Lettre A

A

Abîme

Un abî­me nous sépa­re de ceux qui se bat­tent pour un bien-être maté­riel.”

Ernst Jün­ger, Le Boque­teau 125 (Das Wäld­chen 125), 1925, Payot, 1932

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Absents

Ils enten­dent sans com­pren­dre et sont sem­bla­bles à des sourds. Le pro­ver­be s’applique à eux : pré­sents ils sont absents.”

Héra­cli­te, fr.34, 576–480 av. notre ère

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Abstractions

L’habitude des faits les plus vio­lents use moins le cœur que les abs­trac­tions : les mili­tai­res valent mieux que les avo­cats.”

Napo­léon Bona­par­te, Viri­li­tés, maxi­mes et pen­sées com­pi­lées par Jules Ber­taut, édi­tions San­sot et Cie, 1912

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Achille

Dées­se, chan­te-nous la colè­re d’Achille, de ce fils de Pélée, colè­re détes­ta­ble, qui valut aux Argiens d’innombrables mal­heurs et jeta dans l’Hadès tant d’âmes de héros, livrant leurs corps en proie aux oiseaux com­me aux chiens : ain­si s’accomplissait la volon­té de Zeus. Com­men­ce à la que­rel­le où deux preux s’affrontèrent : l’Atride, chef de peu­ple, et le divin Achil­le.”

Homè­re, Ilia­de, Chant I, invo­ca­tion, vers 800–725 avant notre ère

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Acte

Tout acte modi­fie l’âme de celui qui agit.”

Oswald Spen­gler, Pen­sées, in Ecrits his­to­ri­ques et phi­lo­so­phi­ques, édi­tions Coper­nic, 1980

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Actes

Il arri­ve un moment où il ne sert à rien de par­ler. Seuls comp­tent alors les actes. Ces actes par­lent pour toi.”

Erik L’Homme, Les Mai­tres des Bri­sants, T1 Chien-de-la-lune, Gal­li­mard jeu­nes­se, 2004

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Action

Par l’action, on devient autre. On s’arrache à soi. On se chan­ge en chan­geant le mon­de.”

Ernst von Salo­mon, cité par Roger Sté­pha­ne, Por­trait de l’aventurier, Gras­set, 2005

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Action violente

Aucu­ne action vio­len­te n’est pos­si­ble si elle n’est pré­cé­dée d’une inten­se cam­pa­gne d’explication. Les esprits doi­vent être déjà gagnés à la cau­se, sans même s’en ren­dre comp­te, quand sur­git, au grand jour, l’opportunité.”

Jean Mabi­re, Patri­ck Pear­se, une vie pour l’Irlande, édi­tions Ter­re et Peu­ple, 1998

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Actions de grâce

Une vie qui n’est pas un rite per­pé­tuel d’actions de grâ­ce n’est pas une vie réus­sie.”

Alain Danié­lou, Les Contes du Laby­rin­the, 1988

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Adolescence

Il y a tou­jours une part de notre ado­les­cen­ce à laquel­le nous ne sur­vi­vons pas.”

Alain de Benoist, Mémoi­re vive, entre­tiens avec Fran­çois Bous­quet, édi­tions de Fal­lois, 2012

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Afrique

Les Afri­cains ne connais­sent qu’un seul moyen pour réta­blir l’équilibre infi­ni­ment chan­geant des cir­cons­tan­ces. Il faut concé­der une répa­ra­tion. Com­me l’eau qui afflue là où le niveau a bais­sé, ils cher­chent à com­bler les trous creu­sés par le des­tin, et les motifs d’un acte ne les inté­res­sent qua­si­ment pas. Si quelqu’un sur­prend son enne­mi en plei­ne nuit et lui tran­che la gor­ge, ou si on écra­se un pas­sant impru­dent en abat­tant un arbre, les consé­quen­ces sont les mêmes. La socié­té a subi un pré­ju­di­ce qu’il faut répa­rer le mieux pos­si­ble. L’Africain ne se sou­cie pas de la ques­tion de res­pon­sa­bi­li­té ou d’intérêt, soit qu’il consi­dè­re que cela ris­que­rait de se révé­ler une tâche inter­mi­na­ble, soit par­ce qu’il juge que cela ne le concer­ne pas. En revan­che, il se plon­ge dans des cal­culs com­plexes pour déter­mi­ner com­ment un cri­me ou un acci­dent sera répa­ré par un tel nom­bre de chè­vres ou de mou­tons.”

Karen Blixen, La fer­me afri­cai­ne, 1937

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Agir

Tou­te action est objet de dou­te. Et cepen­dant, tu es là pour agir. Tu as été mis au mon­de pour ce com­bat. Com­bats donc, puisqu’il le faut ! Mais gar­de les mains blan­ches. Gagne, mais sois indif­fé­rent à la vic­toi­re. Agis, mais sans t’arracher aux fruits de l’action. Plon­gé dans ce bruit et cet­te fureur, mais avec une part de toi hors de ce mon­de, dans la séré­ni­té. Agis, déta­ché de l’action, en chef de guer­re et roi de paix.”

Louis Pau­wels, Com­ment devient-on ce que l’on est ?, Sto­ck, 1978

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Agitation

L’agitation des vents pré­ser­ve les eaux du lac de crou­pir.”

