Lettre C

C

Calcul

Le cal­cul, expres­sion pri­vi­lé­giée et à tort enva­his­san­te de la ratio­na­li­té éco­no­mi­que, consis­te à tra­dui­re par des quan­ti­tés algé­bri­ques ou par des nom­bres les coûts et les ren­de­ments. Par sa natu­re même, il s’attache aux cho­ses, aux objets maté­riels que l’on comp­te, que l’on est cen­sé mesu­rer et à par­tir des­quels une dis­po­si­tion lar­ge­ment conven­tion­nel­le de chif­fres per­met l’énonciation d’un maxi­mum net. Que ce maxi­mum soit, sur une pen­te irré­sis­ti­ble, confon­du avec un opti­mum est révé­la­teur.”

Fran­çois Per­roux, Pour une phi­lo­so­phie du nou­veau déve­lop­pe­ment, Edi­tions Aubier, 1981

Tags : François Perroux, philosophie du nouveau développement, économie, rationalité économique, capitalisme, calcul, mesure, chiffre, quantités algébriques, choses, objets matériels, coûts, rendements, maximum, optimum
Capitalisme

La mon­dia­li­sa­tion d’aujourd’hui signe le retour au cours nor­mal, c’est-à-dire impé­rial, du capi­ta­lis­me.”

Alain Badiou, Que fai­re ? Dia­lo­gue sur le com­mu­nis­me, le capi­ta­lis­me et l’avenir de la démo­cra­tie, avec Mar­cel Gau­chet, Phi­lo­so­phie édi­tions, 2014

Tags : capitalisme, impérialisme, mondialisation, badiou, gauchet, que faire
Capitalisme

« Cela m’écoeure de me débar­ras­ser des objets. Dans sa bou­li­mie de pro­duc­tion, la moder­ni­té crée des pro­duits sans ave­nir. Le capi­ta­lis­me, c’est la réduc­tion de l’intervalle entre le moment où l’on achè­te un objet et où le rem­pla­ce. »
Syl­vain Tes­son, Elo­ge de l’énergie vaga­bon­de, édi­tions des Equa­teurs, 2007

Tags : Sylvain Tesson, éloge, énergie vagabonde, capitalisme, objets, surconsommation
Caractères biologiques

L’erreur la plus fata­le pour un peu­ple est d’abandonner ses carac­tè­res bio­lo­gi­ques.”

Frie­dri­ch Hegel, Leçons sur la phi­lo­so­phie de l’histoire (Vor­le­sun­gen über die Phi­lo­so­phie der Welt­ges­chich­te), 1822

Tags : Hegel, leçons sur la philosophie de l’histoire, caractères biologiques, peuple, erreur fatale, ethnie
Caravansérail

Même si un rec­tan­gle d’étoffe bleu-blanc-rou­ge y flot­te le 14 juillet sur des grouille­ments colo­rés, un cara­van­sé­rail n’est pas une patrie.”

Gil­les Four­nier, in Euro­pe-Action, jan­vier 1966

Tags : Gilles Fournier, Europe-Action, caravansérail, bleu-blanc-rouge, grouillements colorés, patrie, immigration, identité
Castes conservatrices

Je com­prends volon­tiers les hom­mes extra­or­di­nai­res d’une épo­que com­me des pous­ses tar­di­ves, sou­dai­ne­ment éclo­ses, de civi­li­sa­tions pas­sées et de leurs for­ces : en quel­que sor­te com­me l’atavisme d’un peu­ple et de ses mœurs : de la sor­te, il res­te vrai­ment quel­que cho­se à com­pren­dre en eux ! Aujourd’hui ils parais­sent étran­gers, excep­tion­nels, extra­or­di­nai­res : et celui qui sent en lui ces for­ces doit les soi­gner, […] les fai­re pous­ser face à un mon­de qui leur est hos­ti­le : et cela le conduit à deve­nir soit un grand hom­me, soit un fou extra­va­gant, si tant est qu’il ne péris­se pas tout sim­ple­ment tôt. Ces mêmes qua­li­tés étaient autre­fois cou­ran­tes et étaient consi­dé­rées com­me cou­ran­tes : elles ne consti­tuaient pas une mar­que dis­tinc­ti­ve. Peut-être étaient-elles exi­gées, pré­sup­po­sées ; il était impos­si­ble de deve­nir grand grâ­ce à elles, et ce du sim­ple fait qu’elles ne fai­saient pas cou­rir le ris­que de deve­nir fou ou soli­tai­re. C’est prin­ci­pa­le­ment dans les lignées et dans les cas­tes conser­va­tri­ces d’un peu­ple que se pro­dui­sent ces réso­nan­ces de pul­sions ancien­nes, alors qu’un tel ata­vis­me est très peu pro­ba­ble là où les races, les habi­tu­des, les appré­cia­tions de valeur chan­gent trop rapi­de­ment.”

Frie­dri­ch Nietz­sche, Le Gai savoir (Die fröh­li­che Wis­sen­schaft — La Gaya Scien­za), 1882

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Cause

Quand on repré­sen­te une cau­se (pres­que) per­due, il faut son­ner de la trom­pet­te, sau­ter sur son che­val et ten­ter la der­niè­re sor­tie, fau­te de quoi l’on meurt de vieilles­se tris­te au fond de la for­te­res­se oubliée que per­son­ne n’assiège plus par­ce que la vie s’en est allée.”

Jean Ras­pail, exer­gue au site Jean-Raspail.net, 2014

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Causes

On ne se bat bien que pour les cau­ses qu’on se modè­le soi-même, et avec les­quel­les on se brû­le en s’identifiant.”

René Char, Feuillets d’Hypnos, 1946

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Cavaliers

Sept cava­liers quit­tè­rent la Vil­le au cré­pus­cu­le, face au soleil cou­chant, par la por­te de l’Ouest qui n’était plus gar­dée. Tête hau­te, sans se cacher, au contrai­re de tous ceux qui avaient aban­don­né la Vil­le, car ils ne fuyaient pas, ils ne tra­his­saient rien, espé­raient moins enco­re et se gar­daient d’imaginer. Ain­si étaient-ils armés, le cœur et l’âme désen­com­brés scin­tillant froi­de­ment com­me du cris­tal, pour le voya­ge qui les atten­dait.”

Jean Ras­pail, Sept cava­liers quit­tè­rent la Vil­le au cré­pus­cu­le par la por­te de l’Ouest qui n’était plus gar­dée, Robert Laf­font, 1993

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Célébrer (l’esprit rebelle)

« Vic­tor a eu recours aux forêts. Il sait que la vie sau­va­ge et libre est la maniè­re la plus pro­fon­de de célé­brer l’esprit rebel­le. »
Syl­vain Tes­son, L’axe du loup, édi­tions Robert Laf­font, 2004

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Célébrité

Pour les hom­mes d’aujourd’hui la gloi­re n’est plus depuis long­temps que la célé­bri­té, et par sui­te quel­que cho­se de très dou­teux, un acquit jeté et dis­tri­bué ici et là par les jour­naux et la radio — pres­que le contrai­re de l’être.”

Mar­tin Hei­deg­ger, Intro­duc­tion à la méta­phy­si­que (Einfüh­rung in die Meta­phy­sik), 1935, 1958 (trad.)

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Cerisier

Si l’emblème des samou­raïs est la fleur de ceri­sier qui tom­be avant d’être fanée, ce n’est pas un hasard.”

