Lettre D

D

Danger

Aux jeu­nes gens qui, dans la nuit et le brouillard, quit­tent la mai­son fami­lia­le, leur sen­ti­ment dit bien qu’il faut s’en aller très loin à la recher­che du dan­ger. Ain­si peu­vent appa­raî­tre des per­son­na­ges qui osent à pei­ne par­ler leur pro­pre lan­gue, si supé­rieu­re pour­tant : que ce soit cel­le du poè­te qui se com­pa­re lui-même à l’albatros dont les ailes puis­san­tes, bâties pour la tem­pê­te, ne sus­ci­tent qu’importune curio­si­té dans un milieu étran­ger où le vent est tom­bé ; ou cel­le du guer­rier-né qui pas­se pour un bon à rien par­ce que la vie des bou­ti­quiers l’emplit de dégoût.”

Ernst Jün­ger, Le Tra­vailleur (Der Arbei­ter), 1931

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Danger

Il mar­chait au dan­ger com­me on gra­vit par jeu les mas­sifs pleins de cre­vas­ses ; il avait en hai­ne les plai­nes.”

Ernst Jün­ger, Sur les falai­ses de mar­bre (Auf den Mar­mork­lip­pen), 1939

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Danger

Là où croît le dan­ger, croît aus­si ce qui sau­ve.”

Frie­dri­ch Höl­der­lin, in Oeu­vres, NRF, La Pléia­de, 1967

Debout

La seule véri­té est de se tenir debout quoi qu’il arri­ve, de fai­re face à l’absurdité du mon­de pour lui don­ner une for­me et un sens, de tra­vailler et de se bat­tre si l’on est un hom­me, d’aimer si l’on est une fem­me.”

Domi­ni­que Ven­ner, Le Cœur rebel­le, édi­tions Les Bel­les Let­tres, 1994, réédi­tion Pier­re-Guillau­me de Roux, 2014

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Décadence

« La déca­den­ce c’est quand on com­men­ce à fai­re des choix qui ne sont pas favo­ra­bles à soi-même. »
Frie­dri­ch Nietz­sche, L’Antéchrist, 1896

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Décadence

La déca­den­ce d’une socié­té se mesu­re beau­coup moins à la gran­deur des vices qu’on y pra­ti­que qu’à la bas­ses­se des ver­tus qu’on y hono­re.”

Thier­ry Maul­nier, Jour­nal “Com­bat”, 1937

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Décadence

Que diriez-vous si les cho­ses étaient tel­les que l’homme, que les peu­ples, dans leurs plus gran­des affai­res et machi­na­tions, aient bien une rela­tion à l’étant, et cepen­dant, soient tom­bés depuis long­temps hors de l’être sans le savoir, et que cela même soit la rai­son la plus inté­rieu­re et la plus puis­san­te de leur déca­den­ce ?”

Mar­tin Hei­deg­ger, Intro­duc­tion à la méta­phy­si­que (Einfüh­rung in die Meta­phy­sik), 1935, 1958 (trad.)

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Décadence

Affai­blis­se­ment d’un peu­ple ou d’une civi­li­sa­tion résul­tant de cau­ses endo­gè­nes, et ten­dant à lui fai­re per­dre son iden­ti­té et sa créa­ti­vi­té.

Les cau­ses de la déca­den­ce sont pres­que par­tout les mêmes dans l’histoire : indi­vi­dua­lis­me et hédo­nis­me exces­sifs, amol­lis­se­ment des mœurs, égoïs­me social, dévi­ri­li­sa­tion, mépris des valeurs héroï­ques, intel­lec­tua­li­sa­tion des éli­tes, déclin de l’éducation popu­lai­re, détour­ne­ment ou aban­don de la spi­ri­tua­li­té et du sacré, etc.

D’autres cau­ses sont fré­quen­tes : modi­fi­ca­tion du sub­strat eth­ni­que, dégé­né­res­cen­ce des aris­to­cra­ties natu­rel­les, per­te de la mémoi­re his­to­ri­que, oubli des valeurs fon­da­tri­ces. La déca­den­ce sur­vient lors­que le sou­ci du main­tien dans l’histoire de la com­mu­nau­té-du-peu­ple s’estompe, lors­que les liens com­mu­nau­tai­res de soli­da­ri­té et de ligna­ge s’affaiblissent. Pour résu­mer, on peut dire que la déca­den­ce voit des symp­tô­mes appa­rem­ment contrai­res se conju­guer : l’excessive intel­lec­tua­li­sa­tion des éli­tes, de plus en plus cou­pées du réel, et la pri­mi­ti­vi­sa­tion du peu­ple. Panem et cir­cen­ses…

L’Europe connaît aujourd’hui une tel­le situa­tion. La plu­part du temps, la déca­den­ce est mal per­çue com­me tel­le et refu­sée par ses contem­po­rains. Ceux qui la dénon­cent sont assi­mi­lés à des pro­phè­tes de mal­heur. Les épo­ques de déca­den­ce se parent sou­vent du mas­que de la renais­san­ce. Ces atti­tu­des sont des com­por­te­ments de conju­ra­tion du réel, d’occultation des symp­tô­mes dans le but de ras­su­rer.
Aucu­ne déca­den­ce ne doit être consi­dé­rée com­me irré­ver­si­ble. Il faut culti­ver l’optimisme tra­gi­que de Nietz­sche. « Paris-Mar­seille en un quart d’heure, c’est for­mi­da­ble ! Car vos fils et vos filles peu­vent cre­ver, le grand pro­blè­me à résou­dre sera tou­jours de trans­por­ter vos vian­des à la vites­se de l’éclair. Que fuyez-vous donc, imbé­ci­les ? Hélas, c’est vous que vous fuyez, vous-mêmes ».”

