sibles.

Rien n’est plus contre-intui­tif, aujourd’hui, j’en conviens. Les modernes sec­taires aime­raient bien nous déra­ci­ner. Nos sym­boles, ils veulent les effa­cer, les lami­ner, les décons­truire. Ils pré­tendent nous libé­rer du pas­sé alors qu’ils nous déshu­ma­nisent, ils pro­voquent une détresse psy­chique et cultu­relle que nous pei­nons pour­tant à recon­naître, puisque nous ne vou­lons plus accor­der quelque droit que ce soit au pas­sé sur notre pré­sent. Même lorsqu’il est semé de traces nous per­met­tant de mieux nous com­prendre. Le sys­tème média­tique qui se fait le pro­pa­ga­teur d’une nou­velle culture glo­bale sou­vent insi­gni­fiante accor­dée aux prin­cipes de la mon­dia­li­sa­tion cherche à frap­per d’obsolescence l’héritage his­to­rique des peuples, qui entrave l’avènement de l’individu mon­dia­li­sé. […]

On l’oublie, mais un peuple qui perd le goût de vivre peut mou­rir, en deve­nant étran­ger à lui-même et indif­fé­rent aux pro­messes qu’il s’était déjà fait. […] Un pays sans légendes, à la mémoire vide, aux racines sèches, n’est plus un pays, mais un ter­ri­toire sans âme, un ter­rain vague, sur lequel n’importe qui peut se per­mettre n’importe quoi. […] C’est par l’enracinement que nous décou­vrons la pos­si­bi­li­té de la renais­sance. Et je me dis qu’un pays qui renoue avec ses légendes, qui redé­couvre ses grands mythes, qui ne se laisse plus séduire par les décons­truc­teurs qui nous expliquent que tout, dans notre culture, est faux ou per­fide, peut du coup se réani­mer.”

Mathieu Bok-Côté, “Gilles Vigneault : poète de l’enracinement et de la renais­sance”, blog héber­gé par Le Jour­nal de Mont­réal, 24 novembre 2014

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Dernier homme

La terre sera alors deve­nue plus petite, et sur elle sau­tille­ra le der­nier homme, qui rape­tisse tout. Sa race est indes­truc­tible comme celle du puce­ron ; le der­nier homme vit le plus long­temps. « Nous avons inven­té le bon­heur » disent les der­niers hommes, et ils clignent de l’œil. Ils ont aban­don­né les contrées où il était dur de vivre : car on a besoin de cha­leur. […] Qui vou­drait encore gou­ver­ner ? Qui vou­drait obéir ? C’est trop pénible. Point de ber­ger et un seul trou­peau ! Cha­cun veut la même chose, tous sont égaux : qui a d’autres sen­ti­ments va de son plein gré dans la mai­son des fous. Autre­fois tout le monde était fou, disent les plus fins et ils clignent de l’œil.”

Frie­drich Nietzsche, Ain­si par­lait Zara­thous­tra (Also sprach Zara­thus­tra. Ein Buch für Alle und Kei­nen), 1883–1885

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Descendants — voir aussi Aïeux

Non seule­ment la démo­cra­tie fait oublier à chaque homme ses aïeux, mais elle lui cache ses des­cen­dants.”

Alexis de Toc­que­ville, De la démo­cra­tie en Amé­rique, 1835

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Désenchantement du monde

[…] Nous sommes les habi­tants d’un monde qui a d’ores et déjà tour­né radi­ca­le­ment le dos au règne des dieux. Rien ne dit, certes, que le pas qui a été fran­chi est irré­ver­sible. Reste, quelque retour ou sub­mer­sion par le reli­gieux qui puisse demain se pro­duire, qu’il aura été démon­tré par l’organisation sociale glo­bale qui s’est déployée en Occi­dent depuis deux siècles qu’une socié­té struc­tu­rée de part en part hors reli­gion est non seule­ment pen­sable mais viable. Nous en connais­sons désor­mais les formes.”