Domi­ni­que Ven­ner, Un samou­raï d’Occident. Le Bré­viai­re des insou­mis, édi­tions Pier­re-Guillau­me de Roux, 2013

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Champ de bataille

Nous per­drons si nous nous obs­ti­nons à ne pas com­pren­dre où est le champ de bataille : dans le mon­de entier et dans le cœur de cha­que hom­me. ”

Jean Mabi­re, La tor­che et le glai­ve, édi­tions Libres opi­nions, 1994

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Chance

Impo­se ta chan­ce, ser­re ton bon­heur et va vers ton ris­que. A te regar­der, ils s’habitueront.”

René Char, Les Mati­neaux, 1950

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Chants

… Et leurs chants racon­tent l’histoire, les rudes sen­tiers de leur gloi­re, les mil­le com­bats de nos prin­ces et nos rois et la gran­deur du pays d’autrefois.”

Glen­mor, La cou­pe et la mémoi­re, 1979

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Chaos

Le dixiè­me siè­cle est pro­ba­ble­ment le plus atro­ce de notre l’histoire. Avec la déca­den­ce de l’autorité caro­lin­gien­ne, les cala­mi­tés recom­men­çaient : au Sud, les Sar­ra­sins avaient repa­ru, et un autre fléau était venu : les Nor­mands s’enhardissaient et dévas­taient le pays.

L’impuissance des Caro­lin­giens à repous­ser ces enva­his­seurs hâta la dis­so­lu­tion géné­ra­le. Désor­mais, le peu­ple ces­sa de comp­ter sur le roi. Le pou­voir royal devint fic­tif. L’État est en failli­te. Per­son­ne ne lui obéit plus. On cher­che pro­tec­tion où l’on peut. L’autorité publi­que s’est éva­nouie : c’est le chaos social et poli­ti­que. Plus de Fran­cie ni de Fran­ce. Cent, mil­le auto­ri­tés loca­les, au hasard des cir­cons­tan­ces, pren­nent le pou­voir. Le gou­ver­neur de pro­vin­ce, le gou­ver­neur de can­ton, le duc, le com­te, de moin­dres per­son­na­ges, s’établissent dans leurs char­ges, les lèguent à leurs enfants, se com­por­tent en vrais sou­ve­rains. ‘

Ce serait une erreur de croi­re que les popu­la­tions eus­sent été hos­ti­les à ce mor­cel­le­ment de la sou­ve­rai­ne­té. Tout ce qu’elles deman­daient, c’étaient des défen­seurs. La féo­da­li­té nais­sait de l’anarchie et du besoin d’un gou­ver­ne­ment, com­me aux temps de l’humanité pri­mi­ti­ve. Repré­sen­tons-nous des hom­mes dont la vie était mena­cée tous les jours, qui fuyaient les ban­dits de tou­te espè­ce, dont les mai­sons étaient brû­lées et les ter­res rava­gées. Dès qu’un indi­vi­du puis­sant et vigou­reux s’offrait pour pro­té­ger les per­son­nes et les biens, on était trop heu­reux de se livrer à lui, jusqu’au ser­va­ge, pré­fé­ra­ble à une exis­ten­ce de bête tra­quée.

De quel prix était la liber­té quand la rui­ne et la mort mena­çaient à tou­te heu­re et par­tout ? Ain­si naquit une mul­ti­tu­de de monar­chies loca­les fon­dées sur un consen­te­ment don­né par la détres­se.”

Jac­ques Bain­vil­le, His­toi­re de Fran­ce, 1924

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Charité chrétienne

Pour refou­ler les inva­sions d’immigrés il fau­drait être fer­me. Mais, c’est impos­si­ble. Par­ce que la cha­ri­té chré­tien­ne le défend. En quel­que sor­te, la cha­ri­té chré­tien­ne nous conduit au désas­tre !”

Jean Ras­pail, entre­tien à L’Action fran­çai­se 2000, 19 mai 2011

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Chasseurs des premiers âges

Si l’art des chas­seurs des pre­miers âges nous émeut tant et nous par­le un lan­ga­ge plus fort que celui de l’Orient ancien ou même récent, c’est sans dou­te un signe qu’y vivent l’esprit de notre esprit, la liber­té de notre liber­té.”

Ernst Jün­ger, Le nœud gor­dien (Der Gor­di­sche Kno­ten), 1953

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Chef

Je me levai, tout entier. […] Qu’est-ce qui sou­dain jaillis­sait ? Un chef. Non seule­ment un hom­me, un chef. Non seule­ment un hom­me qui se don­ne, mais un hom­me qui prend. Un chef, c’est un hom­me à son plein ; l’homme qui don­ne et qui prend dans la même éja­cu­la­tion. J’étais un chef. Je vou­lais m’emparer de tous ces hom­mes autour de moi, m’en accroî­tre, les accroî­tre par moi et nous lan­cer tous en bloc, moi en poin­te, à tra­vers l’univers.”

Pier­re Drieu la Rochel­le, La comé­die de Char­le­roi, 1934

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Chose

Un hom­me sans cou­ra­ge ni bra­vou­re est une cho­se.”

Napo­léon Bona­par­te, Viri­li­tés, maxi­mes et pen­sées com­pi­lées par Jules Ber­taut, édi­tions San­sot et Cie, 1912

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Chrétiens (d’Orient)

Nos souf­fran­ces actuel­les sont le pré­lu­de de cel­les que vous, les Euro­péens et les chré­tiens occi­den­taux, allez souf­frir aus­si dans la un pro­che ave­nir. […] Vos prin­ci­pes libé­raux et démo­cra­ti­ques ne valent rien ici. Vous êtes aus­si en dan­ger. Vous devez pren­dre des déci­sions for­tes et cou­ra­geu­ses, même si elles contre­di­sent vos prin­ci­pes. Vous pen­sez que tous les hom­mes sont égaux, mais ce n’est pas vrai : l’islam ne dit pas que tous les hom­mes sont égaux. Vos valeurs ne sont pas leurs valeurs. Si vous ne com­pre­nez pas ceci très vite, vous allez deve­nir les vic­ti­mes de l’ennemi que vous avez accueilli chez vous.”

Mgr Amel Shi­mon Nona, arche­vê­que catho­li­que chal­déen de Mos­soul, dans le Cor­rie­re del­la sera, 9 août 2014

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Cimbre

« Je ne suis pas un his­to­rien qui fait des recher­ches dans les vieux manus­crits ou dans les docu­ments d’archives ; je me conten­te d’être un nar­ra­teur qui suit quel­ques tra­ces de sa ter­re nata­le : de temps en temps, une let­tre ou un pli m’arrivent par la pos­te, ou bien je trou­ve un livre qui me rap­pel­le l’origine de la race qui vit sur ce haut pla­teau et que l’on disait ‘cim­bre’. »

Mario Rigo­ni Stern, Sen­tiers sous la nei­ge, édi­tions La Fos­se aux Ours, 2000

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Cimes

La hau­te mon­ta­gne peut per­met­tre à cer­tains d’assouvir leur goût stu­pi­de du ris­que pour le ris­que ; elle peut per­met­tre à des gens plus ou moins « entraî­nés » et incons­cients de pra­ti­quer une acti­vi­té spor­ti­ve bana­le ; elle peut être le luxe que se paient des hom­mes à l’esprit étroit pétri­fiés par la « civi­li­sa­tion » des plai­nes de regar­der à la jumel­le des « pano­ra­mas » tou­ris­ti­ques. Mais, pour d’autres, elle n’est rien de tout cela : elle est une voie de libé­ra­tion, de dépas­se­ment, d’accomplissement inté­rieur.
Les deux grands pôles de la vie à l’état pur, l’action et la contem­pla­tion, s’y confon­dent.
L’action, c’est la res­pon­sa­bi­li­té abso­lue, le fait de se sen­tir abso­lu­ment seul, de ne pou­voir comp­ter que sur sa for­ce et son cou­ra­ge, joints à une maî­tri­se de soi luci­de et chi­rur­gi­ca­le.
La contem­pla­tion, c’est l’essence même de cet­te expé­rien­ce héroï­que : le regard devient cir­cu­lai­re et solai­re, il n’y a plus que le ciel et des for­ces pures et libres qui reflè­tent et figent l’immensité dans le chœur tita­ni­que des som­mets.”