Geor­ges Ber­na­nos, La Fran­ce contre les robots, 1947

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Déclin du courage

Cha­cun se voit assu­rer l’indépendance par rap­port à de nom­breu­ses for­mes de pres­sion éta­ti­que, la majo­ri­té dis­po­se d’un confort dont nos pères et nos grands-pères n’avaient aucu­ne idée, on peut désor­mais éle­ver la jeu­nes­se dans l’esprit des nou­veaux idéaux, en l’appelant à l’épanouissement phy­si­que et au bon­heur, de l’argent, des loi­sirs, en l’habituant à une liber­té de jouis­san­ce pres­que sans limi­tes – alors dites-moi au nom de quoi, dites-moi dans quel but cer­tains devraient s’arracher à tout cela et ris­que leur pré­cieu­se vie pour la défen­se du bien com­mun, sur­tout dans le cas bru­meux où c’est enco­re dans un pays éloi­gné qu’il faut aller com­bat­tre pour la sécu­ri­té de son peu­ple ? Même la bio­lo­gie sait cela : il n’est pas bon d’être habi­tué à un trop grand bien-être. Aujourd’hui, c’est de la vie de la socié­té occi­den­ta­le que le bien-être a com­men­cé de sou­le­ver son mas­que funes­te.”

Alexan­dre Sol­jé­nit­sy­ne, “Le Déclin du Cou­ra­ge”, dis­cours de Har­vard, 1978

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Décolonisation

Réa­li­ser la déco­lo­ni­sa­tion de l’Union euro­péen­ne contre l’entreprise mon­dia­lis­te est le pre­mier et l’immense tra­vail poli­ti­que qui vient. Tra­vail de retour à l’histoire et à la géo­gra­phie. Tra­vail de situa­tion de tout ce qui par­le, affi­che, publie, témoi­gne, influe : d’où vient-il, et de qui ? Tra­vail de sur­vie, qui appel­le le tour de gar­de de sen­ti­nel­les éveillées : que cha­cun don­ne son mot de pas­se, que cha­cun dise quel est son nom, d’où il vient et de qui, qui le paie et pour­quoi, nous n’avons plus le luxe de croi­re que les idées vien­nent de nul­le part et que ceux qui par­lent enten­dent seule­ment nous diver­tir. Tra­vail de repé­ra­ge, de mesu­re, de détec­tion des cris­taux que char­rie la boue quo­ti­dien­ne de l’événement et de l’information. Tra­vail de détec­tion, de sélec­tion et de dis­cri­mi­na­tion, pour recon­naî­tre les amis des enne­mis et veiller aux por­tes.”

Her­vé Juvin, Le ren­ver­se­ment du mon­de – Poli­ti­que de la cri­se, Gal­li­mard, 2010

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Défense intérieure

Fais en sor­te que ce sur quoi tu n’as pas pri­se, ne puis­se avoir de pri­se sur toi.”

Julius Evo­la, inter­view à Gian­fran­co de Tur­ris, “Il Conci­lia­to­re”, 15 jan­vier 1970

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Démocratie

Tout le rêve de la démo­cra­tie est d’élever le pro­lé­tai­re au niveau de bêti­se du bour­geois. Le rêve est en par­tie accom­pli.”

Gus­ta­ve Flau­bert, Cor­res­pon­dan­ce, à Geor­ge Sand, 1871

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Démocratie — voir aussi : Libéralisme

Le divor­ce est consom­mé entre libé­ra­lis­me et démo­cra­tie. Quand les mar­chés sont libres, les citoyens ne le sont plus guè­re, et s’ils peu­vent l’être, si cer­tains le sont, c’est la socié­té qui ne l’est plus, tenue par autre cho­se, d’autres règles, d’autres lois qui lui sont étran­gè­res, qui s’imposent à elle pour la dis­sou­dre et pour lui sub­sti­tuer la col­lec­tion d’individus sépa­rés, par tout, et d’abord par leurs inté­rêts immé­diats. La ques­tion de la jus­ti­ce, cel­le du social et de l’être-ensemble sont devant nous. Elles sont ques­tion de fron­tiè­res et de sépa­ra­tions. Elles sont affai­res de vie ou de mort.