Mar­cel Gau­chet, Le désen­chan­te­ment du monde, Gal­li­mard, 1985

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Désenchantement

Le monde n’est pas plus désen­chan­té qu’il y a dix mille ans. Un cou­cher de soleil en forêt, la contem­pla­tion de la lune dans une clai­rière ennei­gée, un grand feu, demeurent des expé­riences du sacré. C’est plu­tôt le regard de cer­tains contem­po­rains qui est épui­sé, ce sont les ins­tincts qui leur font défaut.”

Chris­to­pher Gérard, La source pérenne, L’Âge d’Homme, 2007

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Désertion

Tout déser­teur face à l’ennemi sera abat­tu par ses cama­rades. La déser­tion en cam­pagne est punie par l’exécution capi­tale.”

Le Code des Lans­que­nets, article 1

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Despotisme

Je veux ima­gi­ner sous quels traits nou­veaux le des­po­tisme pour­rait se pro­duire dans le monde : je vois une foule innom­brable d’hommes sem­blables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se pro­cu­rer de petits et vul­gaires plai­sirs, dont ils emplissent leur âme. […] Au-des­sus de ceux-là s’élève un pou­voir immense et tuté­laire, qui se charge seul d’assurer leur jouis­sance et de veiller sur leur sort. Il est abso­lu, détaillé, régu­lier, pré­voyant et doux. Il res­sem­ble­rait à la puis­sance pater­nelle si, comme elle, il avait pour objet de pré­pa­rer les hommes à l’âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irré­vo­ca­ble­ment dans l’enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pour­vu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il tra­vaille volon­tiers à leur bon­heur ; mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre ; il pour­voit à leur sécu­ri­té, pré­voit et assure leurs besoins, faci­lite leurs plai­sirs, conduit leurs prin­ci­pales affaires, dirige leur indus­trie, règle leurs suc­ces­sions, divise leurs héri­tages ; que ne peut-il leur ôter entiè­re­ment le trouble de pen­ser et la peine de vivre !”

Alexis de Toc­que­ville, De la démo­cra­tie en Amé­rique, 1840

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Destin

Zeus nous a fait un dur des­tin afin que nous soyons plus tard chan­tés par les hommes à venir.”

Hélène, in Iliade (VI, 357–358), 800–725 avant notre ère

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Destin

Accep­ter le des­tin d’un cœur ferme n’est pas une ver­tu, c’est être un homme selon Homère, tout sim­ple­ment.”

Domi­nique Ven­ner, His­toire et tra­di­tion des Euro­péens, édi­tions du Rocher, 2002

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Destinée

J’accepte la souf­france parce que j’ai tou­jours pres­sen­ti que ma des­ti­née était tra­gique, je n’ai jamais ces­sé, même dans le bon­heur, de me pré­pa­rer à souf­frir.

Ma des­ti­née est tra­gique, mais c’est moi qui le veux : je pré­fé­re­rai tou­jours le déses­poir au déshon­neur.”

Jean-René Hugue­nin, Jour­nal, 1964

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Destinée tragique

L’idée de la des­ti­née tra­gique, c’est-à-dire la mise face à face, en pleine clar­té, de l’homme et des puis­sances dont il dépend, est offerte aux Grecs par leur his­toire légen­daire. Les récits tou­chant les familles divines, héroïques ou royales four­nissent un sché­ma, un motif musi­cal, et l’œuvre du poète tra­gique consiste à don­ner à ce sché­ma, à ce motif une durée réelle, mar­quée et mesu­rée par des rythmes, consti­tuée par la vie sous le masque dio­ny­siaque de per­son­nages de chair et d’os : de la scène, ces per­son­nages se relient par le plan incli­né du chœur à la foule qui les écoute, à l’humanité qui les encadre et les délègue. Le récit épique, l’épopée homé­rique ani­maient dans leur tableau cette même idée de la des­ti­née : mais la tra­gé­die attique naît de l’effort pour la sor­tir de cette gangue, pour la réa­li­ser sous forme de per­sonnes, pour mener à bien, paral­lè­le­ment à la sculp­ture, l’œuvre propre de la vie hel­lé­nique, la créa­tion inté­grale de l’homme.”