Julius Evo­la, Médi­ta­tions du haut des cimes (Medi­ta­zio­ni del­le vet­te), 1974

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Citadelle

Les seuls édi­fi­ces qui tien­nent sont inté­rieurs. Les cita­del­les de l’esprit res­tent debout plus long­temps que les murailles de pier­re.”

Hélie Denoix de Saint Marc, Les Sen­ti­nel­les du soir, Ed. Les Arè­nes, 1999

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Citations

« Les cita­tions révè­lent l’âme de celui qui les bran­dit. Elles tra­his­sent le regret de ne pas avoir su ou n’avoir pas pu dégai­ner sa pen­sée. »
Syl­vain Tes­son, Géo­gra­phie de l’instant, Edi­tion des Equa­teurs, 2012

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Civilisation

Une civi­li­sa­tion débu­te par le mythe et finit par le dou­te.”

Emil Cio­ran, La Chu­te dans le temps, 1964

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Civilisation

Une civi­li­sa­tion est une conti­nui­té qui, lorsqu’elle chan­ge, même aus­si pro­fon­dé­ment que peut l’impliquer une nou­vel­le reli­gion, s’incorpore des valeurs ancien­nes qui sur­vi­vent à tra­vers elle et res­tent sa sub­stan­ce.”

Fer­nand Brau­del, Ecrits sur l’histoire, 1969

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Civilisation

L’art de la civi­li­sa­tion consis­te à allier les plai­sirs les plus déli­cats à la pré­sen­ce constan­te du dan­ger.”

Sten­dhal cité par Syl­vain Tes­son in Dans les forêts de Sibé­rie, Gal­li­mard, Folio, 2010

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Civilisation grecque

Il y a un mon­de grec uni par la lan­gue et par le sang, les sanc­tuai­res et les sacri­fi­ces qui nous sont com­muns, nos mœurs qui sont les mêmes…”

Héro­do­te, Enquê­tes, VIII, vers 445 av. notre ère

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Civilisation industrielle

La com­pro­mis­sion ouvre la por­te à tous les escla­va­ges. […] L’avenir s’il y en avait un, était en dehors de cet­te civi­li­sa­tion indus­triel­le, de sa vul­ga­ri­té, de sa ser­vi­li­té, de sa fiè­vre, de sa hâte, de sa super­fi­cia­li­té nar­co­ti­que.”

Robert Dun, Le Grand sui­ci­de, Edi­tions du Crè­ve-Tabous, 1984

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Civilisation occidentale

Jadis pro­lon­ge­ment natu­rel de l’Europe, la civi­li­sa­tion occi­den­ta­le se retour­ne contre elle et peut lui être funes­te, ain­si qu’aux autres cultu­res. Deve­nue sys­tè­me, elle a son cen­tre impul­seur aux Etats-Unis, néan­moins de plus en plus relayé par les autres pays indus­triels qui véhi­cu­lent à leur tour l’américanisme (ou une autre cultu­re « amé­ri­ca­no­mor­phe ») cultu­rel ou/et éco­no­mi­que. Liée au déve­lop­pe­ment d’un mar­ché mon­dial elle est aus­si bien por­tée par les régi­mes libé­raux que sociaux-démo­cra­tes, com­pa­ti­ble avec les Etats-Pro­vi­den­ce et le social-éta­tis­me, elle s’inscrit dans l’essor d’un nou­veau capi­ta­lis­me trans­na­tio­nal, tech­no­cra­ti­que et non-patri­mo­nial.”

Guillau­me Faye, Pour­quoi nous com­bat­tons – Mani­fes­te de la Résis­tan­ce euro­péen­ne, L’AEncre, 2001

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Civilisé

L’individu qui vient au mon­de dans une « civi­li­sa­tion » trou­ve incom­pa­ra­ble­ment plus qu’il n’apporte. Une dis­pro­por­tion qu’il faut appe­ler infi­nie s’est éta­blie entre la pro­pre valeur de cha­que indi­vi­du et l’accumulation des valeurs au milieu des­quel­les il sur­git… Le civi­li­sé, par­ce qu’il est civi­li­sé, a beau­coup plus d’obligations envers la socié­té que cel­le-ci ne sau­rait en avoir jamais envers lui.”

Char­les Maur­ras, Mes idées poli­ti­ques, 1937

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Clarté

Être pro­fond et sem­bler pro­fond. — Celui qui se sait pro­fond s’efforce d’être clair ; celui qui vou­drait sem­bler pro­fond à la fou­le s’efforce d’être obs­cur.”

Frie­dri­ch Nietz­sche, Le Gai savoir (Die fröh­li­che Wis­sen­schaft — La Gaya Scien­za), 1882

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Classe cultivée

Je crois pour ma part, […], à l’absolue néces­si­té […] de l’existence d’une clas­se culti­vée assez nom­breu­se, mais pas trop, constam­ment renou­ve­lée aux mar­ges : c’est à dire ouver­te, chan­geant de contours, […] mais com­por­tant en son cen­tre, et c’est bien là ce qui est le plus dif­fi­ci­le à fai­re admet­tre en socié­té démo­cra­ti­que, et c’est même pres­que impos­si­ble à énon­cer seule­ment en socié­té hyper­dé­mo­cra­ti­que, un noyau héré­di­tai­re.”

Renaud Camus, Le Grand Rem­pla­ce­ment, David Rein­harc, 2011

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Classe dirigeante

« Ne per­dez pas votre temps à dis­cu­ter avec ces sor­tes de gens. On ne les per­sua­de point ; livrez-les au fouet des évé­ne­ments pour tou­te répon­se. »

Emma­nuel-Jose­ph Sieyès, Répon­ses à quel­ques opi­nions contre les gran­des assem­blées et contre la liber­té de paro­le, 1789

Tags : abbé Sieyès, classe dirigeante, événements, 1789
Cœur

Mais il n’y a point de petits évè­ne­ments pour le cœur ; il gran­dit tout, il met dans les mêmes balan­ces la chu­te d’un empi­re de qua­tor­ze ans et la chu­te d’un gant de fem­me, et pres­que tou­jours le gant y pèse plus que l’empire.”

Hono­ré de Bal­zac, La Duches­se de Lan­geais, 1834

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Cœurs nobles

C’est dans les cœurs nobles que la souf­fran­ce du peu­ple trou­ve son écho le plus puis­sant.”

Ernst Jün­ger, Sur les falai­ses de mar­bre (Auf den Mar­mork­lip­pen), 1939

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Cognée

Les lon­gues pério­des de paix favo­ri­sent cer­tai­nes illu­sions d’optique. L’une d’elles est la croyan­ce que l’inviolabilité du domi­ci­le se fon­de sur la Consti­tu­tion, est garan­tie par elle. En fait, elle se fon­de sur le père de famil­le qui se dres­se au seuil de sa por­te, entou­ré de ses fils, la cognée à la main.”

Ernst Jün­ger, Trai­té du rebel­le ou le recours aux forêts (Der Wald­gang), 1951

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Combat

Du com­bat, seuls les lâches s’écartent.”