C’est fini. L’« insur­rec­tion de la dif­fé­ren­ce » (selon la for­mu­le de Geor­ges Balan­dier) est devant nous. Elle répon­dra à l’utopie cri­mi­nel­le de la démo­cra­tie sans ter­re, qui conduit le libé­ra­lis­me à détrui­re la démo­cra­tie – c’est-à-dire à nier la capa­ci­té de com­mu­nau­tés humai­nes à déci­der sou­ve­rai­ne­ment de leur deve­nir – fau­te d’accepter la condi­tion de leur consti­tu­tion, qui est la sépa­ra­tion, l’écart et la sin­gu­la­ri­té. Une socié­té qui ne sait se nom­mer, se comp­ter et se dis­tin­guer ne peut se condui­re, elle perd la capa­ci­té du bien com­me du mal. La confu­sion n’est pas amie de la liber­té.”

Her­vé Juvin, in Le ren­ver­se­ment du mon­de – Poli­ti­que de la cri­se, Gal­li­mard, 2010

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Démocratie américaine

Du Sinaï yan­kee rou­lent jusqu’à nos pieds les tables de la loi démo­cra­ti­que et, échi­ne ployée, nous les ramas­sons pieu­se­ment sans nous deman­der ce qu’est, au fait, la démo­cra­tie amé­ri­cai­ne. Ce qu’elle est ? Mala­die. Mais mala­die sup­por­tée par un corps colos­sal, déployée dans un espa­ce qui n’est pas le nôtre, enco­re douée de confian­ce en sa jeu­nes­se his­to­ri­que et en son mes­sia­nis­me puri­tain. Oui, le sys­tè­me mala­de jouit enco­re en Amé­ri­que d’une confian­ce tou­te naï­ve qui n’est plus la nôtre. Nos démo­cra­ties, en Euro­pe, ont fré­quen­té l’histoire et par elle ont été rudoyées alors que les Etats-Unis croient tou­jours, en leurs pro­fon­deurs, que la démo­cra­tie est leur être même. Ils ne se conçoi­vent pas n’étant-pas-démocrates alors que nous savons qu’il ne s’agit là que d’une for­me poli­ti­que et non la sub­stan­ce même de notre être. Nous avons connu d’autres régi­mes poli­ti­ques (les Etats-Unis jamais) et nous savons aus­si, après tout, que nous pou­vons nous en pas­ser. Mieux enco­re : nous n’avons pas tout à fait oublié que notre plus hau­te gloi­re ne furent pas néces­sai­re­ment liées à la for­me démo­cra­ti­que de nos gou­ver­ne­ments. Et tou­jours mieux : nous avons trop vu, en Fran­ce, en Alle­ma­gne, en Ita­lie, en Espa­gne, les démo­cra­ties ame­ner le désas­tre et être inca­pa­bles d’y fai­re face. Et les Fran­çais, par exem­ple, n’ont pas enco­re expul­sé de leur mémoi­re la cou­leur hon­teu­se des jours de 40. […] En som­me, la fille a dévoyé la mère : l’Amérique démo­cra­te pour­rit la démo­cra­tie d’Europe. Pour cela, je dis que la démo­cra­tie libé­ra­le n’est pas le bon rem­part contre le colo­nia­lis­me amé­ri­cain.”

Jean Cau, Pour­quoi la Fran­ce, La Table Ron­de, 1975.

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Dépravation

J’appelle dépra­vé tout ani­mal, tou­te espè­ce, tout indi­vi­du qui perd ses ins­tincts, qui choi­sit, qui pré­fè­re ce qui lui fait mal.”

Frie­dri­ch Nietz­sche, L’Antéchrist (Der Anti­christ — Flu­ch auf das Chris­ten­tum), 1896

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Déracinement

« Le déra­ci­ne­ment est de loin la plus dan­ge­reu­se mala­die des socié­tés humai­nes, car il se mul­ti­plie lui-même. Des êtres vrai­ment déra­ci­nés n’ont guè­re que deux com­por­te­ments pos­si­bles : ou ils tom­bent dans une iner­tie de l’âme pres­que équi­va­len­te à la mort, com­me la plu­part des escla­ves au temps de l’Empire romain, ou ils se jet­tent dans une acti­vi­té ten­dant tou­jours à déra­ci­ner, sou­vent par les métho­des les plus vio­len­tes, ceux qui ne le sont pas enco­re ou qui ne le sont qu’en par­tie. (…) Qui est déra­ci­né déra­ci­ne. Qui est enra­ci­né ne déra­ci­ne pas. »

Simo­ne Weil, L’Enracinement, 1949

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Déraciner

La beau­té de notre his­toi­re, c’est d’abord cel­le d’un peu­ple qui ne veut pas dis­pa­raî­tre et qui s’accroche à l’existence de tou­tes les maniè­res pos­si­bles.