Albert Thi­bau­det, La cam­pagne avec Thu­cy­dide, 1922

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Destins

Nous sommes aujourd’hui face à l’éventualité d’une infi­ni­té de des­tins qui vont, dans le registre des pos­si­bi­li­tés, de l’anéantissement défi­ni­tif que nous ont réser­vé nos adver­saires jusqu’à un nou­veau ras­sem­ble­ment si for­te­ment redou­té de ces mêmes adver­saires. Per­sonne ne nous dit pour quel des­tin nous sommes nés. […] On doit bien pou­voir lire quelque part dans l’idée que nous nous fai­sons de nous-mêmes ce qu’il va adve­nir de nous dans un monde qui ne cesse jamais de deve­nir l’Histoire dans la suite des évé­ne­ments. Ce ne sau­rait être que là où le des­tin ren­contre les hommes, là où le pré­sent ren­contre ceux qui triomphent de lui, là où l’avenir ren­contre ceux qui lui ouvrent la voie.”

Arthur Moel­ler van den Bruck, La révo­lu­tion des peuples jeunes, recueil de textes écrits entre 1916 et 1923, édi­tés en fran­çais par Par­dès, 1993

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Déterminisme

Notre point de vue n’est pas déter­mi­niste. Nous ne croyons donc pas qu’agit ici un des­tin dif­fé­rent de celui que les hommes se sont créé. Le fleuve de l’histoire suit le lit qu’il s’est lui-même creu­sé.”

Julius Evo­la, Révolte contre le monde moderne (Rivol­ta contro il mon­do moder­no), 1934

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Devoir

Nous pou­vons nous déro­ber mais c’est pré­ci­sé­ment la rai­son pour laquelle nous avons, moins que per­sonne, le droit de pen­ser aux canots de sau­ve­tage. Nous n’avons pas seule­ment un héri­tage, mais aus­si une mis­sion.”

Ernst Jün­ger, Sur les falaises de marbre (Auf den Mar­mork­lip­pen), 1939

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Devoir

Les deux mots qui reviennent sans doute le plus sou­vent dans les vieilles chro­niques euro­péennes ce sont ceux de volon­té et d’honneur. L’espoir, par contre, n’a pas de sens. Ce qui compte, c’est d’accomplir ce qui doit être accom­pli et non pas ce qui doit abou­tir à un suc­cès.

Je retrou­vais dans toute cette morale de l’antique Hyper­bo­rée un cer­tain goût pour les causes déses­pé­rées. Une atti­tude de per­pé­tuel défi, où le goût du risque s’exaltait jusqu’à dépas­ser toutes les limites du pos­sible. Les guer­riers spar­tiates de Léo­ni­das aux Ther­mo­pyles res­tent, en ce sens, de purs Hyper­bo­réens. Le bien s’identifie avec l’action d’éclat, qui prend une valeur en soi-même. Ce qui compte, ce n’est pas le plai­sir, mais le devoir. Non pas la sou­mis­sion à un autre que soi-même mais la liber­té de s’imposer une conduite conforme à l’imprescriptible hon­neur de sa lignée et de son clan.”

Jean Mabire, Thu­lé, le soleil retrou­vé des Hyper­bo­réens, Robert Laf­font, 1978

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Devotio

À l’époque romaine archaïque, la devo­tio était une sorte de sui­cide accom­pli pour le salut de la patrie, un ser­ment par lequel un géné­ral s’offrait en sacri­fice aux dieux en échange de la vic­toire.”