Homè­re, Ilia­de, vers 800–725 av. notre ère

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Combat

Le com­bat est père de tou­te cho­se, de tou­tes les lois ; les uns, il les por­te à la lumiè­re com­me dieux, les autres com­me hom­mes ; les uns, il les fait escla­ves, les autres, libres.”

Héra­cli­te, fr.53, 576–480 av. notre ère

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Combat

Nous savons depuis Héra­cli­te, que la vie est un com­bat et que la paix n’est que la mort. Notre reli­gion se veut d’abord culte des héros, des guer­riers et des ath­lè­tes. Nous célé­brons depuis les Grecs les hom­mes dif­fé­rents et inégaux. Notre mon­de est celui du com­bat et du choix, non celui de l’égalité. L’univers n’est pas une fin mais un ordre. La Natu­re diver­si­fie, sépa­re, hié­rar­chi­se. L’individu, libre et volon­tai­re devient le cen­tre du mon­de. Sa plus gran­de ver­tu res­te l’orgueil – péché suprê­me pour la reli­gion étran­gè­re – sans notre concep­tion tra­gi­que de la vie, la lut­te devient la loi suprê­me. Est un hom­me véri­ta­ble celui qui s’attaque à des entre­pri­ses déme­su­rées. Une même ligne de crê­te unit Pro­mé­thée et Sieg­fried.”

Jean Mabi­re, Thu­lé, le soleil retrou­vé des Hyper­bo­réens, Robert Laf­font, 1978

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Combattre

Pour­quoi nous com­bat­tons ? Nous ne com­bat­tons pas prio­ri­tai­re­ment pour la « cau­se des peu­ples », car l’identité de cha­que peu­ple le regar­de et ne nous regar­de pas, et par­ce que l’histoire est un cime­tiè­re de peu­ples et de civi­li­sa­tions. Nous com­bat­tons pour la cau­se du des­tin de notre seul peu­ple. Même dans l’action poli­ti­que, cultu­rel­le ou méta­po­li­ti­que la plus quo­ti­dien­ne, la plus ter­re-à-ter­re (et qui est indis­pen­sa­ble), la plus hum­ble, même dans la for­mu­la­tion de pro­gram­mes pra­ti­ques, il faut avoir en tête cet impé­ra­tif de Gran­de poli­ti­que : nous com­bat­tons à la fois pour l’héritage des ancê­tres et pour l’avenir des enfants.”

Guillau­me Faye, Pour­quoi nous com­bat­tons – Mani­fes­te de la Résis­tan­ce euro­péen­ne, L’AEncre, 2001

Tags : Guillaume Faye, pourquoi nous combattons, manifeste de la résistance européenne, combattre, cause des peuples, peuple, identité, politique, métapolitique, grande politique, culture, destin, héritage des ancêtres, avenir des enfants
Commencer

Le pou­voir de com­men­cer (begin­ning), avant de deve­nir un évé­ne­ment his­to­ri­que, est la plus hau­te capa­ci­té de l’homme, il est iden­ti­que à la liber­té de l’homme. […] Ce com­men­ce­ment est garan­ti par cha­que nais­san­ce ; il est le fait de cha­que hom­me.”

Han­nah Arendt, The Ori­gins of Tota­li­ta­rism, 1951

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Commerce

Le com­mer­ce est un état hono­ra­ble ; mais ses bases essen­tiel­les doi­vent être la pru­den­ce et l’économie. Le négo­ciant ne doit pas gagner sa for­tu­ne com­me on gagne une bataille ; il doit gagner peu et constam­ment.”

Napo­léon Bona­par­te, Viri­li­tés, maxi­mes et pen­sées com­pi­lées par Jules Ber­taut, édi­tions San­sot et Cie, 1912

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Communauté

Il y a deux façons prin­ci­pa­les d’envisager l’homme et la socié­té. Ou bien la valeur fon­da­men­ta­le est pla­cée dans l’indi­vi­du (et, par sui­te, dans l’huma­ni­té, for­mée de l’addition de tous les indi­vi­dus) : c’est l’idée chré­tien­ne, bour­geoi­se, libé­ra­le et socia­lis­te. Ou bien la valeur fon­da­men­ta­le, ce sont les peu­ples et les cultu­res, notions émi­nem­ment plu­riel­les qui fon­dent une appro­che « holis­te » de la socié­té. Dans un cas, l’humanité, som­me de tous les indi­vi­dus, est éga­le­ment « conte­nue » dans cha­que être humain par­ti­cu­lier : on est d’abord un « hom­me », et secon­dai­re­ment seule­ment, com­me par acci­dent, mem­bre d’une cultu­re et d’un peu­ple. Dans l’autre, l’humanité n’est que l’ensem­ble des cultu­res et des com­mu­nau­tés popu­lai­res : c’est par ses appar­te­nan­ces orga­ni­ques que l’homme est fon­dé dans son huma­ni­té. D’un côté, on a Des­car­tes, les Ency­clo­pé­dis­tes et l’idéologie des droits de l’homme ; la natio­na­li­té et la socié­té repo­sent sur le choix élec­tif indi­vi­duel et le contrat-plé­bis­ci­te révo­ca­ble uni­la­té­ra­le­ment. De l’autre, on a Leib­niz, Her­der, le droit des cultu­res et la cau­se des peu­ples ; la natio­na­li­té et la socié­té repo­sent sur l’héritage cultu­rel et his­to­ri­que. La dif­fé­ren­ce entre ces deux concep­tions se retrou­ve jus­que dans la façon d’envisager l’histoire et le struc­tu­re du réel. Nous som­mes bien évi­dem­ment, quant à nous, du côté du holis­me. L’individu, à nos yeux, n’existe qu’en liai­son avec les col­lec­ti­vi­tés dans les­quel­les ils s’inclut (et par rap­port aux­quel­les il se sin­gu­la­ri­se). Tou­te acti­vi­té indi­vi­duel­le repré­sen­te un acte par­ti­ci­pant de la vie d’un peu­ple. L’intérêt de l’individu ne sau­rait être appré­cié « en soi ».”

Alain de Benoist, Orien­ta­tions pour des années déci­si­ves, Le Laby­rin­the, 1982

Tags : Alain de Benoist, orientations pour des années décisives, communauté, holisme, homme, société, individu, humanité, idée chrétienne, bourgeoisie, libéral, socialiste, communautés populaires, cultures, peuples, appartenances organiques, Descartes, Encyclopédistes, idéologie des droits de l’homme, Leibniz, Herder, héritage, culture, histoire, réel, structure du réel
Communauté

Un hom­me ne peut se sous­trai­re maté­riel­le­ment ou mora­le­ment à l’association humai­ne.”

Léon Bour­geois, Soli­da­ri­té, 1896

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Communauté

Il est pos­si­ble aus­si que, chez les Euro­péens de sou­che, l’idée de com­mu­nau­té ne puis­se renaî­tre que dans le mal­heur.”

Guillau­me Faye, Pour­quoi nous com­bat­tons – Mani­fes­te de la Résis­tan­ce euro­péen­ne, L’AEncre, 2001

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Communauté

Nous nous retrou­vâ­mes dans une sal­le plei­ne à cra­quer de jeu­nes de notre âge. Sur la scè­ne, l’un deux jouait de l’accordéon. Et tous se mirent à chan­ter. Ce fut pour moi un choc fan­tas­ti­que que cet­te bru­ta­le révé­la­tion d’une com­mu­nau­té vivan­te, d’une patrie inter­di­te dont le ciment était cultu­rel avant d’être poli­ti­que. En un éclair, je com­pris que Nation et Etat peu­vent ne pas coïn­ci­der. Et aus­si qu’un peu­ple est indes­truc­ti­ble tant qu’il exis­te, dans de mul­ti­ples foyers, une maniè­re de vivre qui n’est pas cel­le du « pays légal » pour repren­dre une vieille for­mu­le maur­ras­sien­ne.”