Rien n’est plus contre-intui­tif, aujourd’hui, j’en conviens. Les moder­nes sec­tai­res aime­raient bien nous déra­ci­ner. Nos sym­bo­les, ils veu­lent les effa­cer, les lami­ner, les décons­trui­re. Ils pré­ten­dent nous libé­rer du pas­sé alors qu’ils nous déshu­ma­ni­sent, ils pro­vo­quent une détres­se psy­chi­que et cultu­rel­le que nous pei­nons pour­tant à recon­naî­tre, puis­que nous ne vou­lons plus accor­der quel­que droit que ce soit au pas­sé sur notre pré­sent. Même lorsqu’il est semé de tra­ces nous per­met­tant de mieux nous com­pren­dre. Le sys­tè­me média­ti­que qui se fait le pro­pa­ga­teur d’une nou­vel­le cultu­re glo­ba­le sou­vent insi­gni­fian­te accor­dée aux prin­ci­pes de la mon­dia­li­sa­tion cher­che à frap­per d’obsolescence l’héritage his­to­ri­que des peu­ples, qui entra­ve l’avènement de l’individu mon­dia­li­sé. […]

On l’oublie, mais un peu­ple qui perd le goût de vivre peut mou­rir, en deve­nant étran­ger à lui-même et indif­fé­rent aux pro­mes­ses qu’il s’était déjà fait. […] Un pays sans légen­des, à la mémoi­re vide, aux raci­nes sèches, n’est plus un pays, mais un ter­ri­toi­re sans âme, un ter­rain vague, sur lequel n’importe qui peut se per­met­tre n’importe quoi. […] C’est par l’enracinement que nous décou­vrons la pos­si­bi­li­té de la renais­san­ce. Et je me dis qu’un pays qui renoue avec ses légen­des, qui redé­cou­vre ses grands mythes, qui ne se lais­se plus sédui­re par les décons­truc­teurs qui nous expli­quent que tout, dans notre cultu­re, est faux ou per­fi­de, peut du coup se réani­mer.”

Mathieu Bok-Côté, “Gil­les Vigneault : poè­te de l’enracinement et de la renais­san­ce”, blog héber­gé par Le Jour­nal de Mont­réal, 24 novem­bre 2014

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Dernier homme

La ter­re sera alors deve­nue plus peti­te, et sur elle sau­tille­ra le der­nier hom­me, qui rape­tis­se tout. Sa race est indes­truc­ti­ble com­me cel­le du puce­ron ; le der­nier hom­me vit le plus long­temps. « Nous avons inven­té le bon­heur » disent les der­niers hom­mes, et ils cli­gnent de l’œil. Ils ont aban­don­né les contrées où il était dur de vivre : car on a besoin de cha­leur. […] Qui vou­drait enco­re gou­ver­ner ? Qui vou­drait obéir ? C’est trop péni­ble. Point de ber­ger et un seul trou­peau ! Cha­cun veut la même cho­se, tous sont égaux : qui a d’autres sen­ti­ments va de son plein gré dans la mai­son des fous. Autre­fois tout le mon­de était fou, disent les plus fins et ils cli­gnent de l’œil.”

Frie­dri­ch Nietz­sche, Ain­si par­lait Zara­thous­tra (Also spra­ch Zara­thus­tra. Ein Buch für Alle und Kei­nen), 1883–1885

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Descendants — voir aussi Aïeux

Non seule­ment la démo­cra­tie fait oublier à cha­que hom­me ses aïeux, mais elle lui cache ses des­cen­dants.”

Alexis de Toc­que­ville, De la démo­cra­tie en Amé­ri­que, 1835

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Désenchantement du monde

[…] Nous som­mes les habi­tants d’un mon­de qui a d’ores et déjà tour­né radi­ca­le­ment le dos au règne des dieux. Rien ne dit, cer­tes, que le pas qui a été fran­chi est irré­ver­si­ble. Res­te, quel­que retour ou sub­mer­sion par le reli­gieux qui puis­se demain se pro­dui­re, qu’il aura été démon­tré par l’organisation socia­le glo­ba­le qui s’est déployée en Occi­dent depuis deux siè­cles qu’une socié­té struc­tu­rée de part en part hors reli­gion est non seule­ment pen­sa­ble mais via­ble. Nous en connais­sons désor­mais les for­mes.”

Mar­cel Gau­chet, Le désen­chan­te­ment du mon­de, Gal­li­mard, 1985

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Désenchantement

Le mon­de n’est pas plus désen­chan­té qu’il y a dix mil­le ans. Un cou­cher de soleil en forêt, la contem­pla­tion de la lune dans une clai­riè­re ennei­gée, un grand feu, demeu­rent des expé­rien­ces du sacré. C’est plu­tôt le regard de cer­tains contem­po­rains qui est épui­sé, ce sont les ins­tincts qui leur font défaut.”

Chris­to­pher Gérard, La sour­ce péren­ne, L’Âge d’Homme, 2007

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Désertion

Tout déser­teur face à l’ennemi sera abat­tu par ses cama­ra­des. La déser­tion en cam­pa­gne est punie par l’exécution capi­ta­le.”