Domi­nique Ven­ner, His­toire et tra­di­tion des Euro­péens, édi­tions du Rocher, 2002

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Diane — voir aussi : Artémis

Déesse de la sylve et de la nuit, dea sil­va­rum, comme la nomme Ovide, por­tant dans ses che­veux d’or un crois­sant de lune, Diane-Arté­mis est tou­jours accom­pa­gnée d’un cerf ou de biches. Elle est à la fois la pro­tec­trice de la nature sau­vage et l’incarnation de la chasse. Deux fonc­tions com­plé­men­taires dont la jux­ta­po­si­tion antique est constante. Contrai­re­ment à Aphro­dite, Arté­mis n’est pas asso­ciée à l’amour et à la fécon­di­té. Elle est en revanche la déesse des enfan­te­ments, la pro­tec­trice des femmes enceintes, des femelles pleines, des enfants vigou­reux, des jeunes ani­maux, et pour tout dire, de la vie avant les souillures de l’âge. Son image s’accorde avec l’idée que les Anciens se fai­saient de la nature. Ils ne la voyaient pas à la façon dou­ce­reuse de Jean-Jacques Rous­seau ou des pro­me­neurs du dimanche. Ils la savaient redou­table aux faibles et inac­ces­sible à la pitié. C’est par la force que Diane-Arté­mis défend sa pudeur et sa vir­gi­ni­té, c’est-à-dire le royaume invio­lable de la sau­va­ge­rie. Elle tuait féro­ce­ment tous les mor­tels qui l’offensaient ou négli­geaient ses rites […] La pudeur et la vir­gi­ni­té d’Artémis sont une allé­go­rie des inter­dits qui pro­tègent la nature. La ven­geance de la dea sil­va­rum est celle de l’ordre du monde mis en péril par une pul­sion exces­sive, l’hubris, la déme­sure.”

Domi­nique Ven­ner, Dic­tion­naire amou­reux de la chasse, Plon, 2000

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Dieu

Le dieu, dont l’oracle est à Delphes, ne parle pas, ne dis­si­mule pas : il signi­fie.”

Héra­clite, fr.54, 576–480 av. notre ère

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Dieux

J’aurai un jour vécu de la vie des dieux, et que faut-il de plus ?”

Frie­drich Höl­der­lin, Aux Parques (An die Par­zen), in Oeuvres, NRF, La Pléiade, 1967

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Dieux

On ne détruit une civi­li­sa­tion que lorsqu’on détruit ses dieux.”

Emil Cio­ran, Le mau­vais démiurge, 1969

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Dieux

Tout est plein de l’esprit divin et de sens éter­nel, en consé­quence les âmes des hommes sont mues par leur com­mu­nau­té d’essence avec les âmes des Dieux.”

Cicé­ron, De Divi­na­tione, 44 avant notre ère

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Dieux

Aux regards ini­tiés, toute chose indique la trace d’un Dieu.”

Schil­ler, Les Dieux de la Grèce, 1788, cité par Chris­to­pher Gérard, Par­cours païen, L’Age d’Homme, 2000

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Différence (droit à la)

Or on ne peut se dis­si­mu­ler qu’en dépit de son urgente néces­si­té pra­tique et des fins morales éle­vées qu’elle s’assigne, la lutte contre toutes les formes de dis­cri­mi­na­tion par­ti­cipe de ce même mou­ve­ment qui entraîne l’humanité vers un civi­li­sa­tion mon­diale, des­truc­trice de ces vieux par­ti­cu­la­rismes aux­quels revient l’honneur d’avoir créé des valeurs esthé­tiques et spi­ri­tuelles qui donnent son prix à la vie et que nous recueillons pré­cieu­se­ment dans les biblio­thèques et dans les musées parce que nous nous sen­tons de moins en moins cer­tains d’être capables d’en pro­duire d’aussi évi­dentes […].”

Claude Levi-Strauss, Race et culture, Revue inter­na­tio­nale des sciences sociales de l’UNESCO, 1971

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Difficulté

« Mais, dans la dif­fi­cul­té, je ne l’ai jamais enten­du émettre la moindre plainte. C’est qu’il tient le renon­ce­ment pour une tra­hi­son. Quand il com­mence à dou­ter de sa capa­ci­té à venir à bout d’un obs­tacle phy­sique, il a volon­tiers recours à cette pen­sée de Péguy : ‘Réflé­chir, c’est com­men­cer à capi­tu­ler’. »

Syl­vain Tes­son, L’axe du loup, édi­tions Robert Laf­font, 2004

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Difficultés — voire aussi Oser

Ce n’est pas parce que les choses sont dif­fi­ciles que nous n’osons pas. C’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont dif­fi­ciles.”