Frie­dri­ch Hegel, cité par Eric Bran­ca, 3 000 ans d’idées poli­ti­ques, Chro­ni­que édi­tions, 2014

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Aïeux (voir aussi Descendants)

Non seule­ment la démo­cra­tie fait oublier à cha­que hom­me ses aïeux, mais elle lui cache ses des­cen­dants.”

Alexis de Toc­que­ville, De la démo­cra­tie en Amé­ri­que, 1835

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Aller (de l’avant)

Redou­ter l’échec, c’est redou­ter le ridi­cu­le, il n’y a rien de plus mes­quin. Aller de l’avant – c’est jus­te­ment ne pas crain­dre de deve­nir la risée de ses sem­bla­bles.”

Emil Cio­ran, Cahiers, 1957–1972

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Alpinisme

Je pour­suis un autre che­min, en alti­tu­de, ma mys­ti­que s’émerveille des vrais chefs d’œuvre et s’étonne de pou­voir regar­der, enten­dre, sen­tir la natu­re. Vous avez lais­sé votre intel­li­gen­ce, ce tyran stu­pi­de, tirer un épais rideau devant vos yeux, vous ne pou­vez donc pas voir que vous êtes entou­rés de vraies mer­veilles. Vous avez lais­sé cet­te com­pa­gne impor­tu­ne dire quel­ques mots futi­les au sujet des mys­tè­res du mon­de, vous croyez donc en être arri­vés à domi­ner tout mys­tè­re, vous croyez les avoir réso­lus scien­ti­fi­que­ment, selon des lois et vous êtes fiers, espè­ces de fous, de ne plus vous éton­ner de rien. Vous ne pres­sen­tez même pas que vous pos­sé­dez les clefs qui vous per­met­tront de déchif­frer ces mil­lions de runes, les plus fines impres­sions, les mil­liers de sen­ti­ments dif­fé­rents de votre cœur. Si vous vous entraî­nez à retrou­ver sans ces­se ce pou­voir d’émerveillement, à obéir en vous aux impres­sions les plus légè­res et les plus nuan­cées, à ampli­fier les sons, com­me si vous aviez un micro­pho­ne, et à vous éle­ver de l’obscurité à la lumiè­re, — alors vous par­vien­drez à l’âme des cho­ses et vous pour­rez écou­ter la paro­le de Dieu. Mais tous les concepts géné­raux, tout le pau­vre voca­bu­lai­re avec lequel l’intelligence humai­ne bor­née croit appré­hen­der l’inépuisable uni­vers, vous devez les fou­ler au pied avec mépris. Cha­que vision, cha­que vue dif­fé­ren­te de la mon­ta­gne, cha­que peti­te plan­te, cha­que coup d’aile du chou­cas, cha­que regard humain, le silen­ce sacré de ce lever de soleil sur le col du Mön­ch, vous devez les res­sen­tir com­me quel­que cho­se d’unique, com­me quel­que cho­se qui n’a jamais exis­té aupa­ra­vant, com­me un mira­cle inouï, et vous lais­ser impré­gner de leurs par­ti­cu­la­ri­tés. Alors votre vie ne sera plus qu’une chaî­ne de révé­la­tions et vous vous serez méta­mor­pho­sés en enfants naïfs, en dieux grecs.

De nou­veau un autre mon­de, atten­du avec curio­si­té. Nous n’avons pas la sur­pri­se de décou­vrir des hori­zons loin­tains ; nous som­mes au contrai­re à l’entrée du petit jar­din enchan­té de Lau­rin. […]

Voi­là ce que j’ai trou­vé pour la pre­miè­re fois dans la mon­ta­gne et ce que je cher­che désor­mais en connais­san­ce de cau­se : l’unité infi­nie et l’harmonie des for­ces et des élé­ments de la natu­re, tout com­me l’harmonie des for­ces, des pul­sions, des sen­ti­ments de mon moi pro­fond et l’harmonie de ces deux ensem­bles l’un envers l’autre. Pen­dant que notre civi­li­sa­tion accul­tu­rée dis­per­se et dés­unit tout, c’est en mon­ta­gne, dans cet­te vas­te natu­re qui aspi­re au divin, que cha­que indi­vi­dua­li­té peut se fon­dre dans le cos­mos. Ce n’est pas une peti­te har­mo­nie super­fi­ciel­le, à trois sous. Les pics les plus bizar­res, les pré­ci­pi­ces les plus affreux, les hur­le­ments de la tem­pê­te, les ava­lan­ches des­truc­tri­ces se mêlent en une par­fai­te uni­té avec le plus doux des rayons de soleil, le plus léger voi­le de bru­me, l’insecte minus­cu­le, la fleur qui brille en silen­ce sur le rocher. […]

L’alpinisme nous per­met de fon­der un hom­me com­plet, il nous sort de l’arbitraire bar­ba­re pour nous éle­ver vers une har­mo­nie sœur de l’harmonie grec­que. Pen­dant près de deux mil­lé­nai­res, le corps a été offi­ciel­le­ment mépri­sé et assu­jet­ti com­me un prin­ci­pe mau­vais, la pen­sée mona­ca­le avait dis­so­cié le corps et l’esprit. Nous qui vou­lons être à la poin­te de la moder­ni­té, nous som­mes reve­nus bien en deçà, nous som­mes joyeux d’appartenir à la ter­re. Nous pou­vons de nou­veau, com­me les Grecs ingé­nus, nous réjouir ouver­te­ment de la beau­té phy­si­que et de l’action impé­tueu­se.”