Le Code des Lans­que­nets, arti­cle 1

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Despotisme

Je veux ima­gi­ner sous quels traits nou­veaux le des­po­tis­me pour­rait se pro­dui­re dans le mon­de : je vois une fou­le innom­bra­ble d’hommes sem­bla­bles et égaux qui tour­nent sans repos sur eux-mêmes pour se pro­cu­rer de petits et vul­gai­res plai­sirs, dont ils emplis­sent leur âme. […] Au-des­sus de ceux-là s’élève un pou­voir immen­se et tuté­lai­re, qui se char­ge seul d’assurer leur jouis­san­ce et de veiller sur leur sort. Il est abso­lu, détaillé, régu­lier, pré­voyant et doux. Il res­sem­ble­rait à la puis­san­ce pater­nel­le si, com­me elle, il avait pour objet de pré­pa­rer les hom­mes à l’âge viril ; mais il ne cher­che, au contrai­re, qu’à les fixer irré­vo­ca­ble­ment dans l’enfance ; il aime que les citoyens se réjouis­sent, pour­vu qu’ils ne son­gent qu’à se réjouir. Il tra­vaille volon­tiers à leur bon­heur ; mais il veut en être l’unique agent et le seul arbi­tre ; il pour­voit à leur sécu­ri­té, pré­voit et assu­re leurs besoins, faci­li­te leurs plai­sirs, conduit leurs prin­ci­pa­les affai­res, diri­ge leur indus­trie, règle leurs suc­ces­sions, divi­se leurs héri­ta­ges ; que ne peut-il leur ôter entiè­re­ment le trou­ble de pen­ser et la pei­ne de vivre !”

Alexis de Toc­que­ville, De la démo­cra­tie en Amé­ri­que, 1840

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Destin

Zeus nous a fait un dur des­tin afin que nous soyons plus tard chan­tés par les hom­mes à venir.”

Hélè­ne, in Ilia­de (VI, 357–358), 800–725 avant notre ère

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Destin

Accep­ter le des­tin d’un cœur fer­me n’est pas une ver­tu, c’est être un hom­me selon Homè­re, tout sim­ple­ment.”

Domi­ni­que Ven­ner, His­toi­re et tra­di­tion des Euro­péens, édi­tions du Rocher, 2002

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Destinée

J’accepte la souf­fran­ce par­ce que j’ai tou­jours pres­sen­ti que ma des­ti­née était tra­gi­que, je n’ai jamais ces­sé, même dans le bon­heur, de me pré­pa­rer à souf­frir.

Ma des­ti­née est tra­gi­que, mais c’est moi qui le veux : je pré­fé­re­rai tou­jours le déses­poir au déshon­neur.”

Jean-René Hugue­nin, Jour­nal, 1964

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Destinée tragique

L’idée de la des­ti­née tra­gi­que, c’est-à-dire la mise face à face, en plei­ne clar­té, de l’homme et des puis­san­ces dont il dépend, est offer­te aux Grecs par leur his­toi­re légen­dai­re. Les récits tou­chant les famil­les divi­nes, héroï­ques ou roya­les four­nis­sent un sché­ma, un motif musi­cal, et l’œuvre du poè­te tra­gi­que consis­te à don­ner à ce sché­ma, à ce motif une durée réel­le, mar­quée et mesu­rée par des ryth­mes, consti­tuée par la vie sous le mas­que dio­ny­sia­que de per­son­na­ges de chair et d’os : de la scè­ne, ces per­son­na­ges se relient par le plan incli­né du chœur à la fou­le qui les écou­te, à l’humanité qui les enca­dre et les délè­gue. Le récit épi­que, l’épopée homé­ri­que ani­maient dans leur tableau cet­te même idée de la des­ti­née : mais la tra­gé­die atti­que naît de l’effort pour la sor­tir de cet­te gan­gue, pour la réa­li­ser sous for­me de per­son­nes, pour mener à bien, paral­lè­le­ment à la sculp­tu­re, l’œuvre pro­pre de la vie hel­lé­ni­que, la créa­tion inté­gra­le de l’homme.”

Albert Thi­bau­det, La cam­pa­gne avec Thu­cy­di­de, 1922

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Destins

Nous som­mes aujourd’hui face à l’éventualité d’une infi­ni­té de des­tins qui vont, dans le regis­tre des pos­si­bi­li­tés, de l’anéantissement défi­ni­tif que nous ont réser­vé nos adver­sai­res jusqu’à un nou­veau ras­sem­ble­ment si for­te­ment redou­té de ces mêmes adver­sai­res. Per­son­ne ne nous dit pour quel des­tin nous som­mes nés. […] On doit bien pou­voir lire quel­que part dans l’idée que nous nous fai­sons de nous-mêmes ce qu’il va adve­nir de nous dans un mon­de qui ne ces­se jamais de deve­nir l’Histoire dans la sui­te des évé­ne­ments. Ce ne sau­rait être que là où le des­tin ren­con­tre les hom­mes, là où le pré­sent ren­con­tre ceux qui triom­phent de lui, là où l’avenir ren­con­tre ceux qui lui ouvrent la voie.”

Arthur Moel­ler van den Bru­ck, La révo­lu­tion des peu­ples jeu­nes, recueil de tex­tes écrits entre 1916 et 1923, édi­tés en fran­çais par Par­dès, 1993

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Déterminisme

Notre point de vue n’est pas déter­mi­nis­te. Nous ne croyons donc pas qu’agit ici un des­tin dif­fé­rent de celui que les hom­mes se sont créé. Le fleu­ve de l’histoire suit le lit qu’il s’est lui-même creu­sé.”

Julius Evo­la, Révol­te contre le mon­de moder­ne (Rivol­ta contro il mon­do moder­no), 1934

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Devoir

Nous pou­vons nous déro­ber mais c’est pré­ci­sé­ment la rai­son pour laquel­le nous avons, moins que per­son­ne, le droit de pen­ser aux canots de sau­ve­ta­ge. Nous n’avons pas seule­ment un héri­ta­ge, mais aus­si une mis­sion.”