Jean Mabi­re, La Varen­de entre nous, édi­tions Pré­sen­ce de La Varen­de, 1999

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Communauté rurale

La vie rura­le se mani­fes­te à nous com­me la réunion de deux acti­vi­tés contrai­res et com­plé­men­tai­res. Elle est, en effet, une puis­san­te vie de grou­pe. Elle est aus­si une tâche de soli­tu­de et de silen­ce où l’individu prit sa valeur.

Nous savons déjà ce que fut cet­te com­mu­nau­té rura­le. Nous savons d’où elle vient his­to­ri­que­ment. Mais c’est la men­ta­li­té pri­mi­ti­ve qui en a déter­mi­né l’esprit. Le vil­la­ge agri­co­le fut le suc­ces­seur du clan toté­mi­que. La puis­san­ce fixa­tri­ce qui a éta­bli pour tou­jours le grou­pe humain sur un coin de sol était un ordre des dieux. Ces dieux étaient sur cet­te ter­re, ces eaux, ces arbres. L’homme est res­té immo­bi­li­sé de cet­te impas­si­ble immo­bi­li­té des cho­ses. Ces maî­tres muets…, ils ont pris jadis au hasard d’une tri­bu, une poi­gnée d’humanité, et ne l’ont jamais lâchée !… Et cha­que vil­la­ge est enco­re sous cet­te main mus­clée de roche qui le tient depuis l’âge de pier­re.”

Gas­ton Roup­nel, His­toi­re de la cam­pa­gne fran­çai­se, Ber­nard Gras­set, 1932

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Compagnons

« Quand le beau temps coïn­ci­de avec ma dis­po­ni­bi­li­té, j’aime par­tir avec mes sou­ve­nirs sur les sen­tiers et les che­mins fores­tiers ; j’observe, aus­si, et j’écoute, les signaux que la natu­re com­mu­ni­que au fil des sai­sons et des années. Mais c’est quand des amis se joi­gnent à moi que je rêve et réflé­chis le plus. Ces com­pa­gnons de rou­te ne sont plus pré­sents phy­si­que­ment, leur corps est res­té dans des endroits loin­tains : ense­ve­li sur des mon­ta­gnes, ou dans la step­pe ; dans des cime­tiè­res de vil­la­ge avec une sim­ple croix, ou de vil­le avec une dal­le et des fleurs. Et c’est avec eux que je suis et que je conver­se, en me sou­ve­nant. Ceux qui ne croient pas, ou ceux qui croient, peu­vent regar­der ma façon d’agir avec une bien­veillan­te indul­gen­ce. Peu m’importe : moi aus­si j’ai des dou­tes mais il me plaît, cer­tai­nes fois, de les igno­rer. »

Mario Rigo­ni Stern, Sen­tiers sous la nei­ge, édi­tions La Fos­se aux Ours, 2000

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Complices du chaos

En fait, pour lui, esprit sim­ple et peu por­té aux pré­cio­si­tés, le mon­de des hom­mes se divi­sait en deux : les oppo­sants au chaos et les com­pli­ces de celui-ci. Les com­pli­ces du chaos, actifs ou pas­sifs, pou­vaient être drô­les, brillants, habi­les, fins, sédui­sants, cha­ris­ma­ti­ques, géniaux même, pour­quoi pas, ils étaient néan­moins ses adver­sai­res, ses enne­mis et ils le déso­laient quand ils ne le fai­saient pas car­ré­ment dégueu­ler. Il est des épo­ques qui impo­sent un mini­mum de sérieux et, sur­tout, de conscien­ce d’un inté­rêt géné­ral, d’une sim­ple néces­si­té de sur­vie. Fran­çois pen­sait que nous vivions l’une de cel­le-là. Cela le ren­dait peu amè­ne et même assez lar­ge­ment odieux, insor­ta­ble en tout cas. Il n’était ni léger, ni déta­ché, ni brillam­ment cyni­que, cri­mes mon­dains dont on ne se relè­ve pas.”

Roger Nimier, Les enfants tris­tes, 1951

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Confort

Tout confort se paie. La condi­tion d’animal domes­ti­que entraî­ne cel­le de bête de bou­che­rie.”

Ernst Jün­ger, Trai­té du rebel­le ou le recours aux forêts (Der Wald­gang), 1951

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Conscience du danger

Nous avons oublié les bêtes féro­ces : il y eut des mil­lé­nai­res où, soit veillant, soit dor­mant, les hom­mes pen­saient à elles.”

Frie­dri­ch Nietz­sche, Frag­ments, 1880.

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Conservation

Il faut savoir se conser­ver. C’est la meilleu­re preu­ve d’indépendance.”

Frie­dri­ch Nietz­sche, Par-delà le bien et le mal (Jen­seits von Gut und Böse — Vor­spiel einer Phi­lo­so­phie der Zukunft), 1886

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Consommateur

Je crois que notre socié­té indus­triel­le souf­fre d’un malai­se fon­da­men­tal, qui est d’ordre moral et poli­ti­que et se résu­me à ceci que l’individu n’a de pou­voir que dans le rôle irres­pon­sa­ble du consom­ma­teur.”

Ber­trand de Jou­ve­nel, Arca­die. Essai sur le mieux vivre, 1968

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Contes

L’Europe est le nom de notre tra­di­tion, un mur­mu­re des temps anciens et du futur. Notre tra­di­tion est une façon de se condui­re et de condui­re notre vie qui n’appartient qu’à nous. Elle nous est révé­lée par les poè­mes d’Homère et par nos gran­des légen­des, cel­les de la Table Ron­de ou des Nibe­lun­gen. Elle nous est révé­lée aus­si par le tré­sor des contes. Sous des appa­ren­ces dif­fé­ren­tes, nos contes tis­sent la tra­me d’un même héri­ta­ge de part et d’autre du Rhin, des Alpes et des Pyré­nées. Retrou­vés en Alle­ma­gne par les frè­res Grimm et en Fran­ce par Char­les Per­rault, sans avoir l’air de rien, ils sont l’un de nos biens les plus pré­cieux. Ils ne se voi­lent d’obscurité que si l’on ne fait pas l’effort de les décou­vrir. Jadis, leur trans­mis­sion se fai­sait à la veillée, par le récit des Anciens. Se jouant du temps qui pas­se, ils conti­nuent de dire le retrait sal­va­teur dans la forêt, les for­ces de la natu­re, la soli­tu­de et la com­mu­nau­té, les rites de pas­sa­ge de l’enfance à l’âge adul­te, la ren­con­tre de la jeu­ne fille et du che­va­lier, l’ordre du mon­de. Les contes sont le grand livre de notre tra­di­tion. Leur fonc­tion est de léguer la sages­se ances­tra­le de la com­mu­nau­té. Même quand on y ren­con­tre des elfes ou des fées auprès des sour­ces et au coin des bois, ils sont le contrai­re des « contes de fées ». Sous l’apparence du diver­tis­se­ment, ils ensei­gnent des leçons de vie. Ils disent les secrets qui feront que les demoi­sel­les devien­dront fem­mes et les gar­çons des hom­mes. Les contes disent les mena­ces à sur­mon­ter (le Chat bot­té), les limi­tes à ne pas fran­chir (Bar­be bleue), la ruse ter­ras­sant la for­ce bru­ta­le (le Petit Pou­cet), la ran­çon de l’étourderie (le Petit Cha­pe­ron Rou­ge), le prix du ser­ment (Gri­sé­li­dis), l’effort sou­te­nu triom­phant d’une natu­re ingra­te (Riquet à la houp­pe), les périls cou­rus par la jeu­ne fille et la viri­li­té dévoyée (Peau d’âne). Les contes disent enco­re le cou­ra­ge, l’espoir et la constan­ce des jeu­nes filles triom­phant des épreu­ves (Cen­drillon). Ils disent aus­si la vigueur, l’audace, la vaillan­ce et les rup­tu­res par quoi les gar­çons sont ce qu’ils sont (Per­ce­val). Les contes mon­trent qu’en s’appuyant sur les for­ces de la natu­re, la fem­me main­tient ou res­tau­re l’ordre du mon­de et de la com­mu­nau­té (Blan­che Nei­ge). Ces secrets sont nôtres, on pour­rait par­fois les croi­re per­dus alors qu’ils ne sont qu’assoupis. Com­me dans le conte de la Bel­le au bois dor­mant, ils se réveille­ront. Ils se réveille­ront sous l’ardeur de l’amour que nous leur por­te­rons.”