Eugen Gui­do Lam­mer, Jung­born (Fon­tai­ne de Jou­ven­ce), tra­duc­tion Anne-Lau­re Blanc (non édi­tée), selon l’édition Rother Ver­lag de 1935

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Altérité irréductible

Il ne s’agit pas d’un choc des civi­li­sa­tions, mais d’un affron­te­ment, pres­que anthro­po­lo­gi­que, entre une cultu­re uni­ver­sel­le indif­fé­ren­ciée et tout ce qui, dans quel­que domai­ne que ce soit, gar­de quel­que cho­se d’une alté­ri­té irré­duc­ti­ble.”

Jean Bau­drillard, Power Infer­no, édi­tions Gali­lée, 2002

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Ambition

Les ambi­tieux secon­dai­res n’ont jamais que des idées mes­qui­nes.”

Napo­léon Bona­par­te, Viri­li­tés, maxi­mes et pen­sées com­pi­lées par Jules Ber­taut, édi­tions San­sot et Cie, 1912

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Âme

Non, chè­re âme, n’aspire pas à la vie immor­tel­le, épui­se plu­tôt le champ du pos­si­ble.”

Pin­da­re, IIIe Pythi­que, Ve siè­cle av. notre ère

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Âme

L’âme qui habi­te aujourd’hui en moi est fai­te de par­cel­les qui sur­vé­cu­rent à des mil­liers de morts.”

Mau­ri­ce Bar­rès, Un hom­me libre, 1889

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Âme

Pour s’affranchir des for­ces obs­cu­res et des pou­voirs vils, il faut que l’âme se tien­ne en bri­de.”

Ernst Jün­ger, Le nœud gor­dien (Der Gor­di­sche Kno­ten), 1953

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Âme européenne

Médi­tant sur l’âme euro­péen­ne dans ce qui la dis­tin­gue de l’Orient pro­che ou loin­tain, Ernst Jün­ger a iso­lé com­me révé­la­tri­ce la libre déter­mi­na­tion d’Alexandre tran­chant l’immobilité du nœud gor­dien. Si l’Asie épou­se les éner­gies du mon­de, l’Europe est ten­tée de s’en empa­rer pour les sou­met­tre à sa volon­té. L’une est asso­ciée à la for­ce appa­rem­ment tran­quille de l’eau, l’autre à cel­le du feu. En Occi­dent, l’éthique et la phi­lo­so­phie n’échappent jamais à la volon­té. L’une et l’autre ne sont pas seule­ment des che­mins vers la sages­se, mais une construc­tion de soi par l’exercice du corps, de l’âme et de l’esprit, com­me dans un gym­na­se, ce lieu de l’éducation grec­que qui a per­du­ré jusqu’à nous mal­gré ses alté­ra­tions. Il n’est donc pas sur­pre­nant que l’histoire, théâ­tre de la volon­té, ait été une inven­tion euro­péen­ne.”

Domi­ni­que Ven­ner, His­toi­re et tra­di­tion des Euro­péens, édi­tions du Rocher, 2002

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Américain

Pre­nez un petit mar­chand de Rouen ou de Lyon, ava­re et sans ima­gi­na­tion, et vous aurez un Amé­ri­cain.”

Sten­dhal, Lucien Leu­wen, 1836

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Amertume

[…] Une sub­ti­le souf­fran­ce, l’amertume de l’homme dont le bon­heur est per­du.”

Ernst Jün­ger, Sur les falai­ses de mar­bre (Auf den Mar­mork­lip­pen), 1939

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Amitié

Il ne peut y avoir de véri­ta­ble ami­tié qu’entre gens de bien […], ceux qui agis­sent notoi­re­ment avec droi­tu­re, hon­nê­te­té, loyau­té et géné­ro­si­té. Ceux dont la fer­me­té de carac­tè­re exclut tou­te cupi­di­té, avi­di­té, intem­pé­ran­ce, ceux qui ont sui­vi la natu­re, le meilleur gui­de qui soit vers le bon­heur…”

Cicé­ron, De l’amitié, env. 44 av. notre ère

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Amour courtois

Dame suis vôtre et le serai
Vôtre fus depuis bien long­temps
Vous fûtes ma pre­miè­re joie
Serez ma joie jusqu’à la fin
Tant que la vie le dure­ra.”

Ber­nard de Ven­ta­dour, XIIe siè­cle

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Anarchiste

Lors­que l’anarchiste, com­me por­te-paro­le des cou­ches socia­les en déca­den­ce, récla­me, dans une bel­le indi­gna­tion, le « droit », la « jus­ti­ce », les « droits égaux », il se trou­ve sous la pres­sion de sa pro­pre incul­tu­re qui ne sait pas com­pren­dre pour­quoi au fond il souf­fre, — en quoi il est pau­vre en vie… Il y a en lui un ins­tinct de cau­sa­li­té qui le pous­se à rai­son­ner : il faut que ce soit la fau­te à quelqu’un s’il se trou­ve mal à l’aise… Cet­te « bel­le indi­gna­tion » lui fait déjà du bien par elle-même, c’est un vrai plai­sir pour un pau­vre dia­ble de pou­voir inju­rier — il y trou­ve une peti­te ivres­se de puis­san­ce. Déjà la plain­te, rien que le fait de se plain­dre peut don­ner à la vie un attrait qui la fait sup­por­ter : dans tou­te plain­te il y a une dose raf­fi­née de ven­gean­ce, on repro­che son malai­se, dans cer­tains cas même sa bas­ses­se, com­me une injus­ti­ce, com­me un pri­vi­lè­ge ini­que, à ceux qui se trou­vent dans d’autres condi­tions. « Puis­que je suis une canaille tu devrais en être une aus­si » : c’est avec cet­te logi­que qu’on fait les révo­lu­tions. Les doléan­ces ne valent jamais rien : elles pro­vien­nent tou­jours de la fai­bles­se.”