Sénèque, Lettres à Luci­lius, XVII, 104, vers 63–64 (“Non quia dif­fi­ci­lia sunt non aude­mus, sed quia non aude­mus dif­fi­ci­lia sunt”)

Discorde

Aurore, aban­don­nant le brillant Titho­nos, se lève de son lit pour por­ter la lumière aux hommes comme aux dieux. Vers les sveltes vais­seaux de la flotte achéenne Zeus alors fait par­tir Dis­corde la cruelle, qui tient entre ses mains l’emblème de la guerre. Elle s’arrête auprès du navire d’Ulysse, nef noire aux flancs pro­fonds, qui se trouve au milieu : de là, sa voix pour­ra por­ter des deux côtés, et vers le camp d’Ajax, le fils de Téla­mon, et vers celui d’Achille ; aux deux extré­mi­tés ils ont tiré leurs nefs, ces preux sûrs de la force ardente de leurs bras. C’est là qu’elle s’arrête et pousse un cri per­çant, de sa ter­rible voix : lors elle insuffle au cœur de tous les Achéens une puis­sante ardeur qui les fera lut­ter et batailler sans trêve ; et com­battre, pour eux, a sou­dain plus d’attrait que ren­trer au pays à bord de leurs nefs creuses.”

Homère, L’Iliade, Chant XI, Troi­sième jour­née de bataille, vers 800–725 av. notre ère

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Dogmes

Aucun des dogmes de la socié­té moderne n’est inébran­lable. Ni les usines gigan­tesques, ni les offices buil­dings qui montent jusqu’au ciel, ni les grandes villes meur­trières, ni la morale indus­trielle, ni la mys­tique de la pro­duc­tion ne sont néces­saires à notre pro­grès. D’autres modes d’existence et de civi­li­sa­tion sont pos­sibles. La culture sans le confort, la beau­té sans le luxe, la machine sans la ser­vi­tude de l’usine, la science sans le culte de la matière per­met­traient aux hommes de se déve­lop­per indé­fi­ni­ment, en gar­dant leur intel­li­gence, leur sens moral et leur viri­li­té.”

Alexis Car­rel, L’Homme cet incon­nu, 1935

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Donner

La vraie géné­ro­si­té avec l’avenir consiste à tout don­ner au pré­sent.”

Albert Camus, L’Homme révol­té, 1951

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Donner

« Nous n’abandonnerons jamais la France parce que nous savons que notre pays n’appartient qu’à ceux qui l’aiment assez pro­fon­dé­ment pour tout lui don­ner. Et nous sommes de ceux-là. Et, don­nant tout, alors, peut-être, rece­vrons-nous notre nour­ri­ture d’homme, la seule nour­ri­ture qui vaille : la fier­té, l’honneur, la joie du devoir accom­pli. »

Robert Ménard, dis­cours pour la com­mé­mo­ra­tion du mas­sacre du 5 juillet 1962 à Oran, Béziers, 5 juillet 2015

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Dresser

La dure néces­si­té de la guerre dresse des hommes. C’est grâce à des peuples et contre des peuples que des peuples atteignent leur sta­ture de gran­deur inté­rieure.”

Oswald Spen­gler, Pen­sées, in Ecrits his­to­riques et phi­lo­so­phiques, édi­tions Coper­nic, 1980

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Droit

Tu ne dois pas te lais­ser don­ner un droit que tu es capable de prendre.”

Nietzsche cité par Robert Dun, in Le Grand sui­cide, Edi­tions du Crève-Tabous, 1984

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Droit

[…] Le droit deve­nant l’autre nom de la dégé­né­res­cence morale ouverte par l’idée de tolé­rance et de pro­tec­tion.”