Domi­ni­que Ven­ner, His­toi­re et tra­di­tion des Euro­péens, édi­tions du Rocher, 2002

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Conteur

Il y a des conteurs qui ont ces­sé de conter, à un moment don­né […], dès l’instant qu’ils ne trou­vaient plus per­son­ne devant eux sus­cep­ti­ble de les croi­re. […] Le conteur, ce n’est pas celui qui racon­te (des racon­teurs d’histoire, il y en a par­tout), mais celui qui détient les contes d’une cer­tai­ne popu­la­tion et essaie de trans­met­tre ces contes-là, de façon à obte­nir l’accord de ceux qui l’écoutent, de fai­re en sor­te que ceux qui l’écoutent se ren­dent comp­te qu’il dit exac­te­ment ce qu’ils sont, et ce qu’ils sont, bien sûr, dans le tré­fonds d’eux-mêmes, dans l’arrière-plan de leur incons­cient ou de leur sub­cons­cient.”

Pier­re-Jakez Hélias, La sages­se de la ter­re (avec Jean Mar­ka­le), 1978

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Continuer

Ils mar­chent et ils chan­tent. Ils sont des mil­lions dans la nuit froi­de de jan­vier. Mais ils sont morts. Et nous ne som­mes que quel­ques-uns. Mais nous som­mes vivants. Et nous ne lâche­rons pas nos épées et nous n’éteindrons pas nos tor­ches.”

Jean Mabi­re, La tor­che et le glai­ve, édi­tions Libres opi­nions, 1994

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Contrainte

Le secret des forts est de tou­jours se contrain­dre.”

Mau­ri­ce Bar­rès, Sous l’œil des Bar­ba­res, 1888

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Corps-francs

Les hom­mes des corps-francs sont les fils de la guer­re, de la défai­te et de la révo­lu­tion de novem­bre. Ils sont direc­te­ment appa­ren­tés aux ardi­ti de Fiu­me et aux squa­dris­tes qui sur­gis­sent un peu plus tard en Ita­lie, consti­tuant un type d’homme bien spé­ci­fi­que qu’on ne rever­ra plus. Ils ont été façon­nés d’abord par les com­bats des tran­chées de la guer­re. Cel­le-ci avait trié entre les hom­mes que l’épreuve a ner­veu­se­ment ou mora­le­ment écra­sés, et ceux qui en sont sor­tis plus forts et plus durs qu’avant. Par­lant d’eux, Jün­ger les com­pa­re­ra aux lans­que­nets d’autrefois qui n’avaient plus d’autre patrie que leur dra­peau. Ce sont des hom­mes chez qui la guer­re a abo­li tou­te dif­fé­ren­ce socia­le, les éga­li­sant selon un stan­dard sans sup­port avec celui de la vie civi­le. Ils ont rem­pla­cé les dis­tinc­tions de clas­se par cel­le de l’audace et du cou­ra­ge. Et cet­te nou­vel­le échel­le de valeurs, ils vou­dront plus tard la trans­po­ser dans la vie civi­le d’après-guerre. A leur façon ce sont des socia­lis­tes. Mais leur socia­lis­me est mili­tai­re, sans lien avec la recher­che de la sécu­ri­té et du bon­heur maté­riel. Ils ne recon­nais­sent plus d’autre hié­rar­chie que cel­le du méri­te. Tous par­ta­gent la même foi dans le pou­voir de la volon­té et un goût évi­dent pour les métho­des expé­di­ti­ves.

En eux ne se résu­me sans dou­te pas tou­te l’essence du fas­cis­me et du natio­nal-socia­lis­me, mais ils en por­tent une part fon­da­tri­ce dans la mesu­re où ils incar­nent la révol­te la plus radi­ca­le contre le mon­de bour­geois de leur temps.”

Domi­ni­que Ven­ner, Le Siè­cle de 1914, édi­tions Pyg­ma­lion, 2006

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Cosmopolitisme

On nous cor­ne : « Il faut s’ouvrir aux influen­ces étran­gè­res ». Il se trou­ve que ce slo­gan n’est pas inno­cent par­ce qu’il est désor­mais la devi­se d’un cos­mo­po­li­tis­me dont l’arbre est aux Etats-Unis et dont les bran­ches, d’où tom­bent des fruits pour­ris, s’étendent sur tout l’Occident et vont même pro­je­tant leur ombre sur un plus vas­te espa­ce. Il se trou­ve qu’il s’agit moins d’ouvertures que d’abandons et plus d’engorgements indi­ges­tes que d’assimilations for­ti­fian­tes. Notre mode de vie est insi­dieu­se­ment péné­tré, miné, ron­gé par l’influence amé­ri­cai­ne. Et la Fran­ce va vers sa per­te d’âme.”

Jean Cau, Pour­quoi la Fran­ce, La Table Ron­de, 1975

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Courage

Le cou­ra­ge est le vent qui nous por­te vers les riva­ges les plus loin­tains ; c’est la clef de tous les tré­sors, le mar­teau qui for­ge les vas­tes empi­res, le bou­clier sans lequel aucu­ne civi­li­sa­tion ne sau­rait durer. Le cou­ra­ge, c’est l’enjeu illi­mi­té de sa pro­pre per­son­ne, c’est l’assaut que l’idée livre à la matiè­re sans se sou­cier des consé­quen­ces. Etre cou­ra­geux, c’est être prêt à se fai­re cru­ci­fier pour une convic­tion, c’est affir­mer, même dans le der­nier fré­mis­se­ment des nerfs, même dans le der­nier sou­pir, l’idée dont on vivait et pour laquel­le on meurt. Mau­dit soit le temps qui mépri­se le cou­ra­ge et les hom­mes cou­ra­geux !”

Ernst Jün­ger, La Guer­re notre Mère (Der Kampf als inne­res Erleb­nis), 1922

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Courage

Les sol­dats qui vous disent qu’ils n’ont jamais connu la peur vous men­tent. Ou peut-être ont-ils tra­ver­sé la guer­re en zom­bies. C’est l’incandescence qui por­te le sol­dat, et ce cou­ra­ge-là res­sem­ble à une expé­rien­ce mys­ti­que : pour que la lumiè­re jaillis­se, il faut bien qu’un peu de soi brû­le et se consu­me.”

Hélie Denoix de Saint Marc, Les sen­ti­nel­les du soir, 1999

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Courage

Le cou­ra­ge est une patrie.”

André Mal­raux, L’Espoir, 1937

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Courage

Ça se ver­ra bien sur ma figu­re, quand j’aurai qua­tre-vingt ans, que j’aurai eu du cou­ra­ge, le cou­ra­ge sans quoi il n’y a rien dans le mon­de, que des mots.”