Frie­dri­ch Nietz­sche, Cré­pus­cu­le des ido­les (Göt­zen-Däm­me­rung oder wie man mit dem Ham­mer phi­lo­so­phiert), 1888

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Anciens Grecs

De tou­tes les races d’hommes, la plus accom­plie, la plus bel­le, la plus enviée, la plus sédui­san­te, la plus entraî­nan­te vers la Vie…”

Frie­dri­ch Nietz­sche, La Nais­san­ce de la Tra­gé­die, 1872

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Ancrages (voire aussi Territoire)

Pour­tant un peu­ple, une socié­té ne sau­raient vivre sans un ter­ri­toi­re pour eux sacré. Nous avons besoin, nous les humains, de lieux d’appartenance, de famil­les, de patries, et tant pis si c’était un slo­gan de Pétain. Nous avons besoin de nous iden­ti­fier à des ter­ri­toi­res où nais­sent nos lan­gues et où gisent nos morts, où gran­dis­sent des enfants qui nous res­sem­blent et où dor­ment tout vivants les sou­ve­nirs de notre exis­ten­ce pas­sée. Nous ne som­mes pas des êtres de nul­le part, de purs cos­mo­po­li­tes, d’absolus citoyens du mon­de, com­me la vul­ga­te bran­chée vou­drait nous le fai­re croi­re. À moins de deve­nir fous, il nous faut des ancra­ges, car ce sont eux qui nous iden­ti­fient et nous per­met­tent de vivre une vie com­plè­te. La patrie est l’un de ces ancra­ges, qui ne peut être sup­pri­mé au pro­fit d’une vani­teu­se citoyen­ne­té du mon­de […].”

Chan­tal Del­sol, “14 juillet 2014, l’étrange fête natio­na­le”, in Le Figa­ro, 14 juillet 2014

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Anglais

Les Anglais sont un peu­ple de pira­tes qui, après avoir pillé le mon­de, ont com­men­cé à s’ennuyer.”

Emil Cio­ran, Des lar­mes et des saints, 1937, 1986 (trad.)

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Antiquité

Ce n’est pas dans le pre­mier moment d’une émo­tion très vive que l’on jouit le plus de ses sen­ti­ments. Je m’avançais vers Athè­nes avec une espè­ce de plai­sir qui m’ôtait le pou­voir de la réflexion ; non que j’éprouvasse quel­que cho­se de sem­bla­ble à ce que j’avais sen­ti à la vue de Lacé­dé­mo­ne. Spar­te et Athè­nes ont conser­vé jus­que dans leurs rui­nes leur dif­fé­rent carac­tè­re : cel­les de la pre­miè­re sont tris­tes, gra­ves, soli­tai­res, cel­le de la secon­de sont rian­tes, légè­res, habi­tées. À l’aspect de la patrie de Lycur­gue, tou­tes les pen­sées devien­nent sérieu­ses, mâles et pro­fon­des ; l’âme for­ti­fiée sem­ble s’élever et s’agrandir. Devant la vil­le de Solon, on est com­me enchan­té par les pres­ti­ges du génie ; on a l’idée de l’homme consi­dé­ré com­me un être intel­li­gent et immor­tel. Les sen­ti­ments de la natu­re humai­ne pre­naient à Athè­nes quel­que cho­se d’élégant qu’ils n’avaient point à Spar­te. L’amour de la patrie et de la liber­té n’étaient point pour les Athé­niens un ins­tinct aveu­gle mais un sen­ti­ment éclai­ré, fon­dé sur ce goût du beau dans tous les gen­res que le ciel leur avait si libé­ra­le­ment dépar­ti ; enfin, en pas­sant des rui­nes de Spar­te aux rui­nes d’Athènes je sen­tis que j’aurais vou­lu mou­rir avec Léo­ni­das et vivre avec Péri­clès.”

Fran­çois-René de Cha­teau­briand, Iti­né­rai­re de Paris à Jéru­sa­lem, 1811

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Apatride et asexué

Je me déso­le de l’idée qu’on est en train de fabri­quer – et je pèse mes mots – un petit Fran­çais qui sera demain une sor­te de consom­ma­teur à l’américaine, éle­vé dans l’hédonisme, le consu­mé­ris­me, une sor­te de petit consom­ma­teur asexué et apa­tri­de. On est en train avec le maria­ge pour tous de tuer la filia­tion, bio­lo­gi­que, à ter­me, c’est ça qu’on veut d’ailleurs. Des gens com­me Atta­li le disent très bien, très fort. Et puis apa­tri­de par­ce qu’à par­tir du moment où il n’y a plus le prin­ci­pe de sou­ve­rai­ne­té et qu’il n’y a plus la trans­mis­sion…”

Phi­lip­pe de Vil­liers, inter­view à BFM-TV, 12 novem­bre 2014

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Apollon

Je m’acquittais de l’un des devoirs de ma des­ti­née : j’allais saluer Apol­lon au milieu de ses rui­nes, Apol­lon de qui, pour une fai­ble part, je relè­ve.”