Ernst Jün­ger, Sur les falai­ses de mar­bre (Auf den Mar­mork­lip­pen), 1939

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Devoir

Les deux mots qui revien­nent sans dou­te le plus sou­vent dans les vieilles chro­ni­ques euro­péen­nes ce sont ceux de volon­té et d’honneur. L’espoir, par contre, n’a pas de sens. Ce qui comp­te, c’est d’accomplir ce qui doit être accom­pli et non pas ce qui doit abou­tir à un suc­cès.

Je retrou­vais dans tou­te cet­te mora­le de l’antique Hyper­bo­rée un cer­tain goût pour les cau­ses déses­pé­rées. Une atti­tu­de de per­pé­tuel défi, où le goût du ris­que s’exaltait jusqu’à dépas­ser tou­tes les limi­tes du pos­si­ble. Les guer­riers spar­tia­tes de Léo­ni­das aux Ther­mo­py­les res­tent, en ce sens, de purs Hyper­bo­réens. Le bien s’identifie avec l’action d’éclat, qui prend une valeur en soi-même. Ce qui comp­te, ce n’est pas le plai­sir, mais le devoir. Non pas la sou­mis­sion à un autre que soi-même mais la liber­té de s’imposer une condui­te confor­me à l’imprescriptible hon­neur de sa lignée et de son clan.”

Jean Mabi­re, Thu­lé, le soleil retrou­vé des Hyper­bo­réens, Robert Laf­font, 1978

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Devotio

À l’époque romai­ne archaï­que, la devo­tio était une sor­te de sui­ci­de accom­pli pour le salut de la patrie, un ser­ment par lequel un géné­ral s’offrait en sacri­fi­ce aux dieux en échan­ge de la vic­toi­re.”

Domi­ni­que Ven­ner, His­toi­re et tra­di­tion des Euro­péens, édi­tions du Rocher, 2002

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Diane — voir aussi : Artémis

Dées­se de la syl­ve et de la nuit, dea sil­va­rum, com­me la nom­me Ovi­de, por­tant dans ses che­veux d’or un crois­sant de lune, Dia­ne-Arté­mis est tou­jours accom­pa­gnée d’un cerf ou de biches. Elle est à la fois la pro­tec­tri­ce de la natu­re sau­va­ge et l’incarnation de la chas­se. Deux fonc­tions com­plé­men­tai­res dont la jux­ta­po­si­tion anti­que est constan­te. Contrai­re­ment à Aphro­di­te, Arté­mis n’est pas asso­ciée à l’amour et à la fécon­di­té. Elle est en revan­che la dées­se des enfan­te­ments, la pro­tec­tri­ce des fem­mes encein­tes, des femel­les plei­nes, des enfants vigou­reux, des jeu­nes ani­maux, et pour tout dire, de la vie avant les souillu­res de l’âge. Son ima­ge s’accorde avec l’idée que les Anciens se fai­saient de la natu­re. Ils ne la voyaient pas à la façon dou­ce­reu­se de Jean-Jac­ques Rous­seau ou des pro­me­neurs du diman­che. Ils la savaient redou­ta­ble aux fai­bles et inac­ces­si­ble à la pitié. C’est par la for­ce que Dia­ne-Arté­mis défend sa pudeur et sa vir­gi­ni­té, c’est-à-dire le royau­me invio­la­ble de la sau­va­ge­rie. Elle tuait féro­ce­ment tous les mor­tels qui l’offensaient ou négli­geaient ses rites […] La pudeur et la vir­gi­ni­té d’Artémis sont une allé­go­rie des inter­dits qui pro­tè­gent la natu­re. La ven­gean­ce de la dea sil­va­rum est cel­le de l’ordre du mon­de mis en péril par une pul­sion exces­si­ve, l’hubris, la déme­su­re.”

Domi­ni­que Ven­ner, Dic­tion­nai­re amou­reux de la chas­se, Plon, 2000

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Dieu

Le dieu, dont l’oracle est à Del­phes, ne par­le pas, ne dis­si­mu­le pas : il signi­fie.”

Héra­cli­te, fr.54, 576–480 av. notre ère

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Dieux

J’aurai un jour vécu de la vie des dieux, et que faut-il de plus ?”

Frie­dri­ch Höl­der­lin, Aux Par­ques (An die Par­zen), in Oeu­vres, NRF, La Pléia­de, 1967

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Dieux

On ne détruit une civi­li­sa­tion que lorsqu’on détruit ses dieux.”

Emil Cio­ran, Le mau­vais démiur­ge, 1969

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Dieux

Tout est plein de l’esprit divin et de sens éter­nel, en consé­quen­ce les âmes des hom­mes sont mues par leur com­mu­nau­té d’essence avec les âmes des Dieux.”

Cicé­ron, De Divi­na­tio­ne, 44 avant notre ère

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Dieux

Aux regards ini­tiés, tou­te cho­se indi­que la tra­ce d’un Dieu.”