Pier­re Drieu la Rochel­le, La comé­die de Char­le­roi, 1934

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Courage — voir aussi : Jeunesse

De tou­tes les ver­tus, la plus impor­tan­te, par­ce qu’elle est la motri­ce de tou­tes les autres et qu’elle est néces­sai­re à l’exercice des autres, de tou­tes les ver­tus, la plus impor­tan­te me paraît être le cou­ra­ge, les cou­ra­ges, et sur­tout celui dont on ne par­le pas et qui consis­te à être fidè­le à ses rêves de jeu­nes­se. Et pra­ti­quer ce cou­ra­ge, ces cou­ra­ges, c’est peut-être cela « L’Honneur de Vivre ».”

Hélie Denoix de Saint Marc, Que dire à un jeu­ne de 20 ans, 2010

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Courageux

Il convient d’être cou­ra­geux, non par néces­si­té mais par­ce que c’est beau.”

Aris­to­te, Ethi­que à Nico­ma­que, IVe siè­cle av. notre ère

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Couteau

Effroi de l’habitude. Cas­ser, cou­per, tran­cher. Il faut vivre au cou­teau.”

Jean-René Hugue­nin, Jour­nal, 1964

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Cohésion – voir aussi : Sens

Tou­te idéo­lo­gie orga­ni­que don­ne un sens au mon­de, et le mon­de fait sens, plus ou moins éla­bo­ré, pour tou­te socié­té humai­ne. Or, il n’y a pas de cohé­sion des grou­pes par­ce que le mon­de a un sens ; il y a du sens dans le mon­de par­ce qu’il faut de la cohé­sion dans les grou­pes.”

Régis Debray, Cri­ti­que de la rai­son poli­ti­que, Gal­li­mard, 1981

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Colonisation

En fait la colo­ni­sa­tion en cours est beau­coup plus confor­me à la défi­ni­tion et à l’étymologie du ter­me que cel­le à laquel­le s’est livrée la Fran­ce dans ce qui fut son empi­re, jadis. Colo­ni­sa­tion de peu­ple­ment, colo­ni­sa­tion par la mas­se démo­gra­phi­que, colo­ni­sa­tion par sub­sti­tu­tion eth­ni­que, elle est sur­tout beau­coup plus gra­ve, en cela qu’elle mena­ce, elle, d’être irré­ver­si­ble, sans recours pos­si­ble. Une colo­ni­sa­tion com­me cel­le qu’a pra­ti­quée notre pays, une colo­ni­sa­tion mili­tai­re, poli­ti­que et admi­nis­tra­ti­ve, on peut s’en débar­ras­ser en un tour­ne­main, l’histoire l’a mon­tré. Une colo­ni­sa­tion com­me cel­le qu’il subit depuis des lus­tres, une colo­ni­sa­tion par chan­ge­ment de peu­ple, cel­le-là est défi­ni­ti­ve, à moins de fai­re inter­ve­nir la remi­gra­tion, pré­ci­sé­ment, avant qu’il soit tout à fait trop tard.”

Renaud Camus, Let­tre à Fabri­ce Robert, sep­tem­bre 2014, www.grand-remplacement.com

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Connaissance du passé

« L’homme trou­ve dans la connais­san­ce du pas­sé la plus ins­truc­ti­ve des leçons. »

Poly­be, His­toi­re, Denis Rous­sel (trad.), Fran­çois Har­tog (dir.), Gal­li­mard, coll. Quar­to, 2003

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Coutumes

La tra­di­tion ne peut s’exprimer qu’à tra­vers l’esprit de cou­ra­ge et de défi, et non dans l’observance de la sau­ve­gar­de super­fi­ciel­le des cou­tu­mes.”

Hen­ry Mil­ler, Vira­ge à 80, 1973

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Crainte

Il n’y a que deux leviers pour réunir les hom­mes : la crain­te ou l’intérêt. Tou­te gran­de révo­lu­tion doit pro­cé­der par la crain­te, les inté­rêts mis en jeu n’amènent pas de grands résul­tats.”

Napo­léon Bona­par­te, Viri­li­tés, maxi­mes et pen­sées com­pi­lées par Jules Ber­taut, édi­tions San­sot et Cie, 1912

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Crise de la culture – voir aussi : Pédagogisme

Cet­te cri­se de la cultu­re n’est pas le résul­tat d’un pro­blè­me de moyens, de finan­ce­ment ou de ges­tion ; c’est un bou­le­ver­se­ment inté­rieur. Il s’est pro­duit, dans nos socié­tés occi­den­ta­les, un phé­no­mè­ne uni­que, une rup­tu­re inédi­te : une géné­ra­tion s’est refu­sée à trans­met­tre à la sui­van­te ce qu’elle avait à lui don­ner, l’ensemble du savoir, des repè­res, de l’expérience humai­ne immé­mo­ria­le qui consti­tuait son héri­ta­ge. Il y a là une ligne de condui­te déli­bé­rée, jusqu’à l’explicite : j’étais loin d’imaginer, en com­men­çant à ensei­gner, l’impératif essen­tiel qui allait struc­tu­rer ma for­ma­tion de jeu­ne pro­fes­seur. « Vous n’avez rien à trans­met­tre » : ces mots, pro­non­cés à plu­sieurs repri­ses par un ins­pec­teur géné­ral qui nous accueillait dans le métier le jour de notre pre­miè­re ren­trée, avaient quel­que cho­se de si éton­nant qu’ils ont pro­fon­dé­ment mar­qué ma mémoi­re. « Vous n’avez rien à trans­met­tre. » La cultu­re est pro­pre­ment ce qui se trans­met. Ne plus fai­re subir à nos suc­ces­seurs ce far­deau péri­mé que le pas­sé jet­te­rait sur leur liber­té nou­vel­le, voi­là le pro­jet qui nous est pro­po­sé.

Désor­mais, il faut fai­re en sor­te que cha­que enfant puis­se, pour créer un che­min per­son­nel, pro­dui­re son pro­pre savoir. Écar­tés, le « cours magis­tral » et le « par cœur » ; refu­sée, l’idée qu’une concep­tion du mon­de pour­rait être trans­mi­se aux enfants par leurs parents. Nous avons per­du le sens de la cultu­re. Elle est pour nous, au mieux, un luxe inuti­le ; au pire, un baga­ge encom­brant. Bien sûr, nous conti­nuons de visi­ter les musées, d’aller au ciné­ma, d’écouter de la musi­que ; et en ce sens, nous n’avons pas consciem­ment reje­té loin de nous la cultu­re. Mais elle ne nous inté­res­se plus que sous la for­me d’une dis­trac­tion super­fi­ciel­le, d’un plai­sir intel­li­gent ou d’un agré­ment déco­ra­tif.”

Fran­çois-Xavier Bel­la­my, Les Déshé­ri­tés ou l’urgence de trans­met­tre, Plon, 2014

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Crise économique

Les solu­tions de sor­tie de cri­se sont, publi­que­ment du moins, tou­tes pla­cées sous le signe émi­nem­ment conve­na­ble de plus d’individualisme, plus d’opportunités pour tous, plus de mobi­li­té, ce qui signi­fie, concrè­te­ment, plus de liber­té de mou­ve­ment des capi­taux, plus d’échanges de biens et de ser­vi­ces, plus d’ingérence et d’interdépendance, plus d’ouverture à l’envie et à la cupi­di­té, à la fin plus de cré­dit et de det­tes, plus d’uniformité et de confor­mi­té – plus de tout ce qui a pro­vo­qué la cri­se.”