Mau­ri­ce Bar­rès, Une enquê­te aux pays du Levant II, 1923

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Apparences

[…] L’esprit sait res­sen­tir aus­si ce que l’écrin des appa­ren­ces enfer­me d’éternel.”

Ernst Jün­ger, Sur les falai­ses de mar­bre (Auf den Mar­mork­lip­pen), 1939

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Appel

Éle­vés dans une ère de sécu­ri­té, nous avions tous la nos­tal­gie de l’inhabituel, des grands périls. La guer­re nous avait donc sai­sis com­me une ivres­se. C’est sous une pluie de fleurs que nous étions par­tis, gri­sés de roses et de sang. Nul dou­te que la guer­re ne nous offrît la gran­deur, la for­ce, la gra­vi­té. Elle nous appa­rais­sait com­me l’action viri­le : de joyeux com­bats de tirailleurs, dans les prés où le sang tom­bait en rosée sur les fleurs. Pas de plus bel­le mort au monde…Ah sur­tout, ne pas res­ter chez soi, être admis à cet­te com­mu­nion !”

Ernst Jün­ger, Ora­ges d’acier (Der Kampf als inne­res Erleb­nis), 1922

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Apprendre

Celui-là seul sait, qui com­prend qu’il doit tou­jours recom­men­cer à appren­dre, et qui, sur la base de cet­te com­pré­hen­sion, s’est avant tout mis en état de tou­jours pou­voir appren­dre.”

Mar­tin Hei­deg­ger, Intro­duc­tion à la méta­phy­si­que (Einfüh­rung in die Meta­phy­sik), 1935, 1958 (trad.)

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Arbre

L’arbre est bien­fai­sant aux dieux et aux hom­mes, il les domi­ne et les abri­te et son mur­mu­re chan­te les légen­des divi­nes et les hym­nes. Les Gau­lois n’avaient pour tem­ples que les forêts et sou­vent ils com­bat­taient cou­ron­nés de ver­du­re pour empor­ter sur eux la for­ce des arbres. Au retour du com­bat, les vain­queurs dépo­saient dans les bois sacrés leurs tro­phées, les glai­ves, les bou­cliers et les cas­ques […] sous les nou­veaux dieux, ces mys­tè­res déchus, dont s’effrayait la nou­vel­le pié­té, devin­rent le sab­bat des sor­ciers et l’on racon­ta mil­le fables. Le sou­ve­nir des forêts sacrées fit naî­tre aus­si les forêts enchan­tées dont les romans de che­va­le­rie sont pleins […]. Et la Vier­ge Marie fré­quen­ta les arbres que n’habitaient plus les drya­des.”

Johan­nès Tho­mas­set, Pages bour­gui­gnon­nes, Ed. L’homme libre, 2001

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Arbres

Les arbres aux raci­nes pro­fon­des sont ceux qui mon­tent haut.”

Fré­dé­ric Mis­tral, Les Iles d’or (Lis Isclo d’or), 1875

Ardeur

Et dût la ter­re se bri­ser com­me un bou­let,
Notre migra­tion est flam­me et blan­che ardeur.”

Ernst Jün­ger, Sur les falai­ses de mar­bre (Auf den Mar­mork­lip­pen), 1939

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Aristocrate

Qu’est-ce qu’une aris­to­cra­te ? C’est une fem­me que la vul­ga­ri­té n’atteint pas bien qu’elle en soit cer­née.”

Muriel Bar­ne­ry, L’Elégance du Héris­son, Gal­li­mard, 2007

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Aristocratie

Les qua­li­tés pro­pres à l’aristocratie sont dif­fi­ci­les à décri­re, par­ce qu’elles vien­nent du cœur et de l’âme plus que du seul intel­lect ou de la seule « rai­son mora­le ». De même que l’aristocratie relie le peu­ple aux dieux, elle relie le ciel à la ter­re, com­me l’arbre du mon­de dans les ancien­nes mytho­lo­gies. Elle relie aus­si le visi­ble à l’invisible, le fini à l’infini, ce qui se décrit à ce qui ne peut pas se dire. Elle mon­tre les cho­ses mais elle ne les dit pas.”

Alain de Benoist, Les idées à l’endroit, Edi­tions Libres-Hal­lier, 1979

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Armes

Et voi­là qu’ils pleu­raient de joie en cares­sant leurs sabres ! Leurs armes oubliées, rouillées, avi­lies, mais qui leur appa­ru­rent com­me une viri­li­té per­due, car seules elles per­met­tent à l’homme de créer le mon­de. Et ce fut le signal de la rébel­lion, laquel­le fut bel­le com­me un incen­die !
Et tous, ils mou­ru­rent en hom­mes !”

Antoi­ne de Saint-Exu­pé­ry, Cita­del­le, 1948

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Armée

Je me sens peu de goût pour défen­dre les mili­tai­res indé­fen­da­bles. Leurs insuf­fi­san­ces sont les cau­ses pre­miè­res de l’antimilitarisme. Il me suf­fit d’éveiller mes pro­pres sou­ve­nirs. Durant les tren­te mois pas­sés sous l’uniforme pen­dant la guer­re d’Algérie, j’ai connu peu d’hommes de qua­li­té. En fait de guer­riers, j’ai sur­tout ren­con­tré des fonc­tion­nai­res timo­rés. Cet­te armée était une remar­qua­ble machi­ne à tuer les voca­tions. Chez les cadres, en dehors de ful­gu­ran­tes excep­tions, la mol­les­se du carac­tè­re, l’apathie intel­lec­tuel­le et même le débraillé phy­si­que sem­blaient la règle. En des­sous, se traî­nait en mau­gréant un bétail sale et avi­né. Cet­te cari­ca­tu­re d’armée était à l’image de la socié­té. Les cho­ses ne se sont pas amé­lio­rées.