Richard Millet, Argu­ments d’un déses­poir contem­po­rain, Her­mann édi­teurs, 2011

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Droit

Le droit balise l’espace où l’économie pour­ra arrai­son­ner l’histoire, la pro­prié­té et la socié­té. […] Le droit fait de l’intérêt la seule patrie des hommes.”

Her­vé Juvin, La grande sépa­ra­tion, Gal­li­mard, 2013

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Droit

Le droit est trop froid et trop for­mel pour exer­cer sur la socié­té une influence béné­fique. Lorsque toute la vie est péné­trée de rap­ports juri­diques, il se crée une atmo­sphère de médio­cri­té morale qui asphyxie les meilleurs élans de l’homme. Et face aux épreuves du siècle, jamais les béquilles juri­diques ne suf­fi­ront à main­te­nir les gens debout.”

Alexandre Sol­je­nit­syne, Le déclin du cou­rage, 1978

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Droite

Entre la vraie droite et la droite éco­no­mique, non seule­ment il n’y a pas iden­ti­té, mais il y a même oppo­si­tion pré­cise.”

Julius Evo­la, Le fas­cisme vu de droite (Il fas­cis­mo. Sag­gio di una ana­li­si cri­ti­ca dal pun­to di vis­ta del­la Des­tra, 1964

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Droiture

Qui ne sait être pauvre est né pour l’esclavage
Qu’il serve donc les grands, les flatte, les ménage
Qu’il plie en appro­chant de ces superbes fronts
Son tête à la prière et son âme aux affronts
Pour qu’il puisse, enri­chi de ces affronts utiles
Enri­chir à son tour quelques têtes ser­viles.”

André Ché­nier, “Ô jours de mon prin­temps”, Élé­gies, in Œuvres com­plètes, Pléiade, 1950

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Duel

Art. 4. Lorsque la pre­mière offense est un démen­ti, l’offenseur doit deman­der par­don en terme exprès, ou échan­ger deux coups avant toute excuse, ou trois avant toute expli­ca­tion ; ou sinon conti­nuer à faire feu jusqu’à tant que l’une des par­ties essuie une bles­sure légère.

Art. 21. Les seconds doivent ten­ter une conci­lia­tion avant la ren­contre, ou bien après un échange de feu ou de coups jugé suf­fi­sant.

Art. 22. Toute bles­sure assez sérieuse pour trou­bler les nerfs et néces­sai­re­ment, faire trem­bler la main, met fin aux hos­ti­li­tés pour ce jour-là.

Art. 25. Si les seconds se que­rellent et résolvent eux aus­si de se battre, ce doit être en même temps que les prin­ci­paux duel­listes, et per­pen­di­cu­lai­re­ment à eux ; ou bien côte à côte, à dis­tance de cinq pas, s’ils se battent à l’épée.”

Code irlan­dais du duel, Assises de Clon­mell (1777), cité dans les Mis­cel­la­nées de Mr Schott

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Dynamisme européen

[…] L’intensification interne pré­cède et rend pos­sible l’emprunt exté­rieur, pour for­mu­ler ain­si ce qui consti­tue comme une loi du dyna­misme euro­péen. On parle de l’« impé­ria­lisme euro­péen », et l’on désigne par là un phé­no­mène qui est réel, ou qui l’a été. Mais l’expression occulte le fait fon­da­men­tal, lequel est celui qui a ren­du pos­sibles les inter­ven­tions outre-mer, à savoir que l’Europe est une civi­li­sa­tion qui ne s’est pas fon­dée sur la conquête exté­rieure, mais sur la conquête inté­rieure. L’Europe est fon­dée sur un tra­vail sur soi, et elle a com­men­cé par exploi­ter à fond les res­sources qui étaient dis­po­nibles en elle avant d’en emprun­ter ailleurs.”

Rémi Brague, Modé­ré­ment moderne, Flam­ma­rion, 2014

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