Schil­ler, Les Dieux de la Grè­ce, 1788, cité par Chris­to­pher Gérard, Par­cours païen, L’Age d’Homme, 2000

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Différence (droit à la)

Or on ne peut se dis­si­mu­ler qu’en dépit de son urgen­te néces­si­té pra­ti­que et des fins mora­les éle­vées qu’elle s’assigne, la lut­te contre tou­tes les for­mes de dis­cri­mi­na­tion par­ti­ci­pe de ce même mou­ve­ment qui entraî­ne l’humanité vers un civi­li­sa­tion mon­dia­le, des­truc­tri­ce de ces vieux par­ti­cu­la­ris­mes aux­quels revient l’honneur d’avoir créé des valeurs esthé­ti­ques et spi­ri­tuel­les qui don­nent son prix à la vie et que nous recueillons pré­cieu­se­ment dans les biblio­thè­ques et dans les musées par­ce que nous nous sen­tons de moins en moins cer­tains d’être capa­bles d’en pro­dui­re d’aussi évi­den­tes […].”

Clau­de Levi-Strauss, Race et cultu­re, Revue inter­na­tio­na­le des scien­ces socia­les de l’UNESCO, 1971

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Difficulté

« Mais, dans la dif­fi­cul­té, je ne l’ai jamais enten­du émet­tre la moin­dre plain­te. C’est qu’il tient le renon­ce­ment pour une tra­hi­son. Quand il com­men­ce à dou­ter de sa capa­ci­té à venir à bout d’un obs­ta­cle phy­si­que, il a volon­tiers recours à cet­te pen­sée de Péguy : ‘Réflé­chir, c’est com­men­cer à capi­tu­ler’. »

Syl­vain Tes­son, L’axe du loup, édi­tions Robert Laf­font, 2004

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Difficultés — voire aussi Oser

Ce n’est pas par­ce que les cho­ses sont dif­fi­ci­les que nous n’osons pas. C’est par­ce que nous n’osons pas qu’elles sont dif­fi­ci­les.”

Sénè­que, Let­tres à Luci­lius, XVII, 104, vers 63–64 (“Non quia dif­fi­ci­lia sunt non aude­mus, sed quia non aude­mus dif­fi­ci­lia sunt”)

Discorde

Auro­re, aban­don­nant le brillant Titho­nos, se lève de son lit pour por­ter la lumiè­re aux hom­mes com­me aux dieux. Vers les svel­tes vais­seaux de la flot­te achéen­ne Zeus alors fait par­tir Dis­cor­de la cruel­le, qui tient entre ses mains l’emblème de la guer­re. Elle s’arrête auprès du navi­re d’Ulysse, nef noi­re aux flancs pro­fonds, qui se trou­ve au milieu : de là, sa voix pour­ra por­ter des deux côtés, et vers le camp d’Ajax, le fils de Téla­mon, et vers celui d’Achille ; aux deux extré­mi­tés ils ont tiré leurs nefs, ces preux sûrs de la for­ce arden­te de leurs bras. C’est là qu’elle s’arrête et pous­se un cri per­çant, de sa ter­ri­ble voix : lors elle insuf­fle au cœur de tous les Achéens une puis­san­te ardeur qui les fera lut­ter et batailler sans trê­ve ; et com­bat­tre, pour eux, a sou­dain plus d’attrait que ren­trer au pays à bord de leurs nefs creu­ses.”

Homè­re, L’Iliade, Chant XI, Troi­siè­me jour­née de bataille, vers 800–725 av. notre ère

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Dogmes

Aucun des dog­mes de la socié­té moder­ne n’est inébran­la­ble. Ni les usi­nes gigan­tes­ques, ni les offi­ces buil­dings qui mon­tent jusqu’au ciel, ni les gran­des vil­les meur­triè­res, ni la mora­le indus­triel­le, ni la mys­ti­que de la pro­duc­tion ne sont néces­sai­res à notre pro­grès. D’autres modes d’existence et de civi­li­sa­tion sont pos­si­bles. La cultu­re sans le confort, la beau­té sans le luxe, la machi­ne sans la ser­vi­tu­de de l’usine, la scien­ce sans le culte de la matiè­re per­met­traient aux hom­mes de se déve­lop­per indé­fi­ni­ment, en gar­dant leur intel­li­gen­ce, leur sens moral et leur viri­li­té.”

Alexis Car­rel, L’Homme cet incon­nu, 1935

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Donner

La vraie géné­ro­si­té avec l’avenir consis­te à tout don­ner au pré­sent.”

Albert Camus, L’Homme révol­té, 1951

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Donner

« Nous n’abandonnerons jamais la Fran­ce par­ce que nous savons que notre pays n’appartient qu’à ceux qui l’aiment assez pro­fon­dé­ment pour tout lui don­ner. Et nous som­mes de ceux-là. Et, don­nant tout, alors, peut-être, rece­vrons-nous notre nour­ri­tu­re d’homme, la seule nour­ri­tu­re qui vaille : la fier­té, l’honneur, la joie du devoir accom­pli. »

Robert Ménard, dis­cours pour la com­mé­mo­ra­tion du mas­sa­cre du 5 juillet 1962 à Oran, Béziers, 5 juillet 2015

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Dresser

La dure néces­si­té de la guer­re dres­se des hom­mes. C’est grâ­ce à des peu­ples et contre des peu­ples que des peu­ples attei­gnent leur sta­tu­re de gran­deur inté­rieu­re.”