Mais il y avait des excep­tions. Là, bat­tait le cœur véri­ta­ble de l’Armée. Les paras n’étaient pas seuls à don­ner le ton. Il arri­va qu’au sein du régi­ment « cul de plomb » le plus loque­teux, une com­pa­gnie, voi­re une sec­tion tran­chât, par la seule grâ­ce d’un offi­cier ou d’un sous-offi­cier dif­fé­rent. Ceux-là avaient trans­for­mé les bidas­ses en hom­mes. Tel est le mira­cle de la socié­té mili­tai­re, si mala­de fût-elle. Tout y est pos­si­ble pour des tem­pé­ra­ments forts et ima­gi­na­tifs.

Depuis tren­te ans et plus, l’armée pro­po­se aux lec­teurs de ses affi­ches « un métier, un ave­nir ». Du temps de Mont­luc ou du Maré­chal de Saxe, les ruti­lants ser­gents-recru­teurs pro­met­taient l’aventure et la gloi­re. Rien n’interdirait d’actualiser. Quand elle a des chefs capa­bles, l’Armée offre aux jeu­nes hom­mes tout jus­te sor­tis de l’adolescence les gran­des vacan­ces des ser­vi­tu­des civi­les. Plus de profs, plus de patrons, plus de fac­tu­res ni de per­cep­teur. L’anti-« métro-bou­lot-dodo ». Le plai­sir d’être jeu­nes, sou­ples, agi­les et forts. Le régi­ment, c’est la ban­de, avec ses rites et ses lois.

Dans les socié­tés indus­triel­les bour­geoi­ses ou socia­lis­tes qui sécrè­tent un égal ennui, l’homme de guer­re, dans son iso­le­ment, son inso­len­ce, est seul à por­ter une part de rêve. A condi­tion d’être lui-même, le sol­dat de métier exer­ce une fas­ci­na­tion à laquel­le même ses détrac­teurs n’échappent pas. Mais qu’il s’abandonne au cou­rant, à la fai­bles­se d’être ordi­nai­re, qu’il dépo­se ses orgueilleu­ses pré­ro­ga­ti­ves, il n’est plus qu’un fonc­tion­nai­re de sta­tut médio­cre et mépri­sé. Les mili­tai­res qui veu­lent assu­mer leur condi­tion se trou­vent néces­sai­re­ment en rup­tu­re avec l’esprit des socié­tés uti­li­tai­res sou­mi­ses aux seuls impé­ra­tifs éco­no­mi­ques. Les hom­mes de guer­re vien­nent d’un autre temps, d’un autre ciel. Ce sont les der­niers fidè­les d’une aus­tè­re reli­gion. Cel­le du cou­ra­ge et de la mort.

Ils sont de l’espèce qui se rase pour mou­rir. Ils croient à la rédemp­tion de l’homme par la ver­tu de l’exercice et du pas caden­cé. Ils culti­vent la for­me phy­si­que et la bel­le gueu­le. S’offrant le luxe de réveils pré­co­ces dans les matins gla­cés et des mar­ches haras­san­tes pour la joie de s’éprouver. Ce sont les der­niers poè­tes de la gra­tui­té abso­lue.

Le pri­vi­lè­ge moral de l’armée rési­de tout entier dans une dif­fé­ren­ce accep­tée, entre­te­nue, culti­vée. Sa phi­lo­so­phie tra­gi­que ne tour­ne pas aux vents de la mode ou des majo­ri­tés poli­ti­ques. Elle ne varie jamais. Elle est pro­pre à son état, à sa des­ti­na­tion qui est la guer­re. Guer­re clas­si­que ou guer­re sub­ver­si­ve, car sa voca­tion est de veiller sur la Cité, même quand cel­le-ci s’abandonne. Les divi­sions sibé­rien­nes qui bri­sè­rent l’offensive alle­man­de devant Mos­cou, en décem­bre 1941, ne devaient rien à Marx, mais beau­coup à Clau­se­witz. Si les trou­pes nord-viet­na­mien­nes ont conquis Sai­gon, ce n’est point le fait de leurs ver­tus com­mu­nis­tes, mais de leurs qua­li­tés mili­tai­res. En revan­che, on peut juger des effets de la mode per­mis­si­ve du libé­ra­lis­me avan­cé sur la risi­ble et inuti­le armée hol­lan­dai­se.

De bons apô­tres nul­le­ment inno­cents prê­chent, au nom des mœurs nou­vel­les, la répu­dia­tion par l’Armée de ce qui lui res­te d’esprit mili­tai­re. C’est bien visé. De cet­te façon, il n’y aurait plus de Défen­se. Plus la socié­té chan­ge, plus l’Armée évo­lue dans ses arme­ments, sa stra­té­gie, son orga­ni­sa­tion, plus l’esprit mili­tai­re doit être ren­for­cé. Il est la seule répon­se jamais inven­tée par l’homme face à la guer­re. Pour les gar­diens des empi­res et des nations, Spar­te la divi­ne, chè­re au vieil Homè­re, res­te le maî­tre éta­lon”.