Her­vé Juvin, Le ren­ver­se­ment du mon­de – Poli­ti­que de la cri­se, Gal­li­mard, 2010

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Croyance

Une socié­té sans croyan­ce for­te est une socié­té qui meurt.”

Régis Debray, entre­tien avec J.P. Entho­ven, Le Nou­vel obser­va­teur, 10 octo­bre 1981

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Crustacés

Si un jour l’humanité reve­nait à des condi­tions plus nor­ma­les, peu de cultu­res lui sem­ble­ront aus­si sin­gu­liè­res que l’actuelle, dans laquel­le on a cou­ru après tou­te for­me de pou­voir et de domi­na­tion de la matiè­re, négli­geant cepen­dant la domi­na­tion de l’esprit, des émo­tions et de la vie psy­chi­que en géné­ral. C’est ain­si que beau­coup de nos contem­po­rains – les soi-disant hom­mes d’action en pre­miè­re ligne – res­sem­blent à ces crus­ta­cés qui sont si durs et pleins d’excroissances sca­breu­ses sur la cara­pa­ce et si mous et inver­té­brés à l’intérieur.”

Julius Evo­la, La Doc­tri­ne de l’Eveil (La dotri­na del Ris­ve­glio – Sag­gio sull’ascesi bud­dis­ta), 2e édi­tion, 1965

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Cultiver (se)

Vivre dans un cer­tain siè­cle et s’apercevoir qu’on était mieux fait pour un autre, cela ne doit pas déses­pé­rer, car ce mal­heur n’est point sans quel­que remè­de. Nous attei­gnons par magie l’époque où nous ne nous som­mes pas trou­vés maté­riel­le­ment ; nous la sai­sis­sons par son art. Être culti­vé, cela ne signi­fie pas autre cho­se que d’avoir le choix entre tous les moments de l’humanité et d’aller, à notre gré, de l’un à l’autre, com­me un archi­pel, un navi­re heu­reux se pro­mè­ne d’île en île. Tou­te hau­te vie a ses éva­sions serei­nes.”

Abel Bon­nard, Ce mon­de et moi, édi­tions Dis­mas (post­hu­me), 1992

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Culture

« Il tient à la natu­re pro­fon­de de l’homme, être de civi­li­sa­tion par excel­len­ce, de ne pou­voir trou­ver d’identification satis­fai­san­te qu’à l’intérieur d’une cultu­re et par le tru­che­ment d’une cultu­re. »
Kon­rad Lorenz, Les huit péchés capi­taux de notre civi­li­sa­tion, 1974

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Culture

Civi­li­sa­tion, cultu­re, tra­di­tion, sont des notions voi­si­nes au point d’être inter­chan­gea­bles dans le lan­ga­ge cou­rant. La cultu­re est pre­miè­re dans l’ordre chro­no­lo­gi­que de la fon­da­tion. Elle se rap­por­te à la per­ma­nen­ce des men­ta­li­tés pro­fon­des. Elle est créa­tri­ce de sens. La civi­li­sa­tion est une cultu­re qui a reçu une for­me his­to­ri­que, créa­tri­ce d’un ensem­ble de qua­li­tés pro­pres dans l’ordre maté­riel, intel­lec­tuel, artis­ti­que et moral. La tra­di­tion est l’âme d’une cultu­re et d’une civi­li­sa­tion.”

Domi­ni­que Ven­ner, Un samou­raï d’Occident. Le Bré­viai­re des insou­mis, édi­tions Pier­re-Guillau­me de Roux, 2013

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Culture

Et je ne regret­te pas d’avoir pro­po­sé ailleurs, com­me une des défi­ni­tions pos­si­bles de la cultu­re, “la clai­re conscien­ce de la pré­cio­si­té du temps”. L’homme culti­vé n’a jamais trop de temps, il n’en a même jamais assez pour tout ce qu’il y a lire, à voir, à enten­dre, à connaî­tre, à appren­dre, à com­pren­dre et à aimer. L’intelligible, par son énor­mi­té, est incom­men­su­ra­ble à son intel­li­gen­ce. L’existant, par son immen­si­té, est sans rap­port de pro­por­tions avec sa soif de connais­san­ce et les pos­si­bi­li­tés de sa mémoi­re. L’aimable, par son infi­ni­tu­de, outre­pas­se de tou­te part son amour. À tout moment il doit fai­re des choix, c’est-à-dire renon­cer à des che­mins, à des livres, à des étu­des et à des dis­trac­tions. Et ce qu’il est, autant que par ce qu’il lit, par ce qu’il entend et par ce qu’il étu­die, il l’est par ce qu’il ne lit pas, ce qu’il ne fré­quen­te pas, ce à quoi il refu­se de per­dre son temps, ce temps que la cultu­re rend pré­cieux.”

Renaud Camus, La gran­de décul­tu­ra­tion, Fayard, 2008

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Culture générale

« La véri­ta­ble éco­le du com­man­de­ment est la cultu­re géné­ra­le. »

Char­les de Gaul­le, Vers l’armée de métier, 1934

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Culture (personnelle)

Quel que soit son âge, sa condi­tion, son degré d’instruction, il est pos­si­ble à notre épo­que à tout indi­vi­du de renouer avec la tra­di­tion de la cultu­re per­son­nel­le. Aucun des efforts accom­plis dans ce sens n’est mépri­sa­ble ou indif­fé­rent. Tout est pré­cieux de ce qui aspi­re à la cultu­re. Le plus petit pas que l’on fait vers elle a sa valeur et son impor­tan­ce. Étein­dre son télé­vi­seur et se met­tre à lire un livre, c’est déjà fai­re œuvre de civi­li­sa­tion.”

Jean-Louis Harouel, Cultu­re et contre cultu­res, Pres­ses uni­ver­si­tai­res de Fran­ce, 1994

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Cycle

Com­me nais­sent les feuilles, ain­si font les hom­mes. Les feuilles, tour à tour, c’est le vent qui les épand sur le sol et la forêt ver­doyan­te qui les fait naî­tre quand se lèvent les jours du prin­temps. Ain­si des hom­mes : une géné­ra­tion naît à l’instant où une autre s’efface.”

Homè­re, Ilia­de, VI, cité par Domi­ni­que Ven­ner, Le Choc de l’Histoire, édi­tions Via Roma­na, 2011

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Cycles

Le der­nier âge c’est l’âge du fer ou […] l’âge som­bre. […] A ces for­mes de déca­den­ce s’oppose l’idée d’un cycle pos­si­ble de res­tau­ra­tion appe­lé par Hésio­de le cycle héroï­que ou âge des héros.”

Julius Evo­la, Le Mys­tè­re du Graal (Il mis­te­ro del Graal e la tra­di­zio­ne ghi­bel­li­na dell’Impero), 1937

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Cyclopes

Et nous par­vîn­mes à la ter­re des Cyclo­pes orgueilleux et sans lois qui, confiants dans les Dieux immor­tels, ne plan­tent point de leurs mains et ne labou­rent point. Mais, n’étant ni semées, ni culti­vées, tou­tes les plan­tes crois­sent pour eux, le fro­ment et l’orge, et les vignes qui leur don­nent le vin de leurs gran­des grap­pes que font croî­tre les pluies de Zeus. Et les ago­ras ne leur sont point connues, ni les cou­tu­mes ; et ils habi­tent le faî­te des hau­tes mon­ta­gnes, dans de pro­fon­des caver­nes, et cha­cun d’eux gou­ver­ne sa fem­me et ses enfants, sans nul sou­ci des autres.”

Homè­re, Odys­sée, Chant IX (tra­duc­tion de Lecon­te de Lis­le), IXe-VIIIe siè­cles avant notre ère

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