Oswald Spen­gler, Pen­sées, in Ecrits his­to­ri­ques et phi­lo­so­phi­ques, édi­tions Coper­nic, 1980

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Droit

Tu ne dois pas te lais­ser don­ner un droit que tu es capa­ble de pren­dre.”

Nietz­sche cité par Robert Dun, in Le Grand sui­ci­de, Edi­tions du Crè­ve-Tabous, 1984

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Droit

[…] Le droit deve­nant l’autre nom de la dégé­né­res­cen­ce mora­le ouver­te par l’idée de tolé­ran­ce et de pro­tec­tion.”

Richard Millet, Argu­ments d’un déses­poir contem­po­rain, Her­mann édi­teurs, 2011

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Droit

Le droit bali­se l’espace où l’économie pour­ra arrai­son­ner l’histoire, la pro­prié­té et la socié­té. […] Le droit fait de l’intérêt la seule patrie des hom­mes.”

Her­vé Juvin, La gran­de sépa­ra­tion, Gal­li­mard, 2013

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Droit

Le droit est trop froid et trop for­mel pour exer­cer sur la socié­té une influen­ce béné­fi­que. Lors­que tou­te la vie est péné­trée de rap­ports juri­di­ques, il se crée une atmo­sphè­re de médio­cri­té mora­le qui asphyxie les meilleurs élans de l’homme. Et face aux épreu­ves du siè­cle, jamais les béquilles juri­di­ques ne suf­fi­ront à main­te­nir les gens debout.”

Alexan­dre Sol­je­nit­sy­ne, Le déclin du cou­ra­ge, 1978

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Droite

Entre la vraie droi­te et la droi­te éco­no­mi­que, non seule­ment il n’y a pas iden­ti­té, mais il y a même oppo­si­tion pré­ci­se.”

Julius Evo­la, Le fas­cis­me vu de droi­te (Il fas­cis­mo. Sag­gio di una ana­li­si cri­ti­ca dal pun­to di vis­ta del­la Des­tra, 1964

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Droiture

Qui ne sait être pau­vre est né pour l’esclavage
Qu’il ser­ve donc les grands, les flat­te, les ména­ge
Qu’il plie en appro­chant de ces super­bes fronts
Son tête à la priè­re et son âme aux affronts
Pour qu’il puis­se, enri­chi de ces affronts uti­les
Enri­chir à son tour quel­ques têtes ser­vi­les.”

André Ché­nier, “Ô jours de mon prin­temps”, Élé­gies, in Œuvres com­plè­tes, Pléia­de, 1950

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Duel

Art. 4. Lors­que la pre­miè­re offen­se est un démen­ti, l’offenseur doit deman­der par­don en ter­me exprès, ou échan­ger deux coups avant tou­te excu­se, ou trois avant tou­te expli­ca­tion ; ou sinon conti­nuer à fai­re feu jusqu’à tant que l’une des par­ties essuie une bles­su­re légè­re.

Art. 21. Les seconds doi­vent ten­ter une conci­lia­tion avant la ren­con­tre, ou bien après un échan­ge de feu ou de coups jugé suf­fi­sant.

Art. 22. Tou­te bles­su­re assez sérieu­se pour trou­bler les nerfs et néces­sai­re­ment, fai­re trem­bler la main, met fin aux hos­ti­li­tés pour ce jour-là.

Art. 25. Si les seconds se que­rel­lent et résol­vent eux aus­si de se bat­tre, ce doit être en même temps que les prin­ci­paux duel­lis­tes, et per­pen­di­cu­lai­re­ment à eux ; ou bien côte à côte, à dis­tan­ce de cinq pas, s’ils se bat­tent à l’épée.”

Code irlan­dais du duel, Assi­ses de Clon­mell (1777), cité dans les Mis­cel­la­nées de Mr Schott

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Dynamisme européen

[…] L’intensification inter­ne pré­cè­de et rend pos­si­ble l’emprunt exté­rieur, pour for­mu­ler ain­si ce qui consti­tue com­me une loi du dyna­mis­me euro­péen. On par­le de l’« impé­ria­lis­me euro­péen », et l’on dési­gne par là un phé­no­mè­ne qui est réel, ou qui l’a été. Mais l’expression occul­te le fait fon­da­men­tal, lequel est celui qui a ren­du pos­si­bles les inter­ven­tions outre-mer, à savoir que l’Europe est une civi­li­sa­tion qui ne s’est pas fon­dée sur la conquê­te exté­rieu­re, mais sur la conquê­te inté­rieu­re. L’Europe est fon­dée sur un tra­vail sur soi, et elle a com­men­cé par exploi­ter à fond les res­sour­ces qui étaient dis­po­ni­bles en elle avant d’en emprun­ter ailleurs.”

Rémi Bra­gue, Modé­ré­ment moder­ne, Flam­ma­rion, 2014

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