Domi­ni­que Ven­ner, in revue Item, décem­bre 1977

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Art du commandement

« Com­me cha­que fois que des hom­mes sont com­man­dés par une bru­te bruyan­te, il y eut pagaïe. Les imbé­ci­les sont tou­jours sévè­res et la sévé­ri­té engen­dre tou­jours l’indiscipline. »

Hen­ri Vin­ce­not, Les che­va­liers du chau­dron, édi­tions Denoël, 1960

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Artémis (voir aussi Diane)

Dées­se de la syl­ve et de la nuit, dea sil­va­rum, com­me la nom­me Ovi­de, por­tant dans ses che­veux d’or un crois­sant de lune, Dia­ne-Arté­mis est tou­jours accom­pa­gnée d’un cerf ou de biches. Elle est à la fois la pro­tec­tri­ce de la natu­re sau­va­ge et l’incarnation de la chas­se. Deux fonc­tions com­plé­men­tai­res dont la jux­ta­po­si­tion anti­que est constan­te. Contrai­re­ment à Aphro­di­te, Arté­mis n’est pas asso­ciée à l’amour et à la fécon­di­té. Elle est en revan­che la dées­se des enfan­te­ments, la pro­tec­tri­ce des fem­mes encein­tes, des femel­les plei­nes, des enfants vigou­reux, des jeu­nes ani­maux, et pour tout dire, de la vie avant les souillu­res de l’âge. Son ima­ge s’accorde avec l’idée que les Anciens se fai­saient de la natu­re. Ils ne la voyaient pas à la façon dou­ce­reu­se de Jean-Jac­ques Rous­seau ou des pro­me­neurs du diman­che. Ils la savaient redou­ta­ble aux fai­bles et inac­ces­si­ble à la pitié. C’est par la for­ce que Dia­ne-Arté­mis défend sa pudeur et sa vir­gi­ni­té, c’est-à-dire le royau­me invio­la­ble de la sau­va­ge­rie. Elle tuait féro­ce­ment tous les mor­tels qui l’offensaient ou négli­geaient ses rites […] La pudeur et la vir­gi­ni­té d’Artémis sont une allé­go­rie des inter­dits qui pro­tè­gent la natu­re. La ven­gean­ce de la dea sil­va­rum est cel­le de l’ordre du mon­de mis en péril par une pul­sion exces­si­ve, l’hubris, la déme­su­re.”

Domi­ni­que Ven­ner, Dic­tion­nai­re amou­reux de la chas­se, Plon, 2000

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Ascèse

Tou­te gran­de impul­sion nou­vel­le, tou­te révo­lu­tion et tou­te réfor­me, tou­te éli­te nou­vel­le est le fruit d’une ascè­se et de la pau­vre­té volon­tai­re ou impo­sée, cel­le-ci étant avant tout renon­ce­ment à la sécu­ri­té du sta­tu quo.”

Carl Schmitt, La notion de poli­ti­que, 1933

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Athéna

Toi seule es jeu­ne, ô Cora ; toi seule es pure, ô Vier­ge ; toi seule es sai­ne, ô Hygie ; toi seule es for­te, ô Vic­toi­re. Les cités, tu les gar­des, ô Pro­ma­chos ; tu as ce qu’il faut de Mars, ô Aréa ; la paix est ton but, ô Paci­fi­que. Légis­la­tri­ce, sour­ce des consti­tu­tions jus­tes ; Démo­cra­tie, toi dont le dog­me fon­da­men­tal est que tout bien vient du peu­ple, et que, par­tout où il n’y a pas de peu­ple pour nour­rir et ins­pi­rer le génie, il n’y a rien, apprends-nous à extrai­re le dia­mant des fou­les impu­res. Pro­vi­den­ce de Jupi­ter, ouvriè­re divi­ne, mère de tou­te indus­trie, pro­tec­tri­ce du tra­vail, ô Erga­né, toi qui fais la nobles­se du tra­vailleur civi­li­sé et le mets si fort au-des­sus du Scy­the pares­seux ; sages­se, toi que Zeus enfan­ta après s’être replié sur lui-même, après avoir res­pi­ré pro­fon­dé­ment ; toi qui habi­tes dans ton père, entiè­re­ment unie à son essen­ce ; toi qui es sa com­pa­gne et sa conscien­ce ; éner­gie de Zeus, étin­cel­le qui allu­mes et entre­tiens le feu chez les héros et les hom­mes de génie, fais de nous des spi­ri­tua­lis­tes accom­plis.”

Ernest Renan, Priè­re sur l’Acropole, 1865

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Athéna pensive

Athé­na appa­raît com­me cel­le qui médi­te. Vers quoi le regard médi­ta­tif de la dées­se est-il tour­né ? Vers la bor­ne, la limi­te.”

Domi­ni­que Ven­ner, Un samou­raï d’Occident – Le Bré­viai­re d’un insou­mis, Pier­re-Guillau­me de Roux, 2013

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Aube

Paris. L’aube. Le ciel de l’empereur Julien.”

Gil­bert Lely, Ver­dai­ne de Tren­te­li­vres, 1936

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Au dehors

Notre pla­ce est dehors, notre pla­ce est à l’air libre, sous la nuit clai­re, l’arme au bras, tan­dis qu’au ciel scin­tillent les étoi­les. Que les autres pour­sui­vent leurs fes­tins. Nous autres, au dehors, dans une gar­de ten­due, fer­ven­te et sûre, nous sen­tons déjà l’aube, dans l’allégresse de nos cœurs.”

José Anto­nio Pri­mo de Rive­ra, 1934, cité par Oli­vier Gri­mal­di, Pré­sen­ce de José Anto­nio, Les Bou­quins de Syn­thè­se natio­na­le, 2013

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Autant en emporte le vent”

Ce livre [fait] renaî­tre les blan­ches plan­ta­tions dans leur écrin de magno­lias et de chèvre­feuille, les jeu­nes filles à cri­no­li­ne, les plan­teurs galants et les gen­tils­hom­mes sai­sis par l’angoisse d’un des­tin inexo­ra­ble. Mais au-delà de l’évocation fidè­le d’une épo­que ter­ri­ble, et de la tra­me roma­nes­que atta­chan­te, c’est la nos­tal­gie fré­mis­san­te qui sourd tout au long des pages. Nos­tal­gie d’un mon­de irré­mé­dia­ble­ment condam­né, mais auquel on ne ces­se de rêver com­me à un para­dis per­du. Car si le Sud est mort, il conti­nue de vivre dans le cœur des hom­mes géné­reux.”

Domi­ni­que Ven­ner, Le blanc soleil des vain­cus – L’épopée sudis­te et la guer­re de Séces­sion (1607–1865), La Table Ron­de, 1975

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Avancer

Si j’avance, sui­vez-moi ; si je meurs, ven­gez-moi ; si je recu­le, tuez-moi.”

Hen­ri de La Roche­ja­que­lein, Dis­cours aux sol­dats de l’Armée catho­li­que et roya­le, 1794

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Avenir

Ce n’est pas dans la mol­les­se, mais dans la fer­me­té de l’esprit et la réso­lu­tion du cœur que sera engen­dré notre ave­nir.”

Domi­ni­que Ven­ner, His­toi­re et tra­di­tion des Euro­péens, édi­tions du Rocher, 2002

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Avenir

La seule inven­tion véri­ta­ble est de déchif­frer le pré­sent sous ses aspects inco­hé­rents et son lan­ga­ge contra­dic­toi­re. Mais si tu te lais­ses aller aux bali­ver­nes que sont tes son­ges creux concer­nant l’avenir, tu es sem­bla­ble à celui-là qui croit pou­voir inven­ter sa colon­ne et bâtir des tem­ples nou­veaux dans la liber­té de sa plu­me. Car com­ment ren­con­tre­rait-il son enne­mi et, ne ren­con­trant point d’ennemi, par qui serait-il fon­dé ? Contre qui modè­le­rait-il sa colon­ne ? La colon­ne se fon­de, à tra­vers les géné­ra­tions, de son usu­re contre la vie. Ne serait-ce qu’une for­me, tu ne l’inventes point mais tu la polis contre l’usage. Et ain­si nais­sent les gran­des œuvres et les empi­res.

Il n’est jamais que du pré­sent à met­tre en ordre. A quoi bon dis­cu­ter cet héri­ta­ge ? L’avenir, tu n’as point à le pré­voir mais à le per­met­tre.”

Antoi­ne de Saint-Exu­pé­ry, Cita­del­le, 1948

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Avenir

L’avenir est quel­que cho­se qui se sur­mon­te.”

Geor­ges Ber­na­nos, La liber­té pour quoi fai­re ?, 1953

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Aventure

A vingt ans, l’aventure de la guer­re et des conju­ra­tions fut offer­te à ceux de ma géné­ra­tion qui le vou­lu­rent. Peu y étaient pré­pa­rés. Rares furent ceux qui purent chan­ger cet­te occa­sion en des­tin. Au moins ceux-là ont-ils vrai­ment vécu, même et sur­tout ceux qui en mou­ru­rent.”

Domi­ni­que Ven­ner, Le cœur rebel­le, Les Bel­les Let­tres, 1994, réédi­tion Pier­re-Guillau­me de Roux, 2014

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Aventure

L’aventure n’est mor­te que dans l’esprit de ceux qui n’ont aven­tu­ré nul­le part ni leur esprit ni leur corps.”

Syl­vain Tes­son, pré­fa­ce à Car­nets d’aventures, La Guil­de euro­péen­ne du raid / Pres­ses de la Renais­san­ce, 2007

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Aventure humaine

Oui, nous vivons une pério­de dif­fi­ci­le où il est tou­jours ques­tion de droit et jamais de devoir et où la res­pon­sa­bi­li­té qui est l’once de tout des­tin, tend à être occul­tée. […] Mal­gré tout cela, il faut croi­re à la gran­deur de l’aventure humai­ne. Il faut savoir, jusqu’au der­nier jour, jusqu’à la der­niè­re heu­re, rou­ler son pro­pre rocher. La vie est un com­bat, le métier d’homme est un rude métier. Ceux qui vivent sont ceux qui se bat­tent. […] Tout se conquiert, tout se méri­te. Si rien n’est sacri­fié, rien n’est obte­nu.”

Hélie Denoix de Saint Marc, Que dire à un jeu­ne de 20 ans, 2010

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Aventures

Un des grands mal­heurs de la vie moder­ne, c’est le man­que d’imprévu, l’absence d’aventures.”

Théo­phi­le Gau­tier, “Mala­ga”, in Voya­ge en Espa­gne, 1843

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